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24 janvier 2011 1 24 /01 /janvier /2011 12:19

 

 

Point de vue de Khaled Asmar - Beyrouth

Liban : comment Saad Hariri et la majorité peuvent-ils éviter le piège syrien ?

 

Avant le sixième anniversaire du crime du siècle, le Hezbollah s’emploie à éliminer politiquement Saad Hariri pour faire oublier l’élimination physique de Rafic Hariri


lundi 24 janvier 2011 - 07h38, par Khaled Asmar - Beyrouth

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Théoriquement, le Liban doit commémorer, dans exactement trois semaines, le sixième anniversaire de l’assassinat de Rafic Hariri et d’une vingtaine de ses proches. Mais en réalité, tout est fait pour précipiter les Libanais dans l’inconnu pour leur faire oublier cette date et ce crime. Un piège implacable que la Majorité doit absolument éviter pour que le Liban survive.

Cette situation n’est en fait que le résultat des erreurs stratégiques cumulées par la Majorité, au nom de sa politique de la « main tendue ». La première erreur commise par Saad Hariri est sa tentative de réconciliation avec le Hezbollah, en septembre 2008 quand il a couvert une cocotte bouillonnante. Aujourd’hui, elle lui explose entre les mains. Sa deuxième erreur fut l’élection de Nabih Berri à la présidence du Parlement. Il a ainsi offert à l’opposition un poste stratégique qu’elle ne méritait pas après la victoire confortable de la majorité aux législatives de 2009.

La déception de l’électorat souverainiste s’est accentuée quand Hariri a accepté de former un gouvernement. Ce faisant, il s’est gravement et inutilement exposé aux pressions syriennes. Les souverainistes préféraient le maintien de Fouad Siniora à la tête du gouvernement, non pas par manque de confiance en Hariri, mais pour que celui-ci ne soit pas obligé, par les impératifs de ses fonctions, à multiplier les concessions à ses adversaires, particulièrement dans le dossier du Tribunal international spécial pour le Liban (TSL).

De plus, l’électorat de la majorité n’a pas compris l’erreur supplémentaire qui a consisté à associer l’opposition au gouvernement, qui n’avait de l’union nationale que le nom. L’Exécutif s’est ainsi retrouvé systématiquement neutralisé jusqu’à la chute du gouvernement, début janvier. Pourtant, les Libanais avaient donné aux partis souverainistes une majorité confortable pour mener leur propre politique, loin des blocages. Cette situation a conduit le pays à la paralysie et débouché sur un pourrissement politique et une dégradation économique graves.

Cette succession de concessions de la part de la Majorité, au nom de la paix civile, a renforcé l’opposition dans son offensive. Non seulement celle-ci a toujours refusé de désarmer ses milices conformément aux résolutions internationales, au nom de la résistance contre Israël, mais en plus, elle veut maintenant dicter sa politique. Grâce à son armement, elle cherche aussi à intimider la majorité pour évincer Hariri. Ce dernier est aujourd’hui confronté à une situation inextricable et doit éviter de tomber dans le piège qui lui a tendu la Syrie et ses alliés libanais.

La Syrie cherche en effet à imposer l’un de ses nombreux candidats à la tête du gouvernement. La priorité semble favoriser le retour de l’ancien Premier ministre Omar Karamé, en guise de défiance. Car, c’est sous le gouvernement Karamé que Rafic Hariri avait été pulvérisé par une tonne d’explosifs, le 14 février 2005. Son retour aux affaires atteste ainsi d’une volonté délibérée de « narguer les Libanais » et d’éliminer politiquement Saad Hariri avant le sixième anniversaire de l’élimination physique de son père. Si les chances de Karamé sont minces, le choix se porterait alors sur Naguib Mikati, un proche de Bachar Al-Assad et du Hezbollah, bien qu’il se réclame du centre et qu’il ait été élu sur les listes de l’alliance du 14 mars. En le proposant, l’opposition compte diviser la majorité et évincer Hariri. Si celui-ci accepte ce chantage, il signe son arrêt de mort. Si la majorité refuse de participer au gouvernement, elle sera accusée de vouloir bloquer le pays. Un piège implacable qu’il convient d’éviter.

Ce piège ne se limite pas au choix du gouvernement. Bien au contraire. Le retour de l’opposition aux affaires, avec les ministres qui avaient déjà servi sous l’occupation syrienne et appliqué la politique de Damas aura des retombées économiques dramatiques pour le Liban. Car, tout retour en arrière provoquera la fuite des capitaux, le retrait des placements étatiques des monarchies du Golfe destinés à soutenir la Livre libanaise, et l’arrêt des aides internationales. En somme, le Liban ressemblera à Gaza. Mais une telle situation conviendra à l’opposition. Son travail de sape, depuis le sit-in du centre ville de Beyrouth organisé entre décembre 2006 et mai 2008, et les blocages au sein du gouvernement, ont visé sans le moindre doute à accélérer le pourrissement de la situation et l’effondrement économique.

Tout retour de l’opposition aux affaires conduira indéniablement à une rupture avec la communauté internationale et le monde arabe, avec des conséquences économiques et financières prévisibles. La promesse du Hezbollah de rompre les protocoles liant le Liban au Tribunal international provoquera un embargo sur le Liban et achèvera le travail de sape. Le danger de ce scénario réside dans le fait que l’Iran, qui aura achevé son rêve d’empire perse, serait prêt à fournir au Hezbollah du gaz et du pétrole, via l’Irak vassalisé et la Syrie alliée. Cette dernière fournira l’électricité, bien que sa production soit déficitaire et les pénuries se multiplient en Syrie. Mais le peuple syrien est habitué aux privations !

Ainsi, le Hezbollah pourra se vanter d’avoir remédié aux problèmes économiques du Liban et tentera de capitaliser dans les urnes, lors des prochaines législatives, sans oublier de savourer le bras d’honneur qu’il aura fait au TSL et à la communauté internationale. Par la même occasion, il aura évincé Saad Hariri et la majorité, à trois semaines de la commémoration du 14 février. Sous la peur et les intimidations, il compte effacer cette date de la mémoire et de la conscience collectives libanaises. Rafic Hariri sera ainsi oublié tout comme le Tribunal qui doit juger ses assassins.

Saad Hariri et l’ensemble des composantes de la majorité sont aujourd’hui appelés à éviter ce piège. Les électeurs ne leur pardonneront pas une erreur supplémentaire.

Khaled Asmar

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