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20 janvier 2010 3 20 /01 /janvier /2010 12:57

Les vrais sauveurs des Juifs soviétiques ?

Par SHEILA SILVER 
18.01.10

.jpost.com


Quarante ans ont passé depuis les premières manifestations de l'Union nationale des étudiants israéliens, organisées à l'Université hébraïque de Jérusalem par une poignée de meneurs déterminés. Des manifestations qui ont servi de catalyseur, poussant le gouvernement israélien et l'Agence Juive à initier la campagne mondiale en faveur des Juifs soviétiques. Mais, comme toujours, les véritables héros restent dans l'ombre, et d'autres s'attribuent le mérite de l'affaire. "La réussite a de nombreux parents, mais l'échec est orphelin", disent les Américains. Or cette histoire compte sans doute parmi les plus belles réussites de notre temps.
En mai 1969, Yona Yahav, étudiant à l'Université hébraïque de Jérusalem et président de l'Association nationale des étudiants israéliens, suggère à Zvi Raviv, un autre étudiant, de créer un comité de soutien aux Juifs d'URSS, qui subissent des persécutions. Devant la surprise de Raviv, qui ignore tout du problème, Yahav lui propose de rencontrer un nouvel immigrant russe à Tel-Aviv.

“Laissez sortir mon peuple” : tel est le slogan inscrit sur les pancartes brandies, à travers le monde, dans toutes les manifestations contre le traitement infligé par l’URSS aux Juifs. 
PHOTO: JPOST

Raviv accepte, à condition qu'ils n'y passent pas toute la soirée et qu'ils aillent retrouver des amis ensuite. Ils se rendent donc dans la métropole côtière où ils rencontrent Dov (Boris) Sperling. Ce que leur relate ce dernier sur la situation des Juifs d'Union soviétique les stupéfie à tel point qu'ils en oublient l'un comme l'autre les amis qui les attendent. Sperling leur raconte des histoires de persécution et de départ en exil vers la glaciale Sibérie, à bord de longs trains, des histoires qui réveillent chez les deux auditeurs le souvenir hérité d'une époque pas si lointaine où l'on persécutait les Juifs et où on les conduisait dans des wagons à bestiaux vers les chambres à gaz.

De retour à Jérusalem, les deux jeunes gens réfléchissent à ce qu'ils viennent d'entendre : ils en arrivent à la conclusion que ces récits renferment une grande part d'exagération. Aussi passent-ils plusieurs semaines à se documenter sur le sujet et à vérifier chacun des détails fournis par Sperling. Ils doivent se rendre à l'évidence : Sperling n'a rien inventé. Il n'a dit que la vérité.

Mais que fait l'Etat ?

Une question se pose alors à eux : pourquoi le gouvernement israélien, qui ne peut ignorer la situation, ne cherche-t-il pas à la faire connaître et se contente-t-il de timides actions sans impact et de démarches diplomatiques courtoises ?

Conscients de l'extrême nécessité de sauver les Juifs d'URSS, Raviv et Yahav initient un mouvement à l'Université hébraïque. Ils défilent à la tête de manifestants porteurs de pancartes qui proclament : "Laissez sortir mon peuple !", faisant écho aux paroles bibliques de Moïse, soucieux de libérer les enfants d'Israël.
En apprenant leur intention d'interrompre les cours une heure durant et d'appeler l'ensemble des étudiants à protester, le recteur de l'université s'alarme et appelle Raviv à son bureau. Il lui explique qu'il est interdit de manifester dans l'enceinte du campus et de troubler l'organisation des cours. La grève d'une heure doit donc être annulée.

Sans se démonter, Raviv lui répond que si l'université interdit la manifestation, le corps étudiant se mobilisera pour faire grève une journée entière. De mauvaise grâce, le recteur se résigne donc à tolérer la manifestation d'une heure. Celle-ci est retransmise à la radio, dans la très populaire émission Bahatzi Hayom, et attire l'attention du Shin Bet. Les Services généraux de sécurité israéliens contactent les trois leaders (Avi Plaskow s'est joint aux deux premiers) pour les encourager à renoncer à leur mouvement de protestation.

Les trois jeunes gens ne se laissent pas intimider, bien au contraire, et demandent un entretien au chef du gouvernement. A leur grande surprise, Golda Meïr leur accorde un rendez-vous de 20 minutes. C'est ainsi que Raviv, Yahav et Plaskow se retrouvent dans le bureau du Premier ministre, qui leur explique que le gouvernement a choisi la voie diplomatique douce pour venir en aide aux Juifs d'URSS. Faire trop de vagues mettrait en danger les Juifs vivant sous le régime communiste, explique Golda Meïr. Puis elle les reconduit poliment vers la sortie, convaincue que ses paroles ont fait mouche. Elle se trompe.
"Mme Meïr", lui déclare Raviv, "nous allons continuer à manifester, à brandir des pancartes et à envoyer des cartes postales, parce que, dans vingt ans, quand j'aurai des enfants et qu'ils me demanderont ce que j'ai fait pour sauver les Juifs d'Union soviétique, je veux pouvoir leur répondre. Contrairement à la génération de mon père, qui n'a rien fait et a vu mourir six millions de Juifs."

- Vous ne connaissez pas notre histoire, jeune homme, rétorque Golda Meïr, surprise par tant d'insolence. Nous avons envoyé des parachutistes en Europe.
- A la vérité, Madame, je suis étudiant en histoire. Nous avons envoyé 37 parachutistes, dont la majorité n'a pas réussi à échapper à l'ennemi, répond Raviv.
- A l'époque, nous n'avions pas de pays, se défend Golda Meïr.
- Certes, mais maintenant, nous en avons un, riposte Raviv.
D'une mentalité
de diaspora vers la conscience d'un Etat

Ce jour-là, dans le bureau du Premier ministre d'Israël, Raviv, à son grand désarroi, vient de s'apercevoir qu'il ressent la même angoisse qu'ont dû éprouver, avant lui, ceux qui se sont levés pour résister en tant que Juifs. Apparemment, vingt ans après la Shoah, et presque autant pour la création de l'Etat, Golda Meïr n'avait toujours pas assimilé que la mentalité de diaspora n'était plus de mise. Les paroles de Raviv vont lui en faire prendre conscience.

Golda Meïr reconduit alors les trois jeunes gens dans son bureau. Là, elle leur pose des centaines de questions sur la stratégie à adopter, la faisabilité de l'entreprise, et commence à réfléchir sur les façons d'éduquer et d'assimiler un nombre d'immigrants potentiels aussi considérable. Pour chacune de ses questions, Yahav (aujourd'hui maire de Haïfa) sort des dossiers remplis de chiffres et de propositions. Au lieu des 20 minutes initialement allouées, les trois étudiants restent près d'une heure et demie avec le Premier ministre.

En sortant, plus que jamais convaincus que leur houtzpa était justifiée, Raviv, Yahav et Plaskow comprennent à quel point Golda Meïr les a pris au sérieux lorsqu'ils découvrent les visiteurs qui, à bout de patience, attendent à la porte : Yigal Allon, vice-Premier ministre, et Zvi Zamir, chef du Mossad, quelque peu surpris de voir ces trois étudiants quitter le bureau en aussi bons termes avec le Premier ministre. Trois jours plus tard, la secrétaire personnelle de Golda Meïr, Adi Yafé, appelle Yahav pour informer l'organisation estudiantine que le Cabinet s'est réuni en session extraordinaire : il a voté pour "rendre public" le combat en vue de sauver les Juifs soviétiques et de les ramener à la maison.
Par la suite, le Premier ministre accepte d'apparaître sur une scène en compagnie d'anciens refuzniks et de plaider publiquement pour l'aliya des Juifs d'URSS. Le gouvernement la suit, tant sur le plan diplomatique et financier qu'émotionnel.


La campagne devient alors mondiale. Les différentes communautés et organisations juives commencent à faire pression sur le gouvernement soviétique, sous la banière : "Laissez sortir mon peuple !". Au programme : organisation de manifestations silencieuses à l'occasion des événements culturels russes, envoi de cartes postales aux ambassades d'Union soviétique pour exiger la liberté de quitter le pays, sans parler du merveilleux mouvement que lance la SACSJ (Student and Academic Campaign for Soviet Jewry) à Londres, "Hands accross the Embassies".


D'une campagne nationale à un éveil international

En 1977, avec le Keren Hayesod, Raviv organise la première mission de jeunes dirigeants de communautés de30 pays, le "Yahdav". A cette occasion, il rencontre Avital Sharansky, qui lui parle de son mari emprisonné : il sera exilé en Sibérie sous peu. Raviv l'invite à s'exprimer devant le Yahdav, et lui offre ainsi sa première tribune internationale. L'épouse d'Anatoly (Natan) Sharansky fera par la suite des centaines de discours à travers le monde et sa détermination à obtenir la libération de son mari deviendra le symbole de la lutte en faveur de tous les Juifs soviétiques.
Raviv, de son côté, milite lui aussi à travers le monde. Son objectif : éveiller les consciences sur les souffrances des Juifs d'URSS et recueillir de l'argent pour favoriser leur venue en Israël. Les pancartes "Laissez sortir mon peuple" surgissent un peu partout dans des manifestations aux quatre coins
du globe. Un lobbying de diplomates de nombreux
pays encourage la perestroïka (reconstruction russe). Progressivement, les Juifs russes obtiennent le droit de partir en Israël. Le rêve devient réalité en 1990, quand ils arrivent à Ben Gourion, non plus au compte-gouttes, mais par flots successifs : plus d'un million d'entre eux acquièrent la nationalité israélienne, tandis que plus de 500 000 autres deviennent des citoyens libres de divers autres pays.

En 1991, Raviv se rend à Moscou avec un groupe de dirigeants du Keren Hayesod. Sur la place Rouge, il sort de sa poche un immense drapeau d'Israël, qu'il déploie. Le groupe se fait fièrement photographier à deux pas du Kremlin, sans se douter que l'homme qui vient de sortir le drapeau est celui qui a déclenché, en Israël, tout le processus de libération des Juifs soviétiques. Un touriste américain qui passe par là lance à sa femme : "Cette fois, j'aurai tout vu !"
Un grand nombre de personnes à travers le monde ont œuvré avec zèle et dévotion pour faire connaître au grand public le calvaire des Juifs d'URSS et il est impossible de les citer tous. Toutefois, il existe aujourd'hui en Israël un petit groupe d'initiateurs qui méritent une reconnaissance. Grâce à eux, notre petit pays s'est agrandi et enrichi de gens de valeur, scientifiques, médecins, artistes, et de toute une génération nouvelle d'Israéliens.

Ces initiateurs, ce sont ces trois étudiants qui, par une journée d'octobre 1969, avec une bonne dose de houtzpa et forts du souvenir de l'impensable désastre qui s'était abattu sur le peuple juif, à peine plus de 20 ans plus tôt, ont mis en branle la roue de l'Histoire.

Mais en fin de compte, les vrais héros de cette aventure, ce sont les centaines de Juifs d'URSS qui furent les fers de lance du combat. Ces hommes qui se sont levés au péril de leur vie pour parler au nom de tous les Juifs soviétiques, afin de pouvoir réaliser leur rêve : être un jour reconnus en tant que Juifs et jouir du droit de pratiquer leur judaïsme en toute liberté et, surtout, d'émigrer en Israël, de rentrer à la maison. 

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