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12 septembre 2009 6 12 /09 /septembre /2009 21:19

dossier ROCH HACHANA
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PAR LE RABBIN ARIEL MESSAS




Une lecture attentive des textes de nos sages relatifs à la fête de Roch Hachana, laisse apparaître plusieurs idées différentes et parfois contradictoires.

Dans un premier temps Roch Hachana apparaît comme étant un jour de jugement avec toute la gravité et la rigueur que celui-ci suppose. Par ailleurs, de nombreux passages mettent en relation ce jour de fête avec la notion de Création.



Roch Hachana. Le jour du Jugement. Le jour de la création.


Le premier jour de l'année juive est considéré dans les textes de la tradition comme le jour anniversaire de l'humanité.

Nous verrons que par ce biais, les sages mettent en relation cette fête avec la notion de don gratuit, de ‘hessed.

Nous tenterons au cours de notre étude de mettre en lumière le rapport pouvant exister entre des notions aussi contradictoires que le jugement, le Dine et le don gratuit, le ’hessed et de comprendre ainsi comment celles-ci sont rattachées à l'idée de Création.

ROCH HACHANA, JOUR DE JUGEMENT

Le premier des jours redoutables est le moment où l'humanité est jugée par l’Eternel. Les sources l'attestant se trouvent dans les textes du Talmud et du Midrach ainsi que dans ceux de Loi Ecrite.

Certes, le Pentateuque ne décrit pas explicitement Roch Hachana comme un jour de jugement. L’élément y faisant allusion est le nom que la Torah donne à cette fête: Yom Térou'ah. Un jour où l'on sonne du Chofar de façon saccadée, heurtée, d'une manière évoquant la peur et l'angoisse.

La Térou'ah est un son opposé à celui de la Téki'ah, ce son long et simple, continu, exprimant la sérénité, la tranquillité et la joie.

Faire entendre au jour de Roch Hachana le son de la Térou’ah, suggère que quelque chose de grave est en train de se passer, que le moment est important, qu'il est nécessaire pour réussir l'enjeu qu'il représente d'être en pleine possession de ses moyens spirituels, d'être en éveil, de faire un travail d'introspection et de prendre conscience de tous ses manquements à ses devoirs spirituelles.

La Térou'ah doit, comme le dit Maïmonide, « éveiller les endormis de leur sommeil et faire sortir les paresseux de leur torpeur ».

Si D.ieu exige de nous en ce jour ce genre d’efforts spirituels, c'est qu’alors, Il scrute nos âmes. La Térou'ah a pour but de nous préparer à cet examen. Elle nous permet de bénéficier d'un verdict favorable.

La Michnah et le Talmud ainsi que le texte de la prière de cette fête apportent d’autres lumières sur ce sujet.

La Michnah enseigne:

« A Roch Hachana toutes les créatures terrestres passent devant Lui (D.ieu, en jugement) ».

Elle voit la source de son assertion dans le verset : « Il a formé leur cœur à tous. Il observe tous leurs actes » (Psaumes 33-15).

Les textes de la prière de Roch Hachana sur ce sujet sont nombreux. Citons ici celui que l’on récite après chacune des sonneries du Chofar:

« Aujourd'hui, Tu as mis en gestation le monde. Aujourd'hui, Tu fais passer en jugement toutes les créatures du monde. Comme des enfants ou comme des serviteurs. Si Tu nous considères comme Tes enfants, sois miséricordieux comme un père est miséricordieux avec ses enfants. Si Tu nous considères comme des serviteurs, nos yeux sont rivés vers Toi afin que tu nous gracies, et que Tu fasses sortir notre jugement de façon lumineuse ».

Avant de conclure sur le caractère de rigueur qui s’attache à ce jour, il convient de remarquer que si le jour est grave, il n'en demeure pas moins un jour de fête que nous devons célébrer avec le faste qui lui revient.

Le jour du Jugement est aussi un jour de fête. Nous montrons ainsi notre assurance que notre verdict sera favorable, que D.ieu nous jugera avec bienveillance.

Le tremblement que peut engendrer la conscience de la gravité du moment pourrait nous paralyser et rendre impossible toute manifestation de joie de notre part. A ce sujet, les maîtres du Talmud nous apprennent, que si cette angoisse légitime nous dispense de la lecture du Hallel, du chant d'allégresse et de joie entonné à la gloire de D.ieu, nous demeurons astreints à nous comporter en ce jour de façon identique à celle que nous adoptons au cours des autres jours de fêtes. Nous devons porter de beaux habits, manger des mets de qualité, et nous réjouir devant D.ieu. Nous montrons ainsi notre assurance que notre verdict sera favorable, que D.ieu nous jugera avec bienveillance.

On retrouve la même idée dans un passage de Néhémie (8-10). La Torah relate: qu' « au premier jour du septième mois » (Ibid. 8-2), - il s’agit du jour de Roch Hachana -, Ezra le prêtre présenta le livre de la Torah devant l'assemblée, « devant toute personne à même de comprendre ce qu'il allait dire ».

Ezra le prêtre, Néhémie le Tirchata, ainsi que les Léviim s'adressèrent alors au peuple en ces termes: « Ce jour est sacré pour l'Eternel votre D.ieu, ne prenez pas le deuil, ne pleurez pas ». Et la Torah d'ajouter: « Ils durent leur parler de la sorte, car tout le peuple pleurait en entendant les paroles de la Torah » (verset 9). Ezra et Néhémie ajoutèrent: « Allez, mangez des mets succulents, buvez des breuvages doux et envoyez des portions à ceux qui n'ont rien d'apprêté, car ce jour est consacré à notre Seigneur. Ne vous attristez pas, car la joie en l'Eternel est votre force ».

Ces passages attestent de la nature redoutable de Roch Hachana. Ils indiquent aussi que nous devons avoir confiance en D.ieu, et que cette confiance elle même est source de salut.

ROCH HACHANA, JOURNÉE CELEBRANT LA CRÉATION

Roch Hachana est le jour anniversaire de la Création.

Dans le texte de la prière citée, il est dit : « Aujourd'hui, Tu as mis en gestation le monde ». Il existe, il est vrai, une controverse à ce sujet dans le Talmud. Rabbi Elé’azar soutient que la création a eut lieu en tichri et, Rabbi Yéhochou'a, au mois de nissan. Cependant, les commentateurs ultérieurs (Tossefot Roch Hachana 27a) ont réussi à concilier ces deux thèses en expliquant que la volonté de créer le monde est apparue en Tichri mais que la réalisation de ce projet ne s’est opéré qu'en Nissan.

Dés lors, le rituel de Roch haChanah qui qualifie ce jour comme étant « le jour où le monde a été mis en gestation » est acceptable d'après ces deux opinions : selon la première, il s'agit de la Création elle même, selon la seconde, la mise en gestation du monde, c'est l’expression de la volonté de le créer.

CRÉATION ET DON GRATUIT

Relier le premier jour de l'année avec l'idée de Création, c'est établir un rapport entre ce jour du calendrier juif et la notion de ‘hessed.

Le processus de la création du monde, décrit dans le premier chapitre de la Genèse, est perçu dans les textes comme l'expression la plus pure et la plus parfaite de l’amour gratuit.

L'idée de création, d'un moment au cours duquel l'être apparaît ex nihilo relève du don sans calcul, sans intérêt pour Celui qui l’a octroyé, d’un don gratuit par excellence.

Ainsi, le roi David a-t-il pu écrire : «’Olam ‘hessed yibané »(la bonté aura une durée éternelle) (Psaumes 89-3). Le Midrach reprend ce verset en lui donnant un sens quelque peu différent : « le monde a été créé par la clémence ». Et le Midrach d'ajouter: « Cela est valable au Ciel également, car même le trône (céleste) ne tient que par le ‘hessed, par le don gratuit ». Nos maîtres voient dans le verset : « Ainsi un trône sera affermi par la clémence » (Isaïe 16-5) la source de cet enseignement.

D.ieu, au cours de la Création n’agit que sous le signe de la clémence, car il est un fait remarquable Adam et Eve n'assistent pas à ce processus.

L'homme ne voit le jour qu'une fois le monde créé et prêt à le recevoir.

De nombreuses idées ont été formulées par les maîtres du judaïsme sur la raison de la non-présence de l'homme au cours du processus de Création du monde.

Ils ont émis l’avis que cette absence devait permettre de créer en l'homme un sentiment d'humilité. Il suffit à l’homme de prendre conscience que les reptiles et les insectes ont existé avant lui pour être empli d'un sentiment de petitesse devant le Créateur.

Il est possible également de voir dans le processus de création tel qu'il est décrit dans la Torah, à savoir, se déroulant hors de la présence de l'espèce humaine, l'idée suivante: l'absence d'Adam montre que la Torah considère que le ’hessed est la mesure créatrice.

Tant que l'être humain n'est pas présent au sein de la création, la seule activité divine consiste à préparer la cadre dans lequel va évoluer l'homme. Ainsi, l'action divine pendant les six premiers jours de la création ne peut être définie que par une seule mesure: la clémence, le don gratuit. La création, l'apparition de l'être ne s'est faite que par la clémence, elle est toute clémence.

Certes D.ieu est décrit dans la Torah comme agissant dans le monde en fonction de treize mesures (Exode. 34-6), parmi lesquelles figurent la clémence, la miséricorde, l’extrême longanimité, la bienveillance et l'équité, etc...

Ces mesures ne peuvent trouver leur expression dans l'Univers qu'une fois l'homme présent en son sein. C'est avec l'apparition de l'homme sur terre que l'action de D.ieu dans le monde de la Création se déploie sous toutes ses facettes.

En d'autres termes, le don gratuit est à l'origine de la Création. Une fois ce processus achevé, le don gratuit devient alors une mesure parmi les autres avec lesquelles D.ieu gère ce qui a été créé.

Associer la Création à la fête de Roch Hachana, c'est créer un lien très fort entre cette fête et l'idée que le don gratuit est créateur, qu'il permet l'avènement de l'être à partir du néant.

SUR LA NOTION DE TECHOUVAH

Une Michnah du traité Roch Hachana nous enseigne que le monde est jugé quatre fois par an. A Pessa'h, D.ieu décide du sort des céréales. A Chavou'ot, c'est du devenir des fruits de l'arbre dont il est question. A Soukot D.ieu décide de la quantité d'eau dont il gratifiera le monde. Enfin, à Roch Hachana toutes les résidents du monde se présentent devant lui et sont ainsi jugés.

La spécificité de Roch Hachana, par rapport aux autres moments de l'année où ont lieu d'autres jugements divins, c'est le fait qu'en ce jour c'est l'homme qui est jugé. La responsabilité de ses actes est rappelée.

L'idée que l'action de l'homme ne disparaît pas une fois qu'elle a été réalisée ainsi que la notion de la présence éternelle devant D.ieu de n'importe quel fait et geste sont célébrées. Le premier jour de l'année juive nous apprend l'importance de l'action humaine, de son caractère éternelle dans la mesure où l'homme doit constamment répondre de ses actes devant D.ieu. Un tel moment ne peut que provoquer tremblement, trouble et angoisse. « Il n'y a pas de juste sur terre qui fasse le bien et qui ne faute pas » enseignent les sages du Talmud.

L'erreur, la faute dans le monde pré-messianique est le lot commun de tous les mortels peuplant le monde.

Comment dès lors se présenter devant D.ieu au jour du jugement? Comment oser affronter un tel moment, alors que nous savons pertinemment que les conséquences de nos fautes et de nos erreurs sont présentes devant D.ieu, que nous en portons encore l'entière responsabilité devant D.ieu et devant les hommes ?

La réponse à cette question tient en un mot: la Téchouva, communément traduit par le repentir.

Mais comment la Téchouva peut-elle opérer un tel changement ? Comment peut-elle effacer la faute commise ?

Le processus du repentir, composé de quatre étapes: l'abandon de la faute, le regret, le Vidouï, le récit de ses fautes devant D.ieu et enfin la décision de ne plus refaire dans l'avenir la faute) doit être à l'origine d'une re-naissance de l'être. Les sages nous ont appris que la Téchouva pouvait transformer en un instant un être « dégoûtant et répugnant » en une personne « aimée, proche et amie de D.ieu ». De même, ils comparent le Ba’al Téchouva à l'enfant qui vient de naître. Maïmonide va jusqu'à dire que celui qui fait Téchouva doit changer de nom.

L'action de l'homme ne disparaît pas devant D.ieu, cependant suite à une Téchouva sincère, elle ne peut plus lui être attribuée, car il n'est plus celui qui l'a accomplie.

Tout ceci montre que par le repentir, l'homme débute une nouvelle vie. Il procède à un renouveau complet de son être. L'individu qui a commis tant de fautes et d'erreurs n'est plus de ce monde. Celui qui se présente devant D.ieu après avoir procédé à un repentir sincère est sûr que ses fautes ne lui seront pas rappelées car, fort de la renaissance qu'il a opéré en lui même, il n'est plus celui qui a commis ces fautes. La renaissance de l'être si elle opérée correctement rend semblable à l'enfant qui vient de naître, qui n'a pas de passé, qui n'a jamais commis la moindre faute.

L'action de l'homme ne disparaît pas devant D.ieu, cependant suite à une Téchouva sincère, elle ne peut plus lui être attribuée, car il n'est plus celui qui l'a accomplie. Il est un homme nouveau. Le moyen permettant à l'homme de se présenter devant D.ieu de façon sereine, de pouvoir regarder son passé sans frémir, c'est de procéder à une re-naissance de l'être par le biais d'une Téchouva sincère et profonde.

Toutefois, l'homme en quête de vérité, voulant se construire, voulant recréer son être, voulant renaître doit se tourner vers la manière avec laquelle D.ieu a construit le monde et agir de façon identique.

Nous avons établi que c'est par le don gratuit que l'être émerge du néant, qu'il prend corps. Si nous voulons exister réellement, il faut que le don gratuit soit une mesure fondamentale gérant notre action en ce monde. Il faut que nous soyons capable de donner à l'autre sans faire cas de son mérite réel. Il faut nous préoccuper d'autrui même si nous estimons que la rigueur exigerait punition et châtiment et non attention et soutien. C'est en donnant que nous existons, c'est en donnant que nous recevons. Celui qui donne est en réalité le grand bénéficiaire de son don puisque ce faisant son être se régénère.

A l'instar du créateur qui a créé le monde par le don gratuit, nous devons créer notre être par le don gratuit. A l'instar du créateur qui assure le développement du créé par les treize mesures régissant son action dans lesquelles s’inscrivent la dimension de ’hessed, nous devons également voir dans la clémence une des attitudes permettant le développement de l'être de façon harmonieuse.

Le don gratuit est une attitude fondamentale, car il permet l'émergence de l'être à partir du néant. Toutefois, il ne peut pas à lui seul régir le créé. On doit dans ce dessin lui associer les douze autres mesures décrites dans l’Exode, au chapitre 34.

La renaissance de l'être passe par la Téchouva, elle doit également nécessairement passer par la prise de conscience de la place primordiale du don gratuit dans l'action de l'homme.

CONCLUSION

A Roch Hachana, l'être est jugé, son action est scrutée par l'Eternel, sa responsabilité est engagée. Le seul moyen pour ne pas subir les conséquences dramatiques de la faute, c'est de pouvoir la regarder, la voir comme ayant été commise par une autre personne que lui-même. Pour ce faire, l'homme doit opérer en lui un renouveau complet. Le moyen consacré est la Téchouva. Il importe que celle-ci soit accompagnée par la prise de conscience de la place du ’hessed dans la création de l'être.

Il semble que l'association en une seule et même fête du jugement des créatures terrestres et de l’anniversaire de la Création de l'univers doive nous rappeler que le don gratuit est à l'origine de l'émergence de l'être.

Ainsi l'homme en quête de renouveau au jour du jugement pourra trouver dans l'enseignement donné par la création le moyen de son salut.

« Ha Yom Harat 'Olam, Ha Yom Ya'amid béMichpat »

« Aujourd'hui, Tu as mis en gestation le monde, aujourd'hui, Tu passes en jugement toutes les créatures terrestres ».

 

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