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3 février 2010 3 03 /02 /février /2010 17:29

Le Kosovo n'a rien à faire en "Palestine"

Par DAN DIKER 
03.02.10



Relire à ce propos l'excellente analyse de Marc Brzustowski dans la 2ème partie de son Editov du 23/01/2010


Du « processus de paix » à la gestion de conflits et à la prévention des catastrophes ? 2ème Partie
 





Nouvelle série d'allers-retours de l'envoyé américain au Proche-Orient, George Mitchell. Mais un constat s'impose : les dirigeants palestiniens semblent de moins en moins intéressés par la perspective de négociations. Comme le prouvent les récentes déclarations du chef de l'Autorité palestinienne (AP) Mahmoud Abbas : Ramallah ne compte pas revenir à la table des discussions tant que la communauté internationale ne reconnaît pas unilatéralement les lignes de l'armistice de 1949 comme les frontières définitives d'un futur Etat palestinien.

Mahmoud Abbas veut utiliser le précédent du Kosovo. 
PHOTO: JPOST

Il a posé en plus une autre condition : que Jérusalem soit aussi concernée par un gel total des implantations. Abbas sait parfaitement que Binyamin Netanyahou ne peut pas dire oui. Mais le chef de l'AP n'en a cure. Tout comme il est resté de marbre après les concessions du Premier ministre israélien. Netanyahou a reconnu le projet d'un Etat palestinien démilitarisé, un gel de 10 mois des implantations (la plus grande concession dans toute l'histoire d'Israël), la levée de nombreux points de passage à l'intérieur de la Judée-Samarie et l'abandon des poursuites de près de 100 Palestiniens inscrits sur la liste de Tsahal.

Symbole politique

Une raison explique l'obstination d'Abbas. Les Palestiniens veulent s'inspirer de l'histoire des Balkans. Et plus particulièrement de la déclaration d'indépendance unilatérale du Kosovo (ancienne province de la Serbie) en février 2008. Ramallah l'a édifiée en modèle pour la "Palestine". Ces derniers mois, Mahmoud Abbas et son numéro 2 Salam Fayyad ont explicitement fait allusion au Kosovo dans leurs discours.
Mais en réalité, il n'y a aucune comparaison possible. Les juristes internationaux, comme Ruth Lapidot ou l'ancien ministre de la Justice, Irwin Cotler, ont prouvé que la situation palestinienne et celle du pays d'Europe du Sud sont juridiquement et historiquement différentes. Pour Alan Baker, l'ancien conseiller juridique du ministère israélien des Affaires étrangères, une déclaration unilatérale des Palestiniens violerait les précédents accords signés à Oslo ainsi que toute l'armature du processus de paix entre l'AP et Israël.

Mais Ramallah ne se trouble pas devant les incohérences d'une comparaison Kosovo-Palestine. Elle utilise l'ancienne province de Serbie comme un symbole politique pour emporter l'adhésion internationale et aboutir à une déclaration unilatérale d'indépendance dans les "frontières de 1967 avec Jérusalem-Est comme capitale, dont la Vieille Ville et le mont du Temple". Le Kosovo apparaît comme la meilleure carte à jouer pour y parvenir, en particulier avec un président américain qui vient de remporter le prix Nobel de la paix et un processus de paix moribond.
Les "crimes de Gaza" comparés
à ceux de Karadzic

Curieuse coïncidence. En février 2008, la déclaration unilatérale du Kosovo a été prononcée au beau milieu du processus de paix d'Annapolis. Le conseiller d'Abbas, Yasser Abed Rabbo, avait saisi l'occasion : "Nous avons une autre option (que le processus de paix). Le Kosovo ne vaut pas mieux que la Palestine. Nous demandons le soutien des Etats-Unis et de l'Union européenne (UE) pour notre indépendance." Egalement inspiré par les Balkans, le négociateur palestinien Saeb Erekat teste la température internationale à la fin de l'année 2009. "L'Union européenne a reconnu l'Etat du Kosovo. Elle doit faire la même chose pour les Palestiniens", explique-t-il. Un des effets collatéraux de la stratégie palestinienne est la délégitimisation d'Israël que l'Autorité palestinienne s'emploie à diaboliser et à isoler de la communauté internationale. Comme si l'Etat hébreu s'était rendu coupable des mêmes atrocités que celles commises par les leaders serbes, Slobodan Milosevic et Radovan Karadzic.

Le responsable de la justice à Ramallah, Ali Khashan, a ainsi lancé une pétition devant la Cour internationale de justice en 2009, accusant Israël de génocide et de crimes de guerre à Gaza. L'Autorité palestinienne a aussi levé la charge devant le Conseil des droits de l'Homme à Genève avec le rapport faussé de Goldstone, tandis que des centaines de Palestiniens à travers le monde déposent des pétitions devant les cours de Londres et d'autres pays européens pour aboutir à l'arrestation de personnalités politiques israéliennes. Dont les plus importantes : Ehoud Barak ou encore Tzipi Livni. Même Fayyad, le plus modéré, défenseur d'un plan d'indépendance en deux ans sur le modèle du Kosovo s'est prononcé en faveur d'une "Intifada politique". Mais l'Autorité palestinienne a la mémoire courte. Elle oublie qu'au cours de l'opération Plomb durci, elle a collaboré étroitement avec Israël. Et lui a notamment fourni des informations sur le Hamas tout en faisant taire d'éventuelles manifestations de soutien dans les territoires qu'elle contrôle. En parallèle, Tsahal a apporté son aide à Ramallah contre des menaces de coup d'Etat du Hamas en Judée-Samarie.

Double-langage européen

Mais aujourd'hui, le contexte a changé. Abbas, Fayyad et les autres leaders palestiniens flairent une opportunité. Malgré son infaisabilité légale, l'exemple du Kosovo semble être un bon filon. Les Européens ont réagi plutôt favorablement à la thèse palestinienne. En juillet dernier, le haut représentant pour la politique étrangère Javier Solana a provoqué une tempête diplomatique en se prononçant pour un Etat palestinien unilatéral si les négociations échouaient après une "date-limite". L'UE s'est à la suite ravisée. En novembre 2009, Bruxelles s'est prononcé contre une déclaration unilatérale palestinienne. Mais quelques semaines plus tard, le ministre des Affaires étrangères suédois, Carl Bildt, présentait une résolution qui présente Jérusalem-Est comme capitale de la "Palestine".

L'UE a fini par prendre ses distances avec le texte. Mais les Etats européens restent divisés sur la question de la Ville sainte et certains encouragent les Palestiniens à prononcer leur indépendance. Par ailleurs, le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a apporté son soutien à un projet de résolution palestinien imposant les lignes de l'armistice de 1949 comme frontières d'un futur Etat palestinien. La nouvelle administration américaine donne aussi du grain à moudre pour la balkanisation de la "Palestine". Le précédent président, George W. Bush, a toujours refusé de comparer les territoires palestiniens au Kosovo. La donne a changé avec Barack Obama qui tend l'oreille. Son discours prononcé en septembre 2009 devant l'Assemblée générale de l'ONU s'en fait l'écho. Il s'est inspiré du langage de la Feuille de route de 2002 pour "mettre un terme à l'occupation qui a commencé en 1967". Tout en faisant l'impasse sur d'autres points, comme le droit d'Israël à la sécurité et à des frontières défensives, évoqués dans les résolutions 242, 338, dans le processus de Madrid de 1991, les accords d'Oslo de 1993, et dans la lettre de Bush en 2004.

Dans ce contexte, Israël a des raisons de s'inquiéter. La "stratégie du Kosovo" exige de repenser la stratégie diplomatique de l'Etat hébreu. Ce dernier veut aboutir à une solution négociée mais s'oppose à toute déclaration unilatérale et à une partition de Jérusalem. Israël doit souligner son besoin vital de frontières défensives en Judée-Samarie, explicité dans la résolution 242 du Conseil de sécurité de l'ONU. Le pays doit avant tout garder le contrôle de la vallée du Jourdain qui surplombe les grandes villes israéliennes et l'aéroport Ben Gourion. Itzhak Rabin l'avait souligné dans son dernier discours à la Knesset en octobre 1995. Israël doit enfin s'opposer vigoureusement à toute tentative de comparaison avec le Kosovo. C'est le seul moyen d'éviter la "balkanisation" d'une région déjà dangereuse pour l'Etat hébreu.

L'auteur est un analyste réputé du Centre de Jérusalem pour les Affaires publiques (Jerusalem Center for Public Affairs).

 

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