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16 mars 2010 2 16 /03 /mars /2010 04:51



En Bulgarie, le communisme a fait de terribles ravages ! 
hamodia.


 No 114 10 mars 2010, 

Oubliée aux confins de l’Europe, la Bulgarie abrite une petite communauté juive. Hamodia a rencontré son grand rabbin, le rav Barou’h Kar'hlon.

Carte de la Bulgarie
- Qui sont en fait les Juifs de Bulgarie ?

- Grand rabbin Barou’h Kar'hlon : C’est une communauté très ancienne dont l’origine remonte en fait à l’expulsion des Juifs d’Espagne. Après la Seconde guerre mondiale, elle a vu ses effectifs se réduire d’un coup avec le départ de 90 % des Juifs bulgares pour Israël. Aujourd’hui, elle compte 6 000 membres répartis dans 19 communautés. Le cœur de la vie juive est à Sofia, la capitale bulgare, où vivent quelque 3 000 Juifs.

C’est une communauté orthodoxe séfarade. Ici, les gens ne sont pas pratiquants, mais l’identité juive reste très importante pour eux. Une anecdote : avant mon arrivée sur place voilà 15 ans, quelques personnes ont proposé de faire venir un rabbin réformé. « Après tout, à quoi nous servirait un rav trop rigoureux sur les mitsvot ? », se disaient-ils. Et bien, croyez moi, cela a provoqué une telle levée de boucliers que cette idée a été immédiatement abandonnée !

- La Bulgarie a été pendant 40 ans un véritable satellite de l’URSS communiste. Quelles en ont été les conséquences ?
- Effectivement jusqu’en 1989, la seule religion admise était celle du… Parti ! Et c'est un fait incontournable que toutes ces années de communisme ont été une catastrophe pour le judaïsme bulgare. Ce sont ainsi au moins deux générations qui ont grandi sans pratiquement aucun lien avec leurs racines juives !
- Qu’en est-il de la vie juive orthodoxe ? Est-il possible d’y mener une vie juive véritablement authentique ?
- Même si le public religieux est très restreint, nous déployons tous nos efforts pour lui offrir le minimum nécessaire. Justement, ma priorité - en prenant mes fonctions - a été de faire construire un mikvé. Ensuite, j’ai mis en place un système de che’hita [abattage rituel-Ndlr]. Un cho’het vient ainsi d’Israël une fois par mois. Nous produisons également du fromage casher. On trouve également un traiteur casher, et nous avons mis en place un service de livraison de repas à domicile pour les personnes âgées.
À Sofia, où la grande synagogue n’a jamais cessé de fonctionner même durant les longues années de communisme, il y a un minyane quotidien. Et puis outre le Consistoire, il y existe aussi un centre communautaire juif, le " Merkaz Chalom ".
- Le phénomène galopant de l’assimilation vous préoccupe-t-il vous aussi ?
- C’est un très grand problème, et même un immense problème… Là encore, quatre décennies de communisme ont provoqué énormément d’assimilation et de mariages mixtes. Heureusement que depuis quelques années, on assiste à un mouvement inverse. Ce n’est certes pas encore suffisant, mais les Juifs commencent à avoir conscience du danger que cela représente.
- Alors que faire pour le ralentir, à défaut de pouvoir complètement l'enrayer ?
- Nous déployons énormément d’efforts vis-à-vis de la jeunesse. À ce niveau-là, le soutien financier de l'American Joint est déterminant ! C’est grâce à son aide financière que tous les enfants juifs de Sofia et de ses environs étudient à l’école de la communauté. En réalité, il s'agit-là d'une école publique dont seulement une section est réservée aux Juifs. C’est une particularité du système bulgare. D'ailleurs, le niveau scolaire y est excellent, probablement le meilleur de tout le pays !
- Êtes vous aussi confrontés à l’antisémitisme ?
- C’est un phénomène qui nous est inconnu ! À ce niveau là, la Bulgarie est vraiment un cas à part en Europe. Durant la Seconde guerre mondiale, bien que membre de l’Axe et donc alliée au Reich allemand, la Bulgarie a refusé de déporter ses Juifs. À chaque tentative des nazis dans ce sens, la population locale – y compris les parlementaires et les hauts responsables de l’Église – a manifesté pour empêcher les rafles. En Israël, une forêt a d’ailleurs été plantée en l’honneur de l’attitude de la Bulgarie durant la Shoah.
- C’est une période que vous avez-vous même connue ?
- Absolument pas ! Je suis né pour ma part en Libye, et nous sommes arrivés en Israël lorsque j’avais 12 ans. J’ai étudié à la yéchiva Poniowitz, où j’ai personnellement connu le ‘Hazon Ich zatsal. Puis j’ai reçu ma smi’ha de rabbin en 1959. 
J’ai ensuite passé toute ma vie professionnelle dans l’éducation. En 1993, je dirigeais une école juive au Panama et je m’apprêtais à prendre ma retraite lorsque l’on m’a proposé de m’occuper des Juifs de Bulgarie. C’était vraiment passer d’un extrême à l’autre : entre une communauté très riche, et l’autre tellement pauvre… Mais je ne l’ai jamais regretté ! 
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16 février 2010 2 16 /02 /février /2010 17:33
Juifs d'Iran : entre soumission et adaptation
Par LARRY DERFNER 
16.02.10 

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Parmi les manifestants qui, à Téhéran et ailleurs, ont protesté contre le régime après l'élection controversée de juin dernier, on ne comptait guère qu'une poignée de Juifs. C'est du moins l'avis de Farhad, un Juif qui a pris part aux émeutes. "Je suis descendu dans la rue parce que j'ai vu de terribles scènes de brutalité et beaucoup de sang versé, parce qu'un grand nombre de mes amis et collègues y étaient et parce que je suis contre le gouvernement", explique-t-il. Farhad précise qu'il fréquente essentiellement des Musulmans. "On m'a frappé aux bras, aux jambes et dans le dos, mais je n'ai pas été arrêté", ajoute-t-il.

“Bien que la couleur de l’opposition soit le vert et son cri de ralliement ‘Allahou Akbar !’ (Allah est grand), certains Juifs rejoignent les réformateurs pour protester contre le régime” - Kamran. 
PHOTO: BEHNAM/PARSPIX/ABACA PRESS/MCT , JPOST

Il a ensuite attendu de voir ses hématomes disparaître pour affronter les contrôles de sécurité de l'aéroport et réaliser son vieux rêve : quitter l'Iran. "Pour de bon, selon toute probabilité", précise-t-il. Pour tenter de connaître la position des Juifs iraniens sur les luttes politiques qui secouent leur pays, le Jerusalem Post a interviewé Farhad, Merhan et Kamran, trois Juifs qui ont émigré d'Iran récemment, chacun vers une destination différente, dont Israël. Un autre, demeuré en République islamique, a également accepté de répondre à quelques questions. Par souci de sécurité, leurs noms ont été modifiés.
Si Farhad est le seul d'entre eux à avoir participé aux manifestations, tous soutiennent sans faiblir l'opposition islamique libérale qui s'est heurtée à la police et aux milices. Les trois émigrés estiment en outre que la plupart des 25 000 Juifs iraniens partagent leur sentiment, même s'ils s'abstiennent de le clamer haut et fort. De fait, le Juif resté en Iran que nous avons contacté a affirmé ne pas tolérer le régime actuel.

Cependant, aucun des trois émigrés interrogés ne se souvient avoir eu en Iran la moindre conversation sur ce sujet avec d'autres Juifs, voire des membres de leur propre famille. "Personne ne le dit, mais c'est évident", insistent-ils néanmoins à propos du rejet du gouvernement et du soutien à l'opposition.
Oui, mais pas tant que cela. Quoi qu'en disent ces émigrés, le fait que les Juifs d'Iran préfèrent garder leur opinion pour eux empêche de savoir ce qu'ils pensent exactement.

Les Juifs sous étroite surveillance

"Je n'ai jamais parlé de la situation politique avec ma famille ou mes amis juifs, car les Juifs d'Iran refusent de se mêler de politique", explique Mehran. "Il n'y a qu'avec mes amis musulmans que je pouvais le faire." Même aujourd'hui, quand les émigrés contactent leur famille restée en Iran, pas question d'aborder le sujet, de crainte que le régime surveille les communications.

Mais en privé, tout laisse cependant penser que les Juifs iraniens ont de bonnes raisons de soutenir les manifestants. Et ce, pour trois raisons principales : depuis 1979, la révolution islamique les oblige à proclamer leur opposition à Israël ; le président Mahmoud Ahmadinejad a popularisé le déni de la Shoah ; et de brutales milices fondamentalistes opèrent dans les rues pour faire appliquer les édits des mollahs.
"Ces hommes ne portent pas d'uniformes, mais on les reconnaît sans peine", explique Kamran. "Ils sont partout. Il y a quelques années, je me promenais dans la rue avec ma petite amie quand deux miliciens ont surgi. A l'époque, un garçon et une fille n'avaient pas le droit d'être vus ensemble en public. Ils sont venus vers nous. L'un d'eux m'a fouillé et a trouvé sur moi une preuve que j'étais juif. Ils ont alors confisqué ma carte d'identité en m'ordonnant de venir la chercher le soir même à leur bureau. Quand je suis arrivé, ils m'ont fait sortir dans la neige, m'ont fait enlever mes chaussures et mes chaussettes et ont commencé à m'interroger. Cela a duré toute la nuit. Ils me giflaient et me demandaient de reconnaître que j'étais un espion à la solde de l'Etat juif.

A l'époque, je ne savais rien d'Israël. Ils ont ensuite téléphoné à l'université où j'étudiais et posé des questions sur moi, puis ont appelé mes voisins musulmans.
En fin de compte, ils m'ont relâché le matin en précisant bien que, si je racontais cet incident à quiconque, ma famille et moi-même serions en danger. Du coup, je n'en ai jamais parlé à mon entourage. Pendant les deux mois qui ont suivi, j'ai été surveillé. De temps en temps, j'apercevais l'un de mes tortionnaires qui m'observait de loin."

La menace d'une accusation d'espionnage au profit d'Israël plane en permanence sur les Juifs et les incite à faire profil bas. Peu après la Révolution islamique de 1979, une dizaine de Juifs ainsi soupçonnés ont été exécutés. En 2000, pour le même motif, 10 Juifs de la ville de Shiraz ont été condamnés à quatre ans de prison.
Plusieurs années après son passage à tabac, Kamran a postulé pour un poste de fonctionnaire. Parmi ses interlocuteurs aux entretiens d'embauche : un homme de la milice.

A l'époque, Kamran commençait à écouter la radio israélienne et The Voice of America, aussi avait-il son opinion sur Israël. "Le milicien a vu sur mon dossier que j'étais juif - la religion ne figure pas sur la carte d'identité, mais il faut la mentionner sur tous les formulaires de candidature - et m'a demandé ce que je pensais d'Israël et des Palestiniens. J'ai répondu que les Palestiniens avaient tort de tuer des civils, des femmes et des enfants. Il m'a ensuite demandé si j'avais l'intention d'aller un jour en Israël et je lui ai dit : 'Bien sûr, j'ai envie de voyager partout !' Il n'a pas réagi. L'entretien a été très court."

Farhad, lui, a perdu son emploi au gouvernement le jour où son nouveau patron a décidé de remplacer tous les employés issus des minorités - Chrétiens, Zoroastriens et Juifs - par des Musulmans. Pour sa part, Merhan est convaincu que, s'il n'a pas obtenu de promotion à l'armée et n'a pas pu aller au-delà de la licence à l'université, c'est parce qu'il était juif.

L'envie de liberté

En résumé, les motifs ne manquent pas pour supposer que les Juifs iraniens aimeraient voir la dictature islamique tomber et remplacée par un gouvernement plus libéral. Mais, à en croire les émigrés interrogés, s'ils ont été l'objet de discrimination, c'est parce qu'ils appartiennent à une minorité, et non parce qu'ils sont Juifs.
De fait, Kamran a été importuné plus d'une fois par la milice pour son "allure occidentale".

"J'avais les cheveux longs et je portais des jeans et des chemises, non des tuniques. A quatre ou cinq reprises, des miliciens m'ont arrêté et frappé. Une fois, ils étaient plusieurs ; chacun d'eux me donnait un coup de poing à tour de rôle, ils m'insultaient et me traitaient d'homosexuel."
A l'entendre, ce n'est donc pas l'antisémitisme qui l'a poussé à quitter l'Iran, mais l'absence de démocratie et de liberté. "Je voulais une vie meilleure", résume-t-il. Farhad avance les mêmes motivations, assorties de l'insécurité économique. Mehran cite pour sa part le désir de vivre dans une communauté juive plus nombreuse et moins craintive, ainsi que l'insécurité d'emploi en Iran.


Juifs d'Iran : quelles concessions ?
Toutes les personnes interrogées pour cet article - les trois émigrés, des Juifs iraniens installés depuis longtemps en Israël et une professeure d'université spécialiste des Juifs iraniens - s'accordent donc à penser que l'antisémitisme n'est pas un problème pressant dans le régime des mollahs. Tous font le même commentaire : "Tant qu'ils ne se mêlent pas de politique, les Juifs vivent très bien." Voilà sans doute pourquoi certains commentateurs estiment que les Juifs d'Iran ne sont peut-être pas si pressés de voir tomber le gouvernement.

"L'Iran n'a rien à voir avec l'Allemagne nazie", déclare Orly Rahimiyan, professeure à l'université Bar-Ilan. "Le niveau d'antisémitisme y est par exemple inférieure qu'en France. Aucun cimetière juif n'a jamais été profané."
"Nous n'avons pas de problème avec le peuple perse", renchérit Kamran, "mais seulement avec le gouvernement."

"Les Juifs d'Iran sont libres, ils sont prospères", ajoute un responsable de la communauté iranienne en Israël. "Ils vont prier à la synagogue sans être importunés, ils voyagent à l'étranger à leur guise, ils organisent de grandes fêtes pour les mariages et les bar-mitzvas et peuvent même écouter de la musique, ce qui est interdit aux Musulmans."
Pour protéger leur statut, ils doivent néanmoins prêter allégeance au gouvernement et soutenir publiquement sa politique. "Telle a été la stratégie de survie en Iran pendant 2 700 ans", conclut Orly Rahimiyan.

Seul contre-exemple : en 2006. Quand Haroun Yashayaei, le président de la communauté juive d'Iran, a envoyé à Ahmadinejad une lettre disant : "Comment est-il possible d'ignorer toutes les preuves que nous avons de l'exil et du massacre des Juifs d'Europe durant la Seconde Guerre mondiale ?" Et d'ajouter que les dénis répétés de la Shoah par Ahmadinejad ont "semé la peur et l'inquiétude dans la petite communauté juive d'Iran".

Aujourd'hui, radio et télévision d'Etat mettent régulièrement l'accent sur le soutien des Juifs - et des deux autres minorités "reconnues" que sont les Chrétiens et les Zoroastriens - au gouvernement et sur leur opposition aux réformateurs.

L'an dernier, Siamak Mara-Sedq, seul député juif du majlis, le parlement iranien, a donné l'accolade à Ahmadinejad et l'a embrassé devant toute l'assemblée. Puis, lors de l'opération Plomb durci, ce même Mara-Sedq a défilé à Téhéran en tête d'une manifestation de dirigeants communautaires juifs appelant à cesser les "actes de sauvagerie" perpétrés par "le régime de Tel-Aviv".

Alors, que pensent vraiment les Juifs d'Iran de la politique israélienne ? "La plupart aiment Israël en tant que pays, mais tous ne soutiennent pas son gouvernement", précise Kamran, qui ajoute que les Juifs iraniens, prudents, répugnent même à prononcer le mot "Israël", préférant dire "Eretz".

Quant aux menaces nucléaires d'Ahmadinejad, si elles suscitent en Israël des craintes profondes, elles n'ont pas le même effet sur les Juifs d'Iran, s'accordent à penser les émigrés. "Les Juifs, en Iran, n'aiment pas les discours d'Ahmadinejad, mais ils se disent que ce sont des paroles en l'air qui ne seront jamais suivies d'actions", estime Mehran. "Bien sûr, il fait peur aux Juifs d'Iran, mais moins qu'aux Juifs d'Israël", nuance Farhad. "Moi et mes amis, il nous fait rire", affirme pour sa part Kamran.
(Les entretiens avec ces émigrés ont été réalisés avant l'assassinat, à Téhéran, du physicien favorable à l'opposition Massoud Ali Mohammedi, que le porte-parole du gouvernement a imputé à Israël et aux Etats-Unis.)

Pour Kamran, la situation actuelle en Iran est comparable à celle qui a précédé la chute du communisme en Union soviétique. Ces dernières années, les mollahs ont quelque peu relâché les restrictions imposées au peuple, assouplissement que Kamran attribue à l'émergence d'Internet, de la télévision satellite et des téléphones portables, qui ont brisé le monopole du régime sur les médias. "Les gens", explique-t-il, "se sont ouverts à 'l'autre culture', comme dit le gouvernement qui essaie de freiner le phénomène, mais sans succès. Les hommes d'affaires iraniens travaillent beaucoup par Internet avec le reste du monde, et interdire ce mode de communication reviendrait, pour le gouvernement, à ruiner l'économie du pays."

Un pays en lente libéralisation

La vie sociale a commencé elle aussi à se libéraliser. "Avant mon départ", poursuit Kamran, "on voyait déjà des garçons et des filles se promener ensemble, ce qui était inconcevable auparavant. Même chose pour les vêtements : officiellement, le port de la cravate est interdit, mais au cours du dernier emploi que j'ai occupé, j'en portais une et personne n'y a jamais rien trouvé à redire."

Les Iraniens ont donc légèrement commencé à goûter à ce que pouvait être la démocratie. Ils en réclament davantage, et les Juifs ne sont pas en reste. "Bien que la couleur de l'opposition soit le vert et son cri de ralliement 'Allahou Akbar !' (Allah est grand), certains Juifs rejoignent les réformateurs pour protester contre le régime", insiste Kamran. Farhad et Mehran opinent.

Une affirmation à prendre toutefois avec précaution. S'ils adhèrent à cette analyse, les observateurs extérieurs ne sont pas convaincus qu'elle soit entièrement juste.

Orly Rahimiyan, fille d'immigrés iraniens, affirme par exemple que les Juifs d'Iran ne sont guère optimistes sur leur avenir. Les jeunes sont tentés de partir : non seulement pour échapper à l'enrôlement dans l'armée, mais aussi parce que le nombre de Juifs en âge de se marier s'amenuise et que les bons postes deviennent difficiles à trouver. Tout cela amène un désir de changement.
Le responsable de la communauté iranienne en Israël estime quant à lui que, dans son pays natal, les Juifs doivent soutenir l'opposition "de tout leur cœur", mais il tempère lui aussi ses propos : "Ils sont tout de même satisfaits du gouvernement en raison de la liberté qui leur est laissée."

Quant au commerçant iranien de Jérusalem, il pense que les Juifs d'Iran répugnent à devoir prêter allégeance à Ahmadinejad et aux ayatollahs, et qu'ils veulent la victoire des réformateurs, afin de gagner un peu de liberté. Mais ajoute : "En Iran, les Juifs se plient au gré du vent, ils s'accommodent des dirigeants au pouvoir, même s'ils les détestent."
Lui qui s'entretient régulièrement avec sa famille restée au pays affirme que les Juifs d'Iran ne sont pas aussi inquiets qu'on le croit ici. "C'est exactement comme pour Israël", précise-t-il. "De l'étranger, on a l'impression qu'ici, il y a la guerre à chaque coin de rue. Idem pour l'Iran : il y a des manifestations, c'est vrai, mais les gens se lèvent chaque matin pour aller travailler et la vie continue."
En ce qui concerne l'avenir de la République islamique, les trois émigrés s'accordent à penser que la dictature ne tombera pas de sitôt. Il faudra des années pour que les réformistes prennent le pouvoir.
Quant à l'ampleur du changement que l'on peut espérer alors, les avis de nos trois Iraniens divergent. Farhad avoue ne pas avoir d'opinion sur la question. Mehran pense que, si le mouvement finit par l'emporter, "la machinerie de base du système ne sera pas remplacée, mais simplement assouplie". Kamran, lui, se veut plus optimiste : "Il faudra du temps et nous aurons besoin du soutien des Occidentaux, mais en fin de compte, je suis persuadé que nous aurons une démocratie."

Une chose est sûre : que les réformateurs ou le régime en place l'emportent, que la mollahcracie soit préservée, assouplie ou rejetée, la vieille communauté juive d'Iran applaudira toujours. En tout cas, en public. 
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24 janvier 2010 7 24 /01 /janvier /2010 00:14

Je remercie Jean-Camille pour cet hommage trés émouvant sur la présence juive à Durmenach, nommé la petite Jérusalem



Il était une fois à Durmenach la petite Jérusalem…… 



Découvrez ces personnalitéstzundel. 
Et le site de l'association de la Généalogie Juivegenami.


Voir les photos

Le 8 novembre 2009,

 

Non, cette journée ne doit rien aux contes de fées, quoi que…, mais il ne fait aucun doute qu’elle restera à jamais dans les mémoires de ceux qui de près ou de loin, y participèrent. « La journée des souvenirs » du   8 novembre 2009 à Durmenach (que les alsaciens surnommaient « la petite Jérusalem »), fait partie de ces évènements exceptionnels que l’on ne vit qu’une seule fois et que l’on se transmet dans les familles, avec fierté et en soulignant « nous y étions ».

La route fut longue de la naissance du projet, il y a maintenant deux ans, à sa réalisation. Rien n’eut été possible sans la volonté et l’obstination de deux personnes : Dominique Springinsfeld, le maire de la commune, et sa première adjointe, la merveilleuse Sabine Drexler. Dès l’origine, ils ont reçu le soutien sans réserves de l’Association Internationale de Généalogie Juive GenAmi, de la Société d’Histoire des Israélites d’Alsace et de Lorraine, du Consistoire du Haut-Rhin et de l’association d’André et Thomas Zundel, le CADEC (Cercle d’Action pour le Développement Economique et Culturel). Efficacement épaulés par toutes les autres associations locales, les communes environnantes, les dizaines de bénévoles et  Monsieur le curé, si actif pour le succès de l’opération. Tous ont uni leurs efforts dans un seul but : honorer les enfants du village victimes de la folie des hommes, sans distinction de statut ou de religion.

Les obstacles n’ont pas manqué, mais pour cette « fédération » de bonnes volontés rien n’était impossible. Petit à petit ce qui devait être une banale pose de plaque en souvenir de la communauté juive du village, prit une dimension insoupçonnée dont nous pouvons mesurer la portée régionale et nationale, en lisant les divers comptes-rendus de la presse quotidienne, relayée par de nombreux sites et blogs Internet.

Les actions concrètes avaient débuté bien avant le       8 novembre : par la réfection de la porte du cimetière israélite menée par Monsieur le curé et les enfants du village et par toute une série de conférences qui se sont clôturées le samedi soir 7 novembre par les interventions de l’association GenAmi.

En ce dimanche matin, le ciel lui-même marquait une pose, la pluie des derniers jours avait subitement cessé et, malgré le froid vif, la foule sortant des ruelles et grossissant à vue d’oeil, convergeait vers la place du foyer municipal. L’endroit est symbolique, c’est ici, que se dressait autrefois la synagogue de Durmenach,  ravagée par un incendie et aujourd’hui remplacée par le foyer Saint-Georges qui en conserve trois des murs et quelques linteaux.

Dès 10 heures du matin, le flot  des visiteurs se rassemble au tour du monolithe de granit, disposé  à l’entrée du bâtiment et recouvert d’un drapeau tricolore. Les villageois rassemblés à l’église, progressent lentement en cortège, musique et drapeaux en tête, et rejoignent la place. Tout le village pavoisé est à l’unisson. Les cérémonies peuvent commencer.

Plusieurs discours sont prononcés, par Monsieur le maire, par le président du consistoire du Haut-Rhin, et par le rabbin Breisacher de Saint-Louis. Nous avons particulièrement apprécié le discours de Dominique Springinsfeld, le maire, qui donnait d’entrée, le ton et l’esprit de cette journée : « nous avons (ndlr : à l’égard de la communauté juive) un devoir de mémoire, d’éducation et de reconnaissance…sur cette stèle restera gravé à jamais le passé si riche de notre village. Elle doit également devenir le symbole, qui je l’espère du fond du cœur, permettra à chaque personne quelle que soit sa religion, de vivre toutes les dimensions de son existence de façon libre, pacifique et harmonieuse. »

La stèle est dévoilée, l’émotion est immense. Côte à côte, descendants des familles, officiels, rabbins, et villageois revêtus de leurs plus belles tenues sundgauviennes, enfants et visiteurs,  sont figés dans un silence absolu.

« L’esprit de Durmenach » est né, « l’esprit de Durmenach » a envahi la foule.

Lentement, la marée humaine, que précèdent les porte-drapeaux,  se dirige à présent vers le monument aux morts, à quelques pas de là.

De part et d’autre du monument central, se dressent deux immenses stèles de grès rose, elles aussi revêtues de tricolore. Sur celle de gauche, sont gravés dans le bronze, les noms des cinquante et une victimes des deux guerres de 1914-1918 et 1939-1945, enfants du village, fauchés sur les champs de bataille, loin de leur Alsace natale, loin de Durmenach. Celle de droite rappelle le souvenir des victimes de la Shoah : deux petits enfants tsiganes et 17 victimes juives.

Les orateurs se succèdent à la tribune, représentants des institutions politiques et religieuses. Parmi ces magnifiques discours, deux ont particulièrement ému l’assistance. D’une part l’intervention du représentant de la communauté tsigane qui rappela combien la souffrance des siens a été passée sous silence et combien elle est encore aujourd’hui ignorée. Seule la communauté juive de Strasbourg, il y a deux ans, leur avait demandé de commémorer avec elle les victimes de la Shoah.  D’autre part, celle du maire de Durmenach qui conclut en ces mots : « sachons mobiliser nos énergies, comme nous l’avons fait ici à Durmenach, afin d’imposer le seul et unique choix qui devrait être le nôtre, celui de l’homme, celui de la vie et celui de l’avenir. »

Les noms et prénoms des victimes chrétiennes, ont ensuite été égrenés dans un silence pesant et pour chacun, un membre de sa famille est venu déposer un lumignon béni le matin même dans l’église. Pour la mémoire des victimes juives, les bougies d’une ménorah à six branches ont été allumées, chaque branche symbolisant la disparition d’un million de victimes juives. Suivirent des chants patriotiques et régionaux entonnés par différentes chorales dont celle des enfants tsiganes. Un adolescent lut le magnifique texte de Jean-Jacques Goldmann « comme toi » et les cérémonies officielles s’achevèrent aux accents du chant des partisans et de l’hymne national, qui prenait là toute sa signification et toute son espérance.

Les participants frigorifiés, mais sous le coup d’une profonde émotion, se dirigèrent les uns vers le stand de vin chaud, les autres vers la salle du foyer, où un vin d’honneur offert par la municipalité, les attendait.

La journée se poursuivit dans la salle des fêtes voisine du village de Roppenswiller, pour un banquet républicain. L’excellente choucroute cachère et le vin d’Alsace réchauffèrent les corps et les âmes, tandis qu’un orchestre tsigane agrémentait le déjeuner.

Dans l’après-midi, Micheline Gutmann, présidente de Genami, guida la visite du cimetière israélite, où malgré une pluie battante, plus de cent personnes étaient venues entendre ses explications.

A la nuit tombée, tout le monde se dispersa pour rejoindre ses foyers, la tête emplie de rencontres et de souvenirs, le cœur lourd d’avoir à se séparer de ses nouveaux amis.

Dans cette Alsace ou l’histoire a créé tant de bouleversements et de diversité, la grande commémoration de Durmenach devait être plurielle, ce fut annoncé et ce fut réalisé : victimes des deux guerres quel que soit leur uniforme, victimes de l’antisémitisme en 1848, victimes juives ou tsiganes de la shoah, toutes furent honorées, dans un esprit de tolérance et de fraternité sincère.

C’est cela, « l’esprit de Durmenach ».

A l’heure où s’instaure un débat sur « l’identité française », les cérémonies de Durmenach donnent à la France entière et au monde, une magistrale leçon d’éducation civique et morale.

D’aucuns feraient bien de s’en inspirer….

 

 

Cher Monsieur le maire, chère Sabine, à vous tous citoyens de Durmenach    , nous vous disons : merci ! Et à bientôt !

 

Texte de Jean Camille Bloch

Pour l’association « genami. »

Association internationale de généalogie juive

 

 

 

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10 janvier 2010 7 10 /01 /janvier /2010 13:56
Les Falashas s'insurgent
Par RUTH EGLASH
10.01.10


 

 

http://fr.jpost.com/servlet/Satellite?cid=1262339440838&pagename=JFrench%2FJPArticle%2FShowFull


L'immigration en question. Des milliers d'Ethiopiens israéliens avaient prévu de se rassembler, dimanche matin, pour protester contre le gouvernement. Ils lui reprochent de ne pas prendre de décisions concernant l'immigration de quelques 8 700 juifs éthiopiens, toujours dans l'attente de faire leur aliya.

 

 

Défilé en faveur de l'aliya des juifs d'Ethiopie.
Photo: Ariel Jerozolimski , JPost

Selon les membres de la communauté, présents en Israël - dont la majorité a toujours de la famille en Ethiopie -, la frustration principale relève du refus continu des autorités publiques de considérer cette aliya comme une priorité. D'après un porte-parole du ministre de l'Intérieur Eli Yishaï (Shas) qui a, à plusieurs reprises, exprimé son soutien à la venue des Falashas (juifs éthiopiens dont les ancêtres ont été convertis de force au christianisme il y a plusieurs siècles) le ministère a tenté, deux fois, de programmer le problème pour la réunion hebdomadaire du cabinet. Mais ces deux fois - la semaine dernière et cette semaine - le problème a été retiré des débats à la dernière minute. Selon le porte-parole de Yishaï, le Likoud tenterait de bloquer les discussions.

Pression sur le gouvernement

Shlomo Molla, député Kadima, espère lui aussi faire avancer le sujet à l'échelle politique. Dimanche, il soumettra une proposition de loi visant à fixer le calendrier du retour des Falashas. "Il semble que le Premier ministre soit opposé à l'aliya des Falashas", a déclaré à son tour Meir Shamgar, ancien juge de la Cour suprême et actuel directeur du Conseil public pour les juifs éthiopiens. "Je pense que nous devons ramener ces personnes [en Israël] et je continuerai de faire pression sur le gouvernement pour le forcer à changer la situation", a-t-il fait savoir.

Dans une réponse écrite, jeudi, un porte-parole du bureau du Premier ministre déclarait que la question n'était pas encore à l'ordre du jour. "Nous parlons de modifier la position du gouvernement précédent, et cela doit être approuvé par tous les ministères impliqués dans ce débat", explique-t-il.

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6 janvier 2010 3 06 /01 /janvier /2010 10:11
Rappel sur une décision en cours, mais demeurée lancinante
Dernière aliya pour les Falashas ?





http://fr.jpost.com/servlet/Satellite?cid=1261364533708&pagename=JFrench%2FJPArticle%2FShowFull

 

Le gouvernement devrait décider cette semaine du sort de quelque 8 700 Falashas (Juifs éthiopiens dont les ancêtres ont été convertis de force au christianisme au 19e siècle). Si leur aliya est approuvée, le camp de migration de Gondar sera définitivement fermé et le "dossier Falashas" enfin clos. Conformément à une proposition du ministre de l'Intérieur, Eli Yishaï, le rythme de l'immigration des futurs olim (nouveaux immigrants) sera alors déterminé dans les 90 jours suivants.

Défilé pour l'immigration des Falashas.
Photo: Ariel Jerozolimski , JPost


De nombreux Juifs éthiopiens attendent l'autorisation de s'installer en Israël depuis 2008. Date à laquelle le gouvernement avait décidé de stopper les vagues d'immigration éthiopienne - séparant ainsi des familles entières dont une partie avait déjà fait son aliya.

Début décembre, le président de la commission parlementaire chargée du contrôle de l'Etat, Yoël Hasson, a entendu les demandes de ces familles. Il a alors fait appel aux organismes d'aide à l'aliya, notamment l'Agence juive, pour qu'une décision soit prise vite et l'affaire close le plus rapidement possible.

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15 décembre 2009 2 15 /12 /décembre /2009 15:22

Profanation antisémite en Moldavie

[Mardi 15/12/2009 14:19]

 

http://www.youtube.com/watch?v=XTM3YZbzbJk&feature=player_embedded#

HONTE  A CE PRETRE MOLDAVE ET SES ACOLYTES !

L’ « Anti Defamation League » (A.D.L), dirigée par Abe Foxman a sévèrement condamné « l’odieux acte antisémite » perpétré dimanche par un prêtre orthodoxe moldave. Sous son impulsion, et en présence de plusieurs douzaines de personnes, la grande Menorah de la Place Etienne le Grand, dans la capitale Chisinau, a été déboulonnée et renversée à l’aide de marteaux et de barres de fers, jetée à terre et remplacée par une croix. La scène qui a été filmée et diffusée sur « youtube » a permis d’identifier le criminel, le Père Anatoly Chirbik. Avant de procéder à la profanation, l’ecclésiastique a déclaré aux personnes présentes : « Nous sommes un pays de tradition orthodoxe.

Etienne le Grand a toujours défendu notre pays contre les youpins, et aujourd’hui, ils viennent mettre leur Menorah ici. C’est de l’anarchie ! » La Police est intervenue et a réinstallé le candélabre d’une hauteur de 1,5m, et qui se trouve maintenant sous bonne garde. Jusqu’à présent l’Eglise Orthodoxe Moldave, qui dépend de la hiérarchie orthodoxe russe, n’a pas réagi à cet acte, malgré les appels du leader de la communauté juive locale, Alexandr Bilinkis. Le gouvernement moldave a condamné cette profanation, déclarant que « la haine, l’intolérance et la xénophobies sont inacceptables ». L’ADL, toujours très présente sur le front de la lutte contre l’antisémitisme, exige « que soit jugé et puni Anatoly Chirbik, afin de donner un signal clair à la société moldave et à la communauté juive que ni le gouvernement ni l’Eglise officielle ne tolèreront des actes antisémites ».


La communauté juive de Moldavie est estimée aujourd’hui à quelques 12.000 âmes. Ils étaient 66.000 il y a une vingtaine d’années, mais beaucoup de Juifs ont émigré vers Israël. Cette communauté est très ancienne puisque l’on trouve des tombes datant du 1er siècle de l’ère actuelle. La Moldavie, de son ancien nom « Bessarabie », a été balancée durant son histoire entre différentes puissances ou pays, tel que l’Empire ottoman, la Russie (puis l’URSS) et la Roumanie, avant de devenir indépendante. Les Juifs y ont vécu des périodes difficiles ou relativement paisibles ou d’accalmies au gré de la volonté des souverains. On se souvient également des sinistrement célèbres Pogroms de Kichinev (ancien nom de la capitale actuelle Chisinau), entre 1903 et 1905, lors desquels 49 Juifs bessarabiens furent sauvagement assassinés et des centaines d’autres blessés. Au début de la 2e Guerre Mondiale, beaucoup de Juifs qui n’avaient pas réussi à furent parqués dans des ghettos et été déportés, sous le régime d’Ion Victor Antonescu, dictateur roumain allié des nazis.

Dans les années 1990, la fin de l’emprise soviétique a vu un véritable redémarrage culturel et religieux de cette ancienne communauté, paradoxalement à une époque où son importance numérique est la plus basse de son histoire.

par Shraga Blum
http://www.actu.co.il/

Histoire des Juifs de Moldavie

 

 

L’histoire des Juifs de Moldavie (et de Bessarabie) illustre celle de la région à plus d’un titre : leurs multiples arrivées, départs et évolutions nous aident à suivre les traces d’une histoire convulsive et complexe.

Leur présence très ancienne, remontant aux Romains, en fait les témoins des conflits régionaux, de la Guerre civile polono-lituanienne au drame de la Shoah. Ils ont vécu, ces derniers siècles, la présence roumaine, ottomane, russe et enfin l’indépendance de la Moldavie.

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La Menorah
Chandelier à 7 branches des Hébreux.

Une présence ancienne

Leur présence est très ancienne, puisque les premières pierres tombales remontent au premier siècle de notre ère. Ils sont probablement arrivés en tant que marchands, ou autres, dans la foulée des légions romaines.

A cette première vague s’ajoutent plusieurs migrations médiévales : celle des Juifs de Hongrie, d’où ils sont expulsés en 1367, ou de quelques réfugiés d’Espagne, qui sont allés, cependant, majoritairement à Sarajevo. Par ailleurs, la région se situait sur la route commerciale des Vikings (ou Via Wallachiensis), qui s’étendait de l’empire polono-lituanien à l’empire ottoman, favorisant la venue de nombreux marchands sépharades de Constantinople. La principauté de Moldavie, fondée au XIVe siècle, a accueilli favorablement plusieurs communautés, notamment dans les villes de Suceava ou Iasi, aujourd’hui en Roumanie.

La guerre civile polono-lituanienne (1648-1654) et l’empire ottoman

La guerre civile polono-lituanienne (1648-1654), qui oppose les forces restées loyales au pouvoir aux Cosaques ukrainiens (paysans orthodoxes ruthènes refusant de servir les nobles polonais), provoque un certain nombres de remous sur le plan géopolitique. L’alliance de l’hettman (chef des Cosaques) Bohdan Khmelnytskyi avec la Moscovie, en 1654, renforce la présence russe dans la région, au détriment de l’Union polono-lituanienne. Cette guerre d’indépendance est cependant tournée contre les Polonais, les Ruthènes assimilés et les Juifs, très implantés dans la région. Souvent commerçants, ils sont victimes d’un conflit très dur qui a fait plus d’un million de morts. On estime qu’entre 50.000 et plusieurs centaines de milliers d’entre eux ont été tués, principalement entre 1648 et 1649, et que 300 communautés juives ont été totalement détruites. De nombreux Juifs du territoire polonais ont ainsi migré vers la Moldavie actuelle pour échapper à ces affrontements.

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Bohdan Khmelnytskyi

Les communautés ont été d’abord implantées au nord et dans le centre de la Bessarabie, puis au sud. Si un grand nombre de Juifs vivaient dans les villes, ils occupaient aussi des postes de marchands dans les petits villages, les shtetl.

1812, la Bessarabie sous le contrôle russe

En marge des guerres napoléoniennes, le tsar Alexandre Ier annexe la Bessarabie en 1812. On estime qu’il y avait alors 20.000 Juifs bessarabiens, souvent de tradition Hassidim. La population, centrée sur Chisinau et le nord de la région (Soroca, Rascani), s’élève à 43.000 en 1836, puis 94.000 en 1867 pour atteindre 228.000 en 1897, soit 11,8% du total. La moitié vit dans les villes, contre un quart dans les petites villes et autant dans les villages. Ils occupent une place essentielle dans le commerce de la région. Mais leur situation se dégrade dans les années 1880 en raison des expulsions fréquentes des villages et des zones frontières, couplées à une crise de l’agriculture qui mène à de nombreux départs à l’étranger.

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Zone de résidence forcée

Leur statut est relativement plus privilégié que dans d’autres régions de Russie, et de nombreux Juifs viennent s’installer en Bessarabie. La vie culturelle de la communauté se développe, avec plusieurs écoles juives dans la seule ville de Chisinau. Alors qu’ils doivent faire face à de nombreuses discriminations au sein de l’empire, celles-ci n’arrivent que plus tardivement en Bessarabie. Ceci n’empêche pas, entre 1903 et 1905, que se déroulent deux effrayants pogroms à Kichinev, qui se sont soldés par plusieurs morts.

1917-1945 : la Bessarabie et son intégration dans la Roumanie

Après l’incorporation de la Bessarabie (qui comprenait 267.000 Juifs) dans la Roumanie, en 1918, les Juifs ont reçu automatiquement la citoyenneté roumaine, en accord avec le Traité de Paris, même si son application a fait l’objet de restrictions (code de la nationalité de 1924). De manière générale, comme dans de nombreux endroits en Europe, ils rencontrent une certaine hostilité populaire ainsi que des mesures discriminatoires de la part des autorités. De plus, les difficultés agricoles engendrées par la sécheresse et la perte du marché russe ont provoqué une crise économique profonde en Bessarabie. Toutefois, la réforme agraire a permis à de nombreux Juifs d’accéder à la propriété.

Le 28 juin 1940, l’Armée Rouge entre en Bessarabie, et la condition locale des Juifs s’aligne sur celle de leurs congénères de l’URSS. Un certain nombre d’individus, suspectés de ne pas être loyaux aux instances soviétiques, sont déportés dans des camps d’internement ou exilés en Sibérie.

La Seconde Guerre mondiale marque pour les Juifs d’Europe Centrale une période de destruction et d’extermination. Ceux qui en Bessarabie n’ont pas fui devant les avancées allemandes en 1941 paient un lourd tribut. Cette année-là, près de 75.000 Juifs de Bessarabie, de Bucovine du Nord et des régions de Suceava et de Botosani en Roumanie sont déportés en Transnistrie dans des ghettos sous le contrôle du régime d’Antonescu. On estime que moins d’un cinquième de cette population a survécu.

De la période soviétique à l’indépendance

L’après-1945 voit le retour de la Bessarabie dans le giron soviétique. Le pays est reconquis en août 1944, et la mise au pas de la population fait de nombreuses victimes, assassinées ou déportées en Sibérie, notamment parmi les élites pro-roumaines. Les Juifs, qui étaient dès la fin du XIXème siècle assimilés à la culture russe, n’ont pas vécu les transformations de leur langue (passage au cyrillique ou russification des termes techniques). Par ailleurs, en raison de l’émigration vers Israël pendant la période soviétique, à cause notamment d’un anti-sémitisme larvé, la minorité juive a été la seule qui a vu sa population diminuer entre 1959 et 1989.

La Perestroïka (à partir de 1985) a permis une renaissance culturelle considérable, encore renforcée après l’indépendance du pays en 1991. Le retour aux pratiques traditionnelles et l’ouverture de nouvelles écoles se fait au moment où, paradoxalement, le nombre de Juifs se trouve proche de son plus bas niveau historique.

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Synagogue de Chisinau

Florent Parmentier, analyste politique pour Moldavie.fr

 


Pogroms de Kichinev
 Source wikipedia
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Herman S. Shapiro. "Kishinever shekhita, elegie" Élégie du massacre de Kichinev. New York: Asna Goldberg, 1904. Collection Irene Heskes. L'illustration au centre de cette élégie dépeint le massacre de Kichinev de 1903.

Les pogroms de Kishinev sont des émeutes antisémites qui se sont déroulées à Kichinev/Chişinău, alors capitale de la Bessarabie, (maintenant capitale de la Moldavie) le 6 et7 avril 1903 et le 19 et 20 octobre 1905.


L'émeute a pour origine la découverte le 
6 février 1903 du corps meurtri d'un jeune garçonchrétien, Mikhaïl Rybachenko, dans la ville de Dubăsari, située à environ 30 kilomètres au nord de Chişinău. Bien qu'il soit clair que l'enfant a été tué par un parent, qui sera d'ailleurs arrêté plus tard, le journal antisémite de langue russeБессарабец (Bessarabetz, signifiant "Bessarabien"), publié par Pavel Krushevan, insinue qu'il a été tué par les Juifs. Un autre journal, Свет (Svet, "Lumière"), recourt à l'accusation séculaire de crime rituel contre les Juifs, affirmant que le garçon a été tué pour utiliser son sang dans la fabrication de la matza).

Premier pogrom (1903) 

Le premier pogrom de Kichinev s'étend sur trois jours d'émeute contre les Juifs qui feront de nombreuses victimes: 47 Juifs tués (d'autres rapports font état de 49 tués), 92 grièvement blessés, plus de 500 légèrement blessés. En plus, 700 maisons ont été pillées et détruites. Le journal "The Times" de Londres publie une dépêche falsifiée de Viatcheslav Plehve, alors chargé de mission du ministère russe de l'intérieur auprès du gouverneur de Bessarabie, qui aurait prétendument donné des ordres de ne pas mettre fin aux émeutes1, mais, ce qui est certain, c'est que ni la police, ni l'armée ne sont intervenues pour stopper les émeutiers avant le troisième jour. Cette non-intervention est un argument supportant la thèse que le pogrom a été commandité ou tout du moins toléré par l'état.

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Le Président des Etats-Unis Theodore Roosevelt auTsar Nicolas II de Russie: "Arrêtez votre cruelle oppression des Juifs." Une lithographie concernant le premier pogrom de Kichinev. (Bibliothèque du Congrès)

Le New York Times décrit le premier pogrom de Kichinev:

« Les émeutes anti-juives de Kichinev, Bessarabie, sont pires que ce que le censeur autorisera de publier. Il y a eu un plan bien préparé pour le massacre général des Juifs le jour suivant la Pâques russe. La foule était conduite par des prêtres, et le cri général, "Tuons les Juifs", s'élevait dans toute la ville. Les Juifs furent pris totalement par surprise et furent massacrés comme des moutons. Le nombre de morts s'élève à 120 et les blessés à environ 500. Les scènes d'horreur pendant le massacre sont indescriptibles. Les bébés furent littéralement déchiquetés par la foule frénétique et assoiffée de sang. La police locale ne fit aucune tentative pour arrêter le règne de la terreur. Au coucher du soleil, des piles de cadavres et de blessés jonchaient les rues. Ceux qui purent échapper au massacre se sont sauvés, et la ville est maintenant pratiquement vidée de ses Juifs2. »

Le nombre des victimes s'établit en réalité à environ 49 tués.

En 1904Isidore Singer, le fondateur de la Jewish Encyclopedia, a publié Russia at the Bar of the American People (New York) pour alerter l'opinion publique américaine à propos de ce pogrom.

Second pogrom (1905) 

Un second pogrom s'est déroulé le 19 et 20 octobre 1905. Cette fois, les émeutes débutèrent par des manifestations politiques contre le Tsar, mais se retournèrent contre les Juifs, partout où ils pouvaient se trouver. A la fin des émeutes, 19 Juifs avaient été tués et 56 autres blessés. Les ligues juives d'autodéfense, mises en place après le premier pogrom, réussirent à arrêter certaines des violences, mais ne purent être totalement efficaces.

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Une pétition rejetée par le Tsar de Russie, envoyée par des citoyens américains en 1903. (maintenant conservée aux Archives nationales US)

Après le premier pogrom, en dépit du tollé mondial, il n'y eut que très peu de condamnations par la justice russe : deux hommes furent condamnés à des peines de sept et cinq ans de prison et vingt-deux autres furent condamnés à une ou deux années de réclusion. Ces pogroms convainquirent des milliers de Juifs russes à quitter la Russie pour l'Ouest et éventuellement pour la Terre d'Israël.

Ainsi, ces pogroms devinrent un argument mobilisateur pour les premiers sionistes, et plus particulièrement par ce qui deviendra le Parti sioniste révisionniste, inspirant les premières ligues d'autodéfense, sous la direction de leaders comme Vladimir Jabotinsky.

Un grand nombre d'artistes et d'écrivains ont traité des pogroms de Kichinev. Des auteurs russes comme Vladimir Korolenko ont écrit sur le pogrom de 1903 dans:(en) House 13, tandis que Tolstoï et Gorki écrivirent des condamnations blâmant le gouvernement russe, une attitude qui change par rapport aux pogroms des années 1880, où la plupart de l'intelligentsia russe était restée silencieuse. Ces massacres eurent aussi un impact important sur l'art et la littérature juive. Le dramaturge Max Sparber prit le pogrom de Kichinev comme sujet pour une de ses premières pièces. Le poète Haim Bialik écrivit dans "La Ville du massacre" au sujet de l'apparente passivité des Juifs en face des émeutiers:

"Tu verras de tes yeux les lieux où se cachèrent
Les lâches descendants des glorieux Macchabées…
Ils avaient fui comme des rats,
Ils s’étaient terrés comme des fourmis
Et ils moururent d’une mort de chiens…
La honte est toute aussi grande que la douleur,
Et peut-être même est-elle plus grande encore"

Après cela, Bialik soutiendra à fond la création des ligues d'autodéfense.

 
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15 décembre 2009 2 15 /12 /décembre /2009 05:43
 
Le récit très spécial d'un israélien en Afghanistan
14/12/2009 
 
 
 

 
Ilan Morodov
« J'ai dormi et mis mes Téfiline chez un Taliban ! » 

Pour vouloir se promener en Afghanistan, il faut déjà avoir une certaine forme de témérité. À plus forte raison lorsque l'on est uniquement détenteur d'un passeport israélien. Mais cela n'a pas effrayé Ilan Morodov du mochav Kadima dont les parents sont nés là-bas! 

Ilan Morodov est informaticien et il vit au mochav Kadima. Il y a quelques semaines, Ilan a décidé de réaliser l'un de ses vieux rêves : se rendre en Afghanistan, le pays natal de ses parents. 

Pour ce faire, il s'est joint à un groupe de touristes israéliens qui avaient décidé de passer leurs vacances en Ouzbékistan. Le dernier jour du voyage, Ilan a expliqué à son guide qu'au lieu de rentrer avec tout le groupe en Israël, il souhaitait rester quelques jours de plus dans la région. Étant religieux, il a emporté dans ses bagages quelques boîtes de conserve et bien entendu ses Téfiline. 

Il passe alors un Chabbate dans une famille juive de Tachkent, la capitale de l'Ouzbékistan. Le lendemain, il prend un autobus qui le conduit à Tarmaz, une ville située à une heure de Tachkent, à la frontière entre l'Ouzbékistan et l'Afghanistan. Ilan raconte: «À Tarmaz, j'ai trouvé un chauffeur qui a accepté de me prendre jusqu'au poste-frontière. Il faut comprendre qu'il n'y a pas le moindre touriste dans cette région ingrate. Le chauffeur me demanda si j'étais journaliste ... 

Nous sommes arrivés au poste-frontière qui était particulièrement vétuste. Les soldats ouzbèkes m'ont regardé avec étonnement mais ils ont tamponné nonchalamment mon passeport israélien. La rencontre avec les soldats afghans, de l'autre côté de la frontière fut plus difficile: « J'ai à nouveau présenté mon passeport israélien. 

L'un des soldats l'a ouvert et a compris qu'il s'agissait d'un passeport de l'État hébreu: "Vous ne pouvez pénétrer en Afghanistan avec un tel passeport" m'a-t-il dit. J'ai demandé à parler au chef du poste. Celui-ci est arrivé, en uniforme, le torse bardé de médailles et à ma grande surprise, il m'a adressé un sympathique "chalom" en hébreu ». 
À partir de là, Ilan et l'officier vont dialoguer paisiblement: 
- « Que venez-vous faire en Afghanistan ? Voulez-vous tuer des Talibans ?, demande l'officier à Ilan 
- Certainement pas! Mes parents sont nés ici. Je suis venu sur leurs traces. 
- D'où sont vos parents ? 
- Ma mère est de Kaboul et mon père d'Ahrat. 
- Vous savez qu'il n'y a plus de Juifs en Afghanistan. 
- Je sais, répond Ilan. 
- Parlez-vous afghan ? 
- Pas le moins du monde, répond Ilan, ce qui fait rire l'officier. 
- Tu es un homme sympathique mais je ne peux pas te laisser entrer avec un passeport israélien. 

À ce moment-là, Ilan sort sa botte secrète. Une liasse de dollars qu'il a soigneusement conservée précisément à cet effet: «Je suis prêt à payer pour entrer. L'officier a alors changé de ton et a expliqué à Ilan qu'il pouvait lui fournir un laissez-passer provisoire lui permettant de se déplacer librement dans le pays. Moyennant 80 dollars soit une solde mensuelle de l'armée, l'officier laisse entrer Ilan Morodov en Afghanistan. 

Ilan prend congé de son ami offIcier et monte dans un taxi qui va le conduire à Mazar el Charif. Le chauffeur, Ismaël, parle correctement l'anglais. De facto, il va devenir le guide d'Ilan au pays des Talibans. Alors que la nuit tombe, Ilan demande à Ismaël où il peut trouver un hôtel convenable. Ismaël lui propose de l'héberger, pour dix dollars la nuit, chez son beau-frère: «Je n'ai pas eu peur, raconte Ilan. 

J'avais le sentiment qu'il n'avait pas d'animosité envers moi. Je suis arrivé chez le beau-frère d'Ismaël. Il y avait là six enfants qui dormaient dans leur chambre. Ismaël refusa de me parler de son beau-frère. Le lendemain matin, Ilan se leva et, comme il le fait chaque matin, il mit les Téfiline. 

C'est à ce moment-là qu'un enfant entra dans sa chambre et peu à peu les six enfants se retrouvèrent en face d'Ilan qui terminait sa prière de Cha'harite : « J'avais des bonbons. Je les ai donnés aux enfants qui étaient tout heureux. 

C'est alors qu'un vieil homme entra dans ma chambre. Il devait avoir 90 ans. Il posa alors sa main sur ma tête et murmura quelques mots avant de me serrer la main. J'ai raconté la scène à Is¬maël. 

"Il t'a béni, Ilan. Depuis que les Juifs sont partis d'Afghanistan, toutes les malédictions se sont abattues sur ce pays". 

Ilan Morodov visita ce jour la capitale afghane Kaboul et tenta de se remémorer les histoires racontées par ses parents. 

Arrivé à la frontière, Ilan demanda alors à Ismaël où était son beau-frère: 
- « Il appartenait aux Talibans. Les Américains l'ont tué, répondit Ismaël. 
- Ce qui signifie que j'ai dormi dans la maison d'un taliban ? 
- Effectivement, et tu vois qu'ils t'ont bien reçu, déclara Ismaël. Ilan Modorov est rentré quelques jours plus tard en Israël. Il relata à ses parents son périple dans leur pays d'origine. Son seul regret: « De n'avoir pas pu photographier la tombe de mon grand-père à Ahrat. Mais Ilan promet de retourner sur place pour compléter son pèlerinage. 

Source : Hamodia 02 décembre 2009 
et 
http://www.universtorah.com/ns_actu-617-le-recit-tres-special-d-un-israelien-en-afghanistan.htm 
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30 novembre 2009 1 30 /11 /novembre /2009 19:26
Source : http://yerouchalmi.web.officelive.com/Yer112.aspx 


Répartition des juifs dans le monde
 

  



La répartition de la population juive a subi de tels bouleversements ces dernières décennies 
(y compris avec les migrations d’Ethiopie, Argentine, Russie) qu’il est nécessaire de faire régulièrement le point sur ses fondamentaux dont certains surprendront nos lecteurs…

La population juive est de 13.5 millions (17 à 11 millions post Shoah), 0,22% du monde 
  
- Israël (5,35) ; USA (5,27) ; 
(en millions)  
- France (0,42) ; Russie (0,4) ; Canada (0,37) ;
- Argentine (0,17) ; Allemagne (0,13 dont 90% de Russie) ; Australie-Brésil (0,1) chacun 
- Ukraine-Afr. du Sud (0,08) ; Hongrie (0,05) ; Mexique-Venezuela (0,04) ; Belgique (0,03)


Répartition des juifs par pays



Hors USA et Israël, les plus grandes villes juives sont :

  
- Paris/Banlieue (0,30), Londres (0,2), Buenos Aires (0,18) 
- puis Toronto, Moscou, Montréal, Saint Petersbourg.
  
- Israël a dépassé les USA 
(du fait des Russes/ Ethiopiens) avec 5.3 millions chacun. Cet écart s’amplifie : taux de natalité et des migrations vers Israël, des mariages mixtes aux USA.
   
- Les USA et Israël comptent 80% des juifs du monde. Hors Israël : 6 pays regroupent 90% des juifs du monde : USA, France, Russie, Canada, UK, Argentine.
   
- La Russie ne compte plus que 400 000 juifs (2 millions en 1960). Un flot continu de migration de quelques milliers par an reste à prévoir vers les USA, l’Allemagne et Israël.
  
 
- 75% sont anglophones,
 6% francophones, plus de 3% hispanophones ou russophones.

Pays aux taux de Juifs le plus important


Taux de juifs par principaux pays  
Les juifs sont plus de 0,5% de la population dans 

7 pays 
NB : Israël (86%) : USA, Canada, France, Uruguay, Australie, Hongrie, UK. 
   - USA (1,8%), Canada (1,1%), France (0,8%), Uruguay (0,7%), 
   - Australie/ Hongrie/ UK (0,5%) Argentine (0,45%), 
   - Russie/ Belgique (0,3%), Ukraine/ Allemagne/ Afr. du Sud (0,15%)

Juifs Ashkénazes et Séfarades
  
- 75% des juifs (
hors Israël, 87%) sont Ashkénazes (pourtant affectés par la Shoah). 
  
- En Israël les ashkénazes
 (55% des juifs) représentaient 80% du pays. Depuis l'arrivée des juifs des pays arabes à plus forte fécondité, ils sont devenus minoritaires (45%),  avant de revenir à 55% des juifs du fait des renforts de l'Alya russe.
  
 
- Aux USA/ Canada, 90%
 des juifs sont ashkénazes (Montréal 25% de séfarades). 
   - Les grands pays (sauf la France) sont ashkénazes (sauf Venezuela-Mexique 50%)
   
- Les Juifs de France sont à 65% séfarades du fait de l’arrivée massive des juifs des pays arabes à forte fécondité et moindre assimilation.


Les Juifs de France



Par ville :
 Les 420 000 juifs de France sont 
   - à plus de 70% en Ile de France 280 000, 
   - Marseille 60000, 
   - Lyon 20000, puis Nice, Toulouse, Strasbourg 15000 chacun. 

Judaïsme des Juifs de France

   - 5 à 8% des juifs de France se disent strictement pratiquants 
   - plus de 50% sont traditionalistes. 
   - Massortis et Réformés, avec moins de 1% des juifs de France fréquentant leurs institutions, ne sont, malgré leurs prétentions, qu’une poignée. 
 
Importance de l’Alya par pays
 
           
Les 
20000 Alyas/an, contribuent à une hausse de 0,4% /an des juifs d’Israël.
   - Russie (7500), Ethiopie (3600), France (3000), USA (2000) 
   - UK (500), Argentine - Perou+Colombie - Reste Asie - Reste Europe (chacun 400),
   - Bresil-Canada (250), Reste Europe Est - Reste Amériques (200) - Afr. du du Sud (120)
Hors Russie et Ethiopie, il y a 8000 Alyas/an et seuls 
4 pays ont plus de 400 Alyas/an

France (3000/an) et USA (2000/an)
 et, loin derrière, UK (500/an) et Argentine (400/an).
          Le premier contributeur est la France avec près de 40% des Alyas hors Russie-Ethiopie.
En % des populations juives nationales :
   - France (0,6%), Belgique (0,33%), 
   - Argentine (0,22%), Hongrie- Mexique (0,2%)
   - UK (0,17%), Afr. du Sud (0,15%).
   - USA (moins de 0, 05%) 10 fois inférieur à celui de la France en % de leur population juive.
A noter sur 
2000-2010 : 120 000 alyas de Russie, 25 000 de France et 20 000 des USA.

Pour 5000 Alyas/an de France

          Le contexte de faible croissance en Europe, d’antisémitisme islamiste, allié à une attraction d’Israël, devrait conduire l’Agence Juive à intensifier ces efforts vers la France, pour atteindre les 5000 Alyas par an qui sont l'objectif du Yerouchalmi 
(au lieu de les disperser, elle pourrait centrer sur les pays essentiels : France, USA, Argentine puis UK, Brésil & Canada).
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11 novembre 2009 3 11 /11 /novembre /2009 05:45
LES JUIFS AU PORTUGAL AUJOURD'HUI

 

Michael Studemund-Halévy

 

Aujourd'hui, le Portugal est un pays sans Juifs. Ni la construction d'une synagogue à Belmonte, ni larestauration d'une autre synagogue à Castelo de Vide ou le musée juif à Tomar peuvent dissimuler cette réalité. Néanmoins, les indications de judiarias (quartiers juifs), de rues qui portent les noms de Juifs portugais importants à Guarda, Trancoso, Évora, Castelo de Vide, Covilhã, Porto ou Lisbonne, la fondation d'une chaire d'histoire juive à Lisbonne (Cátedra de Estudos Sefarditas Alberto Benveniste) et d'un Centre d'études juives à Évora (Centro de Estudos Judaicos), la fondation d'une Société d'études juives (Associação de Estudos Judaicos) ainsi que de nombreuses expositions, colloques de spécialistes et publications sur l'Inquisition ou les marranes montrent que, dans ces dernières années, le Portugal se souvient de son passé juif. Un passé qui se termine de façon abrupte avec le baptême forcé des Juifs en 1497 et l'introduction de l'Inquisition en 1537. Les publications au sujet du passé juif qui, pour la plupart, ont une orientation historique, sont nombreuses et sérieuses; néanmoins, les chercheurs portugais évitent la réflexion sur l'histoire récente. Ils ne s'intéressent pas à la fondation des communautés juives au 19e siècle, ils craignent la réflexion sur l'antisémitisme politique et religieux des années vingt ainsi que le réflexion sur l'attitude du Portugal fasciste vis-à-vis des Juifs durant la dictature de Salazar. Tandis que la traduction de « Mein Kampf » a suscité, il y a quelques années seulement, la critique d'une grande partie du public, la réimpression non commentée de l'ouvrage antisémite A invasão dos Judeus (« L'invasion des Juifs ») de Mário Sáa qui a été vendu en 1998 dans les librairies de Lisbonne n'a pas causé beaucoup de protestations. Qui veut travailler aujourd'hui au Portugal sur les Juifs portugais et des anciennes colonies portugaises ne peut effectuer ses recherches qu'avec beaucoup dedifficultés : les bibliothèques, dans un état catastrophique sont incapables de se procurer la littérature scientifique étrangère, ce qui rend impossible toute recherche sérieuse.

Aujourd'hui, les quelques Juifs du Portugal sont organisés en quatre communautés : Lisbonne, Porto, Belmonte et Portimão. Le nombre de ses membres s'élevant seulement à quatre-cents, cette communauté juive est parmi les plus petites en Europe. À ces membres déclarés s'ajoutent des milliers de nouveaux Chrétiens (cristãos-novos) qui, dans leurs familles, ont gardé un souvenir vivant de leurs origines juives, les crypto-Juifs (marranos) qui vivent surtout dans les provinces au nord ainsi que les nombreux Juifs anglais et américains qui séjournent longtemps au Portugal.

 

 

Nouveau début aux Azores

Les Juifs des Azores n'ont rien ou peu en commun avec les nouveaux Chrétiens qu'on avait forcés à s'établir dans les îles au 16e siècle. Les Juifs quis'installent ici au début des années vingt du 19e siècle viennent du Maroc ; ils quittent l'Afrique du, Nord parce que pour eux, en tant que Juifs, la vie y est devenu trop difficile : et qu'on leur y avait refusé une existence économique. Avant de s'établir aux Azores, ces Juifs marocains s'installent d'abord dans l'Algarve. En 1836, Abraham Bensaúde et d'autres Juifs achètent un bâtiment à Ponta Delgada, ayant en vue d'y établir une synagogue. Entre 1855 et 1866, on construit une synagogue et un cimetière avec 17 tombeaux à Horta (Faila). Environ en 1830, on construit une synagogue à Vila Franca do Campo et à Angra do Heroísmo (Terceira). En 1819, des Juifs du Maroc fondent une petite communauté à Ponta Delgada (São Miguel) qui, en 1848, compte déjà plus de 150 membres. En 1836, ils construisent la synagogue Sha'ar ha-Shamaïm (Porte du ciel). Pourtant, vers 1870, ils quittent l'île des Azores à cause de d'une profonde crise économique. En 1818, Abraham quitte son pays natal, le Maroc, et il s'installe avec sa femme Ester et ses enfants Rahel, Jacob, Joseph et Elias sur l'île des Azores São Miguel. La famille, qui en mémoire de ses ancêtres ibériques s'appelle à nouveau Bensaúde, connaît très tôt un grand succès économique : elle investit dans l'industrie du tabac et cultive le thé, le lin et l'ananas. Bientôt, l'entreprise établit des contacts avec Mogador, Gibraltar, Londres, Hambourg et Manchester – des villes qui ont une longue tradition judéo-portugaise. Peu de temps après, ils s'installent dans le continent portugais, à Lagos, Lisbonne et Porto. Les commerçants deviennent des chercheurs, des juristes et des médecins. Et les descendants de Juifs expulsés et baptisés de force épousent des membres de la haute noblesse européenne.

Le retour au Portugal pose de grands problèmes au Juif observant Abraham Hassiboni, car les écoles juives sont inconnues et les universités n'acceptent que des étudiants chrétiens. En suivant le conseil du philanthrope anglais Sir Mose Montefiore, Joseph, le fils d'Abraham, envoie ses enfants Alfredo et Joaquim en Allemagne, à la très orthodoxe Samson-Schule de Wolfenbüttel. Plus tard, Alfredo fait ses études à la Bergtechnischen Universität à Clausthal et à Göttingen, où il obtient son doctorat avec une dissertation sur les « Beiträge zur Kenntnis der optischen Eigenschaften des Analcim » (« Contributions à la connaissance des qualités optiques de l'analcime). En 1911, il sera le fondateur et le premier directeur de l'Istituto Superior Técnico à Lisbonne. C'est surtout grâce à sa femme, Jeanne Eleonore Oulman, crivain de livres pour l'enfance et petite fille de Philip Abraham Cohen de Francfort - un des fondateurs de la Trennungsorthodoxe Israelitische Religionsgesellschaft (Société religieuse israélite orthodoxe séparatiste) à Francfort sur le Main - que son contact avec l'Allemagne ne s'interrompt pas. Son frère Joaquim aussi fait ses études universitaires à Clausthal. Il dirige ensuite le Queen's Dock à Londres et à Lisbonne, où il est responsable de l'agrandissement du port. Mais ce sont ses recherches historiques sur la cartographie et l'astronomie portugaises, dans lesquelles il conteste d'une façon convaincante les thèses d'Alexander von Humboldt qui vont le rendre célèbre. Alfredo et Joaquim sont des Juifs croyants qui occupent des postes prestigieux au sein de la communauté. Une génération plus tard, pourtant, la fin de la monarchie portugaise marque le début de l'ascension de la famille dans la société chrétienne portugaise.

 

 

La communauté juive de Lisbonne

Lisbonne devient le coeur de la vie juive. Dans la capitale portugaise, pas loin de l'endroit où, pendant des siècles, avaient flambé les bûchers de l'Inquisition, les Cortes déclarent, le 17 février 1821, l'abolition de l'Inquisition. Elles garantissent aux descendants des Juifs expulsés ainsi qu'à tous les Juifs « habitant n'importe où sur la terre » qui souhaitent s'établir au Portugal ou dans ses possessions la liberté de la pratique religieuse. Mais même avant cet édit, en 1801, des membres des familles Amzalaga, Cardoso, Cohen, Hazan et Conqui, toutes de Gibraltar, s'installent à Lisbonne en tant que citoyens anglais. Des Juifs de Gibraltar et du Maroc suivent leur exemple et s'installent sur le continent portugais et sur les îles atlantiques Madeira et les Azores. En août 1828, soixante-trois Juifs vivent déjà sur le continent portugais : cinquante à Lisbonne, cinq à Faro, quatre à Lagos, deux à Beja et deux à Évora ainsi que deux cents cinquante aux Azores, dont cent cinquante à Ponta Delgada. Entre 1850 et 1900, un certain nombre de Juifs s'installe en Angola et au Mozambique, qui sont des colonies portugaises, dans les îles du Cap Vert ainsi qu'à Madeira. Le chiffre relativement bas des Juifs immigrés est dû d'un côté à la situation marginale du Portugal, de l'autre côté surtout au fait que, dans la diaspora séfarade, le souvenir de l'expulsion et du baptême forcé est toujours vivant.

Déjà en 1801, on concède aux Juifs une parcelle du Cimetière Anglais (Cemitério Inglês da Estrela) pour qu'ils puissent y enterrer leurs morts selon le rite juif : le 26 février 1804, José Amzalaga sera le premier à y être enterré selon ce rite. Les quelques Juifs sont confrontés à deux grands défis : la fondation d'une communauté unifiée (Comité da Comunidade Israelita de Lisboa), qui ne sera réalisée qu'à la fin du 19e siècle ; ensuite, la lutte pour la reconnaissance juridique en tant que communauté religieuse indépendante, car, selon la constitution de 1826, le catholicisme est la seule religion admise et seulement les étrangers sont autorisés à pratiquer en privé leur religion. En 1850, il y a deux Shohatim (abatteurs rituels) à Lisbonne. En 1865, les Juifs de Lisbonne achètent au Alto de São João;o un terrain de 45 X 128 m pour construire un autre cimétière, qui est encore utilisé aujourd'hui. En 1882, Moses Amzalak fonde la société Ozer Dalim, qui se charge de donner aux Juifs pauvres un repas chaud le Shabbat. Il y aura ensuite d'autres sociétés charitables : en 1865, Simão Anahory crée Nophlim (Amparo dos Pobres); en 1899, Leao Amzalak fonde la Cozinha Económica (Cuisine des pauvres) qui, dans l'année même de sa fondation, donne 5.000 repas et en 1916 plus que dix milles. Le service est célébré d'abord dans des maisons privées; seulement au cours des années on construit plusieurs petits bâtiments de prière et des synagogues. En 1892, le gouvernement civil autorise la fondation de la Associação Guemilut Hassadim, irmandade israelita de socorros mútuos na hora extrema e funerais, une autorisation qui est très proche de la reconnaissance juridique de la religion juive. Vu le petit nombre des membres - il y a au maximum 180 chefs de familles pour moins de mille Juifs - les activités charitables, pédagogiques et culturelles sont remarquables : En 1914, la Biblioteca Israelita est fondée ; le 23 octobre 1922, c'est le tour de la Escola Israelita où on enseigne, outre la langue hébraïque, l'espagnol et le français ; et, trois ans plus tard, l'organisation de jeunesse He-Haver qui jouera plus tard un rôle important dans l'aide pour les réfugiés juifs est fondée. En 1928 paraît le premier (et dernier) numéro de la Revista de Estudos Hebraicos. On construit des synagogues et des cimetières également en dehors de la capitale portugaise. Des Juifs venant de Gibraltar, du Maroc et de l'Espagne s'installent vers 1820 à Faro, dans l'Algarve (au sud du pays), où se forme au cours des années une petite communauté qui finira par compter soixante familles. Entre 1830 et 1869, deux synagogues sont construites (Sinagoga dos Ricos et Sinagoga dos Pobres ; une synagogue a également fonctionné à Lagos, entre 1830 et 1936) et un terrain pour un petit cimetière est acheté. Lorsqu'au 20e siècle de nombreux membres de la communauté quittent Faro et s'établissent surtout à Lisbonne, la vie juive dans l'Algarve s'éteint pratiquement. Le cimetière qui risquait devenir un dépotoir a été soigneusement restauré dans les dernières années, et, en 1993 il a été inauguré solennellement en présence du Président de la République, Mário Soares. Aujourd'hui, le centre de la vie juive pour les dix-sept membres de la communauté dans l'Algarve est Portimão. Les jours de fête importants, les Juifs de l'Algarve peuvent compter sur la participation de touristes juifs.

Le centre juif le plus important à part Lisbonne est toujours Porto, ville portuaire au Nord du Portugal. La fondation de ce centre est principalement l'oeuvre de « l'apôtre des marranes », Artur Carlos de Barros Basto. En 1915, Barros Basto fonde l'organisation sioniste Melakhah Tziyonyth qui, cinq ans plus tard, ensemble avec l'organisation Associacão de Estudos Hebraicos Ubá-Le-Sion (fondée en 1912 par Adolfo Benarus), fusionne avec la Federação Sionista de Portugal. Le 1er juillet 1927, la synagogue Mekor Haim (Source de vie) est inaugurée dans la Rua do Poço das Patas. Entre 1929 et 1938, la synagogue Kadoorie Mekor Haim est construite dans la Rua Guerra Junqueiro, surtout avec l'argent de la famille Kadoorie et des comités des anciens marranes de Londres, Amsterdam et Hambourg. La communauté consiste aujourd'hui seulement de quelques membres. Les jours de fête importants, le service est assuré par des rabbins d'Israël. A Belmonte, où des centaines d'hommes se désignent eux-mêmes comme « judeus marranos » et où ils pratiquent leur foi en cachette – leur descendance des Juifs baptisés de force est de plus en plus mis en doute – existent aujourd'hui deux communautés : une de marranes et une autre d'anciens marranes qui, il y a peu de temps, se sont convertis au judaïsme. Le 5 décembre 1996, la nouvelle synagogue Bet Eliahu a été inaugurée. La communauté consiste aujourd'hui d'environ 170 personnes. A Covilhã fonctionnait, en 1939, la synagogue Portas das Tradição, qui était fréquentée surtout par les marranes. La synagogue Bet Ha- Midrash (Maison des prières) à Caldas da Rainha a été construite pendant la Deuxième Guerre Mondiale par des réfugiés de l'Europe de l'est.

 

 

Apôtres des marranes

Des noms de famille tels que Abrantes, Campos, Carvalho, Costa, Cruz, Dias, Espirito Santo, Estrela, Henriques, Lopes, Mascarenhas, Matos, Mendes, Morão, Nunes, Paiva, Pereira, Pessoa, Preto, Rodrigues, Silva, Souza ou Vaz passent pour beaucoup de Portugais comme des noms typiques juifs-portugais. Ceux qui portent ces noms se désignent souvent eux- mêmes comme des descendants de Juifs baptisés de force (cristãos novos) ou comme des crypto-Juifs (marranos). Les crypto-Juifs qu'on connaît à travers la littérature portugaise du 19e et du 20e siècles (Camilo Castelo Branco ; Miguel Torga) et des descriptions de voyage sont connus par un plus grand public lorsque, en 1917, l'ingénieur des mines polonais Samuel Schwarz établit des contacts avec les marranes de Belmonte, Guarda et Covilhã. Son livre « Os cristãos-novos em Portugal nó século XX », paru en 1925, raconte l'histoire de ces crypto-Juifs et décrit de façon vivante leurs coutumes (clandestines) juives, telles qu'elles sont pratiquées surtout par les marranes dans les provinces lointaines du nord du pays, dans la Estremadura et la Beira, ainsi que dans des villes comme Argozelo, Bragança, Castelo Branco, Covilhã, Fundão, Idanha, Monsanto, Penamacor, Tomar et Trancoso. Le livre montre un enthousiasme inattendu pour les «Juifs oubliés et exotiques» du Portugal. En 1923, Schwarz achète la synagogue de Tomar qui était tombée en ruine. De par sa situation géographique et sa forme, cette synagogue est un exemple unique de l'architecture synagogale portugaise de l'époque précédant l'expulsion des Juifs. Plus tard, Schwarz fait cadeau de cette synagogue au gouvernement portugais pour en faire un musée luso-juif. En 1939, le musée qui porte le nom du mathématicien et astronome portugais Abraham Zacuto est inauguré. Tandis que les membres de la communauté juive de Lisbonne ont une position respectée dans la société portugaise, les marranes suscitentavec leurs acitivités la méfiance de l'église catholique et d'une grande partie de la bourgeoisie cléricale conservatrice, cette dernière craignant à juste titre que des catholiques puissent se tourner vers le judaïsme. Les discussions controversées ne manquent pas à l'intérieur de la communauté juive de Lisbonne. Ainsi Abraham Levy proteste contre la circoncision des nouveaux Chrétiens (cristãos novos) ; d'après Samuel Sorin la communauté naissante de Porto n'est autre qu'une secte, car les prières ne correspondent pas à celles de l'orthodoxie juive (uma seite, porque as orações que viu não o satisfazerem por serem falhas do ritual tradicional ortodoxo). A cela s'oppose le Professeur Moses Bensabat Amzalak, en argumentant que l'entrée des crypto-Juifs dans le judaïsme a été mentionnée par le grand-rabbin de Palestine, Jacob Meier, qui l'aurait approuvée. Amzalak s'intéresse vivement au travail de Barros Basto, travail qu'il admire beaucoup. Par conséquent, suite à la demande d'Amzalak du 21 avril 1927, la communauté de Lisbonne soutient avec la somme de 100 Escudos le journal édité par Barros Basto, Ha-Lapid (Le flambeau). Le 19 décembre 1927, Amzalak rapporte la fondation d'une nouvelle communauté juive à Bragance et dans d'autres villes. Les deux rêvent de la fondation d'une instance dirigeante (corpo directivo) dans lequel toutes les communautés juives du Portugal devraient s'unir.

Le mouvement marrane atteint son point culminant sous le leader charismatique Artur Carlos de Barros Basto qui s'appelle lui-même « apôtre des marranes ». Sous son influence naissent des communautés juives à Belmonte, Bragance, Castelo Branco, Guarda et Pinhel. En 1929, il fonde la yeshivah Rosh Pina pour familiariser les marranes – surtout les fils des pauvres paysans du nord - avec le judaïsme normatif.

L'Alliance israélite à Paris et l'Anglo-Jewish-Association (AJA) à Londres suggèrent la fondation d'un internat religieux à Lisbonne pour faire connaître aux marranes les fondements de la religion juive. Les deux institutions chargent le politicien et historien anglais Lucien Wolf de réaliser ce projet. Le mémoire que ce dernier rédige après sa visite entraîne, en 1926, la fondation du Marrano Committee à Londres ; d'autres fondations suivront à Amsterdam et à Hambourg. Comme siège de l'internat Wolf ne propose pas Lisbonne mais la ville portuaire de Porto, entre autre à cause du fait qu'il avait fait la connaissance de Artur Carlos de Barros Basto. Ce dernier, capitaine décoré de l'armée portugaise, devient dans les années suivantes, le dirigeant incontesté des marranes portugais. Après une visite à la synagogue portugaise à Paris et une tentative vaine de devenir un membre de la communauté juive de Lisbonne, il épouse Lea Azancot, d'une famille juive de Lisbonne, et il se fait circoncire à Tanger. Désormais, il s'appelle par son nom juif, Abraham Israel Ben-Rosh. Il ne se contente pas d'être simplement un membre de la communauté : convaincu de son devoir d'établir une vie juive au Portugal et de ramener les « marranos » au judaïsme normatif, il commence dès les années vingt une activité intense de mission dans les régions isolées du Portugal du nord. Le comité des marranes de Londres le soutient avec des moyens financiers, et l'historien anglais Cecil Roth et la journaliste française Lily Jean-Javal lui garantissent leur soutient journalistique. Tous les deux sont responsables de l'image « romantisante » des marranes et de leur « apôtre ». En 1923, Abraham Israel Ben-Rosh alias Artur Carlos de Barros Basto fonde une communauté juive à Porto. Entre 1927 et 1958, il édite la revue «Ha Lapid» («Le flambeau») qui est peut- être le document le plus important de l'histoire des marranes portugais. Le 30 juin 1929, grâce à la donation d'Edmond de Rothschild (Paris), on pose la première pierre de la nouvelle synagogue Mekor Haim (Source de vie) à Porto. Pour garantir le progrès de la construction de sa communauté, Barros Basto invite de nombreux émigrants allemands et autrichiens à s'installer à Porto ; parmi eux se trouvent le médecin et pacifiste Dr. Rudolf Hirsch (l'oncle de l'écrivain portugaise Ilse Losa) et La famille Cassuto de Hambourg. Le jeune Alfonso Cassuto devient le directeur de la yeshivah Rosh Pina, son père Yéhoudah Leon Cassuto devient le président de la communauté. L'entrée de ces membres dans la communauté entraîne de fortes tensions, tellement grandes sont les différences culturelles entre Juifs de Pologne, de Russie et d'Allemagne qui pratiquent le rite ashkénaze et les marranes du Portugal, qui venaient de revenir au judaïsme. En 1934, Barros Basto est dénoncé à la police : on l'accuse d' «actes immoraux » (actos imorais). Pendant longtemps, Barros Basto soupçonne des membres ashkénazes de sa communauté d'être les instigateurs du complot. Malgré le rejet de ces accusations, trois ans plus tard le capitão est de nouveau dénoncé, et le 12 juin 1937, sur ordre des généraux Hamilcar Barcínio Pinto et Silva Basto, il est condamné et expulsé de l'armée. Cette sentence est confirmée le 1er juin 1937 par le ministre de guerre, Santos Costa ; jusqu'à, elle n'a pas été cassée. Le climat politique du Portugal avec son fort antisémitisme, la grande immigration des réfugiés européens, le fait que Barros Basto est Juif et franc-maçon et que la communauté de Porto est formée surtout par des émigrants allemands, autrichiens, polonais et russes – voici des facteurs importants de la condamnation du capitão. Ainsi, la police secrète du Portugal fait observer Barros Basto et quelques membres de sa communauté encore dans les années cinquante. Une tentative de la famille du capitaine de faire rouvrir le cas en 1975, reste sans succès. Soixante ans après les premières accusations etmcinquante-cinq ans après l'expulsion du capitaine de l'armée, le « cas Barros Basto » occupe encore la presse portugaise, surtout le journal quotidien de Lisbonne, O Público, qui publie en décembre 1994 et en 1995 plusieurs articles sur Barros Basto, le mouvement des marranes, l'antisémitisme portugais et l'Etat fasciste. Les recherches récentes montrent très clairement dans quelle mesure le capitaine est devenu la victime d'une intrigue personnelle et qu'il devait inévitablement tomber dans le « filet » de l'Etat fasciste qui suivait les idées des émigrés avec méfiance. Malgré sa défaite personnelle, il réussit quand même à mener à terme les travaux de construction de l'imposante synagogue à Porto, financés surtout par la famille Kadoorie de Hong Kong. Le 16 janvier 1938, la synagogue est inaugurée à la présence de nombreux invités nationaux et internationaux. Néanmoins, l'oeuvre de sa vie est détruite, le « mouvement des marranes » disparaît aussi vite qu'il était né.

 

 

1933-1945

Le colloque de Lisbonne et l'exposition « Fugindo a Hitler e ao Holocausto. Refugiados em Portugal entre1933-1945 » qui fut montrée en mai 1994 à Lisbonne et plus tard à Porto et Coimbra provoque une discussion animée sur l'antisémitisme portugais, le fascisme et le rôle du pays pendant la Deuxième Guerre Mondiale. Au début du 20e siècle, l'antisémitisme portugais devient socialement acceptable. En 1924, le journaliste Mário Sáa publie un livre destiné à devenir célèbre, A Invasão dos Judeus ; avec ses chapitres provocateurs (« Invasion du sang », « Attaque de l'Etat », « Attaque de la vie intellectuelle » ou « Attaque de la religion ») le livre donne une foule d'arguments aux antisémites portugais. Sous Salazar et le soutien de ses conseillers allemands paraissent à plusieurs reprises, dans les journaux et les revues du pays, des caricatures et des articles antisémites, qui deviennent encore plus nombreux après la fondation de l'Etat d'Israël (1948).

Bien que le Portugal fût considéré par les émigrés allemands comme une terre d'asile assez tardivement, à cause de sa situation marginale, s'y installent déjà en 1933 quelques douzaines d'émigrés, surtout des Juifs. La plupart de ces émigrés vont à Lisbonne, des groupes plus petits à Porto, Coimbra et Madeira. En 1933, l communauté juive de Lisbonne et le médecin Augusto d'Esaguy fondent la Commissão Portuguesa de Assistência aos Judeus Refugiados (Commassis), un comité d'assistance qui, avec l'accord du gouvernement, soutient de nombreux réfugiés. Après avoir été obligé, au début de la Deuxième Guerre Mondiale, d'arrêter leur activité pour une période intermédiaire, la Commassis devient très importante pendant l'émigration en transit entre 1940 et 1943 en tant qu'institution caritative. Grâce aux efforts d'activistes juifs comme Moses Benbassat Amzalak, Elias Baruel et Santób Sequerra, Lisbonne devient le lieu de refuge et de liberté pour 100.000 rescapés qui sont, dans la plupart, des Juifs. Dans les années suivantes, les autorités portugaises songent même à installer des Juifs en Angola pour renforcer la population blanche.

Le ton antisémite dans la politique intérieure et extérieure devient de plus en plus sensible. En 1935, le ministère de l'extérieur suggère au gouvernement de prendre des mesures dures et rigoureuses contre « les Polonais, les Russes, les Juifs et les hommes sans nationalité valide ». Dans les années suivantes, le nombre de mesures restrictives contre une nouvelle immigration qui augmente énormément suite au développement international et à la politique d'asile d'autres pays européens. Les visas d'entrée et de passage sont délivrés plus rarement, et après 1940, ils ne sont accordés qu'à ceux qui puissent montrer un visa d'entrée d'un autre pays. En même temps, le Portugal se montre plus sévère dans les concessions de l'asile. Vers la fin de l'année 1937, ont lieu les premières représailles contre des réfugiés du régime de Hitler. Entre 1937 et 1945, plus de 300 réfugiés allemands sont arrêtés par la Policia de Vigiliância e da Defesa do Estado (PVDE), et restent en prison pendant des mois. Les protagonistes de cette politique ouvertement antisémite et hostile vis-à-vis des émigrants sont des groupes de la police secrète PVDE qui est en partie orientée vers le national-socialisme. Jusqu'au milieu de l'année 1940, 15.000 réfugiés arrivent au Portugal en passant par l'Espagne, leur nombre augmentant encore et s'élève à 40.000 à la fin de l'année 1941. Après l'occupation du sud de la France en novembre 1943, des vagues de réfugiés se déversent sur le pays; cette immigration diminue avec la fermeture stricte des frontières espagnoles en mars 1943, mais elle ne s'arrêtera jamais. Jusqu'à la libération de la France en été 1944, environ 80.000 à 100.000 émigrants, pour la plupart germanophones, trouvent asile au Portugal.

Même si Salazar promet aux Juifs du Portugal l'autonomie administrative et la liberté religieuse totales – promesse qu'il tient -, la plupart des 1.200 Juifs qui se trouvaient au Portugal en 1945, quitte le continent portugais et les îles atlantiques après la Deuxième Guerre Mondiale et s'installe dans l'Amérique du Nord et du Sud et en Israël. Les familles qui restent au Portugal sont pour la plupart celles qui ont déjà immigré avant la guerre et qui sont bien installées. Le Portugal et Israël établissent des relations commerciales, et, depuis 1960, il y a un consulat israélien à Lisbonne. La guerre en Angola entraîne de nouvelles émigrations en Brésil, au Canada et en Israël.

 

 

Après la guerre

Après la guerre, seulement quelques émigrants juifs restent au Portugal. Un Va‘ad Hatzala (Comité de sauvetage) à Lisbonne s'occupe des survivants des camps de concentration allemands et italiens. La situation de la communauté juive à Lisbonne qui, en 1892, se composait de 131 chefs de famille dont seulement quatre Ashkénazes, change rapidement. En 1920, 12 des 179 contribuables sont déjà des Ashkénazim. En 1950, on constate un changement dramatique : plus de la moitié des 290 chefs de famille sont des Ashkénazim (164). Les mêmes données sont confirmées en 1960. Malgré l'augmentation de l'assimilation, la communauté garde toujours une vie normale. En 1951, il y a trois services religieuses par jour, en 1961 et en 1962, on est capable de rassembler un minyan par jour, il y a deux hazanim et deux shohatim, ce qui témoigne d'une vie juive intense. L'éducation juive constitue en revanche un grand problème. La Escola Israelita a dû fermer ses portes en 1937 à cause du manque d'élèves. Plusieurs tentatives de ranimer cette activité n'ont pas eu de succès durable. On essaie alors d'installer une crèche et de faire des cours dans les locaux de la synagogue, au Centro Israelita, au Liceu Francês etc. Du point de vue financier, la communauté se trouve dans une grande crise. Les dépenses mensuelles sont quatre fois plus élevées que les revenus, et en outre la communauté est menacée par le problème du viellissement. En 1962, il y a cinq décès et seulement cinq naissances et trois mariages. En 1960, le Hospital Israelita et la Cozinha Económica doivent fermer.

Avec la guerre coloniale en Afrique la situation se détériore de façon dramatique. Presque toute la jeunesse juive quitte le pays pour aller vivre en Israël. La dictature isole de plus en plus le Portugal du reste du monde. Le fait que la dictature s'appuie sur l'église catholique plonge les Juifs dans unconflit de loyauté.

 

 

Après la révolution des oeillets

Après la révolution non violente du 24 avril 1974, environ la moitié des Juifs du Portugal quitte le pays dans la panique et s'installent au Brésil, au Canada et aux Etats-Unis ; pourtant, quelques-uns d'eux rentreront plus tard. En 1978, la Comunidade Israelitica de Lisboa compte de 150 membres, dont de nombreux Juifs des pays de l'Europe de l'Est. La communauté de Lisbonne a un centre communautaire, deux synagogues (la synagogue séfarade se trouve dans la Rua Alexandre Herculano, celle des Ashkénazes dans la Avenida Elias Garcia), un hôpital juif et une maison de retraite. En 1975, on fête les 150 ans de l'existence de l'organisation de jeunesse He-Haver. Parmi les membres de la communauté, il y a de nombreux médecins, juristes, professeurs à l'université et commerçants qui, pour la plupart, ne sont pas religieux mais se sentent proches de la culture juive et de l'Etat d'Israël. En 1977, l'ambassade israélienne à Lisbonne est inaugurée. Le 17 mars 1989, le président de la République Mário Soares, visite la petite synagogue de Castelo de Vide et s'excuse personnellement au nom du Portugal auprès des Juifs du monde entier pour les crimes qui avait été commises contre les Juifs « au nom du Portugal » (« Em nome de Portugal, peço perdão aos judeus pelas perseguições de que foram vítimas na nossa terra »).

Depuis la fin des années 1980, des thèmes juifs intéressent de plus en plus les scientifiques et le public portugais. En 1989, la Fundação Gulbenkian organise un colloque international sur « le judaïsme dans la culture occidentale » : en 1993, se tient sous le patronage de l'UNESCO un colloque à Monsaranz sur « Juifs et Arabes sur la péninsule ibérique – Rencontre des Religions, Dialogue culturel ». Dans les dernières années, la communauté juive de Lisbonne et la Associação Portuguesa de Estudos Judaicos (fondée en 1994) se font remarquer par leur nombreuses initiatives : d'abord par leur grande exposition «Os Judeuzs Portugueses entre os Descobrimentos e a Diáspora» (1994), ensuite par la fondation de la Revista de Estudos Judaicos (1995) qui se considère comme la succession de la Revista de Estudos Hebraicos dont n'a paru qu'un seul numéro, en 1928. Au début 1996, elle organise le congrès international Patromónio Judaico Português». En collaboration avec la bibliothèque nationale portugaise, l'Association Portugaise des Etudes Juives montre en 1997 à Jérusalem les expositions « Portuguese Jewry Through Books and Literature » et «Testemunhos do Judaísmo em Portugal». En juillet 1997, se tient un séminaire international au Convento da Arrábida sur des Juifs à la culture portugaise. Et, en novembre 1999, l'université Évora organise, en collaboration avec la Associação de Estudos Judaicos,un congrès international de spécialistes sur les « Juifs séfarades entre le Portugal, l'Espagne et le Maroc ».

Les historiens des universités de Lisbonne, Porto, Aveiro et Évora poursuivent depuis de nombreuses années leurs recherches engagées sur l'Inquisition et l'histoire des Juifs portugais en Inde et dans l'Afrique du Nord ; pourtant, ce n'est qu'en 1997 que la chaire « Cátedra de Estudos Sefarditas Alberto Benveniste », financée par une fondation privée, a été inaugurée à la faculté des sciences humaines de l'université de Lisbonne. Elle est le premier centre d'études juives dans une université portugaise. Le Centro de Estudos Judaicos à l'université d'Évora qui avait été fondé en 1998 avec l'aide de la Associação de Estudos Judaicos et qui veut intéresser les étudiants à l'histoire juive de leur pays par des activités comme par exemple une « semaine séfarade » ne réussit point à mener à bien ce projet.

 

 

Politique, science et littérature

Malgré leur petit nombre, l'apport des Juifs portugais à la politique, à la science et à la littérature est considérable. L' économiste Mosés Bensabat Amzalak (1892-1978) était le directeur de l'Université Technique et le président de la Academia de Ciencias de Lisboa ; l'historien Joaquim Bensaúde (1859-1952) a fondé l'Academia Portuguesa de História ; Alfredo Bensaúde (1856-1941) a été le premier directeur de l'Istituto Superior Técnico à Lisbonne ; Marck Athias (1975-1946) était professeur de physiologie à l'université de Lisbonne. De familles juives sont l'ancien maire de la ville de Lisbonne, Nuno Kruz Abecassis, ainsi que le président actuel de l'Etat, Jorge Sampaio. L'orientaliste et hébraïsant Salomon Saragga (1842- 1900) a dirigé les revues « Os dois Mundos » et « Europa Pitoresca » ; José Benoliel (1858-1937) a rédigé de nombreux travaux concernant la langue des Juifs du Maroc ; l'angliste et professeur à l'université de Lisbonne Adolfo Benarús (1863- 1950) s'est opposé dans nombreux écrits à l'antisémitisme.

Au 20e siècle, les Juifs du Portugal se font surtout remarquer dans la littérature : les auteur de pièces de théâtre Levy Bensabat (Luz e sombra ; Dialogo em verso) et Artur Rodrigues Cohen (La Vida) ; les poètes Eliezer Kamnezky (Reflexos da minha alma; Alma Errante), José de Esaguy (Oraçao a Patria ; Adeus ; Esfinge), Lygia Ezaguy (Ela…, Ele…), Max Leao Esaguy Wartenberg (A Noiva que el Sol roubou ; Um dia no Paraiso ; Metei o meu filho) ; les auteurs de romans et de récits Ruben Marcos Esaguy (Espanha e Marrocos), José de Esaguy (A vida do infante Santo), Simy Ezaguy (Ansia de Viver), Eva Renata d'Esaguy (Feira de Vida).

Michael Studemund-Halévy

Source : http://www.sefarad.org/
 

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2 juin 2009 2 02 /06 /juin /2009 06:22






LA DÉCOUVERTE DES JUIFS BERBÈRES

Daniel J. Schroeter 

Parmi les travaux et domaines d’études concernant le passé des Juifs marocains, l’histoire des Juifs dans les régions à dominance berbère occupe une très faible place. Cela provient en partie de la nature fragmentaire des sources historiques provenant des zones rurales du pays . Comparée à la documentation sur les Juifs parlant arabe, vivant dans les régions urbaines du Maroc et qui ont produit un nombre considérable d’écrits, les données historiques sur la vie des Juifs berbères ou vivant parmi les Berbères, avant la période coloniale, sont très éparses, presque toujours de seconde main, et sont souvent basées sur des mythes d’origines et des légendes. Les voyageurs étrangers en visite au Maroc dans la période pré-coloniale, qui ont établi, quoique de façon inexacte, les listes des tribus et des " races " du pays ont rarement fait la distinction entre Juifs berbérophones et Juifs arabophones . Les Juifs ont été considérés comme une catégorie à part, aux côtés des Maures ou Andalous, des Arabes, des Berbères et shleuh. Peu d’Européens ont voyagé à l’intérieur du Maroc avant le XXe siècle, et ceux qui le firent, comme John Davidson (qui fut tué) en rapportèrent des informations peu fiables. James Richardson, un militant anti-esclavagiste britannique, qui a visité le Maroc en 1840, a poussé plus loin les observations de Davidson ; il a été le premier à désigner les Juifs de l’Atlas comme des " juifs shelouh ", parlant berbère et dont les coutumes et caractéristiques étaient les mêmes que celles de leurs voisins non-juifs .

Cette référence aux Juifs berbères est, cependant, encore très inhabituelle et de fait, elle n’a pas donné lieu à des hypothèses hasardeuses sur les origines berbères des Juifs. D’après la plupart des visiteurs européens du XIXe siècle, les communautés juives elles-mêmes se revendiquent fermement comme descendant des Juifs de l’Ancien Israël. Les seules distinctions qu’on y trouve sont celles relatives aux clivages entre Juifs espagnols et Juifs autochtones, un clivage que les Juifs du Maroc eux-mêmes mentionnent par les termes " d’expulsés " et de " résidents " (megorashim et toshavim).

A la fin du XIXe et au XXe siècles, les voyageurs et ethnographes " découvrent " un grand nombre de communautés dispersées et donnent de ces Juifs vivant parmi les Berbères une image totalement différente de celle des communautés juives des régions urbaines. Sous le protectorat français, l’image des Juifs berbères va être définitivement établie conformément aux études qui leur seront consacrées par l’ethnographie coloniale, ainsi que par les hommes de l’Alliance israélite universelle. Enfin, la société israélienne va y ajouter sa touche, reflétant l’apport sioniste et le développement de stéréotypes à l’égard des Juifs marocains, dont la plupart ont immigré en Israël entre 1950 et 1960.

Mon propos concerne la façon dont a été formulée la perception des relations judéo-berbères aux XIXe et XXe siècles en me référant tout particulièrement à la documentation sur les Juifs d’Iligh, une communauté qui vivait avec les Berbères dans une région de langue tashelhit, du Sous .

La découverte des Juifs berbères
L’intérêt des Européens pour les Juifs des régions apparemment " éloignées " du monde n’est pas une invention du XIXe siècle ; ce qui est nouveau, c’est la signification conférée à cet intérêt. La recherche sur les tribus perdues n’est plus motivée uniquement par des considérations d’ordre messianique, car à l’ère du colonialisme triomphant, la recherche ethnographique sur les communautés lointaines d’Orient est devenue un moyen de gouvernement.

De plus, pour les Juifs européens, la découverte de coreligionnaires primitifs n’évoque pas seulement le souvenir des tribus perdues mais leur révèle aussi d’anciennes coutumes disparues, à un moment où eux-mêmes commencent à se considérer comme une nation et se tournent vers les terres bibliques du Levant pour restaurer la souveraineté juive.

Au début du XXe siècle, l’orientaliste et hébraïsant Nahum Slouschz parcourut l’Afrique du Nord pour y étudier les origines et l’histoire des communautés juives. Il a été le premier à étudier sérieusement l’histoire des communautés vivant dans les régions intérieures du Maghreb. Slouschz croyait que pendant les siècles qui ont précédé l’expansion arabe en Afrique du Nord, les Juifs, originaires de Palestine, se sont répandus parmi la population berbère et en sont devenus un élément dominant [6]. Durant l’époque coloniale, ses opinions sur les origines berbères des Juifs vont avoir force de loi . En 1906, Slouschz fut envoyé en mission au Maroc par la Mission scientifique du Maroc, grâce à ses relations avec son directeur, Le Chatelier [8]. La mission, parrainée par le Comité de l’Afrique française, a publié les premiers travaux importants sur la société marocaine. Slouschz faisait partie de ce cercle et ses idées influencèrent largement la vision française du judaïsme marocain. Après l’établissement du protectorat français, il retourna au Maroc et fut chargé par les autorités coloniales d’étudier les communautés juives et de soumettre ses conclusions au Résident-Général Lyautey en vue de leur réorganisation. Slouschz était sioniste et, en tant que tel, voulut " régénérer " le judaïsme marocain et réveiller sa conscience nationale juive. C’est en partie à cause de ses idées sionistes que les autorités françaises décidèrent de le relever de ses fonctions officielles .

Les tendances sionistes de Slouschz et ses efforts pour découvrir le passé juif berbère pré-arabe du Maroc procédaient d’une vision très cohérente. La population juive urbaine des grandes villes arabes du Maroc était très attachée à ses savants autant qu’à ses traditions. Pour Slouschz, ce sont les Juifs descendant des Berbères (comme il le croyait), avec leurs manières primitives et pénétrées d’influences locales, qui représentent les " vrais " Juifs nord-africains

" maintenant que l’Afrique est entrée également sous l’égide de l’influence occidentale ", écrit-il, " la pénétration de la civilisation française et l’émancipation de nos frères de Tunisie et du Maroc, suivant en cela l’exemple des Juifs algériens, vont faire disparaître le caractère spécifique du juif africain. Comme c’est déjà le cas dans les grandes villes françaises d’Afrique, les changements sociaux ont eu un effet radical sur les masses de la population, qui perdent rapidement leur individualité et leurs traditions millénaires ".

Une fois ces coutumes abandonnées, grâce aux bienfaits de l’éducation occidentale, le judaïsme marocain aura-t-il une autre alternative que celle de rejoindre la nation juive moderne ?

C’est H. Z. Hirschberg qui le premier a mis en doute la thèse admise – établie d’abord par Slouschz et adoptée ensuite par de nombreux chercheurs de l’époque coloniale – selon laquelle les Juifs d’Afrique du Nord descendraient des tribus berbères converties au judaïsme dans 1’Antiquité. Hirschberg étudia systématiquement les traditions anciennes et parvint à la conclusion qu’il y a peu de preuves confirmant la thèse des Berbères judaïsés. D’après lui, la plupart des communautés se formèrent beaucoup plus tard, grâce à l’arrivée de commerçants juifs à l’intérieur du pays. Bien qu’il n’exclut pas qu’il ait pu exister des Berbères judaïsés, Hirschberg est sceptique quant à l’importance de ce phénomène . Dans une étude récente basée sur des données linguistiques et ethnographiques importantes, Paul Wexler a réexaminé cette question, pour aboutir à la conclusion que la grande majorité des Juifs sépharades descendraient d’habitants d’Afrique du Nord convertis au judaïsme et installés en Espagne12. Si l’hypothèse de Wexler était exacte, il en découlerait que la plupart des Juifs marocains (toshavim comme megorashim) descendraient de Berbères convertis.

Les rares preuves contemporaines de l’existence de communautés juives en Afrique du Nord à l’époque pré-islamique ne permettent pas d’affirmer avec assurance l’importance démographique et culturelle du judaïsme parmi les Berbères. La première source historique évoquant des tribus juives berbères date du XIVe siècle. C’est le Kitab al-cibar d’Ibn Khaldoun . Certes il y a également de nombreuses légendes locales sur les Juifs berbères au Sud marocain préislamique. Jacques Meunié, par exemple, est convaincu de l’authenticité de ces traditions et légendes, même si nombre d’entre elles n’ont été consignées que récemment . Quelle que soit notre opinion au sujet de la conversion des tribus berbères au judaïsme dans l’Antiquité, on peut affirmer que des mythes sur les Juifs berbères ont existé au Moyen Age et que ces mythes concernaient également l’origine des Berbères dans leur ensemble. Ces mythes ont été élaborés afin de légitimer le pouvoir mérinide au XIVe siècle [15], avant d’être reformulés durant la période coloniale. L’historicité des légendes sur l’expansion du christianisme et du judaïsme parmi les Berbères à l’époque pré-islamique a pu servir les besoins de l’administration coloniale dans sa volonté de séparer les Berbères des Arabes. Comme l’écrit Jacques Meunié : " malgré la précarité des indications que nous possédons sur l’extension ancienne du christianisme et du judaïsme dans le Sud marocain, [ces traditions] méritent cependant d’être retenues parce qu’elles peuvent aider à connaître les divers éléments de populations berbères et leurs usages anté-islamiques, au cours de siècles plus récents, et même jusqu’à l’époque actuelle ".

Exhumer les séquelles du passé berbère judéo-chrétien est un moyen parmi d’autres visant à justifier le régime colonial au Maroc.

Relations judéo-berbères : un cas particulier ?
Les études sur le Maroc des premières années du Protectorat français soulignent les différences existant entre les régions contrôlées par le Makhzen et les régions non soumises au contrôle du gouvernement central : bilad al makhzen / bilad al-siba. Considérée comme une division entre Arabes et Berbères, cette perception prédominante de la société marocaine développée par les ethnographes coloniaux et perpétuée – largement – par l’ethnographie post-coloniale, a été sérieusement remise en question . Peu d’attention a été accordée à la façon dont ce dualisme simpliste entre makhzen et al-siba a influencé les débats sur le judaïsme marocain.

L’affirmation selon laquelle les relations judéo-berbères étaient complètement différentes des relations arabo-juives est liée de très près à cette vision d’une dichotomie entre makhzen et siba. On cite en exemple la protection efficace des commerçants juifs par les chefs tribaux, ou les patrons berbères, au point de les rendre intouchables. " Tout juif de bilad al-siba appartient corps et biens à son seigneur, son sid ", écrit Charles de Foucauld, dont les relations avec les communautés juives du Maroc font partie du corpus historique sur le judaïsme marocain [18]. Bien que le Juif soit protégé, Foucauld le décrit comme un être servile, exploité sans merci par son maître. Comme les régions berbères appartiennent au bilad al-siba, les Juifs se doivent d’obtenir la protection de chefs locaux et indépendants du Sultan. Slouschz considère la situation des Juifs du bilad al-siba à la manière de Foucauld : " à Tililit commence, pour les Juifs, le pays du servage, on pourrait même dire de l’esclavage. Tout ce que les Juifs possèdent appartient au Qaid, qui a droit de vie et de mort sur ses sujets. Il peut les tuer en toute impunité, il peut les vendre si tel est son désir... En échange de la perte de tous ses droits, le juif jouit de la sécurité, que le maître lui assure au risque de sa propre vie... Un Juif qui veut se marier doit acheter sa future femme au sid auquel appartient le père de la fille et qui est l’unique maître de son destin ".

Alors que certains écrivains de la période coloniale considèrent la vie des Juifs dans les territoires berbères comme plus difficile que dans les régions citadines arabophones, d’autres au contraire, influencés par la thèse développée par l’ethnographie coloniale selon laquelle les Berbères étaient plus libres, plus démocrates et plus indépendants que les Arabes, qualifient la condition des Juifs dans les régions berbères de " meilleure " que parmi les Arabes. Cette idée avait des précurseurs depuis la première moitié du XIXe siècle. D’après Davidson, par exemple, les Juifs du Sous et du Rif étaient la " propriété des Maures ", mais " ils bénéficiaient néanmoins d’une plus grande liberté qu’à Tanger ". De plus, d’après Davidson " les Juifs de l’Atlas sont de loin supérieurs, physiquement et moralement à leurs frères résidant au sein des Maures. Leurs familles sont nombreuses, et chacune d’elles est sous la protection immédiate d’un Berbère (les habitants originels d’Afrique du Nord), d’un patron, ou d’un seigneur. Ils ont par ailleurs leur propre sheikh, un juif, à la décision duquel tous les cas sont soumis. À la différence des Juifs résidant parmi les Maures, qui sont soumis à la loi musulmane, ils ne vivent pas dans le même état d’avilissement ou de servitude ; ils développent des relations de type patron/client [avec leurs voisins], tous ont les mêmes privilèges, et le Berbère est tenu de défendre la cause du juif en cas d’urgence. Ils disposent d’armes, et servent leurs patrons à tour de rôle ".


En un lieu indéfini au sud de l’Atlas que Davidson n’a pas pu atteindre durant son voyage, on rapporte que 3 000 à 4 000 Juifs " vivent en toute liberté, et pratiquent tous les métiers ; ils possèdent des mines et des carrières qu’ils exploitent, ont de grands jardins et d’immenses vignobles, et cultivent plus de maïs qu’ils ne peuvent en consommer ; ils disposent de leur propre forme de gouvernement, et possèdent leurs terres depuis l’époque de Salomon ". Faisant sien le point de vue de Davidson, Richardson y ajoute que les pratiques religieuses de ces Juifs, datent de l’époque pré-exilique, et de ce fait " ils redisposent les parties du Pentateuque et de la Torah dans le même ordre que celui de l’ensemble des Juifs ". Vivant isolés, ils considèrent leurs frères des autres parties du Maroc comme des hérétiques . Les Juifs de l’Atlas jouissent d’une " quasi indépendance vis-à-vis de l’autorité impériale ", comme leurs voisins berbères. De plus, ces Juifs " possèdent toutes les caractéristiques des montagnards... ils portent le même costume qu’eux, et on ne peut pas les distinguer [de leurs voisins musulmans ".

L’une des raisons pour lesquelles certains écrivains de la période coloniale considéraient la situation des Juifs parmi les Berbères comme meilleure que parmi les Arabes venait de l’idée que les Juifs étaient totalement intégrés à la société berbère, partageant nombre de coutumes de leurs voisins musulmans. On considérait que les Juifs du Haut-Atlas, par exemple, vivaient en paix et en symbiose avec les Musulmans . Les chercheurs contemporains se sont appuyés souvent sur la littérature ethnographique coloniale pour décrire les relations entre Musulmans et Juifs dans l’intérieur du pays. Malheureusement peu de Juifs originaires des zones berbères ont été interrogés sur leur expérience. Aussi loin que l’on remonterait, on découvrirait sans doute une variété d’expériences que l’on ne saurait ramener à une simple dichotomie arabo-berbère ou à un clivage entre zones citadines et rurales. Les sources dont nous disposons sur les relations entre Musulmans et Juifs à Iligh pendant la période pré-coloniale offrent à cet égard une image très contrastée de ces relations.


..... A suivre .....

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