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23 février 2010 2 23 /02 /février /2010 22:06
Trois merveilleux récits de POURIM



universtorah

 


1. Le complot  

 

Pourim étant le nom de la fête de notre délivrance du cruel Hamane, il a été également donné à d'autres délivrances miraculeuses dont bénéficièrent, à des époques 
et en des lieux différents, certaines communautés ou même des familles juives. 
Celui qui nous allons vous conter ici est l'un d'eux.

 




Ferdinand II d'Aragon, Le roi d’Espagne
Dans le royaume d'Aragon en Espagne, régnait jadis un puissant monarque. Son pouvoir s'étendait à de nombreuses villes où vivaient beaucoup des Juifs. 

Aussi ceux de Saragosse, capitale du royaume, ne manquaient-ils pas de témoigner au souverain leur reconnaissance chaque fois qu'ils le pouvaient. 

Défilait-il avec toute sa suite à travers la ville et dans le quartier juif à l'occasion d'une fête, les notables de la communauté allaient au-devant de lui, portant les beaux étuis qui contenaient habituellement les Sifré-Tora, lesquels pour la circonstance en étaient retirés et laissés dans la Synagogue. 

Ces marques d'honneur donnaient beaucoup de satisfaction au roi, et tout eût été pour le mieux si, dans l'entourage de ce dernier, ne se trouvait un homme dont la haine pour les juifs était si grande qu'il supportait mal l'amitié que leur témoignait son maître. Marcus - c'était son nom - cherchait un moyen qui discréditerait les Israélites et, du même coup, le ferait bien voir du souverain. 

 
Inquisiteurs Dominicains
Un jour, il se trouva qu'il apprit que ceux dont il voulait la perte allaient, en cette occasion spéciale, à la rencontre du roi portant des étuis vidés préalablement de leur contenu. 

C'était le prétexte qu'il cherchait et le révéla à son maître. 

Celui-ci n'était pas méchant, mais la finesse d'esprit lui faisait malheureusement défaut. 

Le persuader que les juifs agissaient de la sorte afin de se moquer de lui ne fut pas une tâche malaisée pour le rusé Marcus. 
Le roi entra dans une grande colère. Le moment était on ne peut plus propice ; le courtisan lui suggéra de donner l'ordre de chasser tous les Juifs du royaume, ou même de les tuer. Encore que le souverain fût désireux de prendre des sanctions exemplaires contre une telle insolence, il n'avait point songé à un châtiment si sévère. Il essaya de biaiser. 

- Je sais, dit-il, qu'ils ont un Dieu puissant. Ne me punirait-Il pas du mal que j'aurais fait à Son peuple ? - Oh ! Il y a longtemps qu'ils ne peuvent plus attendre de leur Dieu une protection quelconque ; depuis que, sous votre égide, ils connaissent la paix et la prospérité, ils se sont écartés de Lui et n'obéissent plus à Ses commandements, fit Marcus avec conviction. 

- Et encore, serait-il juste de punir tous les juifs ? Que faites-vous des innocents parmi eux ? protesta faiblement le roi. - Votre Majesté sait fort bien qu'ils sont tous faits sur le même moule. Rien que cette solidarité notoire qui les caractérise, les condamne en bloc. Ils vous ont manqué de respect, ils en sont tous responsables. D'ailleurs, ce sont les chefs de leur communauté, donc leurs représentants officiels, qui viennent à votre rencontre. Aucune discrimination ne s'impose, par conséquent, conclut Marcus avec un sourire de triomphe. Il sentait qu'il venait de gagner la partie.

 



2. Un accord conditionnel  


Marcus devant le tribunal de l'Inquisition
Écoute Marcus, je reconnais qu'après ce que tu m'as révélé, il y a de quoi être très irrité, comme je le suis d'ailleurs, contre les juifs, et qu'un châtiment exemplaire est nécessaire - à condition toutefois que ce que tu dis soit vrai. Mais je veux être équitable envers eux, car ils ont ' été jusqu'à maintenant de bons et loyaux sujets. 

Je vais te proposer un accord ; nul doute qu'il te satisfasse : au prochain cortège, au moment où les juifs viendront à ma rencontre, tu seras à mes côtés. Je t'autorise à ouvrir alors leurs étuis saints. Si tu les trouves vides, je te donne carte blanche pour le châtiment que tu me conseilles. 

Mais, comme tout accord comporte une contrepartie, c'est toi qui seras puni si, au contraire, les étuis sont pleins. Acceptes-tu de prendre ce risque ? Si les juifs ne doivent pas me tourner en ridicule, je n'admettrai pas non plus que toi tu le fasses. Marcus était sûr de ce qu'il avançait, il accepta. Il se voyait déjà fièrement assis aux côtés du roi.

 



3. L’avertissement providentiel  

 
Décret d'expulsion d'Alhambra
Or, la nuit qui précéda la parade royale, pour une raison qu'il ne s'expliquait point, le Chamach de la Synagogue la plus importante de la capitale, ne put fermer l'oeil. Il pensait à la visite du souverain au quartier juif et s'inquiétait. 

De quoi, il n'aurait su le dire. Il se tournait et se retournait dans son lit en proie à un sentiment proche de l'angoisse. Une menace pesait sur la communauté juive... Il finit par sombrer dans un sommeil agité. 

Un homme d'un certain âge, à barbe grise et d'allure imposante, lui apparut en rêve et lui dit : « Vite, lève ¬toi, ne perds pas un instant. Un grand danger menace les Juifs ; va en hâte à la Synagogue et mets les Sifré Tora dans leurs étuis. Et surtout, n'en souffle mot à personne ! ». 

Avant que le Chamach ne pût proférer une parole, la vision s'évanouit. Il se leva ; la peur le faisait frissonner. Il s'habilla précipitamment et, trébuchant dans les ténèbres, courut à la Synagogue. L'homme qui lui était apparu en songe ne pouvait être autre qu'Eliya le Prophète. Ce n'était pas un simple cauchemar, mais bien un avertissement dont il fallait sans délai tenir compte. Les autres Chamachim de Saragosse étaient alertés de la même manière. Comme le premier, ils s'étaient hâtés vers leurs Synagogues respectives et avaient secrètement réintégré les Sifré Tora dans leurs étuis. Ceci fait, chacun d'eux attendit avec inquiétude.

 



4. Tel est pris qui croyait prendre  


La Méguila de Saragosse
Le lendemain matin quand les trompettes annoncèrent l'approche du cortège royal, les chefs de la communauté juive se portèrent comme à l'accoutumée au-devant du souverain. 

Le carrosse s'arrêta pour permettre à ces derniers de présenter leurs hommages. A ce moment, Marcus, qui avait pris place aux côtés du roi, dit - Majesté, vous désirez sûrement voir ce que contiennent ces étuis que portent les juifs ? - Oui, j'aimerais voir. Voulez-vous les ouvrir ? 

Les juifs furent glacés de terreur à cette demande inattendue. Mais ils n'eurent d'autre choix que d'obéir. Le coeur battant, ils ouvrirent les étuis. O miracle ! Les Sifré¬ Tora s'y trouvaient. La surprise du monarque fut grande. 

- Traître, Imposteur ! Cria-t-il hors de lui, cette fois tu as trop présumé de ta fourberie. Tu en subiras les conséquences. Gardes ! Qu'on le pende sur-le-champ ! L'ordre fut exécuté sans délai. Marcus eut la fin qu'il méritait. 

Quant aux Juifs, le roi fit une déclaration publique où il rendait hommage à leur loyauté et les assurait de sa confiance et de sa protection. Et pour marquer l'amitié renouvelée qu'il leur portait, il ordonna qu'ils fussent exemptés du paiement de tous les impôts trois ans durant. 

Quand ces derniers apprirent en même temps qu'ils avaient couru un terrible danger et l'avaient évité de justesse, ils rendirent grâce à Dieu pour la bonté qu'Il leur avait témoigné en cette circonstance. Ils décidèrent que les 17 et 18 Chévate seraient désormais des jours de prières et de joyeuses actions de grâces, afin que leurs enfants et les générations futures se souvinssent du miracle qui avait fait échouer les noirs desseins de leur ennemi. 

Les familles Saragossi, Saragosti (et variantes) commémorent de longue date le Pourim de Saragosse le 17 ou 18 Chevat, et ont l'usage d'en lire l'histoire, manuscrite sur un parchemin à la façon de la Méguilah d'Esther lue à Pourim. L'histoire semble s'être déroulée vers 1400 à Syracuse … ou à Saragosse. Ces deux villes qui portent le nom ancien de Caesaraugusta sont souvent orthographiées de façon semblable par les copistes d'antan, et une confusion semble s'être développée sur la localisation exacte de l'événement. Quoiqu'il en soit, la mémoire n'a pas oublié de miracle effectué par D.ieu auprès de son Peuple, et c'est là l'essentiel. 

___________________
 

 

Pourim Yemen

C'était à Sanaa, capital du Yémen. Le Grand Imam, souverain puissant, y régnait. Il avait un jeune fils qu'il chérissait. Le prince alliait à une grande sagesse une beauté physique qui séduisait tous ceux qui le voyaient. Monté sur son coursier arabe d'une blancheur éclatante, il éclipsait tous les princes de la terre. Et dans le pays, les mères qui le regardaient à travers leurs voiles, ne pouvaient formuler qu'un souhait : que leurs fils eussent en partage une petite parcelle de la beauté de leur prince.

Les juifs de Sanaa eux aussi l'aimaient et l'admiraient. Quand il allait leur rendre visite dans leur quartier, aucun d'eux ne manquait de sortir l'acclamer et l'accueillir avec tous les honneurs qui lui étaient dus.

Or, le roi du Yémen, l'Imam, avait un conseiller juif. Il ne prenait jamais aucun décret, ne promulguait aucune loi, ne décidait aucun impôt sans avoir préalablement consulté ce dernier. Etait-ce une décision bénéfique pour le peuple et pour le roi ? Le conseiller donnait un avis favorable. Mais si elle n'était bonne que pour le souve-rain ou pour une partie seulement des sujets, il s'y opposait. Le roi alors y renonçait.

LA « FETE DU SUCRE »


Les ministres de ce dernier étaient fort jaloux de la confiance dont jouissait le conseiller. Et leur jalousie fut à son comble quand le souverain le nomma Grand-Vizir. A partir de ce jour, toutes les affaires du royaume furent entre ses mains.

Et il arriva ce qui devait arriver : les ministres, dévorés d'envie, se mirent à comploter pour faire tomber le trop heureux Grand-Vizir. 

Du même coup, ils espéraient anéantir, toute entière et une bonne fois pour toutes, la communauté juive du pays. En payant les deux serviteurs particuliers du prince, ils les persuadèrent de se joindre à leur plan perfide.

Un jour, le prince sortit faire une promenade à cheval dans les rues de Sanaa. Ses deux serviteurs l'accompagnaient. Le soleil était près de se coucher quand l'un de ces derniers dit à son maître : 
« Prince, cette nuit, les juifs célébreront la « Fête du Sucre » qu'ils appellent Pourim. Ils préparent à cet effet des gâteaux et des friandises délicieux qu'ils mangent au milieu de grandes réjouissances. Si nous allions au quartier juif visiter leur synagogue où ils seront tous rassemblés pour cette cérémonie ? »

DEUX ASSASINS



La suggestion plut au prince. Ils se dirigèrent tous trois vers le quartier juif. La nouvelle de cette visite les avait précédés; si bien que lorsque le prince et ses deux serviteurs parvinrent au portail de la synagogue, le 'Hakham-Bachi (Grand-Rabbin) et les chefs de la communauté les y attendaient. Ils voulaient recevoir le prince avec tous les honneurs dignes de son rang. Le Grand-Vizir, qui était venu assister à l'office religieux, se trouvait parmi eux.

Les serviteurs du prince sautèrent vivement à terre et s'empressèrent autour de leur maître pour l'aider à descendre de sa monture. Se confor-mant au plan minutieux qu'ils avaient préparé, l'un d'eux tira brusquement de son fourreau l'épée du prince et la tint la pointe levée vers le haut; pendant ce temps, l'autre gardait prisonnier dans l'étrier le pied de son maître.

Alors qu'il essayait de descendre de che-val. Le prince, ne parvenant pas à se dégager, perdit l'équilibre et s'abattit sur la pointe de l'épée que le serviteur tenait fermement levée vers lui.

Elle lui traversa le cœur, il tomba raide mort à leurs pieds.

Tout cela se produisit à la vitesse de l'éclair. Et les gestes étaient si bien orchestrés que nul ne comprit ce qui s'était réellement passé. La nuit complice tombait. Aussitôt leur forfait accompli, les deux coquins se mirent à pousser des cris et à accuser les juifs de ce crime. Puis, abandonnant le corps inanimé du prince à la porte de la synagogue, ils partirent au galop en direction du palais.

TROIS JOURS DE JEUNE



Les juifs étaient frappés de stupeur devant cette calamité inattendue. L'esprit joyeux de Pourim céda la place à une angoisse et à une tristesse profondes
.
Entre-temps, le corps du prince était transporté au palais où le roi pleura amèrement la perte de son fils bien-aimé. Les deux serviteurs lui avaient raconté leur fable : un assassin juif était responsable de cet immense malheur. Il les crut et ordonna sur-le-champ à l'armée d'encercler le quartier juif. Nul ne devait en sortir. Et il donna aux Israélites trois jours pour lui livrer le meurtrier.

Passé ce délai, on mettrait le feu à tout le quartier ; et tous ses habitants, hommes, femmes et enfants, périraient dans les flammes.
Le Grand-Vizir fit de son mieux pour persuader le roi que ses frères juifs ne pouvaient avoir commis un crime aussi révoltant contre Dieu et contre leur souverain. Mais ce fut peine perdue ; ce dernier resta sourd à ses arguments. Il lui retira ses hautes fonctions et lui ordonna de regagner le quartier juif. Là, il partagerait le sort de ses coreligionnaires. Les ministres qui avaient ourdi cet atroce com-plot feignirent un grand chagrin. Au fond d'eux-mêmes, ils jubilaient.

Comme toujours aux heures de détresse, les 'Hakham-Bachi proclama un jeûne public et appela tous ses frères à implorer leur Père Céleste de toute leur âme. Le jeûne durerait les trois jours suivants ; et tous, les hommes, les femmes et même les enfants devaient l'observer. Pendant ces trois jours, aucune nourriture ni aucune boisson ne toucheraient leurs lèvres. Les Juifs âgés demeureraient dans la synagogue jour et nuit. Chacun pria et implora. Les cœurs étaient pleins d'affliction, et les yeux de larmes. Le troisième jour, les prières redoublèrent d'intensité ; et les lamentations montèrent jusqu'au Trône Céleste.

Tard dans l'après-midi de ce dernier jour, un petit garçon dit soudain à sa mère : 
« Maman ! Dieu a accepté nos prières. Donne-moi maintenant quelque chose à manger, car j'ai grand-faim ! »


LES SAINTS PSAUMES



La mère en fut effrayée. « Ne parle donc pas de la sorte, mon petit! dit- elle à son fils. Le 'Hakham nous a ordonné à tous d'observer le jeûne jusqu'à la fin... »

Mais le garçon continua à dire qu'il avait faim et qu'il n'était plus néces-saire de jeûner plus longtemps puisque Dieu avait accepté leurs prières...

Devant cette insistance, la mère décida d'emmener son fils chez le 'Hakham. Elle était si affaiblie par le jeûne qu'elle arrivait à peine à se traîner.

Le garçon répéta au 'Hakham les mêmes paroles qu'à sa mère.

« Dis-moi, mon petit, qu'as-tu appris ce matin au 'Hédère ? », demanda le 'Hakham.

« J'ai appris que le roi David dit dans les saints Psaumes (Ps. 8:3) « Par la bouche des enfants et de ceux qui sont à la mamelle, Tu as fondé Ta gloire pour confondre Tes adversaires, pour imposer silence à l'ennemi et au vindicatif »
, répondit le garçon ; et il poursuivit : « Emmenez-moi chez le roi, je lui dirai qui a tué son fils !

On s'occupa fébrilement de la toilette du jeune enfant, on le revêtit de ses habits sabbatiques, et il fut emmené sous bonne escorte au palais par le 'Hakham-Bachi et le Grand-Vizir. Il en était temps, car le jour baissait, et le roi attendait la réponse avant le coucher du soleil.

Dans la salle du trône, étendue dans un cercueil d'or découvert, la dépouille du prince héritier était visible. Le roi, ses ministres et ses serviteurs l'entouraient.

« E M E T H »



Le garçon s'avança. II était très pâle, mais il dit d'une voix assurée 
« Majesté, Dieu m'a envoyé pour vous révéler le nom de celui qui a tué votre fils bien-aimé. »

Ayant prononcé ces paroles, il s'approcha du cercueil et posa un fragment de parchemin sur le front du prince. Sur ce parchemin étaient inscrites trois lettres hébraïques, Aleph-Mêm-Tav : la première de l'alphabet, celle du milieu et la dernière. Ensemble, elles formaient le mot « emeth» (« Vérité »).

« Dis-nous la vérité », dit le garçon en s'adressant au prince mort. « Qui t'a tué ? »

A la stupéfaction générale, le cadavre se redressa et pointa un index raidi vers ses deux serviteurs qui se tenaient debout, tout tremblants.

« Rentre dans ton sommeil, ô Prince ! » dit alors le garçon.

Aussitôt la première lettre disparut. Seules demeurèrent sur le parchemin les deux dernières, formant le mot « meth» (« mort »).

Les deux scélérats se jetèrent aux pieds du roi, implorant sa pitié. Mais avaient-ils eu pitié, eux, du prince qu'ils avaient froidement assassiné? Avaient-ils eu pitié des nombreux enfants juifs et de leurs parents dont ils souhaitaient la mort ? Le roi non plus n'eut pas de pitié pour les deux traîtres. Il donna l'ordre qu'on les pendit haut et court. Avant de mourir, ils lui révélèrent les noms des ministres qui avaient monté le complot. Eux aussi, dix en tout, furent pendus.

Pour les juifs du Téman (Yémen), c'était une délivrance miraculeuse. Ils décidèrent alors d'observer comme un jour de réjouissances et d'actions de grâces à l'adresse du Tout-Puissant, ce Pourim-Téman spécial ; et ce, chaque année le jour suivant Chouchane- Pourim.

Et le petit garçon ? Il grandit et devint un saint Tsaddik. Et quand le 'Hakham-Bachi, après une longue vie, rendit son âme au Créateur, celui qui avait été ce petit garçon fut choisi pour lui succéder à la tête de la communauté juive de tout le Yémen.

(Magazine Conversation avec jeunes)

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Pourim à DachauSoudain, nous vîmes Haïm debout au milieu de la neige et criant: “Qu’on pende Aman! Et nous savons tous de quel Aman il s’agit”.
Mars 1945

Ils arrivent d’Auschwitz, par groupes de vingt personnes. Bien sûr, ils ne ressemblent pas à des hommes mais plutôt à des squelettes ambulants. Leurs visages sont triangulaires avec des mentons pointus et des joues creuses. Leurs lèvres ont tellement rétréci qu’ils ne restent que des lignes bleues. Les seuls traits proéminents sont leurs yeux, extraordinairement grands, avec un étrange éclat, presque lumineux. Dans l’argot du camp de concentration, on les appelait « Musulmans ». C’était généralement l’étape précédant la mort. 

Ils parlaient le Yiddish avec un accent, qui nous semblait, pour nous Juifs de Lithuanie, étrange. Ils nous racontèrent que, avant d’être envoyés dans notre camp, ils venaient du ghetto de Lodz via Auschwitz. Notre camp était connu comme le “Camp extérieur de Dachau, No 10” et situé près de la ville pittoresque de Utting, au bord du lac Amersee.

Notre camp se trouvait au milieu d’une petite forêt entourée de prairies verdoyantes et de paysages superbes.

Je me souviens du jour où nous fûmes amenés ici. J’ai pensé que rien de grave ne pouvait nous arriver dans un cadre si beau. 

J’ai bientôt découvert que la beauté ne résidait que dans le paysage. Les Allemands qui s’occupaient de nous étaient des sadiques et des assassins.

Les gens de Lodz tombèrent dans le même piège trompeur. Ils s’imaginèrent que, comparé à Auschwitz, notre camp semblait un paradis. La plupart d’entre eux moururent après leur arrivée en raison du dur labeur, de coups et d’inanition. Mais ils préférèrent mourir ici plutôt que dans les chambres à gaz d’Auschwitz.

C’est d’eux que nous apprîmes les histoires incroyables de chambres à gaz et de fours crématoires, où des milliers de personnes étaient massacrées chaque jour.

Quelques-uns d’entre eux nous racontèrent qu’ils s’étaient retrouvés nus devant les chambres à gaz et que soudain on leur avait ordonné de se rhabiller et qu’on les avait ensuite envoyés dans notre camp. Les Allemands devaient avoir réellement désespérément besoin d’ouvriers pour envoyer du fin fond de la Pologne ces squelettes ambulants. 

Vers le mois de mars 1945, seulement quelques-uns d’entre eux étaient encore en vie. L’un d’eux était appelé “Haïm le Rabbin”. Nous n’avons jamais pu savoir s’il était réellement un rabbin mais il se lavait toujours les mains et prononçait une bénédiction avant de manger. Il connaissait les dates du calendrier juif et également les prières par cœur. De temps en temps, quand les Allemands ne regardaient pas, il nous invitait à participer aux prières du soir.

Notre commandant de camp juif, Burgin, entendit parler de lui et essaya de lui faire faire des travaux plus aisés. La plupart des gens mouraient lorsqu’ils devaient transporter des sacs de ciment pesant 50 kilos sur le dos ou effectuer d’autres travaux pénibles de ce type. Il n’aurait pas pu supporter une journée de travail comme celle-là. Il me raconta une fois que s’il survivait, il se marierait et aurait au moins une douzaine d’enfants. 

Aux environs de la mi-mars, on nous donna un jour de congé. C’était un dimanche. Le camp était recouvert par la neige. Mais les premiers signes du printemps étaient dans l’air. Nous étions au courant de la percée américaine en Allemagne et une faible lueur d’espoir s’était allumée dans nos cœurs.

Après le petit-déjeuner, constitué d’une tranche de pain moisi, un minuscule morceau de margarine et de l’eau marron appelée “Ersatz Coffee”, nous retournâmes à notre baraquement afin de dormir encore un peu. 

Soudain, nous vîmes Haïm debout au milieu de la neige et criant: “Qu’on pende Aman! Qu’on pende Aman!”.

Il avait sur la tête une couronne de papier faite avec un sac de ciment et était enveloppé d’une couverture sur laquelle était attachée des étoiles découpées dans le même papier. 

Nous fûmes comme pétrifiés devant cette étrange apparition, à peine capables d’en croire nos yeux, pendant qu’il exécutait une danse dans la neige en chantant: “Je suis Assuérus, Assuérus, le roi des Perses!”

Alors il se redressa, le menton pointé vers le ciel, et levant sa main droite avec un geste impérial, il cria: “Qu’on pende Aman! Qu’on pende Aman! Et quand je dis ‘Qu’on pende Aman!’, nous savons tous de quel Aman il s’agit.” 

Nous étions certains que, comme beaucoup dans cette période impossible, il avait perdu l’esprit. Il y avait déjà à ce moment-là, 50 pour cent d’entre nous qui regardions bouche bée le “rabbin”. C’est alors qu’il déclara: “Yidden wos iz mit aich! Mes camarades juifs, qu’est-ce que vous avez?! Aujourd’hui, c’est Pourim. Faisons un Pourim Shpiel (un jeu de Pourim).”

Il nous revint à la mémoire notre maison, il y a un million d’années; c’était pendant cette période que, enfants, nous nous déguisions pour Pourim, jouant et mangeant des oreilles d’Aman. Le “rabbin” se souvenait de la date exacte de Pourim, selon le calendrier juif. Quant à nous, nous savions à peine quel jour c’était.

Haïm partagea alors les rôles de la reine Esther, de Morde’haï, de Vasti et d’Aman parmi l’assistance. J’eus l’honneur de recevoir le rôle de Morde’haï et nous retrouvâmes tous à danser dans la neige. Ainsi, nous eûmes notre Pourim Shpiel à Dachau.

Mais ce n’était pas la fin de l’histoire. Le “rabbin” nous promit que nous aurions aujourd’hui nos “Michloa’h manot”, nos cadeaux de nourriture et nous pensâmes qu’il y avait peu de chance que cela arrive.

Mais, miracle des miracles, l’après-midi du même jour, une délégation de la Croix-Rouge internationale vint au camp. C’était la première fois qu’ils s’occupaient de nous. Néanmoins, nous les accueillîmes les bras ouverts, parce qu’ils nous apportaient les “Michloa’h manot” que le “rabbin” nous avait promis. 

Nous reçûmes chacun un colis contenant une boîte de lait concentré, une petite barre de chocolat, un paquet de sucres en morceau et un paquet de cigarettes. Il est impossible de décrire notre joie. Voici que nous mourions de faim et subitement à Pourim, nous recevions ces présents célestes. Depuis lors, nous n’avons plus jamais douté du “rabbin”.

Sa prédiction s’est également révélée vraie. Deux mois plus tard, Aman/Hitler fut pendu. Il se suicida à Berlin tandis que nous, ceux qui étaient encore en vie, fûmes libérés par l’armée américaine le 2 mai 1945.
J’ai perdu la trace de “Haïm le rabbin” pendant la Marche de la Mort de Dachau au Tyrol, mais j’espère qu’il a survécu et a beaucoup d’enfants ainsi qu’il le désirait constamment. Je me souviens toujours de lui quand arrive Pourim, grâce à cet inoubliable Pourim Shpiel à Dachau.

 

 

Traduction et Adaptation de Claude Krasetzki.

 



A PROPOS DE L'AUTEUR  
Solly GANOR, un survivant de la Shoah, vit à Herzelya Pituah en Israël. Il a tenu un journal quand il était dans le ghetto de Kovno, en promettant à ses amis que, s’il était rescapé de la Shoah, il raconterait au monde ce qui s’était passé. Pendant 50 ans, il évita de parler de ce sujet jusqu’à ce qu’un journaliste ne vienne à Jérusalem accompagné de la personne qui lui sauva la vie à la fin de la Seconde Guerre mondiale. C’était un soldat américain d’origine japonaise, dont le nom était Clarence Matsomura et qui avait servi au 522 ème bataillon d’artillerie. A la suite de cette rencontre émouvante, le journal de Solly GANOR fut publié sous le titre “Light One candle” (Allume une bougie). Ce journal a été recommandé par Eli Wiesel et est enseigné dans les lycées en Allemagne et au Japon. Solly GANOR a tenu la promesse faite à ses amis disparus, en allumant finalement une bougie pour eux


 
Source des deux derniers récitslamed
 

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