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30 décembre 2009 3 30 /12 /décembre /2009 10:35

Barack Obama sur les traces de Bush

[Mercredi 30/12/2009 10:00]

 




Les derniers développements semblent annoncer un infléchissement de la politique américaine vis-à-vis d’Israël. Au début du mandat de Barack Obama, la situation s’était dramatiquement tendue avec Benjamin Netanyahou au point qu’aucun observateur politique n’était en mesure d’évaluer les conséquences du bras de fer entre les deux dirigeants. Le consul israélien à Boston avait tenu à alerter son gouvernement avec des termes dramatiques dans une lettre ouverte publiée dans les médias américains.

Les officiels israéliens s’étaient parés d’une désinvolture feinte pour masquer leur réelle préoccupation à l’image de l’ancien ambassadeur à Washington, le professeur Itamar Rabinovitch, qui nous confiait que « les pressions américaines se feront plus précises mais qu’il était optimiste ». Il ne croyait pas à un clash, tout au plus à des frictions, car l’amitié avec Israël était basée sur des fondements solides mais il estimait en revanche qu’un changement notable de cap de la politique internationale était engagé. Les israéliens s’étaient sentis exclus du dispositif mis en place au Proche-Orient par la nouvelle administration américaine.

Diaboliser l’intégrisme

Le président américain avait décidé d’éviter une diabolisation de l’intégrisme islamique par une approche  plus pragmatique des pays musulmans dont la majorité voyait dans les Etats-Unis un allié indispensable. Mais Israël n’avait pas suivi Obama dans sa volonté d’accorder une attention particulière à certains pays arabes qualifiés de« modérés », même s’il s’agissait de l’application stricte de la doctrine consistant à diviser pour régner, à scinder le monde arabe en deux entités antagonistes. Barack Obama n’avait surpris personne puisque son plan figurait dans son discours d’investiture : « Au monde musulman : nous voulons trouver une nouvelle approche, fondée sur l’intérêt et le respect mutuels. À ceux parmi les dirigeants du monde qui cherchent à semer la guerre, ou faire reposer la faute des maux de leur société sur l’Occident, sachez que vos peuples vous jugeront sur ce que vous pouvez construire, pas détruire. » La présentation de son programme du haut de la tribune égyptienne n’était pas fortuite mais elle avait entrainé de sérieuses frictions avec l’Etat juif au point de susciter un début de rupture.

Obama a patiemment tracé son sillon quand, se voulant moins dogmatique que son prédécesseur, il avait accordé sa première interview à la chaine Al-Arabia durant laquelle il avait distillé des signes d’apaisement : « Mon travail avec le monde musulman, c’est de lui faire savoir que les Américains ne sont pas votre ennemi. » Il voulait que les Etats-Unis cessent d’être les gendarmes du monde avec une stratégie d’intervention tout azimut d’où le choix d’une politique axée sur la dissuasion économique et commerciale : la politique du « soft power » chère à Joseph Nye qui avait proposé « d’influencer indirectement le comportement de certains acteurs internationaux à travers des moyens non coercitifs, structurels, économiques, culturels ou idéologiques ».

Adapter la thérapie

Tout au long de sa première année de mandat, il avait recommandé à sa nouvelle administration de bannir la méthode forte comme thérapie pour résoudre les conflits. Il avait insisté pour abandonner l’usage permanent du bâton, symbole de la politique de la canonnière et significatif de l’échec de la pensée, au profit d’une politique de modération plus efficace pour reconstruire l’image dégradée des Etats-Unis dans le monde. Il était convaincu que seul le développement de la démocratie, et non la force, pouvait abattre les régimes corrompus ou dictatoriaux. Il avait constaté un frémissement lors de la crise iranienne dans un pays déstabilisé par des étudiants qui voulaient se débarrasser ouvertement de leurs mollahs. Il avait donc exigé des israéliens qu’ils jouent la carte temps avant de cautionner une éventuelle attaque contre l’Iran. Les options négociées étant épuisées sans que la situation n’ait évolué ou que l’Iran n’ait fait preuve de coopération, il semble arrivé à la conclusion que sa stratégie diplomatique ait montré ses limites et que Benjamin Netanyahou ait eu raison de  n’accepter aucun compromis touchant à la sécurité d’Israël.

Sur les traces de  Bush

Il a donc intégré le postulat que la mise au pas de l’Iran, et de son émanation El Qu’aida, reste une condition non négociable pour réactiver le processus de paix car toute solution, qui ne mettrait pas l’extrémisme islamique hors d’état de nuire, n’aurait aucune chance de trouver grâce auprès des israéliens. Le vice-président américain Joe Biden avait d’ailleurs déclaré ouvertement « qu’Israël a un droit souverain de décider ce qui est de son intérêt face aux ambitions nucléaires de l’Iran, que les Etats-Unis soient ou non d’accord ».

Après une période d’observation stérile, Barack Obama semble à présent vouloir s’inspirer de la politique de Bush en ce qui concerne Israël. L’Etat juif respire aujourd’hui puisque le président américain a signé le 18 décembre une aide budgétaire militaire de 2,775 milliards de dollars décidée pour l’année 2010. Les israéliens craignaient d’éventuelles pressions économiques après les réserves qu’ils ont émises, à l’égard des implantations en particulier. Le souvenir de la décision de Bush père, suspendant son aide pour faire revenir à la raison le premier ministre Yitzhak Shamir, reste encore vif dans les esprits. L’engagement de Georges W. Bush de fournir une aide de 30 milliards pendant une décennie risquait d’être remis en cause.

Obama vient de confirmer cette aide en décidant de la coupler avec une subvention conditionnelle de 500 millions de dollars destinée à Mahmoud Abbas. Cependant, les palestiniens ne la recevront qu’après avoir accepté les conditions du Quartet (Etats-Unis, Nations Unis, Russie et Union européenne) qui leur imposent la reconnaissance officielle d’Israël, la renonciation au terrorisme et la confirmation de tout accord antérieurement signé. Nous en sommes encore loin. Il a par ailleurs concédé aux israéliens l’augmentation du volet sécuritaire qui s’élevait à l’origine à deux milliards de dollars tout en réduisant le volet « civil » estimé à un milliard. Il a ainsi abondé dans le sens de Benjamin Netanyahou qui l’a convaincu de la nécessité de développer de nouveaux dispositifs militaires dont les Etats-Unis pourraient d’ailleurs bénéficier. Les américains sont effectivement intéressés à profiter des fleurons des industries aéronautiques israéliennes qui axent leur recherche sur la défense anti-missile comprenant les missiles Arrow-2 et Arrow-3 développés conjointement avec Boeing, et sur l’accroissement de la portée du missile de croisière Délilah qui atteint actuellement les 300kms.

Certains observateurs insinuent que le gonflement de cette aide militaire n’était pas fortuit car il permet en fait de contrer les réactions des élus et des industriels américains mécontents du budget américain de 636 milliards de dollars, adopté par le Sénat le 19 décembre, en hausse d’à peine 4% par rapport à l’année précédente. Israël serait chargé en effet de réinjecter sur le marché américain une grande partie de cette aide, en particulier dans le projet de bouclier anti-missile qui a subi une forte diminution dans le budget américain.

Le problème entier de l’Iran

En ce qui concerne l’Iran, le président Obama s’aligne à présent sur les positions d’Israël. Lors de son déplacement à Pékin, il a prévenu le président Hu Jintao qu’il n’était plus en mesure de convaincre les israéliens de ne pas attaquer les installations nucléaires iraniennes, donnant ainsi une autorisation implicite d’agir aux forces de Tsahal. Le président américain n’a cependant pas renoncé à user de méthodes diplomatiques pour faire revenir à la raison des iraniens entêtés. Il a demandé le soutien des grandes puissances et de certains pays arabes pour empêcher la déflagration au Moyen-Orient. Les chinois ont été conviés à s’associer au programme de sanctions contre l’Iran pour éviter une guerre. Il a suggéré l’offre saoudienne de fourniture à la Chine de toutes les quantités de pétrole dont elle a besoin en échange du soutien à des sanctions. Cette proposition n’enchante cependant pas Hu Jintao car il souhaite garder sa neutralité à la veille de prendre la présidence du Conseil de Sécurité de l’ONU en janvier.

Enfin le rapprochement inédit du président libanais Hariri avec la Syrie, où il s’est rendu en vassal, n’enchante pas les américains qui attendaient des gestes forts du président Assad avant de le réintégrer au sein de « l’axe du bien ». La déclaration du premier ministre Saad Hariri constitue un alignement sur l’allié principal de l’Iran au Proche-Orient : « Les relations particulières entre la Syrie et le Liban renforcent les positions des deux Etats et améliorent la position libanaise et arabe contre l’Etat d’Israël qui continue à porter atteinte aux droits des Arabes. » Le fait que Saad Hariri recherche l’imprimatur du pire ennemi du Liban dénote, selon les israéliens, qu’Obama a perdu sa capacité de persuasion et qu’il a échoué dans sa tentative d’isoler la Syrie.

Benjamin Netanyahou semble être sorti vainqueur de son bras de fer avec les Etats-Unis qu’il a convaincus de la justesse de sa stratégie puisque, sans modifier un iota de sa position, il a réussi à réactiver des liens délités depuis l’avènement de la nouvelle administration. Il avait besoin de redorer son blason vis-à-vis de nationalistes toujours aussi actifs. Il entrevoit à présent une brèche dans l’isolement diplomatique qui s’est encore renforcé depuis la nouvelle déconvenue de la part de la nouvelle « ministre des affaires étrangères » de l’Europe, Catherine Ashton.  Les dirigeants israéliens n’ont pas apprécié que, pour son discours inaugural au parlement de Strasbourg, elle ait pris Israël pour cible en critiquant «  l’occupation israélienne » et en considérant que« Jérusalem-Est est un territoire occupé au même titre que la Cisjordanie ».

Netanyahou, conforté par les finances américaines et l’appui implicite d’Obama, aura à présent à gérer, seul, la crise avec l’Iran dont la date butoir était fixée au début de l’année 2010. Mais il aura des contreparties à donner sur le problème palestinien et Yossi Beilin, figure de la gauche israélienne, a déjà éventé le prix à payer. Benyamin Netanyahou aurait accepté les propositions de l’administration Obama concernant les négociations avec l’Autorité palestinienne. Les deux parties prendront le temps de discuter pendant deux ans sur les thèmes de la revendication palestinienne d’un retour aux frontières de 1967 et des exigences sécuritaires israéliennes. Ces deux années nous rapprocheront alors de la campagne électorale américaine de 2012 qui risque de réserver d’autres surprises aux israéliens.

par Jacques BENILLOUCHE
http://www.actu.co.il/ 

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