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18 avril 2011 1 18 /04 /avril /2011 10:18

 

Quand les experts occidentaux font de graves erreurs sur le monde arabe…Interview de Dore GOLD


 

De nombreux obstacles demeurent dans la transition des pays arabes vers la démocratie - hamodia

Géo-politologue spécialisé dans les affaires proche-orientales, ex-représentant d’Israël à l’ONU à la fin des années 1990 et auteur de nombreux livres et études détaillées sur le conflit israélo-arabe, Dore Gold est un expert de renommée mondiale. En faisant un premier bilan de l’énorme vague de soulèvements qui a déferlé dans le monde arabe depuis la Tunisie et qui s’est propagée en Égypte, au Yémen et au Bahreïn, puis en Jordanie, en Libye et maintenant en Syrie, il met en exergue la nécessité incontournable pour Israël d’analyser sur le fond ce processus complexe afin de pouvoir élaborer une politique cohérente à son égard.

-Hamodia : Le processus de bouleversements auquel on assiste aujourd’hui dans le monde arabe serait-il la première étape d’une réelle « transition vers la démocratie » ?

-Dore Gold : Comme Israël demeure à ce jour la seule démocratie dans un Proche-Orient toujours composé de régimes despotiques, de monarchies héréditaires ou bien de dictatures, il est clair que notre pays aurait un intérêt évident à voir les États voisins adopter un jour de véritables valeurs démocratiques leur permettant de transformer véritablement leurs structures nationales. Car c’est en fait bel et bien le manque radical de démocratie dans le monde arabe qui a contribué ces dernières décennies à entretenir et perpétuer le conflit israélo-arabe. 
Voilà pourquoi Israël suit avec une certaine préoccupation les troubles en cours dans presque tout le monde arabe, non sans redouter que cette instabilité - qui pourrait devenir chronique et s’étaler sur de longues années - ne génère en définitive des régimes encore beaucoup plus hostiles que les précédents. Même si, paradoxalement, il semble clair que c’est en fait l’absence de démocratie dans cette région si tumultueuse qui a fortement contribué à encourager l’hostilité face à l’État hébreu… 

-Comment expliquez-vous ce phénomène éminemment paradoxal ?

- Il existe dans presque tous les pays arabes une véritable « crise de légitimité » de leurs leaderships respectifs qui a exercé une grande influence sur la marche des événements régionaux. En effet, comme la quasi-totalité des dirigeants arabes exerçant le pouvoir n’ont jamais été élus par des élections authentiquement démocratiques, le problème se pose de savoir comment et pourquoi les diverses sociétés et populations ont accepté leur règne et, grosso modo, ont respecté les lois et décrets qu’ils édictent… Dans le cas des différents régimes militaires établis aussi bien en Égypte qu’en Syrie et en Irak, et en dépit du fait qu’ils ont réussi à mobiliser une bonne partie de leur opinion publique sur des objectifs « dérivés » leur ayant apporté un certain soutien populaire - comme la nécessité de « l’union arabe » et, bien sûr, la lutte contre Israël ! -, ces despotes ont pu détenir longtemps les rênes du pouvoir essentiellement grâce aux services efficaces de répression et de prévention policières de leurs « Mu’habarat » - les sinistres « polices secrètes » - arrêtant, torturant et même faisant disparaître en silence les moindres opposants sérieux à leur régime. 
Une stratégie politique qui s’est avérée tout spécialement vitale en Syrie et en Irak, deux pays despotiques aux populations peu homogènes et depuis longtemps gouvernés par des régimes minoritaires détestés, considérés en fait « illégitimes » par une bonne majorité de leur propre opinion publique… Or c’est une évidence que jusqu’au renversement de Saddam Hussein, l’Irak et la Syrie ont été les pays les plus extrémistes de la région !

-Vous voulez dire que ces dictateurs utilisent le conflit israélo-arabe comme une sorte de « bouc émissaire » pour détourner les préoccupations intérieures vers le même ennemi extérieur ? 

-Tout à fait ! Relisez ce que le président syrien, Bachar al Assad, avait déclaré en janvier dernier au Wall-Street Journal, à savoir qu’il n’y aurait pas de troubles en Syrie semblables à ceux intervenus en Égypte, tout simplement parce que son régime a systématiquement refusé pendant des décennies de nouer des liens diplomatiques étroits avec Israël comme l’avait fait Hosni Moubarak. En d’autres termes, Assad a ici explicitement reconnu que le maintien de l’hostilité contre Israël est bel et bien un alibi ou un « filet de sécurité politique » pour les régimes arabes qui permet en fait à leurs despotes de rester au pouvoir !
D’autant que cette haine entretenue contre Israël - comme autrefois la haine du Juif dans les sociétés médiévales occidentales - leur a toujours permis de détourner l’attention de leurs citoyens, se faisant beaucoup moins portés à critiquer leurs gouvernements. N’était-ce pas ainsi Mouammar Kadhafi qui avait appelé voilà quelque temps les « Palestiniens en exil » à envahir les côtes israéliennes et à initier ainsi une « crise mondiale », une diversion délirante qui lui a servi de dérivatif face aux appels constants lancés dans son propre pays pour de véritables réformes politiques !? Nous devrions créer une crise mondiale » a-t-il dit clairement. 
Voilà pourquoi, bien que l’avènement de la démocratie dans le monde arabe serait un pas en avant très positif susceptible d’aider à résoudre le conflit avec Israël, la période de transition vers de tels changements de régime est forcément truffée de nombreux problèmes et de graves questionnements... 

-Vous faites allusion aux forces anti-démocratiques et islamistes intégristes très actives dans bien des pays de la région… 

- C’est un fait que le monde arabe grouille de forces anti-démocratiques qui comptent utiliser - d’ailleurs une seule et unique fois ! - les élections démocratiques pour s’emparer du pouvoir… et supprimer aussitôt la démocratie. Ainsi en Égypte, le mouvement des Frères musulmans ne cesse depuis les années 1990 d’accroître son influence dans le parlement égyptien mais, sans trop vouloir s’appuyer jusque-là sur les rouages pseudo-démocratiques en vigueur à l’époque de Moubarak. 
Voilà pourquoi le recours apparemment salvateur à des « élections libres » sans transformation démocratique réelle de la société et sans engagement authentique de larges secteurs de l’opinion pour la démocratie et la paix pourrait donner des résultats totalement opposés à ce que certains « experts » occidentaux persistent à croire aujourd’hui…
Ainsi, c’est bien un scrutin législatif - démocratiquement organisé sous l’aval de l’administration américaine de l’époque dirigée par G. W. Bush - qui a porté en 2006 le Hamas au pouvoir à Gaza ! Or galvanisé par son triomphe électoral, le mouvement islamique intégriste a ensuite intensifié deux ans durant ses tirs à la roquette et au mortier contre les localités du sud d’Israël. Et ce, jusqu’à ce que l’opération « Plomb durci » menée par Tsahal en décembre 2008 n’y mette fin provisoirement. 
De la même manière que dans l’Histoire, les démocraties occidentales ont toujours cherché à se protéger efficacement contre les forces antidémocratiques existant en leur sein, cela devrait aussi être le cas dans le monde arabe… En clair, cela signifie que pour promouvoir un passage assuré de ces pays vers la démocratie, il faudra convenir partout de critères préalables, précis et adaptés définissant la participation aux élections !
Or on n’a pas toujours le sentiment que les Occidentaux - aussi bien leurs décideurs que leurs experts - se soucient de ces nécessaires précautions à prendre dans le monde arabe…

-En définitive, vous semblez donc assez pessimiste sur les chances d’avènement de démocraties véritables au Proche-Orient

- Dans un domaine aussi décisif pour l’avenir, la sécurité et la stabilité de toute la région, il faut toujours aller sans cesse au fond des choses et ne jamais faire l’économie d’analyses précises et documentées, en tous cas sans recourir à la pensée auto-suggestive ou « politiquement correct » !
Si bien qu’en dépit de l’approche apparemment assez prudente d’Israël sur ce début de transition vers la démocratie dans une partie du monde arabe, son apparition et son expansion constituent en soi un développement éminemment positif. Du moins tant que l’émergence, encore assez hypothétique de ces démocraties ne risque pas d’être purement et simplement balayée par des groupes hostiles à la démocratie, implantés à l’intérieur et à l’extérieur de ces pays - comme c’est hélas déjà le cas en Égypte avec les Frères musulmans. 


Quand les experts occidentaux font de graves erreurs sur le monde arabe…

 

« En Europe et aux États-Unis, souligne Dore Gold, on a hélas bien trop tendance à négliger l’importance des desseins véritables des groupes extrémistes et radicaux comme le Hamas et son organisation-mère, les Frères musulmans. Ainsi, James Clapper, le haut responsable des renseignements nationaux américains, n’a-t-il pas stupéfait son auditoire en déclarant en février dernier que l’appellation ‘Frères musulmans’ constitue ‘un simple terme générique concernant en fait une nébuleuse de mouvements non-violents et largement laïcs’ ! Il a aussi considéré que l’organisation terroriste Al Qaïda n’est qu’« un détournement de l’Islam authentique »… 
Or, rappelle Gold, le guide suprême actuel des Frères musulmans, Mohammed Badi, a ouvertement fait l'éloge du Djihad contre l’Occident et Israël dans ses derniers discours publics prononcés après son récent retour en Égypte. « Et, ajoute-t-il en réfutant Clapper, la plupart des chefs de Al Qaïda, comme Khaled Cheikh Mohammed - le principal responsable du méga-attentat du 11 septembre 2001 contre les tours-jumelles de New York -, n’est-il pas issu des Frères musulmans !? ». 
« Dans ces conditions, conclut Gore Gold non sans un certain désarroi, si un ‘expert’ comme ce Clapper peut prodiguer des conseils aussi peu avisés au président Obama, il ne sera guère surprenant de voir sous peu la Maison Blanche avaliser la participation des Frères musulmans dans le futur gouvernement égyptien. Une pseudo-analyse qu’Israël ne peut en aucun cas accepter ! ». 

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