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22 mai 2009 5 22 /05 /mai /2009 09:06

Par Rav Oury Cherki


 Abraham au mont moriah - Aquedat Israq

Mon propos est de situer Yom Yerouchalaïm dans une mouvance historique générale à partir du verset essentiel {Tehilim, 122,3): "Yerouchalaïm habenouya kéir ché'houbera-la ya'hdav". "Jérusalem reconstruite c'est comme une ville qui est réunifiée". Comment comprendre cette définition bizarre? Aucune ville au monde n'est censée être divisée a priori. C'est donc que la situation originelle de Jérusalem est la division et la réunification l'innovation.

La première division, la plus ancienne, date du temps de Caïn et Abel. Selon le midrach ils voulaient se partager la terre et se sont disputés. La frontière passait juste à côté de l'endroit de l'autel de Abel, où son sacrifice avait été agréé, c'est-à-dire sur le Har haBaït. Ainsi, dès l'origine, Jérusalem est la caisse de résonance de la désunion entre les hommes. S'il y a division entre les hommes, Jérusalem est divisée 

Abraham et Loth, Michpat et Tsedaqa.

Plus tard, une nouvelle division surgit: Abraham et Loth au lieu de s'entendre sont en ma'hloqet, les bergers de Loth et d'Abraham se disputent, Abraham décide de laisser la Transjordanie à Loth et de garder pour lui la partie entre le Jourdain et la Mer. Eretz Israël est divisée. Abraham n'a pas voulu instaurer la justice - michpat - entre Loth et lui, il a préféré pour régler immédiatement le conflit, un compromis - tsedaqa. Or Abraham a été choisi pour faire l'unité entremichpat et tsedaqa, comme on le voit dans le verset (Genèse XIII, 19): "Je l'ai choisi afin qu'il prescrive à ses enfants et à sa maison après lui de garder le chemin de Dieu en pratiquant tsedaqa et michpat [...] Il n'est certes pas facile de faire l'unité de deux valeurs contradictoires.

Le mot utilisé pour désigner la controverse est Riv qui se règle devant un tribunal par un michpat. Il n'a pas le même sens que Mériba qui se règle à l'amiable par tsedaqa. C'est ce qu'Abraham préfère en proposant à Loth un compromis territorial.

Mais de quel droit distribue-t-il une partie de la terre qui lui a été donnée par Dieu? Il pourrait répondre que cette terre n'a été donnée qu'à sa descendance (cf Genèse XII,7). Et ce seront ses enfants qui seront obligés de faire la guerre pour la reconquérir. Mais juste après qu'il en ait donné une partie à Loth, Dieu se révèle à lui et dit: "...Lève les yeux et de là où tu te trouves, regarde vers le nord, vers le sud, l'Orient et l'Occident; toute la terre que tu vois à toi je la donnerai et à ta descendance à perpétuité" (Genèse Xlll, 14-15). C'est donc Abraham qui sera obligé de faire la guerre pour reconquérir la terre qu'il a donnée à Loth. Et c'est en effet ce qui nous est raconté dans le chapitre XIV: la guerre entre les 4 rois et les 5 rois.

A la fin de cette guerre Abraham arrive dans un endroit appelé "Emeq Chavé qui est la vallée du Roi" (Genèse XIV, 17). Où se trouve doncEmeq Chavé? La réponse figure en Samuel 2, ch. XVIII,18 où il est dit que Absalon, parce qu'il n'avait pas de fils s'était fait ériger une matséva dans la vallée du Roi qu'il avait appelé Yad Avchalom, nom qu'il porte encore. L'on sait que ce monument se trouve à l'entrée de Jérusalem, Abraham devait y entrer mais Maïkitsédeq, roi de Chalem sort à sa rencontre, lui offre du pain et du vin, mais ne le fait pas pénétrer dans Jérusalem. Il sous-entend que lui aussi est monothéiste,Kohen leEl Elyon, et qu'il règne donc sur le Har HaBaït. Ainsi, la frontière demeure entre deux modes de monothéisme. Comme il y a division dans les cœurs entre Abraham et Loth, Jérusalem reste divisée. 

Juda et Benjamin

Nouvelle étape au moment de la conquête du pays par Josué. Au chapitre 1 du livre des Juges, il nous est dit que les enfants de Juda conquirent Jérusalem, passèrent les habitants au fil de l'épée et brûlèrent la ville; puis ils descendirent attaquer les Cananéens au sud, dans la plaine et jusqu'à 'Hévron (versets 8-9). Or, à qui devait revenir Jérusalem? A Benjamin. Au verset 21 du même chapitre il est dit: "Quant aux Jébuséens qui habitaient Jérusalem, les enfants de Benjamin ne les dépossédèrent pas et ils y sont restés avec les enfants de Benjamin jusqu'à ce jour". Ces Jébuséens sont entrés à Jérusalem lorsqu' après avoir été détruite elle a été abandonnée par Juda. Celui-ci n'a pas transmis la ville à Benjamin, il n'y a pas eu d'entente entre les 2 tribus et donc la ville est restée divisée.

Ce n'est que beaucoup plus tard que la ville a été conquise par David, lorsque toutes les tribus ont été d'accord pour se choisir un roi, comme il est dit dans 5ème chapitre de Samuel 2.

Cependant, les choses ne sont pas si faciles et l'on assiste à la fin du règne de David à un épisode surprenant (cf Samuel 2, ch.24). Jérusalem est alors la capitale d'un empire qui va du Nil à l'Euphrate. La peste frappe Israël. Pour arrêter la peste, sur l'ordre de Gad le prophète, David décide de construire un autel pour y offrir des sacrifices et va acheter au nord de la ville un terrain, l'aire d'Aravna. Aravna était un prince jébuséen. Bien que Jérusalem soit la capitale administrative de l'Empire de David, un morceau de terre était resté sous domination étrangère! David le rachète pour 50 chékels d'argent. Or, dans le livre des Chroniques il est écrit que la somme était de 600 chékeîs. Les Sages expliquent: 50 chékels par tribu, 50 fois 12 = 600. On voit donc que l'unité des tribus est indispensable. Jérusalem donne la mesure de l'unité du peuple.

A l'époque des Hasmonéens, c'est l'histoire de 'Hanouka que tout le monde connaît. Mais il y a dans le livre des Maccabées une histoire intéressante: au moment où Juda va offrir un sacrifice dans le Temple et sur l'autel purifiés, il demande à ses soldats de tirer des flèches vers la 'Hakra. Qu'est-ce que la 'Hakra7 C'est une forteresse hellénistique d'où des soldats macédoniens continuaient à jeter des projectiles sur le Har Habaït, malgré la libération de la ville. Le livre des Maccabées raconte que les Maccabées avaient passé un accord humanitaire avec Démétrios qui régnait sur la Syrie, pour donner des vivres à ces gens. La 'Hakra est restée en place pendant 20 ans, jusqu'à ce que Simon, le frère de Juda, soit nommé roi avec l'accord de tout te peuple. Alors on a rasé la 'Hakra. Cet événement était d'ailleurs célébré par un jour de fête au temps des Hasmonéens. 

Pharisiens et Sadducéens

Quelque 80 ans plus tard le peuple se divise en deux sectes, les Pharisiens et les Sadducéens. Le résultat immédiat de la controverse fût la division de la ville. Yannaï Alexandre roi sadducéen avait une femme pharisienne, Shlomzion. Ils ont eu 2 fils, Aristobule, qui était sadducéen et Hyrkan, pharisien, qui se sont fait la guerre. A un certain moment Jérusalem a été tenu par Aristobule et les Sadducéens, à un autre par Hyrkan et les Pharisiens. Puis chacun des deux a fait appel à Pompée qui bien sûr n'a pas refusé son aide. En l'an -63, la Judée est tombée sous domination romaine et les Romains ont mis un roi à eux, Hérode le Grand. Plus tard, eut lieu la grande révolte de l'an 70. Les Juifs ont voulu libérer la ville, mais ils n'étaient pas d'accord entre eux. On oublie souvent que lors du siège de Jérusalem, au départ les Romains n'ont pas tiré une flèche! Ils attendaient que les Juifs finissent de s'entretuer... La ville était divisée en 3 armées: Yo'hanan de Gouch 'Halav tenait le Har HaBaït, Shimon bar Guiora la ville haute et Eléazar ben Shimon la ville basse. Lorsqu'ils se sont enfin souvenu que les Romains étaient tout autour, c'était trop tard...

Etudions le chapitre XIV du Livre de Zacharie, qui est la Haftara du 1er jour de Soukkot, les 2 premiers versets disent: "Voici que viendra un jour devant le Seigneur où ton butin sera partagé dans tes murs. Je rassemblerai tous les peuples vers Jérusalem pour la guerre, la ville sera prise, les maisons pillées, les femmes violées; la moitié de la ville ira en exil, mais le reste du peuple ne sera pas retranché de la ville". Remarquez la précision du prophète: il ne dit pas l'autre moitié de la ville mais le reste du peuple. Or, c'est exactement ce qui s'est passé en 1948. D'où le prophète le sait-il? Il y a une logique à la prophétie. Zacharie sait que la guéoula se fera au moment du rassemblement des exilés. L'unité de toutes sortes de Juifs ne se fera pas facilement, puisque l'état naturel du peuple c'est la ma'hioqet, la controverse. 

Par 3 portes ou par une seule?

En 1948, il y a eu 3 tentatives de libérer la vieille Ville, par 3 portes:cha'ar 'Hadach au Nord, cha'ar Yafo et cha'ar Tsion. Toutes les 3 ont échoué. Alors que Tsahal était déjà créée, 3 groupes armés agissaient séparément: la Hagana, le Etzel et le Lé'hi. Dans le Taîmud (Zeba'him, 114b) il est écrit: "Israël ne peut rentrer à Jérusalem que par une seule porte". En 1967, le premier gouvernement d'union nationale est formé quelques semaines avant la guerre des 6 Jours et le 7 juin Tsahal est entrée par une seule porte, la porte des lions... Le verset 4 de Zacharie est très précis: "Ce jour-là Ses pieds [du Seigneur, les pieds de Dieu... c'est Tsahal] se poseront sur le mont des Oliviers, à l'Orient..." Pourquoi à l'est? Le prophète connaît la raison de la division de la ville. Or, au Nord, à l'Ouest et au Sud vivent des hommes, qui sont donc potentiellement en ma'hioqet... tandis qu'à l'Est s'étend un cimetière: les morts ne sont plus en controverse!

Cependant, la libération n'est pas totale, nous avons toujours un problème avec l'aire d'Aravna (le Har HaBaït). Il reste tout un travail à faire pour réaliser l'unité. D'après le midrach (Cho'her Tov 118), sur un cycle de 3 guerres de Gog et Magog, 2 auraient déjà eu lieu, la première correspondant au verset de Zacharie (14,1) sur la division de la ville, la deuxième au verset de Tehilim 2,8 où il est dit: "Demande-moi et je te donnerai des peuples en héritage et en possession les confins de la terre". Ce verset fait allusion à la libération d'Eretz Israël. La 3ème guerre, pas encore menée est une guerre "par des paroles", idéologique, diplomatique, selon le verset de Tehilim 118, 12: "...Sabouni Kidvorim", que l'on peut comprendre "ils m'entoureront par des paroles". Aujourd'hui le débat porte sur: "quelle est la véritable identité du peuple réuni sur sa terre". 

Pourquoi le 28 lyar?

Revenons sur ce qui s'est passé en 1967. Pourquoi le 28 lyar? Dans le Zohar - que citait Manitou - il est écrit que 272 ans avant la fin du 6ème millénaire on commencera à ressentir la sainteté du chabbat qui approche, 272 étant la valeur numérique du mot 'Erev.

Le 28 lyar était un jour de fête pour une famille qui s'était installée à Jérusalem 63 ans avant 1967. C'est en effet la date de la aliya du Rav Kook. Mais pourquoi est-il monté un 28 lyar? Nous avons le témoignage de Rabbi Ovadia Mi Bartenora 450 ans auparavant qui raconte que ce jour-là des milliers de personnes venaient faire la fête à Jérusalem et s'étendaient sur la tombe du prophète Samuel - dont c'était la Hilloula -, le prophète Samuel étant celui qui a désigné l'emplacement du Temple et oint les premiers rois. Comme Yehouda Halévi l'écrit dans le Kouzari, les prophètes décident du jour de leur mort, l'on peut donc se demander pourquoi Samuel a choisi le 28 lyar?...

Il faut savoir que pour pouvoir construire le Beit HaMiqdach deux conditions doivent être remplies: il faut choisir un roi et exterminer Amalek, et c'est précisément ce qu' a accompli le prophète Samuel. Or, à la sortie d'Egypte, la première rencontre avec Amalek a eu lieu un 28 îyar. Il y a deux manières de le prouver à partir du texte de la Torah.

1) Le 15 du 2ème mois les Hébreux sont arrivés dans le désert de Sin, le 16 la manne a commencé à tomber pendant 6 jours. Ensuite, ils repartent pour 2 stations Dofka et Allouch (cf Nombres XXXIII, 11-14), Ce qui fait 4 jours, un jour pour marcher, un jour pour se reposer. Enfin, le 27 lyar ils arrivent à Refidim et se plaignent de ne pas avoir d'eau, ils se révoltent durement contre Moïse et Aaron, et c'est alors que surgit Amalek. Alors Moïse dit à Josué: livre bataille à Amalek demain, c'est-à-dire le 28 lyar (Exode XVII,9)

2) Ils arrivent au pied du Sinaï le premier jour du 3ème mois (Sivan) et ils avaient voyagé depuis Refidim, c'est-à-dire la veille, le 29 lyar. Donc la victoire avait bien eu lieu le 28.

On peut encore approfondir la signification de cette date du 28 lyar en se référant au sens profond du 'Omer. Les 7 semaines de l'Omer correspondent aux 7 dernières Sefirot. La dernière semaine correspond à la sefira de Malkhout, la royauté. Le 1er jour de la 7ème semaine, c'est-à-dire le début de la rencontre avec la royauté, tombe le 28 lyar. Cela signifie que le fait que les soldats de Tsahal soient entrés dans Jérusalem un 28 lyar fait partie de l'ordre de la création.

Le prophète Isaïe l'avait annoncé lui aussi au verset 9 du chapitre 40: "monte pour toi sur une montagne élevée, annonciatrice {mevasséret) de Sion, élève ta voix avec force, annonciatrice de Jérusalem" [...] Il y a donc deux voix annonciatrices, l'une pour Sion, l'autre pour Jérusalem, Le mot har, montagne, renvoie au 5 lyar (par le procédé de notarikon), le mot Koah' (=28), force, renvoie au 28 Iyar!

Le Gaon de Vilna le savait lui aussi qui disait qu'il y avait deux jours de Guéoula dans le mois de lyar, le 20ème jour et le 42ème jour du Omer.

Les pleurs des soldats

Lorsque nous sommes devant un événement de cette importance, il faut savoir qui s'est rencontré là. D'après le Séfer Yetsira il y a rencontre entre 'Olam, Ghana, Néfech, le lieu, le temps et l'être. Le lieu c'est évidemment Jérusalem, le temps c'est le 28 lyar. Qui est leNéfech? Ce sont les enfants d'Israël. Rappelez - vous de la guerre, de ce 7 juin 1967. Les soldats de Tsahal arrivent au Kotel et pleurent. On les a vus, et entendus à la radio. Or, il y a quelques années on a interviewé certains de ces soldats à la télévision et ils ont affirmé qu'ils n'avaient pas pleuré. Qui croire, la radio ou la télévision? Il faut croire la télévision... ce ne sont pas les soldats qui ont pleuré mais l'âme collective du peuple, ce ne sont manger chez un 'Am haarets (de crainte par exemple qu'il n'ait pas prélevé la Terouma, cf. Traité Demaï). Mais la Halakha dit que lorsque tout Israël monte à Jérusalem, lors des 3 fêtes de pèlerinage, on a le droit de manger avec n'importe qui! Si pendant toute l'année on peut penser qu'il y a des différences entre le sage et l'ignorant, lorsque tout le peuple se rassemble à Jérusalem, alors le 'haver qui sommeille en tout 'Am Haarets se révèle.

Ce que nous attendons du Grand Jour de Yom Yerouchalaïm ce n'est pas seulement la réjouissance de la victoire militaire mais le retour de ce moment unique dans l'histoire d'Israël où l'identité du Klal Israël a été ressentie dans chaque individu en particulier.

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