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1 février 2010 1 01 /02 /février /2010 05:11

DE LA KIPA A LA BURQA

Par Bertrand RAMAS-MUHLBACH

Pour lessakele et aschkel.info

 

Ce 29 janvier 2010, le Premier Ministre français François Fillon a demandé au Conseil d’Etat d’étudier des solutions juridiques pour interdire de la façon la plus large et la plus effective possible, le port du voile intégral islamique en France. Selon lui, « Le port de la burqa, du niqab ou de toute autre forme de voile intégral heurte notre conception républicaine de la vie sociale et n'est pas acceptable dans notre République parce qu'il est le signe d'un repli communautaire, contraire à l'égalité des hommes et des femmes ».

Cette demande termine en fait la mission d’information parlementaire instituée le 23 juin 2009 dont l’objectif était d’établir «un état des lieux de la pratique du port du voile intégral en France» et d’examiner ses «conséquences concrètes dans la vie sociale » ainsi que «son articulation avec les principes de la République française, et, en particulier, celui de la liberté et de la dignité des femmes».

Dans les faits, le phénomène du port de la burqa inquiète les autorités gouvernementales en France comme dans le reste de l’Europe (Belgique, Pays Bas, l’Allemagne, Grande Bretagne, Danemark, Autriche, Espagne), dans la mesure où personne ne sait expliquer s’il s’agit d’une coutume vestimentaire, d’une atteinte à la liberté de la femme, ou encore du signe d’une montée de l’intégrisme islamique en Europe.

Il serait néanmoins intéressant d’examiner un exemple historique assez similaire et de l’utiliser comme point de départ de la réflexion, en l’occurrence les circonstances particulières à l’origine de la création de l’Etat juif en Palestine. Des populations juives installées en Europe ont commencé à affluer, avec leur petite kipa sur la tête, dans la Palestine Ottomane à compter du milieu de XIX°. Elles y ont acheté des terres, construit des synagogues, monté des villes et poursuivi ce processus dans la première moitié du XX° siècle, lorsque la Palestine est passée sous mandat Britannique.

Dans un premier temps, les populations arabes résidantes se sont satisfaites de la manne financière procurée par les ventes de terres à des prix extraordinairement élevés, avant finalement de s’inquiéter du danger créé par le déséquilibre démographique. Elles ont alors demandé aux autorités Britanniques de prendre des mesures pour freiner le processus mais il était déjà trop tard. Par la suite, et face à l’ampleur du massacre des juifs perpétré en Europe lors de la seconde guerre mondiale, les Nations Unies ont finalement décidé de légitimer la création du foyer national juif en Palestine (qui existait dans les faits), par la reconnaissance internationale du processus engagé un siècle plus tôt.

Dans un contexte différent, l’Islam bénéficie également d’un facteur extraordinaire pour s’implanter en Europe, en l’occurrence le mécanisme dit de la « laïcité » en vertu duquel chaque religion est respectée mais relève exclusivement de la sphère privée et de l’intimité de l’individu. En France, c’est la loi du 9 décembre 1905 qui a séparé l’Eglise et l’Etat et figé le principe d’une absence d’intervention de l’Etat dans la religion de l’individu et corrélativement, une absence d’interférence de la religion dans le fonctionnement de l’Etat. L’article 1er de la Constitution du 4 octobre 1958 est ainsi venu affirmer : «la France est une République laïque ».

Il se pourrait néanmoins que ce principe de « laïcité » ne soit finalement rien d’autre qu’un rejet de la dimension spirituelle de l’individu et des valeurs chrétiennes sur lesquelles la France et plus généralement l’Europe se sont construites à savoir, la générosité, l’hospitalité, la compassion... Or, un tel rejet constitue une aubaine pour les populations dans le monde qui viennent s’y établir avec leurs patrimoines culturel et cultuel. Elles y sont accueillies les bras ouverts avec un système social qui leur procure des revenus minimums, un système médical qui prend en charge les dépenses de santé, et des finances suffisamment abondantes pour construire des lieux de prières pudiquement appelés « centres communautaires » pour contourner la loi sur la laïcité et l’interdiction de financer les lieux de culte.

Il est certain qu’en arrivant en Palestine avec leur Kipa sur la tête, les juifs n’ont pas eu la partie si facile : aucune infrastructure dans le désert ne les attendait et il a donc fallu tout créer en quelques décennies pour qu’Israël devienne un Etat performant dans les domaines économique, intellectuel, scientifique, médical, industriel, technologique, chimique…

Le problème est donc celui de savoir si l’Europe doit continuer d’avoir honte de ses valeurs chrétiennes historiques ou si elle doit, au contraire, accepter que l’humanité repose sur une double dimension de l’individu, matérielle et spirituelle. Si par extraordinaire elle arrive à franchir le cap, il sera possible de cerner en quoi la laïcité n’est finalement rien d’autre…. qu’un déni de présence divine.

La France s’est façonnée par ses invasions et son christianisme. Les romains se sont installés dans la Gaule en 52 avant l’ère chrétienne et ont apporté les fondements de notre système juridique. En 476, l’Empire Romain d’Occident s’est effondré en laissant la place aux hordes barbares venues de l’Est. La Gaule a alors été envahie par des tribus germaniques avant que son contrôle ne soit exercé par la tribu des Francs de Clovis qui a chassé les derniers romains en 486. C’est alors sur les fondements chrétiens que la France a pu se construire, avec comme point de départ la conversion de Clovis au catholicisme par le baptême en 496, puis le sacre par le pape de Pépin le Bref en 754, et encore celui de Charlemagne en 800... Le catholicisme s’est alors progressivement imposé comme religion d’Etat.

Si la France entend mettre en avant son identité nationale, elle ne doit pas nier son ancrage chrétien. De la même manière, elle ne doit pas rejeter le fonctionnement duel de l’individu qui est à la fois matériel et spirituel. La religion n’est pas l’opium du peuple mais au contraire un moyen extraordinaire de valorisation de l’individu. Elle est par ailleurs un mode de perception de la présence divine et de sa lecture. De nombreuses femmes en France qui portent la burqa sont de souche française, converties à l’Islam pour y avoir trouvé une paix et une sérénité que la société matérialiste française est incapable de leur offrir. Ne pas prendre en compte cette dimension de l’individu et son appétit spirituel par une affirmation des valeurs morales historiques, fait courir de graves dangers aux pays européens.

Bien évidemment, il ne sera pas possible de renoncer immédiatement au principe de laïcité sans avoir, au préalable, procédé à quelques petits aménagements comme bien faire comprendre à chacun que les porteurs de Kipa ne sont pas collectivement responsables de la mort de Jésus. Par ailleurs, il faudra bien expliquer que l’Islam n’est pas obligé d’embrasser le monde, et ce pour ouvrir une période de tolérance religieuse. Selon toute vraisemblance les personnes athées et incrédules ne devraient pas en être pleinement satisfaites mais on ne pourra pas contenter tout le monde.

Inversement, si les pays européens ne prennent pas la mesure de cette phénoménologie, il s’en suivra une prochaine période de guerre civile, un délabrement moral de la jeunesse sans repères moraux et spirituels et à terme une burqa qui deviendra en Europe le symbole qu’est devenu la kipa en Israël.

DE LA KIPA A LA BURQA

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commentaires

dominique 01/02/2010 07:25


Je pense qu`il a en grande partie raison car si l`occident ne retrouve pas un minimum de spiritualite judeo-chretienne c`est l`Islam qui prendra la place que laisse ce vide spirituel
assourdissant.
Depuis en particulier 68 les occidentaux ont rejete les lois de D.ieu avec une revolte contre les valeurs chretiennes de leurs peres avec le fameux "il est interdit d`interdir" et ont exige de
pouvoir jouir sans entraves.
On voit le resultat avec l`evolution vers une societe de consommation, totalement materialiste hedonistes depourvue de toute recherche spirituelle ou avoir des relations sexuelles avec le plus
grand nombre est devenu la recherche du bonheur de la majorite des francais , ceci d`ailleurs impose aux femmes sous peine d`etre traite de la pire insulte "frigide"ou une grossesse qui entrave un
minimum le plaisir est stoppee sans aucun etat d`ame la plupart du temps avec la pilule qui n`a en rien dimnue le nombre d`avortements qui restent aux environ de 300 000 par an rien qu`en
France.
Avec comme resultat une explosion des familles avec des familles reorganisees ou mono-parentales , de l`homosexualite etc..., l`abandon des vieux parents a leur solitude, l`egoisme sordide des
membres d`une societe qui recourent de plus en plus souvent aux proces pour regler de simples problemes entre eux comme si la communication etait devenue im possible entre les individus
Malheureusement cela a montre aussi combien l`etre humain ne peut pas s`epanouir sans D.ieu et sans ses lois et on a assiste parallelement a cet ecroulement de la spiritualite cad des valeurs
chretiennes a une augmentation du nombre des suicides en particulier en France qui de fille ainee de l`Eglise est devenue celle de l`Atheisme qui va de paire avec le socialo-communisme .
La consommation legale des psychotropes prescrits par les medecins pour essayer de calmer l`angoisse et le spleen des francais a explose car la France est un des pays ou il y a le plus grand nombre
d`athes mais ou la consommation de tranquillisants est aussi la plus elevee au monde.
On ne peut plus dire que les francais respirent le bonheur devant ce tableau .
Devant ce vide total spirituel l`Islam se developpe a toute allure car la Nature a horreur du vide .
Si les francais ne retrouvent pas leurs valeurs chretiennes cad leur ancienne religion il devient evident pour tout le monde que c`est l`islam avec toutes ses derives qui va s`implanter.
Soldjenitsine a prononce un discour marquant pour parler des valeurs de l`Occident dans les annees 60 ou il parlait justement de cette perte de spiritualite dans nos societes occidentales en
particulier americaine mais qui pourrait encore plus etre applique a la France avec les pertes de valeurs et la lachete qui s`y sont installees.
Tout ca pour dire que l`auteur a raison et que si les francais et europeens d`ailleurs ne retrournent pas a leur ancienne Religion c`est vers l`Islam qu`ils iront car comment se battre et etre
suffisament armes spirituellement contre cette ideologie haineuse fachiste qui utilise la terreur mais aussi la takkia, qui est aussi politique que sociale et religieuse et qui n`a qu`un seul but
s`implanter et detruire tout ce qui n`est pas elle qui n`est pas la Oumma
Pour se battre il faut encore croire a quelque chose et etre pret a prendre des risques pour cet ideal.
Qui peut croire que les occidentaux prendront des risques pour continuer a defendre une socete qui ne prevoit que l`hyper-consommation ou la decadence.
Les Hommes ont pu dans l`histoire donner leur vie pour leurt roi, leur pays , leur famille, leur D.ieu mais quand tout ca a disparu?? C`est le vide avec la seule recherche des appetits qui ne peut
pas s`opposer a cet Islam conquerant


Aschkel 01/02/2010 05:30


Inconséquence de leurs considérations.
La kippa me semble t'il n'a pas pour objet, d'avilir de soumettre et de se mettre a l'écart par refus de l'autre.

Elle remémore à l'homme qu'il a un créateur a qui il doit le kavaod, mais il a les pieds aussi sur terre et doit aussi ke kavod a ses semblables.

Quand la burqa n'est qu'un signe de soumission, de refus de l'autre, imposé comme c'est le cas dans les sociétés musulmanes autoritaires, la kippa est le signe d'une élévation spirituelle qui
confirme que l'homme connait sa mission et sa posture


Gad 01/02/2010 05:28


Là où ce type de droit comparé pourrait porter à confusion est qu'il pourrait prêter au relativisme culturel : tout se vaut. C'est d'ailleurs là où la culture laïque (on est tous égaux) prend
nettement le dessus sur la réflexion ou l'éthique juive : où D. ieu (et même le Coran!!!) dit-il qu'une femme doive être soumise et couverte jusque sous le grillage?

En reprenant Bechala'h, le peuple juif traverse la Mer des Joncs pour ne plus être soumise à l'autorité d'un tyran (ou d'un mari!), mais à une Loi qui fonde le libre-arbitre et le vivre ensemble :
tu n'assassineras point, tu ne convoitera pas la femme de ton voisin : c'est--dire, c'est ta liberté et ta responsabilité indissociables qui te permet de maîtriser tes pulsions, pas une bure!
L'Islam même par sa traduction littérale, "soumission" pose un problème, puisque D.ieu, le Destin (Mektoub) a tout prévu et il n'est donc pas question d'en discuter, interpréter, contrairement à
Naassé Vé Nichma : Fais et tu comprendras, c'est-à-dire : appliques, et/mais étudies, comprends ce que tu fais!
Là où on retrouve la "Raison", la Sagesse, contre le mysticisme dévorant...
Ni par la laïcité, ni par la Loi il n'est question d'aliéner, mais de libérer.
On dit (Raphaël Draï) du don de la Torah qu'il constitue la première Constitution Universelle des droits de l'homme, c'est très éloigné des rites et coutumes qu'on appliquerait avec des oeillères!
Sans chercher à en redécouvrir le Sens.
Or, à interroger les femmes à Burqah, on est édifié par l'inconsistance de leurs revendications.


Gad 01/02/2010 05:28


Bonsoir Bertrand,

j'avoue que ce texte m'a quelque peu laissé perplexe, voire que je comprenne qu'il puisse susciter un malaise chez certains lecteurs : d'abord l'Etat laïc n'est pas nécessairement l'état "athée",
mais celui où la souveraineté s'exerce dans l'absence de confusion des pouvoirs entre "l'Eglise" (la Synagogue, la Mosquée, le Temple, la Pagode...) et l'Etat. Chaque citoyen y est, par ailleurs,
libre de ses ancrages privés. Se dire "laïc" ne consiste pas automatiquement à chasser Dieu. Mais à mettre son rapport avec Lui de côté dans celui avec ses semblables QUI NE PARTAGENT PAS LES mêmes
croyances.
D'autre part, même l'exemple historique de l'arrivée des Juifs avec leur Kipa sur la tête en Eretz est quelque peu faussée, dans la mesure où ilsn'accostaient pas nécessairement en fonction de
leurs croyances multiséculaires, mais aussi et peut-être surtout, en fonction des persécutions en Europe, notamment de l'Est : les premières alyots sont le fait des survivants d'Odessa, de Kichinev
et ailleurs, des pogroms tsaristes et bientôt communistes ou anarchistes. Mais le Tsar et ses affidés ne chassaient pas "Dieu", mais les Juifs, ce qui pour eux ne revenaient pas à la même
chose.
Un tel argument introduit une symétrie qui me semble dangereuse, précisément, parce qu'il tendrait à faire accroire que la République laïque "persécute" ces pauvres dames à Burqah, dont on ne sait
si le vêtement a une autre fonction distinctive que son introduction en Afghanistan comme coutume pachtoune, vraissemblablement au XIX ou XXè.
La Kipa, pour peu que les Olim russes en portaient et je ne jurerai pas du fait historique, mais plutôt la casquette prolétaire, de type chapelier polonais, n'a aucune fonction de masquage ou de
dissolution publique de l'identité et iln'y a pas deux Juifs qui se ressemblent sous une même kipa. Et même des tricotées, des noires pour les orthodoxes, chaque kipa en soi est déjà distinctive
d'un courant, d'une origine géographique, etc.
Il n'y a pas absence de visage, refus d'un échange, mais placement sous l'Autorité d'une Entité transcendante au-dessus de soi. Modestie, mais pas effacement de la singularité, des opinions, de la
personnalité.
Et d'ailleurs, historiquement, tout Juif sait qu'elle n'est prescrite nulle part, mais résulte de traditions, l'idée étant d'avoir la tête couverte. La tête, pas le visage!
Rien n'interdit d'ailleurs à la femme qui ne saurait vivre sans, d'aller la porter là où elle appartient pleinement aux us et coutumes : à Kandahar, si telle est l'ampleur de sa "libération" des
mauvaises moeurs d'autrui.
La Burqa pose un problème de sécurité, bien malin celui qui dira que la Kipa aussi, sinon en Israël même où l'on a vu des Palestiniens s'accoutrer en orthodoxe pur et dur pour se dissimuler et se
faire exploser dans une foule juive.
Le Sionisme est d'abord un mouvement d'émancipation du peuple-nation juif(s) pour des raisons historiques marquées. Il devient le Sionisme religieux à partir du mouvement du Rav Kook inventant le
terme d'Alyah en 1907, mais il n'a jamais reposé sur l'obligation d'exhiber sa foi, mais d'appartenir à un même peuple, jusqu'à x ascendants.
Il n'est pas dit que la Burqah puisse jamais prétendre "émanciper" de quoi que ce soit", sinon de la présence insupportable des autres du "vivre-ensemble" dans toute représentation publique. Quant
à chercher Dieu sous la Burqah, cela demeure pour le moins... insondable.


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