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17 juin 2010 4 17 /06 /juin /2010 03:55
La faiblesse du monde arabe

Par George Friedman de Stratfor | .

Adaptation française de Sentinelle 5770 ©

mercredi 16 juin 2010



Les évènements de la semaine dernière au large des côtes d’Israël continuent de résonner. Les relations turco-israéliennes ne sont pas totalement effondrées mais elles sont à leur plus bas niveau depuis la fondation d’Israël. Des tensions entre les USA et Israël ont surgi, et l’hostilité européenne à l’égard d’Israël continue de s’intensifier. Formulée différemment, la question est de savoir si et comment cela sera exploité au-delà de la sphère de l’opinion publique.

La menace la plus significative pour Israël sera bien entendu militaire. La critique internationale n’est pas sans signification, mais les nations ne changent pas d’orientation en l’absence de menaces directes sur leurs intérêts. Des puissances en dehors de la région n’exerceront certainement pas une action militaire contre Israël, et même des sanctions économiques ou politiques significatives sont peu probables. Excepté le désir de puissances extérieures de limiter leur implication, cela s’enracine dans le fait que des actes significatifs ne sont pas plus probables à l’intérieur de la région elle-même.

Les premières générations d’Israéliens ont vécu sous la menace d’une défaite militaire conventionnelle de la part de pays voisins. Les générations plus jeunes ont encore été confrontées à des menaces, mais pas celle-ci. Israël opère dans un contexte stratégique avantageux sauf dans le domaine de l’opinion publique et des relations diplomatiques et la question des armes nucléaires de l’Iran. Toutes ces questions sont significatives, mais aucune n’est une menace aussi immédiate que ne l’a été le spectre d’une défaite dans une guerre conventionnelle. Les ennemis régionaux d’Israël sont si profondément divisés entre eux et ont des relations si divergentes avec Israël qu’une coalition efficace contre Israël n’existe pas – et a peu de chance de surgir dans un proche avenir.

Cela posé, la probabilité d’une modification effective, et non pas seulement rhétorique, du comportement des puissances extérieures de la région est faible. A tous les niveaux, les voisins arabes d’Israël sont incapables de former même une coalition partielle contre Israël. Israël n’est pas obligé de calibrer ses actions en gardant un œil sur les conséquences régionales, expliquant la volonté d’Israël d’accepter une large condamnation internationale.

Divisions palestiniennes

Pour commencer à comprendre la profondeur de la division entre Arabes, songez simplement à la division entre les Palestiniens eux-mêmes. Ils sont actuellement divisés entre deux factions très différentes et hostiles. D’un côté, le Fatah, qui domine sur la Rive Occidentale. De l’autre le Hamas, qui domine dans la bande de Gaza. Au-delà de la division géographique des territoires palestiniens - qui conduit les Palestiniens à se comporter presque comme s’ils appartenaient à deux pays séparés et hostiles – les deux groupes ont des idéologies profondément différentes.

Le Fatah est né du mouvement laïque, socialiste, nationaliste arabe et militariste du président égyptien Gamal Abdel Nasser dans les années 1950. Créé dans les années 1960, le Fatah était étroitement aligné sur l’Union soviétique. C’était la faction dominante, bien que loin d’être la seule, de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP). L’OLP était le groupe de couverture qui rassembla les éléments très fragmentés du mouvement palestinien. Yasser Arafat a longtemps dominé le Fatah ; sa mort a laissé le Fatah dépourvu de chef charismatique, doté d’une puissante bureaucratie mais dénué d’idéologie ou de stratégie cohérentes. Le Hamas a surgi du mouvement islamiste. Il avait par des motivations religieuses très étrangères et hostiles au Fatah. Pour le Hamas, la libération de la Palestine n’était pas seulement un impératif nationaliste, mais aussi un impératif religieux. Le Hamas était aussi hostile à la corruption financière qu’il observait dans l’apport d’Arafat au mouvement palestinien, qu’au laïcisme du Fatah. Le Hamas et le Fatah jouent un jeu à somme nulle. Etant donnés leur incapacité à former une coalition et leur désir mutuel de voir l’autre échouer, la victoire de l’un est la défaite de l’autre. Cela signifie que quelles que soient les déclarations publiques faites par le Fatah, l’attention internationale actuelle sur Gaza et le Hamas affaiblit le Fatah. Et cela signifie qu’à un certain point, le Fatah essaiera de saper les gains politiques que la flottille a offerts au Hamas.

Les profondes divisions géographiques, idéologiques et historiques s’enflamment à l’occasion en violences. Leur mouvement a toujours été divisé, constituant sa plus grande faiblesse. Bien que des mouvements révolutionnaires soient souvent déchirés par le sectarisme, ces divisions sont si profondes que même sans manipulation israélienne, la menace que les Palestiniens posent aux Israéliens en est diminuée. S’ils manipulent, les Israéliens peuvent opposer le Fatah contre le Hamas.

Les Etats arabes et les Palestiniens

La division entre les Palestiniens est aussi reflétée dans les avis divergents parmi ceux qu’on appelait les Etats de la confrontation entourant Israël – Egypte, Jordanie et Syrie.

L’Egypte, par exemple, est directement hostile au Hamas, mouvement religieux dans une mer d’Etats arabes essentiellement laïques. Les racines du Hamas se situent dans le plus grand mouvement islamiste d’Egypte, les Frères Musulmans, que l’Etat égyptien a considéré historiquement comme sa principale menace intérieure. Le régime du président égyptien Hosni Moubarak a pris position fermement contre les islamistes égyptiens et considère l’idéologie du Hamas comme une menace, alors qu’il pourrait se réensemencer en Egypte. Pour cela et d’autres raisons, l’Egypte a maintenu son propre blocus de Gaza. L’Egypte est beaucoup plus proche du Fatah, dont l’idéologie dérive du sécularisme égyptien, et pour cette raison, le Hamas se méfie beaucoup du Caire.

La Jordanie considère le Fatah avec une grande méfiance. En 1970, le Fatah dirigé par Arafat essaya de fomenter une révolution contre la monarchie hachémite en Jordanie. Les massacres qui en résultèrent, appelés ‘Septembre Noir’, coûtèrent la vie d’environ 10.000 Palestiniens. Le Fatah n’a jamais vraiment pardonné Septembre Noir à la Jordanie, et les Jordaniens n’ont jamais vraiment eu confiance dans le Fatah depuis. L’idée d’un Etat palestinien indépendant sur la Rive Occidentale perturbe le régime hachémite, alors qu la population de Jordanie est en majorité palestinienne. Dans le même temps, le Hamas avec son idéologie islamiste préoccupe la Jordanie, qui a eu ses propres problèmes avec les Frères Musulmans. Toute rhétorique mise à part, les Jordaniens sont au mieux mal à l’aise avec les Palestiniens, et en dépit d’années d’hostilité israélo-palestinienne, la Jordanie (et l’Egypte) ont un traité de paix avec Israël, qui se maintient.

La Syrie est beaucoup plus intéressée par le Liban que par les Palestiniens. Son co-parrainage (avec l’Iran) du Hezbollah a plus à voir avec son désir de dominer le Liban que le Hezbollah comme force anti-israélienne. En fait, quand des combats éclatent entre le Hezbollah et Israël, les Syriens deviennent nerveux et leurs tensions avec l’Iran croissent. Et bien sûr, alors que le Hezbollah est anti-israélien, ce n’est pas un mouvement palestinien. C’est un mouvement shiite libanais. La majorité des Palestiniens sont sunnites, et alors qu’ils partagent un objectif commun – la destruction d’Israël – il n’est pas certain que le Hezbollah voudrait le même type de régime en Palestine que le Hamas ou le Fatah. Aussi la Syrie joue au billard à trois bandes avec un mouvement anti-israélien qui n’est pas palestinien, tout en maintenant des relations avec les deux factions du mouvement palestinien.

En dehors des pays de la confrontation, les Saoudiens et les autres régimes de la péninsule arabique se rappellent de la menace constituée par Nasser et l’OLP contre leurs régimes. Ils ne pardonnent pas facilement, et leur soutien au Fatah se produit en pleine conscience de l’influence potentiellement déstabilisatrice des Palestiniens. Et alors que les Iraniens adoreraient avoir de l’influence sur les Palestiniens, Téhéran est à plus de 1.600 km de distance. Parfois les armes iraniennes parviennent aux Palestiniens. Mais le Fatah ne fait pas confiance aux Iraniens, et le Hamas, bien que mouvement religieux, est sunnite alors que l’Iran est shiite. Le Hamas et les Iraniens peuvent bien coopérer sur certaines questions tactiques, mais ils ne partagent pas la même vision.

La main libre d’Israël à court terme et son défi à long terme.

Dans cet environnement, il est extrêmement difficile de traduire l’hostilité à l’égard des stratégies politiques israéliennes en Europe et dans d’autres régions en leviers significatifs contre Israël. Dans ces circonstances, les Israéliens considèrent les conséquences des actions qui suscitent l’hostilité envers Israël de la part des Arabes et du reste du monde comme moins dangereuses que de perdre le contrôle sur Gaza. Plus Gaza devient indépendante, plus elle pose une menace à Israël. La répression de Gaza est beaucoup plus sûre et c’est quelque chose qu’en définitive, le Fatah soutient. L’Egypte y participe, la Jordanie en est soulagée, et la Syrie y est finalement indifférente. Les nations fondent leurs actions sur les risques et récompenses. La configuration des Palestiniens et des Arabes récompense l’assurance d’Israël et apporte peu de récompense à la prudence. Les Israéliens ne voient pas l’hostilité mondiale envers Israël se transformer en une menace significative parce que la réalité arabe l’élimine. Donc soulager la pression sur le Hamas n’a pas de sens pour les Israéliens. Il serait aussi plausible de s’aliéner le Fatah et l’Egypte que de satisfaire les Suédois, par exemple. Comme Israël a moins d’intérêt pour les Suédois que pour l’Egypte et le Fatah, il agit ainsi.

Un seul point résume l’histoire d’Israël et des militants anti-blocus de Gaza : pas un avion égyptien n’a menacé les bateaux de la Marine israélienne, ni aucun bateau de guerre syrien n’a approché le point d’interception. Les Israéliens pouvaient être certains d’une maîtrise totale de la mer et de l’air sans aucune mise en cause. Et cela souligne combien les pays arabes ne disposent pas d’une force militaire qui puisse concurrencer les Israéliens, ni la volonté ou un intérêt d’en acquérir. Là où les forces égyptiennes et syriennes posaient une menace profonde aux forces israéliennes en 1973, aucune menace de ce type n’existe aujourd’hui. Israël a la main totalement libre militairement dans la région ; il n’a pas à tenir compte d’un antagonisme militaire. La menace posée par l’intifada, les attentats suicide à la bombe, les roquettes du Liban et de Gaza, et les combattants du Hezbollah est réelle, mais elle ne menace pas la survie d’Israël de la manière dont l’Egypte et la Syrie l’ont fait autrefois (et les Israéliens considèrent le blocus de Gaza comme réduisant vraiment la menace d’une intifada, d’islamikazes à la bombe et des roquettes). Les acteurs non étatiques manquent simplement de la puissance nécessaire pour parvenir à ce seuil. Si nous cherchons les raisons derrière les actions d’Israël, c’est ce fait militaire singulier qui explique la prise de décision israélienne.

Et alors que la rupture entre la Turquie et Israël est réelle, la Turquie seule ne peut pas mettre une pression suffisante pour rejeter Israël hors de la sphère de l’opinion publique et diplomatique du fait des divisions profondes de la région. La Turquie a l’option de réduire ou de mettre fin à sa coopération avec Israël, mais elle ne dispose pas dans le monde arabe des alliés potentiels dont elle aurait besoin contre Israël. Israël se sent donc à l’abri de la réaction turque. Bien que sa relation avec la Turquie soit significative pour Israël, elle n’est clairement pas assez significative pour qu’Israël abandonne le blocus et accepte les risques de Gaza.

A présent, Israël a la même vision de la part des USA. Alors que les Etats-Unis sont devenus essentiels à la sécurité d’Israël après 1967, Israël est beaucoup moins dépendant des USA aujourd’hui. La quantité d’aide que les Etats-Unis fournissent à Israël a diminué de façon significative à mesure que l’économie israélienne a augmenté. Sur le long terme, une rupture avec les USA serait significative, mais on note avec intérêt que sur le court terme, les Israéliens seraient en mesure de fonctionner très efficacement. Israel fait face cependant à ce problème stratégique : sur le court terme, il dispose d’une liberté d’action, mais ses actions pourraient changer le cadre stratégique dans lequel il opère sur le long terme. La menace la plus significative pour Israël n’est pas l’opinion mondiale ; bien que non négligeable, l’opinion mondiale n’est pas décisive. La menace pour Israël est que ses actions vont générer des forces dans le monde arabe qui en définitive modifieront l’équilibre du pouvoir. Les conséquences politico-militaires de l’opinion publique sont la question clé, et c’est dans ce contexte qu’Israël doit évaluer sa rupture avec la Turquie.

Le changement le plus important pour Israël ne serait pas l’unité entre les Palestiniens, mais un retour de la stratégie politique de l’Egypte vers la position qu’elle tenait avant Camp David. L’Egypte est le centre de gravité du monde arabe, le plus grand pays, et auparavant la force motrice derrière l’unité arabe. C’était la puissance qu’Israël craignait par-dessus toutes les autres. Mais l’Egypte de Moubarak a fait évoluer sa position par rapport aux Palestiniens, et bien plus important, permis à la puissance militaire de l’Egypte de s’atrophier.

Si le successeur de Moubarak choisit de s’aligner avec ces forces et décide de reconstruire la capacité militaire de l’Egypte, alors Israël serait confronté à une équation régionale très différente. Une Turquie hostile alignée avec l’Egypte pourrait accélérer le rétablissement militaire égyptien et créer une menace significative pour Israël. Le parrainage turc de l’expansion militaire syrienne augmenterait encore plus la pression. Imaginez un monde dans lequel les Egyptiens, les Syriens et les Turcs forment une coalition qui ranime la menace arabe sur Israël et les Etats-Unis revenant à leur position des années 1950 quand ils ne soutenaient pas matériellement Israël, et il devient clair que le pouvoir émergent turc associé à une évolution politique du monde arabe représenterait un profond danger pour Israël.

Là où il n’y a pas d’équilibre de la puissance, la nation dominante peut agir librement. Le problème ici est qu’agir ainsi tend à obliger les voisins à essayer de créer un équilibre de puissance. L’Egypte et la Syrie n’étaient pas une menace négligeable pour Israël dans le passé. Il est dans l’intérêt d’Israël de les maintenir passifs. Les Israéliens ne peuvent pas négliger la menace que ses actions peuvent provoquer des processus politiques qui entraînent ces pays à revenir à leur comportement antérieur. Ils se souviennent encore ce que leur a coûté la sous-estimation de l’Egypte et de la Syrie en 1973. La rapidité de la renaissance des capacités militaires est remarquable : rappelez vous que l’armée égyptienne était brisée en 1967, mais en 1973, elle était en mesure de monter une offensive qui provoqua une grande frayeur à Israël.

Les Israéliens ont la main haute sur le court terme. Ce qu’ils doivent calculer est savoir s’ils conserveront cette main haute en poursuivant dans leur direction. La division dans le monde arabe, y compris parmi les Palestiniens, ne peut pas disparaître en une nuit, ni ne peut rapidement générer une menace militaire stratégique. Mais la configuration actuelle du monde arabe n’est pas fixée. Donc, désamorcer la crise actuelle semble être une nécessité stratégique de long terme pour Israël.

Les actions d’Israël ont provoqué des transformations de l’opinion publique régionale et mondiale. Les Israéliens font le calcul que ces actions ne génèreront pas une transformation à long terme dans la posture stratégique du monde arabe. S’ils se trompent à ce sujet, les actions récentes auront été une erreur stratégique significative. S’ils ont raison, alors cela n’est qu’un nouvel incident passager. En définitive, les divisions profondes du monde arabe protègent tout à la fois Israël mais rendent des solutions diplomatiques presque impossibles – vous n’avez pas besoin de combattre des forces aussi divisées, mais il est très difficile de négocier de façon élargie avec un groupe qui manque de toute approche d’une voix unifiée.


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