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7 janvier 2010 4 07 /01 /janvier /2010 16:29

Saïd Montazeri: «J'espère qu'on évitera un bain de sang»


 


Le décès le 19 décembre, à l’âge de 87 ans, du grand ayatollah dissident Montazeri a valu à l’Iran les manifestations les plus violentes depuis les élections contestées de juin 2009. Acteur de la révolution de 1979 et cheville ouvrière de la Constitution, Hossein Ali Montazeri passait pour le successeur de l’ayatollah Khomeiny. Mais, pour avoir critiqué la sanglante répression politique et culturelle, il fut écarté du pouvoir en 1989 et assigné à résidence dans sa ville de Qom. Les obsèques de cet infatigable défenseur des droits humains ont débouché, à Téhéran, Tabriz, Ispahan et Qom, sur un nouveau mouvement de protestation contre le régime du président Ahmadinejad. Il y eut plusieurs morts parmi les manifestants qui, pour la première fois, répliquaient par la violence aux attaques des forces de l’ordre. Pour Saïd Montazeri, 47 ans, fils du défunt ayatollah et lui-même érudit en religion avec le titre de hodjatoleslam, il est clair que «ça ne peut plus durer longtemps ainsi».

 

Saïd Montazeri, nous vous joignons sur votre téléphone cellulaire. Où êtes-vous ? Aux arrêts domiciliaires ?

 

Je suis à Qom, dans ma maison, à côté de celle de mon père. Officiellement, ma liberté de mouvement n’est pas restreinte mais je trouve parfois des carreaux de fenêtres brisés. Ce sont sans doute des sbires du régime qui me provoquent. Le bureau de mon père est sous la surveillance étroite d’agents de sécurité.

 

Avez-vous au moins pu ensevelir dignement votre père qui fut un des guides spirituels les plus respectés d’Iran et le mentor des mouvements d’opposition ?

 

Les forces de sécurité ne se sont retirées que durant les 24 heures qui ont suivi sa mort. Tout de suite après les obsèques, elles se sont mises à faire du grabuge autour de la maison de mon père et à le vilipender à grands cris.

 

Qui étaient ces gens ? Des soldats en uniforme, des policiers ?

 

Non, les hommes en uniforme se sont bornés à regarder. Les auteurs de violences sont des miliciens bassidjis envoyés par le régime. Mais ce fut aussi la première fois qu’on entendit à Qom des contre-manifestants crier «Mort au dictateur». Ça ne peut plus durer longtemps ainsi.

 

Le septième jour après le décès de votre père, un jour de deuil officiel, coïncidait avec la fête chiite de l’Achoura. Ce fut l’occasion, à Téhéran et ailleurs, de grandes manifestations qui ont fait au moins huit morts…

 

Les organes du régime sont responsables de ces morts.

 

Mais, parmi les manifestants, on a aussi noté une disponibilité nouvelle à la violence. Ils ont incendié des véhicules de police, attaqué des bassidjis.

 

Les gens simples n’ont pas d’intérêt à réduire des biens en cendres. Ils voulaient manifester en faveur de leurs intérêts légitimes. Ils ont été provoqués par l’Etat.

 

Votre père, qui plaidait pour une opposition non violente, aurait-il aussi vu les choses ainsi ?

 


Grand Ayatollah Montézari
 

Bien sûr. Mon père n’a pas cessé de condamner les débordements de l’Etat et affirmé qu’il existait un droit et même un devoir religieux de s’opposer aux potentats qui abusent de leur pouvoir. Pour l’avoir dit, il a sacrifié des années de sa vie. Même si sa mort est due à une défaillance cardiaque, le régime en est coresponsable, et pas seulement pour l’avoir harcelé: mon père a été très éprouvé par ce que ce régime a fait aux gens ces derniers mois.

 

Sur la fin, votre père donnait-il encore une chance à la République islamique ? Croyez-vous que cet Etat théocratique a de l’avenir ?

 

Peu importe la forme de notre futur ordre social: ce peut être une république islamique, une république laïque et, quant à moi, même une monarchie. Ce qui compte, c’est que les gens vivent dans la liberté et le bienêtre, qu’ils soient libres de leurs mouvements, que leur voix soit entendue.

 

Une telle ouverture est-elle envisageable sous la férule du guide suprême Ali Khamenei ?

 

Difficile à dire. Les responsables devraient commencer par s’excuser pour les crimes commis ces derniers mois. Ce serait la condition préalable à la survie de la République islamique. Et, après le retrait d’Ahmadinejad, la présidence devrait être attribuée au candidat qui a obtenu le plus de voix aux dernières élections: Mir Hossein Moussavi.

 

Vous faites confiance à Moussavi pour ce poste ? Cet ex-premier ministre n’est-il pas lui aussi un homme du passé ?

 

Moussavi n’a jamais prétendu être l’instigateur du mouvement. Pour ce qui est de l’avenir de notre pays, il faudrait constituer un conseil dont feraient partie, aux côtés de Moussavi, le religieux de l’opposition Mehdi Karoubi, ainsi que le très estimé ex-président réformiste Mohammad Khatami. L’ancien président Rafsandjani devrait en être aussi. Ce sont des amis, je partage leurs positions. Moussavi et Karoubi ont pris part aux obsèques de mon père et m’ont rendu une visite de condoléances non politique. Quant à mon rôle, je le vois comme militant des droits de l’homme plus que comme politicien actif.

 

Peut-on encore séparer ces deux rôles ?

 

Vous avez raison, dans l’Iran d’aujourd’hui c’est devenu difficile. De nos jours, qui que vous soyez, vous êtes politiquement impliqué. Aux avant-postes, quand les choses dégénèrent, on trouve surtout des jeunes, étudiants et travailleurs. Mais lors des manifestations pacifiques on voit des gens de toutes les couches sociales, de tout âge, hommes et femmes, religieuses ou occidentalisées. Moussavi et Karoubi parlent la langue d’une partie de l’opposition.

 

On a pourtant le sentiment qu’ils ont emboîté le pas aux manifestations. Ne sont-ils pas les figures de proue de l’opposition ?

 

Moussavi et Karoubi ont toujours souligné qu’ils ne représentaient pas tous les déçus. Et ils refusent la violence. Mes amis et moi insistons toujours pour que les gens apprennent la patience. On ne résout pas un problème comme le nôtre en un jour. Mais quand des jeunes gens sont confrontés au spectacle de leurs amis tabassés en pleine rue, arrêtés ou même abattus, toute tentative de les rappeler à la modération devient illusoire. Franchement, je trouve cela compréhensible même si je n’approuve pas.

 

Le neveu de Moussavi, Seyed Ali, 43 ans, a été abattu pendant les manifs de l’Achoura. En sait-on davantage ?

 

Il ne faut pas croire qu’il est mort d’une balle perdue. Il s’agit indubitablement d’une action concertée. Nous avons appris de diverses sources que cet acte avait été planifié de longue date par des organes de l’Etat avant d’être mis en œuvre. On peut y voir une sorte de dernier avertissement à Moussavi. Je ne suis pas devin, je ne saurais donc dire s’il sera lui aussi abattu un jour ou si le régime va l’arrêter. Les conséquences seraient catastrophiques.

Pourquoi ?

 

Les processus historiques s’accompagnent de souffrances et de victimes. Beaucoup de gens sont arrêtés, torturés, exécutés. Beaucoup perdent leur famille. Ce n’est qu’au terme de tels développements sanglants que l’on peut jauger le résultat.

 

Vous vous attendez à un bain de sang ?

 

J’espère qu’on l’évitera. J’espère toujours que les dirigeants auront la sagesse d’accepter des compromis et emprunteront le chemin d’une réconciliation nationale. S’ils ne le font pas, dans un an ma patrie sera dans une situation bien pire qu’aujourd’hui.

 

Dans un an, Ahmadinejad sera-t-il encore président, Khamenei encore guide suprême ?

 

Ahmadinejad n’est pas fait pour être président…

 

… Mais pour quoi ?

 

Plutôt pour être le maire d’une petite ville. Quant à Khamenei, je ne veux pas commenter. Mais mon défunt père était convaincu qu’il ne possédait pas les qualifications pour ce poste.

 

En vous exprimant si librement, vous risquez l’arrestation. N’avez-vous pas peur pour vous-même et la sécurité de votre famille ?

 

J’ai déjà été souvent en prison, la dernière fois 325 jours à l’isolement. Je n’ai pas peur. Qu’ils m’arrêtent! Qu’ils viennent s’ils le veulent!

 

Sources:
- texte original: 
Dieter Bednarz & Erich Follath, Der Spiegel - mardi 5 janvier 2010
- traduction et adaptation: Gian Pozzy, L'Hebdo - jeudi 7 janvier 2010 

 http://www.cicad.ch/ 


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