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23 février 2010 2 23 /02 /février /2010 06:43

La loi des réfugiés juifs validée par la Knesset
Lors d'une séance à la Knesset, le projet de loi des « réfugiés juifs » qui ont quitté les pays arabo-musulmans et l'Iran  a été validé. Est considéré comme réfugié juif tout citoyen israélien qui a quitté l'un de ces pays entre autres en raison de discrimination et de poursuites ethnico-religieuses. Toute négociation pour la paix au Moyen-Orient devra inclure la demande israélienne de dédommagement pour les réfugiés. Le projet a été déposé par le député Nissim Zeev de Shass.
Actu.co.il 

En savoir plus : controverses





Population Juive
1948
2002
Algérie
150.000
50
Maroc
300.000
2.500
Tunisie
105.000
1.500
Lybie
38.000
0
Egypte
80.000
100
Irak
140.000
40
Syrie
35.000
120
Liban
6.000
60
Yemen & Aden
60.000
200
Iran
80.000
25.000
Total
994.000
29.520







QUELQUES DONNÉES SUR LES RÉFUGIÉS
JUIFS DES PAYS ARABES
Prof. David Bensoussan
Président de la Communauté sépharade unifiée du Québec



Le problème des réfugiés juifs des pays arabes n’a jamais été à l’ordre du
jour des institutions internationales.
Alors que les réfugiés palestiniens font la manchette, le sort des réfugiés juifs des pays arabes laisse indifférent
l’opinion internationale.



Quelques faits


Des pogroms se tinrent en Irak (1941), en Syrie (1944), en Libye (1945).

Des restrictions multiples furent appliquées : privation de nationalité et
dépouillement des biens des Juifs d’Irak en 1951, islamisation forcée des
orphelins au Yémen, retrait de la nationalité algérienne aux non-musulmans
de souche en 1963, difficultés faites pour l’obtention d’un passeport au
Maroc au début des années 60, etc.

Le fait est que 129 539 Juifs d’Irak,
37 395 Juifs d’Égypte, 50 619 Juifs du Yémen et d’Aden, 8523 Juifs de
Syrie, 4032 Juifs du Liban, 35 802 Juifs de Libye, 52 118 Juifs de Tunisie,
24 067 Juifs d’Algérie et 266 304 Juifs du Maroc ont trouvé refuge en Israël,


la majorité d’entre eux entre 1948 et 1958 et ce nombre n’inclut pas ceux qui
sont partis s’établir en Europe ou en Amérique. De plus de 800 000 Juifs
vivant dans les pays arabes, il n’en reste moins de 5000 aujourd’hui.


Sur le plan international


Et pourtant! La définition d’un réfugié aux termes de la Convention
internationale sur le statut des réfugiés de 1951 s’applique clairement :


Est réfugié toute personne qui en raison d’une crainte de persécution bien
fondée sur des raisons de race, de religion, de nationalité ou d’appartenance
à un groupe social particulier ou son opinion politique, est incapable, ou, en
raison de cette crainte, ne désire plus se prévaloir de la protection de ce pays.


Le rapport du haut commissaire des réfugiés de l’UNREF a clairement
confirmé le statut de réfugiés aux Juifs d’Égypte après qu’ils aient été
chassés d’Égypte en 1957 et celui des Juifs d’Afrique du Nord et du Moyen
Orient au lendemain de la guerre des Six jours.


La résolution 242 de l’ONU votée au lendemain de la guerre des Six jours
parle d’un règlement juste du problème des réfugiés.


Les accords de paix de Camp David entre Israël et l’Égypte (1979)
prévoient que les parties collaboreront pour une résolution prompte, juste et
permanente au problème des réfugiés et d’établir une commission pour
régler toutes les demandes d’indemnité financières.

Il en va de même du traité de paix avec la Jordanie (1994) qui reconnaît les problèmes humains
d’envergure causés aux deux parties par  le conflit au Moyen Orient.


La feuille de route du Quartet (les États-Unis, l’Europe, la Russie et l’ONU
parle dans sa phase III d’une solution juste, équilibrée, convenue et réaliste
au problème des réfugiés.


Une résolution du Congrès et du Sénat américain en 2006 reconnaît la
nécessité de prendre en considération les droits des réfugiés juifs des pays
arabes au même titre que ceux des Palestiniens.

Par le passé, les présidents américains Bill Clinton, Jimmy Carter et le Premier ministre du Canada Paul
Martin ont soutenu sans ambigüité les droits des réfugiés juifs des pays
arabes.



Le Comité politique de la Ligue arabe a proposé en 1947 une loi qui
régissait le statut des Juifs dans les pays arabes, loi déjà adoptée par
l’Égypte, l’Arabie saoudite et l’Irak.

Ci-suivent des extraits de cette loi :
Paragraphe 1 : Les Juifs sont considérés comme des membres de l’État
minoritaire de Palestine. Ils doivent déclarer leur nom, celui des membres de
leur famille et leurs comptes bancaires.


Paragraphe 2 : Les comptes en banque des Juifs seront gelés pour financer la
résistance aux ambitions sionistes en Palestine.


Paragraphe 3 : Les Juifs qui sont ressortissants étrangers seront considérés
neutres. Ils devront retourner dans leur pays au plus tôt ou être considérés
Arabes et accepter de faire leur service militaire.



Paragraphe 5. Les Juifs qui sont des sionistes actifs seront considérés comme
des prisonniers politiques et internés par les autorités policières ou le
gouvernement. Leurs ressources financières seront confisquées.


Paragraphe 6 : Tout Juif qui sera capable de prouver que ses activités sont
antisionistes sera libre d’agir comme il lui plait pour autant qu’il se déclare
prêt à servir dans les armées arabes.


Paragraphe 7 : Ceci ne veut pas dire que ces Juifs ne seront pas soumis aux
paragraphes 1 et 2 de cette loi.



État d’Israël

Ministère de la Justice

 

Département de l’Assistance Judiciaire

Service des droits des Juifs Originaires des Pays Arabes

 

Les fondements historiques des plaintes des Juifs originaires des pays arabes :

 


·         A l'époque de la création de l'État d'Israël, plus de 900.000 Juifs vivaient dans les pays arabes. Près de 650.000 d'entre eux émigrèrent vers Israël à partir de la fin des années quarante (plus de 70 % des Juifs originaires des pays arabes). Aujourd'hui, la majorité écrasante des communautés juives en pays arabes n'existent plus. 


 


·         Dans de nombreux cas, les gouvernements des pays arabes poussèrent leurs  populations juives à l'exode dans le cadre de campagnes d'expulsion  orchestrées et articulées par les échelons les plus élevés de la classe politique  de ces pays arabes. Ces campagnes comportaient des mesures variées, notamment  une législation discriminatoire, la confiscation de la citoyenneté, des limites  posées à la liberté de mouvements des Juifs au sein et en dehors des pays  arabes, des arrestations et mesures d'emprisonnement arbitraires, l'exclusion  de certaines professions et des limites importantes dans le cadre du monde  des affaires.

·         Au cours du débat sur le partage de la Palestine Mandataire aux Nations  Unies en Novembre 1947, de nombreux délégués arabes (notamment Égyptiens,  Irakiens et Palestiniens) menacèrent sans détour les populations juives  «indigènes » des pays arabes des conséquences d'un vote en faveur du partage de  la Palestine.

·         Ces menaces se virent confirmées dans la réalité dans les semaines qui  suivirent le vote sur le partage de la Palestine de 1947 avec la perpétration de massacres et de pogroms, souvent orchestrés par les autorités officielles des pays  concernés, qui firent des centaines de victimes et causèrent des pertes matérielles  se montant à des millions de dollars (par exemple : Une série de bombes dans le  quartier juif du Caire en 1948 tuèrent plus de 70 Juifs ; Une émeute anti-juive à  Tripoli en Juin 1948 fît 12 victimes et vit la destruction de 280 habitations juives ;  Des émeutes sanguinaires à Oujda et Djérada (Maroc) en Juin 1948 firent 44  victimes juives ; La destruction du quartiers juif d'Alep à la suite du vote de  partage en 1947 fit des dizaines de victimes juives). Des menaces supplémentaires  furent proférées et confirmées à la suite de chacune des guerres israélo-arabes.

·         Au cours et dans le cadre de l'expulsion des Juifs des pays arabes, les  gouvernements arabes confisquèrent ou exproprièrent les biens appartenant  aux Juifs - ces biens pouvant être estimés à une valeur de plusieurs milliards  de dollars actuels. Il faut ajouter à cela que l'expulsion des Juifs fut l'occasion  d'innombrables actes de violence et de vols perpétrés par des citoyens des pays  arabes contre les populations juives locales.

 

Nos objectifs :

 

1 - Raconter l'histoire de la dépossession et de l'expulsion des communautés juives en terres arabes avant et après la création de l'État d'Israël.

2 - Réfuter la version révisionniste de l'histoire telle qu'elle est présentée par les pays arabes et qui tend à donner une image idyllique des relations judéo arabes d'avant l'avènement du Sionisme et à mettre de côté la situation d'infériorité et de vulnérabilité des Juifs en terres d'Islam à travers les siècles, ainsi que de nier la contribution essentielle des Juifs au développement culturel, social et économique des différents pays arabes.

3 - Mettre en valeur l'héritage et l'histoire des communautés juives en terres arabes qui ont tant contribuées à la culture et au développement intellectuel juif - héritage trop peu connu de par le monde juif et en Israël même.

4 - Souligner les souffrances des Juifs des pays arabes dont les conditions de vie quotidienne ont été rendues peu ou prou invivables et qui furent poussés à l'exil dans des conditions tragiques.

5 - Souligner les circonstances particulières à chaque pays arabe qui poussèrent les Juifs sur les routes de l'exil - des circonstances qui mettaient souvent en danger toute personne étant identifiée ou s'identifiant en tant que Juif - et qui nous permettent de considérer ces Juifs comme des réfugiés et non pas comme de simples émigrants.

 

Est considéré comme réfugié tout personne "Qui, par suite d'événements survenus avant le  premier janvier 1951 et craignant avec raison d'être persécutée du fait de sa race, de sa  religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques, se trouve hors du pays dont elle a la nationalité et qui ne peut ou, du fait de cette crainte, ne veut se réclamer de la protection de ce pays; ou qui, si elle n'a pas de  nationalité et se trouve hors du pays dans lequel elle avait sa résidence habituelle à la suite de tels événements, ne peut ou, en raison de ladite crainte, ne veut y retourner.  Dans le cas d'une personne qui a plus d'une nationalité, l'expression "du pays dont elle a la  nationalité" vise chacun des pays dont cette personne a la nationalité. Ne sera pas  considérée comme privée de la protection du pays dont elle a la nationalité toute personne  qui, sans raison valable fondée sur une crainte justifiée, ne s'est pas réclamée de la  protection de l'un des pays dont elle a la nationalité."

Convention des Nations Unies relative au statut des réfugiés, 1951

 

6 - Présenter le destin des Juifs des pays arabes qui partagèrent la douloureuse destinée d'autres populations de réfugiés de par le monde et qui vécurent l'expérience du déracinement, de la perte de leur identité, des conditions souvent très difficiles d'arrivée et d'intégration dans des pays d'accueil souvent mal préparés pour les recevoir.

7 - Mettre en valeur le rôle particulier joué par l'État d'Israël dans l'accueil et l'intégration des Juifs des pays arabes, en soulignant le fait que le nouvel État n'avait que peu de moyens pour réaliser une intégration réussie. Simultanément, mettre en lumière qu'à la même époque les pays arabes qui virent l'arrivée de centaines de milliers de réfugiés palestiniens dans leurs frontières ne firent rien pour leur assurer une intégration digne et réussie, qu'ils ne leur procurèrent pas les moyens élémentaires destinés à leur bien-être et les forcèrent de fait à un statut de réfugié perpétuel et transmis de génération en génération.

8 - Demander la réparation de l'injustice historique faite aux individus et aux communautés juives en pays arabes et mettre en avant les demandes de compensation pour les biens abandonnés, confisqués, expropriés ou volés dans leurs pays d'origine. Ces plaintes concernent les biens privés ayant appartenu aux Juifs des pays arabes ainsi que les biens communautaires (synagogues, cimetières, écoles, hôpitaux, etc.) des Juifs de ces pays.

9 - Répandre le message selon lequel la réparation de l'injustice faite aux Juifs des pays arabes est une partie intégrale et inséparable de la résolution du problème des réfugiés du Moyen Orient et une précondition au règlement final du conflit Israélo-arabe.

Il est donc essentiel de discuter des plaintes et demandes des deux parties - celles des réfugiés juifs comme celles des réfugiés arabes - dans le cadre de négociations politiques à renouveler entre Israël et les pays arabes dans un avenir proche.

L'ex-Président américain Bill Clinton a admis cet état de fait en Juillet 2002 en reconnaissant le droit des Juifs des pays arabes à recevoir une juste compensation pour la perte de leurs biens dans le cadre des négociations pour un accord de paix final entre Israël, les Palestiniens et les pays arabes en guerre avec Israël et en vue de la résolution du problème des réfugiés du Moyen-Orient.. Dans une conférence de presse dans le cadre des négociations de Camp David, le Président Clinton déclara :

« Il faudra qu'il soit crée une sorte de fond international pour les réfugiés. H y a un intérêt - pour les deux parties - à ce qu'il y ait un fond qui puisse compenser les Israéliens qui sont devenus des réfugiés à cause de la guerre qui a suivit la création de l'État d'Israël. Israël est plein de gens - de Juifs qui sont venus en  Israël puisqu'on a fait d'eux des réfugiés dans leurs propres pays... »

 

 
Par Sacha Bergheim



Le péché originel des états arabes

Shmuel Trigano - Professeur des Universités
Le Figaro - 4 juin 2001

Le débat sur la revendication par les Palestiniens du droit au retour dans le territoire de l'Etat d'Israël de 3 700 000 réfugiés (en 1948, l'UNRWA en dénombrait 540 000 et, en 1988, 2 125 000) est l'occasion d'une étrange amnésie qui obscurcit les données fondamentales du conflit israélo-arabe.

L'idée que la naissance d'Israël a été l'occasion d'une injustice dont les Palestiniens ont été les victimes semble communément acceptée, qu'on l'excuse par la culpabilité européenne (la Shoa dont le monde arabe n'est pas responsable) ou qu'on l'accuse de pur et simple effet du colonialisme.

L'existence de l'Etat d'Israël serait ainsi entachée d'un " péché originel " que nul ne contesterait. Il se trouve même des Israéliens pour le dire... Ce jugement est cependant décliné selon deux modalités. L'une se veut justicière : les millions de réfugiés doivent rentrer en Israël.

L'autre se veut humanitaire et juge impossible ce retour car infuser 3.700 000 Palestiniens dans un Etat d'Israël qui compte 5 000 000 de Juifs, équivaudrait à sa dénaturation. Le subterfuge est en effet " hénaurme " : Yasser Arafat obtiendrait ainsi deux Etats palestiniens qui auraient , tous les deux, Jérusalem pour capitale. C.Q.F.D. Le but de guerre de l'ex O.L.P., la " Palestine laïque et démocratique " serait -il devenu le but de paix (sic) de l'Autorité palestinienne ?

Poser le débat dans les termes du " droit au retour " fait violence à la vérité historique. Le monde arabe n'est en aucune façon une victime innocente dans ce conflit face à une culpabilité congénitale d'Israël. On occulte en effet dans ce rapport truqué l'expérience et l'histoire d'une majorité de la population israélienne, les Juifs originaires des pays arabes, comme s'ils n'existaient pas, comme si leur destin pesait moins que celui des Palestiniens ou d'autres Israéliens...

Se rend-on compte qu'il n'y a pour ainsi dire plus de Juifs dans le monde arabe et se demande -t-on pour  quelle raison ?

En 1945, il y en avait environ 900 000 , d'établissement bien plus ancien que la conquête arabe. Il ne sont plus aujourd'hui que quelques dizaines de milliers (surtout au Maroc et dans un pays islamique comme l'Iran).

Plus de 600 000 ont trouvé refuge en Israël et 260 000 en Europe et dans les Amériques.

Bien avant le départ des puissances coloniales et la création de l'Etat d'Israël, la xénophobie des mouvements nationalistes arabes les avait engagés au départ.

Une série de pogroms avaient éclaté dans plusieurs capitales : en Irak en 1941 (le Farhoud, c'est à dire le pogrom), à Tripoli en Lybie en 1945, en Syrie en 1944 (la majeure partie des Juifs quitta alors le pays), à Alep et Aden en 1947. En 1948, la guerre décrétée sur l'Etat d'Israël au lendemain de sa proclamation - et perdue - par six Etats arabes, devait conduire à une aggravation de la condition juive .

De 1948 à 1949, des centaines de Juifs furent internés dans des camps en Egypte. En 1956, la nationalité égyptienne fut retirée aux " sionistes " (définis " non une religion mais le lien matériel et spirituel entre les sionistes et Israël "). En 1957, leurs biens furent mis sous séquestre.

En Irak, en 1948, le sionisme fut rangé dans la catégorie des crimes d'opinion, passibles de sept ans de prison et d'une amende.
En 1950, ils y furent privés de leur nationalité et, en 1951, dépouillés de leurs biens. Cette même année, la synagogue de Baghdad où les Juifs s'enregistraient pour l'émigration fut la cible d'un attentat.

Dans la péninsule arabique, même expulsion par la violence et l'intimidation. Dès le début du XX° siècle, l'exclusion avait durement frappé les Juifs yéménites (16 000 émigrèrent de 1919 à 1948). La mise en pratique de la loi islamique pronant l'islamisation forcée des orphelins poussa définitivement les Juifs du Yémen sur les voies de l'exode qui les conduisirent vers Israël.

Les Juifs du Najran, région voisine annexée par l'Arabie saoudite, se joignirent à eux (43 000 Juifs en 1948-1949). Victimes d'un subterfuge du pouvoir , ils furent dépouillés de tous leurs biens. Quant aux Juifs d'A.F.N., le pouvoir français les avaient libérés de la condition opprimée du dhimmi*, que ce soit en leur accordant la citoyenneté ou en neutralisant le dispositif islamique de la condition juive. Son retrait , à la suite de l'Indépendance, signifiait unanimement pour les Juifs la fin de leur liberté., en 1963, sous Boumedienne qu'il fallait avoir un père et des grands parents paternels de statut personnel musulman pour être algérien, alors qu'il n'y avait quasiment plus de non- musulmans ... Ils partirent en masse dans les années 1950-1960.


Ainsi, 129 539 Juifs d'Irak, 37 395 Juifs d'Egypte, 50 619 Juifs du Yemen et d'Aden, 8523 Juifs de Syrie, 4032 Juifs du Liban, 35 802 de Lybie, 52118 de Tunisie, 24 067 Juifs d'Algérie, 266 304 Juifs du Maroc trouvèrent refuge en Israël, pour la plus grande part entre 1948 et 1958 et en moindre mesure de 1970 à 1980, témoins du " péché originel " des Etats-nations arabes qui se livrèrent à une véritable purification ethnique quand ils se constituèrent. Celle ci n'est bien évidemment pas dénuée de lien avec la guerre de 1948. En 1949, une réunion de diplomates arabes à Beyrouth prona l'expulsion des Juifs de leur pays en représailles de l'exode palestinien...


Tous ces éléments montrent s'il en était besoin l'importance critique de l'histoire des Juifs du monde arabe dans la réalité du conflit israélo- arabe. Vue dans cette lumière, la création d'Israël (où ils constituent une majorité) au coeur du monde arabe apparaît moins comme une solution humanitaire en faveur des rescapés de la Shoa que comme le fruit de la lutte pour la libération et l'autodétermination d'une minorité opprimée du monde arabe. La situation est concrètement comparable à celle des Palestiniens car il y a eu de facto un échange de populations entre 600 000 Juifs déplacés des pays arabes et 540 000 Palestiniens déplacés après la création d'Israël .

Ces 600 000 Juifs ont été dépouillés de tous leurs biens et ont vécu dans des camps de transit (maabarot), camps de cabanes de bois et de tentes à même la terre, avant de s'installer plus durablement dans le territoire israélien. Jusqu'à ce jour, ils souffrent dans leur condition économique, politique et culturelle des conséquences de ce déplacement.
On comprend que les Palestiniens occultent pour les besoins de leur cause cette dimension du conflit, génante pour leur apologie. Elle ne cesse cependant pas d'exister.

On comprend moins comment le leadership israélien, tout spécialement la gauche, y soit resté insensible. Sans doute par ethnocentrisme? Quant aux Etats arabes, ils sont doublement responsables d'une telle situation, car après avoir expulsé leurs résidents juifs, ils n'ont pas pour autant intégré les réfugiés palestiniens mais au contraire les ont transformé en arme contre Israël.

C'est le seul problème de réfugiés de l'histoire contemporaine qui n'a pas trouvé de solution dans une époque où l'on a dénombré soixante millions de réfugiés.
Je ne veux ici qu'évoquer les 1 300 000 Grecs chassés de Turquie et les 400 000 Turcs expulsés de Grèce , dans les années 1920, ou les 13 000 000 de personnes déplacées entre l'Inde et le Pakistan. Entend-on parler d'eux aujourd'hui ? Entend-on parler des réfugiés juifs du monde arabe ?

Comment 540 000 réfugiés Palestiniens n'ont-ils pas trouvé leur place ? Alors que tous les réfugiés du monde dépendaient du Haut Commissariat pour les réfugiés, ils ont même bénéficié d'une agence spéciale de l'O.N.U. , l'UNRWA, entretenant une bureaucratie de 17 000 employés et ayant englouti jusqu'en 1986, 2 939 774 915 dollars de frais pour lesquels les Etats arabes ont toujours très peu cotisé...

Cette histoire occultée et refoulée pose en vérité au monde arabe une plus grande question: celle de son rapport à l'autre, d'extrême actualité alors que la démocratie y est toujours orpheline. Les intellectuels progressistes arabes tombent des nues lorsque l'on soulève devant eux leproblème du statut des non musulmans dans leurs sociétés. Le tiers-mondisme a accrédité le mythe de la tolérance du monde arabo- islamique.

Habituée à voir dans les non-musulmans (Juifs et chrétiens) des " protégés " (dhimmis *), la conscience arabe contemporaine ne s'est jamais rendu compte de leur condition dominée. Tous les Etats arabes ont adopté l'islam comme religion d'Etat et l'opinion arabe - pas seulement les fondamentalistes, très clairs sur ce point - continue à voir les Juifs (en l'occurrence les Israéliens) dans ce prisme du dhimmi, qui ne touche pas que les Juifs (voire par exemple le destin plus que difficile des chrétiens en Egypte , au Soudan, en Irak, aux Philippines, sans parler de la récente guerre civile libanaise...).

L'Etat d'Israël ne peut qu'incarner à ses yeux la révolte sacrilège et intolérable du dhimmi, qu'il faut réprimer avec la dernière énergie.
La démocratie ne naitra dans le monde arabe que lorsqu'il aura fait le point de son rapport à l'autre. En l'occurrence, il s'agirait aussi de son rapport aux deux monothéïsmes qui l'ont précédé et auxquels il doit beaucoup. Le conflit autour de ce que les journalistes appellent " l'esplanade des mosquées " - et qui est avant tout le " mont Moria " de la Bible - est très symbolique : s'il y eût un jour une mosquée sur cette montagne c'est parce que deux temples judaïques y avaient été élevés, dès la plus haute antiquité. Ce n'est pas seulement le problème de la coexistence avec des non-musulmans que pose l'existence d'Israël au monde arabe, c'est aussi celui de son rapport à sa propre identité.

* Lors de l'islamisation des pays conquis, les peuples monothéïstes vaincus, et qui s'étaient soumis sans combattre, se sont vu reconnaitre la " protection ", le droit de culte et une semi-autonomie communautaire mais au prix de la " dépropriation " de leurs propriétés - dont ils devenaient les métayers-, du paiement d'une taxe capitale et en fonction d'un code de comportement discriminatoire et infériorisant.

 
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20 février 2010 6 20 /02 /février /2010 20:43
Un conflit israélo-hezbollo-libano-syrien en 2010 ? 

middleeastenfrancais
 

Le Secrétaire général de la Ligue arabe Amr Moussa a déclaré que "si une nouvelle attaque ou agression était en préparation, [les Israéliens] ne s'en sortiraient pas facilement". Et de continuer, "nous avons tiré les leçons de 2006 et la position arabe est d'être aux côtés du Liban". Quel est l'intérêt de cette intervention ?

Remettons avant toute chose la citation dans son contexte. Amr Moussa a tenu ses propos après sa rencontre avec Ali Shami, le ministre libanais des Affaires étrangères. 
Plusieurs commentateurs réfléchissent à l'éventualité d'un conflit entre Israël et le Liban en 2010. De plus, plusieurs hommes politiques israéliens ont laissé entendre qu'un conflit contre le Hezbollah aurait des répercussions contre le Liban et la Syrie. Cette dernière aurait en plus fourni au groupe libanais des missiles M-600 d'une portée de 250km, qui viennent se rajouter aux missiles anti-navires SS-N-26 et au système de défense aérienne SA-2 que Damas aurait déjà fourni. Et pour faciliter le tout, un "problème" de traduction a mené à des remarques particulièrement belliqueuses.



La situation est donc tendue, mais pour autant, je ne crois pas à l'imminence d'un nouveau conflit. Personne n'en veut. Même si des guerres peuvent émaner d'incompréhensions et de mauvaises perceptions, nous expliquait Robert Jervis, il faut néanmoins que les pays soient prêts à faire la guerre. Prenons les différents acteurs :

  • Israël : A part quelques faucons irraisonnés, personne, même pas Benyamin Netanyahu, n'envisage sérieusement une guerre. Tout d'abord, cela coûterait horriblement cher. Un conflit par an est totalement insoutenable pour l'économie israélienne. Ensuite, un conflit contre le Hezbollah signifie nécessairement une incursion terrestre, voire une occupation temporaire du sud-Liban, ce qui est une éventualité cauchemardesque pour l'Etat hébreu, qui n'est pas prêt à payer ce prix. La doctrine Dahiyah les pousserait à de tels excès. Enfin, il faudrait une provocation disproportionnée pour qu'Israël se lance dans un conflit qu'il sait dangereux. Le statu quo est un état de fait qui profite suffisamment à Tel Aviv pour ne pas vouloir changer la donne par la force.
  • le Liban : Saad Hariri dit craindre les vols de l'IDF au-dessus d'Israël et a récemment affirmé que son gouvernement soutiendrait le Hezbollah dans un éventuel conflit. Mais, le Liban n'a aucun intérêt à faire la promotion sur sa politique en cas de conflit et les propos d'Hariri tiennent plus à de la politique intérieure. Une guerre serait catastrophique pour un pays qui n'arrive pas à aller de l'avant. Il aura encore fallu des mois avant de former un gouvernement qui tient sur un fil tant la coalition est fragile et tant le Hezbollah est presque le vainqueur de ce match diplomatique, alors que le groupe chiite est minoritaire. La guerre de 2006 a été dévastatrice pour le pays et un nouveau conflit le serait davantage.
  • le Hezbollah : Il est essentiel pour le groupe de maintenir une rhétorique belliqueuse contre Israël, autrement il perd en popularité auprès du public arabe qu'il a conquis en 2006 et il perd de sa crédibilité de mouvement de résistance. Certes, il se réarme, déploie des systèmes d'armement, mais il sait pertinemment qu'Israël ne commettra pas deux fois les mêmes erreurs si un conflit venait à éclater. Peut-être que le Hezbollah est plus fort qu'en 2006, mais surtout le Hezbollah est plus politisé qu'en 2006, car sa position au sein du gouvernement est tout aussi essentielle à la viabilité du mouvement et un affrontement avec Israël pourrait avoir des répercussions catastrophiques sur la montée en puissance du Hezbollah au Liban. Ils ne sont pas prêts à prendre ce risque.
  • la Syrie : Si la Syrie avait vraiment voulu perdre une troisième guerre contre Israël, elle l'aurait déjà fait avant. La Syrie est en plus en pleine phase de reconstruction d'image auprès de l'Occident et essaie tant bien que mal de faire bonne figure. Un conflit ne ferait que la replonger dans une hyper-dépendance à l'égard de l'Iran, ce que Damas aimerait éviter.

Bref, l'hypothèse d'un conflit n'est pas à écarter, mais le traiter comme imminent est dénué de sens. Il y a toujours eu une rhétorique véhémente entre ces différents acteurs et le contexte actuel n'invite pas à de telles spéculations. Il est toutefois vrai que si les rumeurs sur le déploiement par le Hezbollah et avec l'aide de la Syrie de systèmes d'armement à moyenne portée se vérifiaient, cela détériorerait la situation de manière dramatique. Le vieil adage de Vegetius, "si tu veux la paix, prépare-toi à la guerre", n'a jamais été de bon conseil.

 

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11 février 2010 4 11 /02 /février /2010 10:06
Shabaneh : "J'ai creusé ma tombe"
Par KHALED ABU TOAMEH
10.02.10




http://fr.jpost.com/servlet/Satellite?cid=1265631161131&pagename=JFrench%2FJPArticle%2FShowFull

 


Shabaneh est un résident de Jérusalem-Est. Il est aussi un ancien avocat qui, après la signature des accords d'Oslo en 1993, a rejoint le GIS (services généraux) en tant que conseiller juridique de Mahmoud Abbas, le chef de l'Autorité palestinienne (AP). Il a déclaré avoir été forcé de quitter son poste, il y a plusieurs mois, après avoir révélé un scandale sexuel impliquant l'un des proches collaborateurs d'Abbas.

Mahmoud Abbas, chef de l'Autorité palestinienne.
Photo: AP , JPost

Shabaneh a révélé dans une interview exclusive au Jerusalem Post, que ses hommes et lui avaient agi sur ordre de leur patron, le général Tawfik Tirawi, ancien chef du GIS. Tirawi, pour sa part, a nié avoir autorisé Shabaneh à espionner le conseiller d'Abbas.

Ce dernier a été filmé faisant des remarques désobligeantes sur le chef du Fatah - "Il a perdu le contrôle" - et sur son prédécesseur Yasser Arafat qu'il dénonce comme l'un des plus grands "dajjals" (escrocs).

Après avoir pris connaissance de ces embarrassantes révélations, Abbas a démis Shabaneh de ses fonctions au département anti-corruption et l'a réaffecté à la tête des forces de sécurité internes du GIS. Plus récemment, Shabaneh a été promu au poste de commandant en chef du GIS, dans la région.

Peu de temps après, cependant, Shabaneh a été arrêté par la police israélienne, qui le soupçonnait de recruter des résidents de Jérusalem-Est pour espionner Israël, de chasser les "collaborateurs" arabes engagés dans des transactions immobilières avec des Juifs, et de menacer et faire chanter le proche conseiller d'Abbas. Shabaneh a depuis été libéré de prison et la plupart des charges retenues contre lui ont été abandonnées. Aujourd'hui, il demeure en détention surveillée et est interdit de séjour en Judée-Samarie.

Shabaneh a déclaré qu'il ne doutait pas que son arrestation par Israël a été réalisée à la demande d'une "personnalité haut placée du bureau d'Abbas" pour le punir de sa lutte contre la corruption et la divulgation de scandales impliquant d'importants conseillers, et autres officiels du parti.

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11 février 2010 4 11 /02 /février /2010 05:17

Le bon vieux temps d'avant la paix

par Khaled Abu Toameh, pour Hudson New York Programs

paix-israel-arabie.jpg Arab-and-Jew.jpg


Article publié le 26 Janvier 2010

Titre original : The Good Old Days Before Peace

Traduction : Objectif-info

De nombreux Juifs et Arabes qui vivent dans cette partie du monde [le Proche-Orient] regrettent vraiment le bon vieux temps d'avant le processus de paix au Moyen-Orient, d’avant le transport de Yasser Arafat et de l'OLP en Cisjordanie et dans la bande de Gaza suite à la signature des accords d'Oslo.

Il est temps de crier haut et fort que ce processus de paix n'a été rien d'autre qu'un désatre pour les deux peuples.

Qui a aujourd'hui conscience qu'il y a davantage de Juifs et d'Arabes qui sont morts depuis la signature des accords d'Oslo qu'entre 1967 et 1993 ?

Ce processus de paix, qui s'est doublé d'un "processus de guerre," a échoué ; il est temps d'essayer autre chose.

La paix véritable entre les Palestiniens et les Juifs ne peut pas intervenir, du moins pas dans un avenir prévisible. Les divergences entre les deux parties demeurent aussi profondes et elles n'ont pas du tout confiance l'une dans l'autre.

Au lieu de parler de résolution du conflit, nous devrions rechercher une bonne gestion du conflit, avec des gestes de bonne volonté des deux cotés.

Israel par exemple, a pu alléger les mesures de sécurité, interrompre l'expansion des implantations en Cisjordanie, et contribuer à l'amélioration des conditions de vie des Palestiniens.

Les Palestiniens pourraient de leur coté stopper toutes les manifestations de violence et d'incitation à la haine contre Israël et porter leurs efforts sur la construction d'institutions gouvernementales et d'infrastructures solides pour le futur état palestinien.

Gérer le conflit veut dire le maintenir à un bas niveau d'intensité dans l'espoir d'un effet de modération autant sur les Juifs que sur les Palestiniens.

Au bon vieux temps qui a précédé le processus de paix au Moyen-Orient, tout ceux qui vivaient en Cisjordanie et dans la bande de Gaza pouvaient à leur réveil de bon matin prendre leur voiture et se rendre n'importe où en Israël.

On ne connaissait pas les attentats suicide ni les attaques de voitures.

Il n'y avait pas de tirs de fusées ni de roquettes sur Israël depuis la Cisjordanie ou la bande de Gaza.

200.000 Palestiniens environ avaient l'habitude de travailler tous les jours en Israel.

Il n'y avait ni barrière de sécurité ni mur de séparation en Cisjordanie.

Il n'y avait pas de milices armées du genre des Brigades des Martyrs d'Aqsa du Fatah ni les bataillons du Jihad islamique de Jérusalem écumant les rues des communautés palestiniennes.

Les villageois palestiniens avaient libre accès à leurs terres et à leurs fermes en Cisjordanie et dans la bande de Gaza.

Des milliers de marchands palestiniens de Cisjordanie et de la bande de Gaza a convergeaient vers Tel Aviv et d'autres villes israéliennes presque chaque jour pour faire des affaires. On pouvait voir des milliers de familles palestiniennes passer un bon moment sur les plages israéliennes, dans les parcs et les restaurants.

Il n'y avait pas de barrages routiers militaires permanents entre la Cisjordanie et la bande de Gaza ou entre ces territoires et Israël. Les barrages ne sont apparus que parce que la sécurité les a rendus nécessaires.

Il y avait un gouvernement et une force de police en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, et les Palestiniens savaient à qui ils avaient affaire et qu’elle était l’endroit où on devait les trouver. Les Palestiniens n'avaient pas à prendre garde à une dizaine de forces de sécurité et de milices créées par l'OLP après la signature des accords d'Oslo.

Des milliers de Juifs israéliens affluaient dans les villes et les villages palestiniens, particulièrement les week-ends, pour acheter des légumes et des fruits relativement bon marché et goûter aux kebabs et au houmous du coin. Les Juifs israéliens avaient l'habitude de faire réparer leur voiture en Cisjordanie et dans la bande de Gaza.Ils avaient l'habitude d'aller voir leur dentiste à Qalqilya, à Bethlehem et à Jenine.

Les Palestiniens n'avaient pas besoin d'un permis spécial pour entrer en Israël.

Jérusalem était ouverte à tous les Palestiniens et même l'OLP avait de nombreux bureaux dans la ville.

Les Palestiniens pouvaient se déplacer à leur gré en Israel et même obtenir même la citoyenneté israélienne s'ils se mariaient une personne de citoyenneté israélienne.

Nous en sommes arrivés au point où beaucoup de Juifs et d'Arabes disent, avec un peu d'ironie, qu'ils regrettent le bon vieux temps d'avant la paix.
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1 février 2010 1 01 /02 /février /2010 19:35



26/01/2010
Nouvelles du terrorisme et du conflit israélo-palestinien 19-26 janvier 2010
Au cours de la semaine, des roquettes et des obus de mortier ont été tirés sporadiquement depuis la bande de Gaza sur le Néguev occidental. L'Autorité Palestinienne a maintenu son refus de reprendre les négociations, revoyant ses espérances à la baisse et concentrant ses efforts pour tenter de convaincre les Européens de faire pression sur Israël.
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21 janvier 2010 4 21 /01 /janvier /2010 03:21



EH ! entre Abbas et Obam ,
vous voyez ce que je veux dire ! 




Les Etats-Unis représenteront-ils les Palestiniens ?

[Mercredi 20/01/2010 21:15]

 

Alors que l’envoyé américain au Proche Orient George Mitchell fait une nouvelle tournée dans la région et doit arriver en Israël mercredi soir, le chef de l’AP Mahmoud Abbas (Abou Mazen), a proposé que les Etats-Unis négocient avec Israël au sujet des frontières du « futur » Etat palestinien, à la place des Palestiniens. Abou Mazen a fait cette suggestion au cours d’une rencontre avec des responsables égyptiens, qui ont transmis l’idée aux Américains.

La proposition du chef du Fatah, si elle est acceptée par Washington, pourrait sonner la reprise des pourparlers israélo-palestiniens qui sont suspendus depuis plus d’un an. Abou Mazen a souligné qu’il n’avait pas l’intention de négocier avec les Israéliens tant que le gel de la construction en Judée Samarie ne serait pas total, bien qu’Israël ne soit pas prêt à céder sur ce point.

Avant d’arriver en Israël, Mitchell a fait une escale à Damas, où il s’est entretenu avec le président syrien Bachar el-Assad. A l’issue de la rencontre, l’envoyé américain a déclaré que Damas jouait « un rôle significatif » dans le processus de paix dans la région. Mitchell a rappelé les engagements du gouvernement américain qui cherche à atteindre un accord de paix global « entre Israël et les Palestiniens, Israël et la Syrie ainsi qu’Israël et le Liban. »

Le ministre de la Défense Ehoud Barak a évoqué la visite de Mitchell dans la région, au cours d’un congrès d’information sur les droits des veuves de Tsahal qui se sont remariées, qui s’est tenu à Ramat Gan. « J’appelle nos voisins palestiniens à revenir s’asseoir autour de la table des négociations avec Israël. Les dirigeants palestiniens doivent relever le défi, même si certaines décisions importantes sont difficiles à prendre. Le silence n’est pas une alternative, il ne fait que permettre un retour à la violence. Un accord de paix est nécessaire à l’Etat d’Israël, aux Palestiniens et à toute la région », a déclaré le chef du parti travailliste.

Les responsables palestiniens craignent que Mitchell fasse pression sur eux lors de sa visite pour qu’ils daignent reprendre les négociations. Des sources palestiniennes ont indiqué avoir compris, au cours des conversations entre l’AP et les responsables américains et européens, que la communauté internationale veut que les Palestiniens renoncent à la condition du gel complet des constructions. La communauté internationale envisagerait même de proposer des avantages économiques à l’AP pour permettre la reprise des pourparlers.

par Yael Ancri 
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11 janvier 2010 1 11 /01 /janvier /2010 04:11
Le fond du problème : Le Mont du Temple !
Kountrass
http://www.kountrass.com/



TOV INFO


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Tsvi Mazal est diplomate : il a été ambassadeur d'Israël en Egypte et en Suède, et il est aujourd'hui membre du Centre de Jérusalem des Affaires publiques. Il a fait parler de lui en son temps, pour s'être opposé  à une «ouvre d'art» en Suède soutenant le terrorisme arabe.

La question de la possibilité  d'arriver à des accords entre Israéliens et Palestiniens intéresse beaucoup Tsvi Mazal. Dans le présent article, l'ancien diplomate analyse des propos révélateurs du négociateur palestinien Saeb Arekat. Il y dévoile un autre aspect du conflit, qui, finalement, serait foncièrement religieux. A méditer. 

Qu'est-ce qui s'est passé finalement au cours des discussions entre Israël et les Palestiniens à Annapolis ? Nous n'en savons pas grand-chose, si ce n'est des quelques informations qu'Olmert a bien voulu en donner. Il en ressort qu'Israël était prêt à faire de très grandes concessions, sans doute dans la foulée de celles de Camp David et de Taba, mais rien n'en est sorti. Olmert a tout de même précisé qu'on était au seuil de la signature d'un accord de paix.  

Mettons de côté les questions concernant la gestion de telles discussions concernant l'avenir du pays, sans que même le gouvernement ait connaissance de leur contenu, les raisons de leur échec ont été dévoilées précisément par l'intermédiaire de Saeb Arekat, le délégué palestinien pour les négociations avec Israël. Au cours d'une émission à Al Djazira concernant «Jérusalem, capitale de la culture arabe», Saeb Arekat a déclaré que Arafat, à Camp David, et Abou Mazen, à Annapolis, ont tous les deux repoussé les accords du fait qu'ils imposaient une gestion en commun, israélienne et palestinienne, du Mont du Temple. 

Le Mont du Temple Dans cette émission, Arekat a clairement imputé l'échec des négociations au côté palestinien : « Permettez-moi de vous raconter deux événements historiques. Je vais peut-être dévoiler un secret. Le président Clinton a dit à Arafat à Camp David lors de leur rencontre : Vous serez le premier président à avoir un Etat palestinien dans les limites établies en 1967, excepté quelques changements du fait d'aménagements territoriaux. Jérusalem-Est sera la capitale de la Palestine. Mais je vous demande, à titre d'homme de foi, de reconnaître que le Temple de Salomon se trouve sous l'enceinte des mosquées. Arafat s'est alors levé pour répondre : Je ne puis être un traître. Viendra celui qui délivrera Jérusalem dans dix ans, dans cinquante ans ou dans cent ans. Jérusalem ne peut être que la capitale de la Palestine, et il n'y a rien sous l'enceinte des mosquées ou au-dessus d'elle. C'est la raison pour laquelle Arafat s'est retrouvé retranché dans sa prison (son QG à Ramallah) et qu'il a été tué injustement en novembre 2008 [tout ceci est ce qu'affirme Arekat, bien entendu]. » 

Le négociateur palestinien poursuit : « Olmert parle de nos jours de ce qu'il a proposé à  Abou Mazen - à savoir que l'on va prendre 6,5 % des territoires de Judée et Samarie, et que l'on rendra 5,8 % des territoires de 48. Les 0,7 % restants serviront à établir des passages sécurisés entre les territoires de Judée et ceux de Gaza. Jérusalem-Est sera la capitale de la Palestine, mais il y a un problème avec l'enceinte des mosquées. Là Abou Mazen s'est levé, en disant : Je ne suis ni au souk ni au bazar. Je suis venu ici pour fixer les frontières de la Palestine, selon les limites de 67, sans enlever un centimètre ou prendre une pierre de Jérusalem ou des lieux saints pour l'islam ou pour la chrétienté. Voilà pourquoi il n'y a pas eu de signature. » 

Le journaliste demanda : « Saeb Arekat, avez-vous proposé qu'Israël ait sa part dans la gestion du mont du Temple dans le cadre des accords concernant la Vieille Ville  ? » La réponse d'Arekat fut sans équivoque : « Non, absolument pas. Jérusalem-Est est considérée par la loi internationale comme étant un endroit qui a été envahi, et en conséquence, il n'est pas question d'accepter la moindre concession à cet égard. Cette partie doit revenir intégralement aux Palestiniens et leur permettre d'avoir une souveraineté absolue sur leur capitale. Ce que fait Israël en construisant un mur ne nous intéresse pas. Si Israël veut faire la paix un jour, il devra comprendre que la paix ne sera possible que si Jérusalem-Est est la capitale de la Palestine - y compris la Vieille Ville et l'enceinte des mosquées.» 

Il semble que c'est la première fois que la personnalité palestinienne la plus autorisée, mêlée directement aux négociations de Camp David et à celles d'Annapolis, dévoile dans le cadre de la chaîne la plus populaire d'information du monde arabe que c'est le côté arabe qui est responsable des échecs à deux reprises des négociations de paix, à cause de leur refus d'une gestion commune du mont du Temple. Ceci laisse prévoir que jamais des accords de paix ne pourront aboutir, puisqu'il est impensable qu'Israël accepte de confier le mont du Temple à l'unique gestion palestinienne, sans avoir son mot à dire à cet égard. 

Ces révélations tranchent avec l'image que donnaient à l'époque les media ou les paroles des hommes politiques. S'il en est ainsi, les chances qu'un jour des négociations aboutissent sont fort faibles. 

Mais il est plus qu'intéressant de constater que, finalement, c'est la question de la gestion du mont du Temple qui marque le point ultime de divergence qui sépare les uns des autres ! 

La guerre des slogans !  

Nous parlions dans notre précédent numéro de l'ambiguïté de l'exigence internationale visant à  imposer la formule « Deux Etats pour deux peuples ». Les Palestiniens veulent-ils réellement que nous vivions à côté d'eux, ou - plus simplement - ne pensent-ils pas occuper tôt ou tard l'ensemble du territoire d'Israël ?.  

Les dirigeants israéliens précédents se sont soumis à cette guerre des slogans tant de la part des Palestiniens que de la part de la communauté internationale, au point que Livni, par exemple, ait refusé de rejoindre Biniyamin Netanyahou pour la simple raison que ce dernier refusait d'admettre la profession de foi en question, « Deux pays pour deux peuples ». Du reste, à son retour des Etats-Unis, Netanyahou a fait savoir qu'il pensait que le slogan en question était « infantile »!  

Le gouvernement actuel fait, a priori, preuve de plus de finesse, en prenant les devants et en lançant son propre slogan : «Les Palestiniens doivent accepter le caractère juif de l'Etat d'Israël». Le chef de l'Autorité palestinienne, Abou Mazen (Mahmoud Abbas) a tout de suite compris la portée de ce slogan, en refusant avec fermeté d'accepter une telle proposition ! Les conseillers de Netanyahou ont pu jubiler : les Palestiniens refusent de faire la paix ! Bien joué. 

Evidemment, s'il fallait définir avec sérieux la portée dudit slogan, les choses seraient assez difficiles : s'il s'agit d'un Etat juif, respectant le Chabbath, la Kacherouth et les autres 613 Mitswoth, Abou Mazen aurait bien raison de refuser cela, mais le fait est que malheureusement la majorité des Israéliens en font de même. Donc ce n'est pas de cela dont il est question.  

Sans doute ce slogan signifie-t-il que l'Etat d'Israël, bien que démocratique, se garde le privilège de ne considérer comme citoyens à part entière que les Juifs, et ne garantit pas tous les droits aux autres peuples - en particulier aux Arabes qui reviendraient vivre en son sein, si jamais le droit au retour des Arabes devait être accepté. Autrement dit, Israël tente de bloquer à la base la revendication palestinienne dans ce domaine : Abou Mazen a raison de refuser cela, mais dès lors il a mal joué, car c'est lui qui a été le mauvais joueur, celui qui refuse.  

La guerre des slogans est lancée, et, pour une fois, Israël marque un point.

Source : Nathan Katz


 

 

 

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10 janvier 2010 7 10 /01 /janvier /2010 09:45
Dimanche 10 janvier 2010 à 08:59
Gaza : deux Palestiniens auraient été tués par Tsahal
Selon des sources palestiniennes, deux terroristes auraient été abattus par Tsahal au nord de la Bande de Gaza, vraisemblablement alors qu'ils s'apprêtaient à tirer des roquettes Qassam sur le sud d'Israël. L'armée n'a pas confirmé l'information.

http://www.guysen.com/news_

L'Unité du porte-parole de Tsahal explique qu'il n'y a pas d'activité militaire dans ce secteur. S'agit-ild'un nouvel "accident de travail" réalisépar une cellule de lanceurs de qassams? Les groupes locaux CPR et Djihad islamique souhaitent relancer le conflit, dans une absence apparente de coordination, après les incidents à la frontière égyptienne et pour des questions internes de leadership et de rivalités entre clans.
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7 janvier 2010 4 07 /01 /janvier /2010 05:06

Territoires en litige : Israël a des droits

[Jeudi 07/01/2010 3:01]

 


Par Danny Ayalon, ministre-adjoint des Affaires Etrangères d'Israël

Paru dans le Wall Street Journal du 30/12/09

Traduit par Albert Soued, www.symbole.chez.com pourwww.nuitdorient.com 



La mise au point de Danny Ayalon, ministre-adjoint des Affaires Etrangères d’Israël, parue dans le Wall Street Journal doit être impérativement diffusée par tous tant les mensonges et la propagande ont infesté l’opinion publique internationale. ( Merci à Albert Soued pour la traduction de ce texte capital )

La récente déclaration de la nouvelle responsable européenne des relations étrangères Catherine Ashton, critiquant Israël, a une fois de plus attiré l’attention du monde sur Jérusalem et les implantations. Mais cela ne signifie pas que l’on ai compris vraiment les droits d’Israël sur un territoire en litige, qu’on appelle improprement « territoire occupé ».

En effet, connu sous le nom de Cisjordanie, ce territoire à l’ouest du Jourdain ne peut en aucune manière, être considéré comme occupé, sur le plan de la loi internationale, car il n’a jamais obtenu une souveraineté reconnue avant sa conquête par Israël. A l’opposé de certaines croyances, il n’y a jamais eu auparavant un état palestinien, et aucune nation n’a établi sa capitale à Jérusalem, malgré que la ville fût sous le contrôle islamique pendant des centaines d’années.

Le nom « Cisjordanie » a été utilisé pour la 1ère fois par les Jordaniens en 1950, quand ils ont annexé cette terre pour la différencier du reste du pays (à l’ouest du Jourdain), et de la Transjordanie, communément appelée Jordanie (à l’est du Jourdain). Les frontières de ce territoire ont été établies une année auparavant, lors de l’accord d’armistice entre Israël et la Jordanie, qui a mis un terme à la guerre d’indépendance, au cours de laquelle 5 armées arabes ont envahi l’état d’Israël naissant.

C’est à l’insistance de la Jordanie que les lignes de l’armistice de 1949, n’ont pas été reconnues comme frontière internationale, mais simplement comme ligne de séparation entre les armées, une ligne tracée en vert par les militaires, la fameuse « ligne verte ».

L’Accord d’Armistice spécifie clairement qu’ »Aucune disposition de cet Accord ne portera en aucune manière préjudice aux droits, revendications et positions de chaque partie, dans tout accord de paix ultérieur sur les questions palestiniennes, les dispositions de cet Accord n’étant exclusivement dictés que par des considérations militaires »

Après la Guerre des Six Jours, alors qu’une fois de plus les armées arabes cherchaient à détruire l’Etat juif, Israël a conquis la Cisjordanie et d’autres territoires. Alors les Nations unies ont cherché à trouver une solution durable au conflit. La résolution 242 du Conseil de Sécurité de l’Onu est probablement le document le plus mal compris de l’arène internationale. Alors que certains, notamment les Palestiniens, poussent l’idée que le texte exige la restitution de tous les territoires conquis au delà de la ligne verte, la vérité est ailleurs; la résolution demande « une paix à l’intérieur de frontières sûres et reconnues », mais nulle part il n’est précisé le tracé de ces frontières.

Il vaut mieux remonter aux véritables intentions de ceux qui ont écrit le texte, avant d’aller vers leurs interprétations.

- Eugène V Rostov, sous-secrétaire d’Etat américain en 1967, a rédigé le texte et a dit en 1990: « La résolution du Conseil de Sécurité n° 242 et les suivantes 338…. reposent sur 2 principes: Israël peut administrer le territoire (conquis) jusqu’à ce que ses voisins arabes acceptent de faire la paix; et quand la paix sera signée, Israël se retirera vers des frontières « sûres et reconnues », qui ne seront pas forcément celles de la démarcation de l’armistice de 1949 »

- Lord Caradon, l’ambassadeur anglais à l’Onu à cette époque et principal auteur de la résolution qu’il a présentée au Conseil, a dit en 1974, sans équivoque « Il aurait été erroné de demander à Israël de revenir aux positions du 4 juin 1967, parce que ces positions sont indésirables et artificielles »

- L’ambassadeur américain à l’Onu à cette époque, Arthur Goldberg, ex-juge de la Cour Suprême, a été encore plus clair, quand il a déclaré en 1973 que « la résolution parle de retrait de territoires, sans préciser l’étendue de ce retrait ». Ceci signifie moins qu’un retrait complet, du fait que les frontières antérieures d’Israël ont montré qu’elles étaient très peu sûres »

- Même le délégué soviétique, Vassily Kouznetsov qui s’était battu contre le texte final, a concédé que la résolution « donnait le droit à Israël de retirer ses forces seulement sur des lignes qu’il considère comme appropriées »

La question des implantations n’est apparue qu’après la guerre de 1967, quand les Juifs ont commencé à revenir sur leur terre historique en Cisjordanie, qui s’appelle « Judée et Samarie », noms de la région connus comme tels dans l’histoire depuis plus de 2000 ans, avant que les Jordaniens ne la rebaptisent. Rostow n’a rien trouvé à redire quant à ces implantations. Il a précisé que le Mandat britannique d’origine s’appliquait encore à la Cisjordanie. Il disait « Le droit Juif de s’installer en Palestine, à l’ouest du Jourdain, c’est-à-dire en Israël, en Cisjordanie et à Jérusalem est inattaquable. Ce droit est imprescriptible et ne peut être résilié tant qu’une paix reconnue n’a pas été signée entre Israël et ses voisins »

Depuis, aucun document international lié à ce territoire n’est venu annuler le droit Juif de s’y implanter.

Pourtant on a répandu la perception qu’Israël occupe une terre volée, et que seuls les Palestiniens y ont des droits nationaux, légaux et historiques. Ceci n’est pas seulement erroné sur les plans factuel et moral, mais plus ce mythe est accepté, moins les Palestiniens sentent le besoin de venir à la table des négociations.

Des déclarations comme celles de Lady Ashton ne sont pas seulement erronées, elles éloignent la perspective de toute négociation. (1)

par Dany Ayalon



Note de la traduction

Suivant les péripéties de ce conflit depuis 62 ans, nous restons persuadés que les interférences constantes de l'Occident, en déclarations, résolutions, subventions, capitaux, écoles, soins, armes, soutiens divers dont aucune population au monde n'a jamais bénéficié autant depuis que l'Homme existe dans l'Histoire, ne font qu'éloigner les perspectives de paix dans la région. Pire! Toutes ces interférences sont à l'origine des guerres et des troubles au Moyen Orient. Pourquoi ?

Bientôt on n’aura plus besoin de pétrole…, ni même des capitaux arabes. 
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31 décembre 2009 4 31 /12 /décembre /2009 21:04
Ce texte m'a été adressé par Victor PEREZ
(http://www.victor-perez.blogspot.com/ )
que je remercie, il nous fait remarquer que c'est :  


-"Une analyse, longue, détaillée et argumentée de Jean-Pierre Bensimon parue en 2007 dans Controverses, sur le conflit proche-oriental à travers les positions bien connues de Théo Klein. Remarquable !"



Selon moi un texte de Jean-Pierre Bensimon à archiver et donc à garder précieusement, un texte ..éternel !

http://www.controverses.fr/pdf/n4/bensimon4.pdf  (texte dans son intégralité)



Il est excellement résumé par Jerusalem plus
http://www.jerusalemplus.tv/index.php?option=com_content&task=view&id=2701&Itemid=218  



Théo Klein ou l'apothéose de la raison borgne

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Dans les années qui ont suivi l’échec du sommet de Camp David le 25 juillet 2000, au plus fort de la sanglante Intifada dite Al Aqsa, Théo Klein, qui bénéficie d’une excellente image auprès des médias nationaux, a pu exprimer ses opinions en public à d’innombrables reprises

Les prises de position qui nous intéressent ici ont porté sur le thème de la guerre et de la paix au Proche Orient et sur la question désormais lancinante de la résurgence en France d’actes et de paroles que, faute de mieux, on qualifie d’antisémites. Avec la mort d’Arafat, les stratégies des deux camps en présence ont subi de profondes inflexions.

L’analyse qui suit du discours de Théo Klein s’inscrit dans le contexte politique et médiatique français du moment, alors qu’Arafat assurait fermement la conduite de l’offensive palestinienne qui a débuté en septembre 2000. Depuis l’avènement de Mahmoud Abbas, les interventions publiques de Théo Klein sont pratiquement inexistantes.

Le discours de Théo Klein ne se rapporte pas à des questions plus ou moins spéculatives de prospective, de société ou de philosophie dont les intellectuels sont friands. Non, la toile de fond de son message, c’est le grondement infernal des explosions suicides, la cruelle douleur des civils israéliens fauchés ou déchirés dans leurs corps et dans leurs destins, le fracas des missiles, le roulement des chars, la fureur des enterrements palestiniens et les files d’attente aux check points. En arrière plan, c’est aussi en France, des synagogues et des écoles agressées, des cimetières profanés, une éruption d’actes de harcèlement qui ont remis en cause la vie quotidienne d’une partie importante des Juifs de France et la perception de leur citoyenneté.

Dans les tribunes qui lui sont offertes ou qu’il sollicite, Théo Klein va s’affirmer comme un critique particulièrement intransigeant de la politique des gouvernements israéliens successifs, et désigner avec colère le comportement victimaire des Juifs de France qui font selon lui du raffut avec un « antisémitisme » qui n’existe pas.

Le personnage a de solides arguments pour s’ériger en figure de sage, érudit et au-dessus de la mêlée.

Outre son âge avancé, voila un homme qui connaît bien Israël. Il a pris la nationalité israélienne, il parle hébreu et il a même tenu à passer les examens professionnels israéliens qui l’habilitent à exercer sur place son métier d’avocat. Il possède une demeure à Jérusalem où il se rend fréquemment. Il s’est prononcé avec beaucoup de conviction pour l’existence d’un Etat juif1.

Bien que vivant surtout à Saint-Cloud, cette affirmation devrait en faire un sioniste incontestable. Sur les questions du judaïsme français, sa parole n’est pas non plus dépourvue de références.

Dans la période de l’Occupation, jeune militant juif, il a été résistant et il n’a plus cessé de s’engager depuis : son activité a été couronnée par deux mandats de président du CRIF au cours desquels il a inauguré les fameux dîners annuels où des autorités éminentes de l’Etat dialoguent avec la représentation communautaire juive.

Il a consacré plusieurs ouvrages à la définition de son judaïsme et à l’être-juif en France2. Bien que non pratiquant, il fait état d’un appétit inassouvi pour l’étude de la Torah et, dans la conversation, il fait volontiers un pont entre le sujet en débat et les paraboles bibliques. Tout cela lui confère une autorité de personnalité représentative du judaïsme français, bien qu’il n’exerce plus aucun mandat depuis longtemps. La médaille a son revers.

Quand il brosse des analyses, quand il formule des jugements, quand il assaille les rédactions de la presse nationale de propositions d’articles, il intervient, avec tout le poids de ses titres passés et de son image présente, dans une guerre dont les enjeux sont la vie et la mort de milliers de personnes, le destin de la nation juive, mais aussi la nature des démocraties occidentales.

Il ne peut en aucun cas se prévaloir de la simple posture de l’observateur, au dessus de la mêlée, qui dit simplement ce qui lui semble vrai. Ses paroles ont des effets matériels, des conséquences tangibles, d’autant plus puissants que la guerre palestinienne3 menée contre Israël est une forme très nouvelle de guerre où l’affrontement armé n’est qu’une des facettes de la nasse stratégique conçue pour isoler, diviser et frapper l’adversaire israélien dans ce qui est vital pour lui : l’économie, la diplomatie, la réputation, l’estime de soi, et une certaine manière de vivre. Sur ces terrains-là, la parole d’une personnalité juive, prononcée avec force d’une tribune publique en France, peut faire plus d’effet que les balles.

Les campagnes mondiales de délégitimation d’Israël, où selon la formule de Lenine, des Juifs font office d’idiots-utiles, en sont une illustration. C’est ainsi que l’homme d’opinion en Occident peut devenir l’agent, non immatriculé et non rémunéré, mais autrement plus efficace qu’une division armée, du triomphe d’un camp sur l’autre.

Aux pires moments de la pire des guerres terroristes qu’ait connu le peuple auquel il dit appartenir, alors que les civils israéliens étaient décimés par centaines, Théo Klein va investir tous les forums possibles pour lancer les accusations les plus violentes contre les autorités israéliennes, parfaitement en phase avec la propagande palestinienne et les déchaînements médiatique nationaux de l’époque4. On peut avancer beaucoup d’explications à un tel comportement. Il y a la théorie de Theodor Lessing, sur la Haine de soi juive5, où le Juif moderne ressent la double culpabilité de demeurer Juif aux yeux des autres et de trahir en même temps son appartenance.

La haine de soi est une culpabilité mais aussi une souffrance. Pas de trace visible de souffrance chez Théo Klein, mais une profonde satisfaction de soi et des signes manifestes de jubilation face aux micros et aux caméras. Plutôt que de « haine de soi », on pourrait parler de « haine des siens ».

Mais là encore, le concept se dérobe. La haine des siens, transitoire, peut être la signature de l’adolescence qui se définit face à la structure d’autorité familiale parfois sublimée en haine de la société. Dans le cas de Klein, qui est âgé de plus de quatre vingt ans, la finesse et l’organisation de la pensée, l'agilité dans le dialogue, la maîtrise des relations de communication, abolissent toute suspicion d’immaturité.

Quand il est interrogé, s’il le désire, Théo Klein sait parfaitement éviter d’aller là où ses interlocuteurs veulent l’amener. Avec une grande habileté, il peut tenir un discours aux Juifs, mais un autre aux journalistes mis en appétit par les débordements de ses « lettres » périodiques aux dirigeants israéliens. Nonobstant l’outrance quand il s’agit d’Israël et la passion des tribunes, rien d’infantile n’émane de sa personnalité. Pour ceux qui voudraient en savoir davantage sur sa personnalité, on signalera que dans son Petit traité d’éthique et de belle humeur 6 Théo Klein rapporte un étrange souvenir d’enfance.

Au moment de la sieste, dans une garderie, un enfant brise d’un jet de pierre la vitre de la véranda. Face aux sévères « tata », le jeune Klein va se dénoncer pour cet acte qu’il n’a pas commis. L’auto dénonciation n’a pas que des inconvénients. Elle lui permet de nouer des relations ambiguës mais privilégiées avec l’autorité.

En se dénonçant, le jeune Klein s’avance au premier plan, il occupe la scène : s’il s’est dénoncé, c’est qu’il a aussi du bon. Il a commis une faute mais il s’est repenti. Il est honorable et il le prouve ainsi à l’autorité. Son élan comporte cependant des inconvénients pour les autres dont, tout jeune, il n’a déjà cure : il engage ses parents qui devront rembourser le dommage. Un peu comme ses diatribes d’aujourd’hui engagent les Juifs et les Israéliens.

C’est à eux qu’on présente la note de ses pamphlets. Il n’est pas utile de supputer plus longtemps sur les ressorts intimes des passions de Théo Klein, dont nous ne savons, en réalité, à peu près rien. On laissera à ses biographes le soin de les élucider. Nous tiendrons donc ici les propos et les positions de Théo Klein pour un discours rationnel, donc réfutable, que nous prendrons comme tel, sans retenir une quelconque interférence de l’âge du personnage, de ses possibles conflits intrapsychiques ou d’éventuels intérêts personnels.

Puisqu’il est question de rationalité, on peut mettre d’emblée le doigt sur une faille structurante de tout le discours de Théo Klein. Dans un entretien donné en juillet 2002 à la revue Confluences Méditerranée, il déclare à Jean-Paul Chagnollaud et Régine Dhoquois-Cohen : « Je me donne le droit de m’insérer par la parole dans les affaires israéliennes, mais je ne me sens pas autorisé à analyser de l’intérieur la situation du côté palestinien »7.

Théo Klein prétend ainsi, urbi et orbi, qu’il est en mesure de donner une interprétation des évènements et des enjeux, d’établir les responsabilités respectives, de critiquer les méthodes des protagonistes, même s’il renonce par principe à analyser de l’intérieur l’une des deux parties. Sans le travail d’étude des intentions palestiniennes, sans une élucidation des niveaux de discours, sans le repérage des stratégies et des tactiques mises en oeuvre, il s’autorise à formuler des recommandations et des jugements, comme par exemple : « … nous n’avons que trop tardé à reconnaître l’Etat palestinien.

C’est leur revendication, elle est juste »8. Est-ce bien « leur » revendication ? Alors que le maître antique de la stratégie, Sun Tzu, posait la maxime universelle « celui qui connaît son ennemi et se connaît lui-même mènera cent combats sans risque »9, Théo Klein choisit d’emblée de confiner la moitié du champ d’analyse dans un périmètre aveugle : il consacre ainsi une innovation de son cru, la raison borgne, celle qui lit à gauche mais pas à droite, ou l’inverse, et dont on verra plus loin les brillants aboutissements.

Comme la nature a horreur du vide, une représentation des objectifs et des méthodes de la partie palestinienne lui est malgré tout indispensable pour formuler ses opinions. Faute d’un vrai travail, désireux de « coller » aux emportements de l’opinion, Klein va reprendre à son compte ce qui est spontanément à sa disposition, les lieux communs qui saturent l’espace médiatique.

La faiblesse, la douleur et l’innocence palestiniennes, la défense des droits élémentaires de cette nation légitime, autant de constructions de la très professionnelle propagande palestinienne qui occupent en Europe le vide de l’information et de l’analyse.

Klein consentira quand même à s’offusquer de l’accoutrement d’Arafat, toujours en uniforme, même pour signer les traités de paix. Il pointera ici et là la duplicité du personnage, il se posera des questions sur la négation par le même Arafat de tout lien entre les Juifs et le Mont du Temple à Jérusalem.

Mais il en restera là, au service minimum. Avant d’aborder le fond, il faut mentionner encore un procédé familier à Théo Klein, à première vue déroutant, en réalité tout à fait habile.

C’est le syndrome angélique. Par exemple, à la fin 2002, un peu avant les élections israéliennes prévues pour janvier 2003, il suggérait au candidat travailliste une méthode de son cru pour mettre fin au cruel conflit israélo-palestinien : allumer des bougies et se rassembler devant les maisons, tous peuples confondus, « pour illuminer la terre commune »10. Personne n’avait encore imaginé ce genre de solution.

Dans ce conflit impitoyable, centenaire, où les mères encouragent leurs enfants à mourir en shahid en tuant le maximum de Juifs, où la jeunesse est conditionnée dès le premier âge à haïr les Juifs et à brandir les clés de sa propriété immémoriale sur la terre d’Israël, où les « Protocoles des Sages de Sion » et les manuels négationnistes se multiplient comme les pains, la suggestion de Klein semble être celle d’un simple d’esprit. Il n’en est rien.

La résolution des problèmes avec une bougie, en agitant les bras, comme aux concerts de Patrick Bruel ou de Pascal Obispo, voilà qui est dans l’air du temps, la marque de la confusion d’une époque, qui dévore l’opinion occidentale, européenne en particulier11. L’homme public Klein surfe sur l’air du temps. La posture angélique a plusieurs fonctions.

Tout d’abord elle permet de se tailler une franche popularité.

Le démagogue sait donner des problèmes une vision binaire, où le gentil s’oppose au méchant, où les solutions se réduisent à un problème de bonne volonté et de communion. Dès que les dures contraintes de la réalité sont occultées, on peut accuser et mettre à peu de frais la facilité de son côté. La seconde fonction de cette posture, c’est de rendre la réalité inintelligible. L’invocation des bons sentiments dans un contexte féroce, la mise en avant de concepts sucrés, a pour seul effet d’obscurcir les enjeux, les intentions et les méthodes des protagonistes.

C’est le moyen de transformer en victime le coupable que les faits désignent clairement dans la réalité crue. Dans cette veine Klein écrit : « …on partage le même objectif. Lequel ? Vivre en paix ! Le veulent-ils là-bas ?… Je parie pour la réponse unanime : la paix »12. Qu’importe si la plupart des sondages enregistrent depuis quatre ans le désir des Palestiniens de poursuivre l’Intifada armée, évacuation israélienne ou pas13. Mais puisque la réponse « pour la paix » est unanime, pourquoi la paix tarde-t-elle ? Tout simplement, suggère Théo Klein, à cause de Sharon.

Dans une variante, l’Angélique renvoie les adversaires dos à dos. Puisqu’il y a eu de la violence et du sang, tout le monde est coupable de la même façon.

Il devient alors impossible de distinguer celui qui prend l’initiative de la violence de celui qui lui fait barrage. « L’escalade des violences de part et d’autre, l’aveuglement des chefs de guerre, la rage de vaincre et de faire plier… Violence aveugle et barbare des attentats-suicides, violence prétendument ciblée de la riposte de l’armée israélienne »14. Faute de chronologie et faute d’analyse, il est impossible de répartir les responsabilités.

Par ce procédé on retire à Israël son droit de se défendre puisque les deux postures, agression et défense contre l’agression, sont également condamnables.

Une telle confusion n’est cependant pas neutre : elle est indispensable pour protéger sournoisement celui qui initie la violence, et dénoncer celui qui est en situation de défensive stratégique, au nom de sa puissance supposée. \ Pour Théo Klein – qui refuse de faire l’analyse de l’intérieur de la partie palestinienne –, les buts de guerre de ces derniers sont simplement la reconnaissance de leurs droits nationaux, la récupération de leurs terres confisquées par les implantations israéliennes et la création d’un Etat à eux.

Le conflit tourne autour « d’une seule question essentielle et décisive : les Palestiniens ont-ils un droit égal à celui des Israéliens de vivre sur une partie de cette terre commune pour être à leur tour un peuple digne, libre, saluant son drapeau et élisant ses dirigeants ? »15 Si la réponse était oui – on sous-entend qu’Israël prône le non et que c’est pour cela que le conflit se poursuit –, si ces droits nationaux étaient assurés, le conflit s’éteindrait de lui-même.

Cette thèse de bon sens, qui fait consensus en Europe (on y adjoint quelques ingrédients comme la fin de la colonisation et la continuité territoriale du futur Etat), est un pur produit de la raison borgne. Et si, au lieu de soliloquer, on allait voir ce qu’en pensent les leaders palestiniens ?

Le 9 juin 1974, l’OLP tenait au Caire un Conseil National qui allait fixer pour des décennies la stratégie palestinienne face à Israël. Pour ce Conseil National, la guerre du Kippour venait de montrer qu’Israël n’était pas complètement invincible et que si une guérilla à l’intérieur de la ligne verte avait pu accompagner l’offensive égyptienne de 1973, on aurait pu en finir avec le cauchemar sioniste.

L’OLP décida alors d’utiliser « tous les moyens et avant tout la lutte armée pour libérer le territoire palestinien et établir une autorité nationale combattante indépendante sur toute partie du territoire qui aura été libéré [article 2]… Une fois l’Autorité nationale palestinienne établie, elle s’efforcera de réaliser l’union des pays de la zone de confrontation, dans le but d’achever la libération de l’intégralité du territoire palestinien [article 8] »16.

C’est la stratégie des étapes : d’abord libérer d’une façon ou d’une autre un morceau de territoire où trouver des combattants, des soutiens populaires, des armes, des structures de repli, ensuite, mener à partir de ce territoire des opérations armées, enfin, s’imposer en coopération avec les pays de la « zone de confrontation », les frères arabes. Clairement, la doctrine des étapes est une théorie de la destruction d’Israël. A-t-elle été abandonnée avec le processus de paix ? Pas du tout. Tout au long des années d’Oslo, Arafat, le Fatah, l’OLP, ne cesseront de rappeler que le processus de paix est l’application pure et simple du programme de 197417.

Et ils ont raison. Eux qui étaient isolés et exilés à Tunis, les voilà investis d’un territoire fortement peuplé, de financements internationaux considérables, d’une armée aux effectifs deux fois plus grands que ceux qui étaient prévus dans les accords.

Ce sont là tous les ingrédients du programme de 1974 [article 2], qui permettent de lancer enfin la première phase de l’action armée contre l’Etat juif [article 8]. En tout état de cause, l’impératif de destruction d’Israël n’est pas seulement un impératif national, c’est aussi un impératif religieux, un commandement divin, avec lequel on ne transige pas. Il ne s’agit pas de créer un Etat palestinien, mais de remplacer l’Etat israélien par un Etat arabe.

La Charte de l’OLP de 1968 mentionnait à quatorze reprises la destruction d’Israël et contrairement à la rumeur, elle n’a pas été abrogée en 1996, lors du simulacre de vote du Conseil National Palestinien en présence de Bill Clinton18. Fayçal Husseini, le ministre de l’Autorité palestinienne pour Jérusalem, un grand leader palestinien comme on les aime en France, meurt semble-t-il d’un accident de santé le 31 mai 2001.

L’éditorialiste du Monde de l’époque, Alain Frachon, le décrit comme un « gentleman nationaliste palestinien… Il avait l'allure d'un seigneur, et ce n'était pas qu'une allure… en Israël même, certains, les plus clairvoyants, le respectaient pour ce qu'il était : un nationaliste palestinien sans concession, mais sans haine aucune ; un homme aux convictions dures comme la pierre de Jérusalem, mais prêt au compromis territorial »19. Juste avant de mourir, Husseini léguait au quotidien égyptien Al-Arabi une interview parue le 24 juin 200120qui mettait en évidence de façon lumineuse la quintessence de la doctrine des milieux dirigeants de l’OLP sur les objectifs ultimes de la lutte palestinienne.

Pour lui, les accords d’Oslo étaient un cheval de Troie qui avaient permis aux Palestiniens d’investir la place et non une fin en soi puisque « … notre but suprême est [toujours] la libération de toute la Palestine historique de la Rivière [du Jourdain] à la Mer [Méditerranée], même si cela signifie que le conflit durera pendant encore mille ans ou pendant beaucoup de générations…

La Palestine est en entier une terre arabe, la terre de la nation arabe, une terre que personne ne peut vendre ou acheter… Comme j'ai une fois dit dans le passé : nos yeux doivent continuer à se concentrer sur le but suprême. Le danger réel consiste en ce que je pourrais oublier, en avançant vers mon but à court terme, que je pourrais tourner le dos à mon but à long terme, qui est la libération de la Palestine de la rivière [le Jourdain] à la mer »21.

Ce qu’il faut noter dans cet exposé stratégique, c’est la notion de « terre que personne ne peut vendre ou acheter » qui introduit le paramètre religieux fatal. Si nul ne peut aliéner la terre palestinienne, c’est parce que c’est une terre islamique, une terre sacrée, attribuée aux musulmans par une disposition divine. La charte du Hamas développe un argumentaire identique, qui retire aux dirigeants tout pouvoir de transiger sur l’avenir de Jérusalem, de Haïfa, de Tel Aviv ou de Beershev’a22.

La destruction du pouvoir juif en Israël n’est plus une question politique ou une question nationale, c’est un dogme inscrit dans le marbre du sacré, qui expose tout Musulman qui s’aviserait de le transgresser aux feux brûlants de l’enfer ou au couteau du Moudjahid. D’ailleurs, la geste palestinienne utilise plutôt la notion d’usurpation de la terre, laissant la catégorie de « l’occupation » aux consommateurs occidentaux de sa propagande.

 

La revendication du « droit au retour » sur lequel les Palestiniens sont si intransigeants, qui a été à la base du refus d’Arafat à Camp David en juillet 2000 avec la demande de souveraineté sur Jérusalem, est du même acabit. Les Palestiniens et la plupart des Arabes leur attribuent une nature religieuse sur laquelle les dirigeants politiques n’ont aucune latitude.

C’est la réalité de ces buts de guerre palestiniens que Théo Klein a choisi de ne pas reconnaître dans sa démarche borgne. Tout ceci, dira-t-il, n’est qu’un tissu d’absurdités23. Sa profession est d’ignorer et de nier les intentions profondes et le mode de pensée des Palestiniens qui exigent d’eux la lutte sainte, le djihad, contre l’Etat juif. Selon Klein, Israël est trop puissant et les Palestiniens trop faibles pour que l’argument israélien d’une guerre de survie soit autre chose qu’une supercherie. Il reproche furieusement à Sharon de présenter les choses sous cet angle : « Israël est un pays fort, Israël a une armée forte…

Et malgré tout cela, Israël continue de se conduire comme un Etat assiégé qui a peur pour son existence. “Guerre de survie” (!!!) a déclaré Sharon aux Américains… »24. Les trois points d’exclamation – d’indignation – sont bien de Théo Klein. Israël, à son goût, ne peut pas être vaincu, c’est un roc indéracinable et prétendre le contraire est une manoeuvre de Sharon. Son existence étant une donnée, la seule question pertinente est celle de l’Etat palestinien, qui a droit, lui, à toutes les concessions, et ses futurs leaders à toutes les complaisances.

Le problème, c’est que dans le monde réel, qui est différent du monde borgne, ce sont des monstres froids qui s’affrontent, et l’enjeu n’est rien d’autre que la vie ou l’élimination, pour les Etats et même pour les civilisations. Dans le contexte démographique, stratégique, économique, culturel du Proche Orient, il y a de nombreuses forces et des plus qualifiées qui tiennent pour tout à fait plausible ou même certain le triomphe arabe et la disparition d’Israël.

C’est le cas du géopoliticien Gérald Fouchet : « Disons-le tout net : notre thèse est que les jeux sont faits, et qu'à terme les Palestiniens vont peut-être finir par l'emporter. Pour les vingt prochaines années, ce que peu d'observateurs remarquent, on peut prédire que l'État hébreu est entré dans une passe très difficile. Comme jadis l'URSS, ou la Fédération de Yougoslavie, qui étaient aussi (mais d'une autre manière), des "États artificiels", hétérogènes, et fragiles sous une façade de solidité trompeuse, il se peut qu'Israël n'en ait plus pour très longtemps, malgré sa puissance militaire apparente »25.

Dans son ouvrage « Tous américains ? », Jean-Marie Colombani décrit le cheminement de l’idée de disparition d’Israël dans les sommets du pouvoir français : « D’ailleurs prêtons l’oreille. Cette hypothèse [de la disparition d’Israël] est de plus en plus ouvertement évoquée et c’est un grand changement par rapport au siècle précédent !

On l’entend dans l’entourage même de l’actuel président de la république, Jacques Chirac. Au regard du temps long de l’Histoire, disent-ils, Israël est-il plus qu’une péripétie ? une parenthèse ? »26.

C’était en 2002. Deux ans plus tard, prenant ses informations aux mêmes sources, Dominique Moïsi s’indigne des supputations auxquelles se livre notre diplomatie : « Si la menace du fondamentalisme islamique est bien devenue le problème majeur de notre temps, la “fin de l'expérience étatique” d'Israël ne pourrait- elle constituer, au moins, un des éléments de la solution ? Contrairement à ce qui est dit trop souvent, ce n'est pas le retour d'un antisémitisme comme l'Europe en a connu dans les années 1930 qui se profile à l'horizon.

C'est un processus de “désamour” d'Israël qui peut aller jusqu'à la remise en cause même de la légitimité et du droit à l'existence de l'Etat hébreu… »27.

Guy Sorman ne croit nullement à un Etat palestinien : « Imagine-t-on vraiment les Palestiniens et le monde arabe se satisfaisant d’un Etat croupion enclavé et non viable ? »28. L’issue ne peut donc être que la disparition d’Is- raël. Entre autres hypothèses, « ...il suffirait d’une seule bombe, chimique ou nucléaire, pour qu’Israël soit rayé de la carte…

Une seule bombe pour que disparaisse la majorité des Israéliens ; les autres ne fuiraient-ils pas alors vers les Etats-Unis, le Canada, l’Europe de l’Ouest, sans attendre leur extermination complète ? On ne saurait leur en faire grief »29. C’est exactement le genre d’amabilités que le régime iranien a déjà promis à Israël. Guy Sorman va d’ailleurs plus loin, en traçant tout bonnement la perspective d’un monde sans Juifs : « …

il y subsisterait le souvenir des Juifs, une interprétation du monde qui n’eut pas été possible sans leur faculté de le décoder »30. Revenons à présent à la formule de Théo Klein. Il nous disait qu’une seule question était essentielle : « les Palestiniens ont-ils un droit égal à celui des Israéliens de vivre sur une partie de cette terre commune pour être à leur tour un peuple digne, libre, saluant son drapeau et élisant ses dirigeants ? »31.

Que retenir à présent, à l’issue de notre brève incursion au-delà de la pensée borgne ? Et bien que le droit de vivre sur une partie de la terre commune, comme un peuple digne et libre, saluant son drapeau et élisant ses dirigeants, ce n’est pas aux Palestiniens qu’il est contesté, mais à Israël. Les Arabes et les Palestiniens ont juré de le lui arracher.

Ce n’est pas l’Etat palestinien qui est en cause dans cette guerre, c’est l’Etat d’Israël, et si les Palestiniens et les Arabes ont refusé un Etat palestinien, sans fléchir, du plan de partage de l’ONU de 1947 à la conférence de Camp David de juillet 2000, c’est tout simplement parce que la naissance de cet Etat pouvait donner, selon eux, un sursis à l’Etat d’Israël. Une fois encore Théo Klein a renversé le problème : il a transformé une guerre qui se propose de retirer aux Juifs et aux Israéliens leurs droits nationaux, en une guerre des Juifs et des Israéliens pour contester aux Palestiniens ces droits nationaux qu’ils leurs reconnaissent, eux, depuis plus d’un demi siècle ! Erreur d’analyse, peut-être ; service appréciable rendu à l’entreprise éradicatrice arabo-palestinienne, certainement.

Théo Klein ne veut rien savoir de la façon dont les dirigeants palestiniens pensent et se représentent le monde. Ses innombrables exhortations s’adressent exclusivement aux dirigeants israéliens, qu’il met au pied du mur, car pour lui tout dépend d’Israël. Par exemple il fait à Ehoud Barak un reproche surprenant : « …dans son programme, ne figuraient pas les mots “Etat de Palestine” ou “Etat palestinien” ! »32.

De façon obsessive, il demande aux Israéliens d’annoncer d’emblée la création de l’Etat palestinien (dont Sharon répète accepter le principe depuis au moins trois ans) et d’annoncer leurs objectifs avant même le début des négociations.

« Tout est possible à partir du moment où on accepte de faire la première démarche… l’essentiel est le premier pas accompli… »33. Et le premier pas, c’est de dire : « nous allons entamer des négociations dont le but final est la création au côté d’Israël d’un Etat palestinien »34. Klein suspecte Israël de refuser aux Palestiniens un Etat, mais c’est sans fondement car chacun connaît les propositions de Barak à Camp David et sait que c’était un Etat qui était proposé aux Palestiniens, sur plus de 95 % des Territoires.

Chacun sait aussi qu’Israël a fait beaucoup de premiers pas et qu’il a négocié de Madrid à Washington, d’Oslo à Charm el-Cheikh et à Wye River, etc. Le problème c’est que l’initiative de la paix n’est jamais le monopole d’une partie seule : pour faire la paix, il faut être deux. Klein refuse d’ailleurs aux Israéliens de se poser la question de l’interlocuteur : « Votre problème n'est pas de mesurer la crédibilité du chef des Palestiniens – c’est leur affaire »35.

Il n’est quand même pas sans intérêt de savoir comment il pense, si c’est un chef terroriste, un Ben Laden, un Al-Zarquaoui, ou au contraire un leader comme Anouar al Sadate qui est à l’autre bout de la table. Un jeune palestinien de 30 ans, Zakaria al-Zoubeidi, chef des Brigades des Martyrs d’Al-Aqsa à Jénine, faisait dans Le Figaro, en septembre 2004, une déclaration qui mérite l’attention : « Les opérations suicides sont le seul moyen pour nous de faire mal [aux Israéliens].

Il ne s’agit pas seulement de tuer des civils : cela détruit leur économie, leur industrie touristique, leur mode de vie »36. Il faisait écho, le savait-il, à une ligne stratégique exposée par son maître Yasser Arafat, plus de trente cinq ans auparavant. Arafat écrivait : « Nous devons lancer une campagne soutenue de terrorisme qui minera la vie des citoyens, empêchera une immigration vers Israël et obligera les Israéliens à quitter Israël… détruira le tourisme… affaiblira l’économie en obligeant les Israéliens à consacrer la majeure partie de leurs ressources à la sécurité du pays…

Maintenir une ambiance de tension et d’anxiété qui forcera les sionistes à réaliser qu’il est impossible pour eux de vivre en Israël »37. On voit dans ces deux déclarations convergentes que les leaders palestiniens38 n’ont pas intérêt à la fin des hostilités, et qu’ils ne font pas du terrorisme pour le terrorisme. Ils agissent pour des résultats, la fin d’Israël, dans le contexte d’une doctrine politico-militaire mais aussi idéologique et religieuse.

Du point de vue de la méthode, la guerre conçue par Arafat qui définit le contexte dans lequel s’est exprimé Klein ces dernières années, s’inscrit dans le schéma des guerres populaires, ou de la guerre asymétrique, théorisée par Mao Ze Dong.

Quand on livre un combat contre une force très supérieure, il faut d’abord édifier un embryon d’Etat nouveau dans un périmètre géographique bien contrôlé.

Pour Arafat et les stratèges de l’OLP, ce sont les Territoires, dont ils ont hérité grâce à Oslo. Puis, au cours d’un affrontement prolongé, phase de double pouvoir, le but suprême est de substituer cet Etat nouveau, dont l’assise et l’importance croît avec les victoires militaires, à l’Etat antérieurement dominant, Israël.

Quoiqu’en pense Théo Klein, Arafat n’a jamais voulu édifier un Etat palestinien dans les limites des Territoires, car il aurait alors renoncé à son objectif stratégique.

Il lui fallait poursuivre la guerre, par tous les moyens, pour substituer in fine l’Etat palestinien naissant et en croissance à l’Etat d’Israël. Mahmoud Abbas s’est aligné aujourd’hui sur la doctrine des deux États de Bush, avant tout pour forcer Israël au retrait et étendre le périmètre du pouvoir palestinien. Il n’a pris aucune mesure pour que l’Autorité palestinienne détienne le monopole de la violence légitime, or c’est la condition d’existence de tout État.

Il a laissé prospérer les factions terroristes comme jamais, et il avance sur « le droit au retour » des positions de rupture qui font beaucoup douter de sa conversion à un État palestinien, pour solde de tout compte. Mais substituer à l’Etat d’Israël une OLP transmutée en Etat palestinien, ce n’est pas simple. Les leaders palestiniens ont quelque peu divergé dès le début sur la méthode à suivre, et cela continue sous Abbas.

On distingue dans leurs déclarations deux grands schémas pour parvenir à ce but. Le schéma de la submersion démographie et le schéma de l’affrontement : les deux stratégies peuvent dans une certaine mesure être employées de concert, mais elles s’inscrivent dans des échelles de temps tout à fait différentes. Tous les Palestiniens donnent à cette arme une très grande importance, le but étant de submerger Israël par le nombre.

Il y a quatre leviers pour modifier à moyen terme la composition ethnique de la population à l’Est du Jourdain. D’abord ce que Sergio Della Pergola et Michel Louis Lévy appellent la « fécondité militante39 » : les jeunes filles arabes sont retirées très tôt des cycles scolaires et mariées. Il s’ensuit une natalité phénoménale de 5,5 enfants par femme palestinienne, la plus élevée du monde arabe et l’une des plus hautes du monde. Cette vague qui compromet les chances de développement du futur pays et qui mène à une impasse pour la gestion de l’eau et l’équilibre écologique très fragile de la région, contraste avec le comportement infiniment plus sage de nombre de pays arabes qui enregistrent des baisses sensibles de la natalité (la Tunisie, par exemple, est parvenue à une fécondité de 2,1 enfants par femme).

Le second levier démographique pour détruire Israël est le « droit au retour ». La conférence de Camp David a été un échec parce qu’Arafat n’a pas voulu renoncer à ce droit qui permettrait théoriquement à 3,5 millions de Palestiniens et assimilés de franchir les frontières de l’Etat hébreu et de faire leur jonction avec le million d’Arabes israéliens, modifiant immédiatement tous les équilibres ethniques d’Israël dont la nature d’Etat juif deviendrait problématique. Le « droit au retour » reçoit un habillage religieux, aucun dirigeant arabe n’ayant le « droit » d’abandonner à des infidèles la terre attribuée aux Arabes par Allah.

Des auteurs ont souligné l’exigence obstinée des négociateurs palestiniens, non seulement de permettre le « retour », mais aussi de faire en sorte que les futurs arrivants aient la nationalité israélienne et l’intégralité des droits afférents. Ils s’étonnent de ce désir acharné de prendre la nationalité d’un Etat qu’ils abhorrent, où selon eux, les Arabes sont soumis à une férule insupportable et à une discrimination systématique40. Ce n’est pas tout. Les Palestiniens mettent aussi en avant les « regroupements familiaux ».

Des mariages entre jeunes musulmanes israéliennes et des résidents de Cisjordanie aboutissent à des transferts importants de population de Cisjordanie vers Israël. La loi israélienne sur le regroupement familial a été suspendue et, malgré des campagnes internationales indignées, Israël se tient sur cette position avant d’élaborer une nouvelle législation.

Enfin, last but not least, les entrées de clandestins, toujours en provenance de Cisjordanie, pèsent encore sur cette tendance. On estime qu’en dix ans quarante cinq mille clandestins ont pu s’installer en Israël et régulariser leur situation. L’arme de la démographie est à double tranchant. Elle crée des problèmes immenses à Israël, qui touchent au statut des Arabes israéliens dont la croissance rapide remet déjà en cause l’autorité de l’Etat en Galilée.

Le contrôle des flux entrants, le statut des travailleurs journaliers dont le nombre est en chute libre et le bras de fer permanent sur la question du « retour » que la « Feuille de Route » laisse délibérément ouverte, sont autant de cauchemars. Mais si le terrorisme palestinien ne risque pas de manquer de bras, la gestion de cette croissance démesurée pose des problèmes économiques presque insurmontables aux responsables des « territoires libérés ». Il se noue là des déboires incalculables à terme, aussi bien pour les Israéliens41 que pour toute autorité palestinienne à venir.

Bien entendu, à court terme, le « droit au retour » est l’arme de guerre démographique la plus efficace. Sur cette question, à la différence de « L’Autre voix juive », un groupuscule d’extrémistes juifs anti-sionistes42, Théo Klein ne soutient pas les Palestiniens43. Mais, poursuivant sa politique borgne, il esquive l’évidence que, derrière le droit au retour, ce sont les fondements mêmes de l’Etat juif que les Palestiniens attaquent (d’innombrables observateurs parfois défavorables aux Israéliens le reconnaissent).

Et que l’enjeu n’est pas politique, ni national ; c’est l’éradication de tout pouvoir juif dans un recoin du Dar al-Islam. S’il avait voulu voir et comprendre la nature du défi lancé à Israël, peut-être Klein se serait-il abstenu de rejoindre l’armée des « idiots-utiles ».

D’autant plus que les tentatives de noyade démographique d’Israël se sont accompagnées d’une stratégie de confrontation, cocktail de menées armées et d’une propagande particulièrement perfide.

Bien que l’Intifada al-Aqsa dont elle est l’expression achevée apparaisse aujourd’hui comme un échec aux yeux des observateurs, y compris arabes et européens, la stratégie de confrontation, très prisée par l’ancien pouvoir palestinien personnifié par Arafat, est un redoutable développement de la doctrine de la guerre populaire fondée par Mao Ze Dong et renouvelée par les Algériens et les Vietnamiens dans leurs guerres d’indépendance. Mao Ze Dong avait compris que dans une guerre asymétrique, il est décisif pour le « faible » de conquérir des zones de repli, de mobiliser et d’endoctriner la population, et de n’engager que des combats tactiques à dix contre un, même si le rapport des forces stratégiques est de un contre dix.

S’ensuit une guerre prolongée de basse intensité, qui peut s’étaler sur des décennies, au cours de laquelle l’adversaire s’use et perd le goût de poursuivre le combat.

Les Algériens et les Vietnamiens ont ajouté à ce schéma la guerre de propagande internationale et la division interne de la société de l’adversaire. Vo N’guyen Giap, qui conseillait et entraînait les groupes armés palestiniens dans les années 1970, leur expliqua : « Notre stratégie était à la fois militaire, politique, économique et diplomatique, bien que la composante militaire fût la plus importante…

En 1968, j’ai compris que je ne pourrais pas vaincre les 500 000 hommes des troupes américaines qui étaient déployées au Vietnam ; je serais incapable de couler la 7ème Flotte et ses centaines d’avions, mais je parviendrais à introduire dans les foyers des américains, des images qui leur donneraient l’envie folle de stopper cette guerre »44. Le défunt Arafat et l’OLP avaient parfaitement compris les principes de ce type de guerre. Fuyant toute rencontre militaire directe avec l’armée israélienne, ils ont déployé leur action sur trois axes principaux : – la division de la société israélienne pour paralyser les centres de décision nationaux et faire douter la population de son propre Etat ; – l’épuisement moral et économique de ce pays, si dynamique qu’il est un défi pour un monde arabe retardataire. Les attentats-suicides et le terrorisme sont le premier instrument pour atteindre ce but ; – l’isolement international d’Israël.

Il s’agit à la fois de le délégitimer, de rompre si possible ses liens économiques, scientifiques et culturels avec le reste du monde et de l’exposer au risque d’une ingérence militaire à la manière de la Serbie. Un des objectifs les plus décisifs de cette politique d’isolement, c’est de parvenir à couper Israël des diasporas juives américaines et européennes qui sont l’appui le plus naturel et le plus disponible d’Israël dans le monde.

On verra plus loin que des personnages comme Théo Klein sont les vecteurs de prédilection d’isolement d’Israël : ils ratifient, en tant que Juifs, les arguments délégitimateurs, et ils divisent profondément les diasporas.

C’est la guerre asymétrique, autant de coups portés aux paramètres vitaux d’Israël, qui combinés et sur la durée pourraient devenir mortels. Le terrorisme est, on l’a vu, une composante « technique » de la guerre d’Arafat. C’est une forme de guerre abominable, condamnée par les conventions internationales parce qu’elle cible les civils de tous sexes et de tous âges.

 

Le terrorisme est conditionné par l’abolition progressive de tout ce qui a été acquis par les sociétés humaines pour passer de la barbarie à la civilisation. Mais c’est une entreprise pensée, organisée, planifiée, financée, dont les stratèges palestiniens attendent un « rendement » parfaitement identifié. Les attentats-suicides brisent le tourisme, importante source de revenus d’Israël ; ils handicapent l’économie car ils détournent des ressources considérables vers des emplois stériles comme la sécurité, la construction d’ouvrages de défense coûteux comme les barrières, l’acquisition d’armes, et ils créent une atmosphère défavorable aux investissements nationaux et étrangers45.

Enfin, last but not least, ils rendent la vie quotidienne de la population à ce point impossible, que sans espoir, sans avenir, appauvris et apeurés, on pourrait peut-être escompter le départ des Juifs du Proche Orient.

Le terrorisme, c’est une stratégie pensée, donc tout sauf un syndrome d’humiliation ou de désespoir, une éruption de colère ou une poussée de fièvre. Pas pour Théo Klein. Ce dernier va même jusqu’à lui donner une part de légitimité parce qu’il est selon lui une émanation du peuple : « si le peuple le soutient, le terroriste devient un combattant »46. peuple »49.

Théo Klein va répondre à sa façon à la question : « comment mettre un terme au terrorisme ? »

La réponse est péremptoire ; seule la population d’appartenance des terroristes, en l’occurrence la population palestinienne, peut le combattre, puisqu’il n’est que le reflet, qu’une expression, de sa colère.

Ce qui a provoqué le dépit le plus douloureux chez les Israéliens quand il s’est avéré que le processus d’Oslo avait bel et bien échoué et que leur pays avait été la victime d’une ruse stratégique magistrale, c’est d’avoir remis leur sécurité entre les mains des Palestiniens. Israël avait en effet armé et entraîné les forces de sécurité palestiniennes, conçues pour donner à Arafat les moyens de tenir son engagement d’éradiquer toute violence dans son camp. Ce dernier a bien sûr retourné ces hommes et ces armes contre les Israéliens.

Et voilà maître Klein qui propose maintenant de confier aux mêmes Palestiniens le soin de les protéger à nouveau du terrorisme !

« Et le terrorisme, me direz-vous ? Il ne peut être combattu, vous le savez, qu'à l'intérieur de chaque peuple – dès lors que celui-ci ne peut plus le considérer comme une forme de combat »50.

Théo Klein, qui est avocat, devrait s’informer sur les systèmes de décision politiques, judiciaires et extrajudiciaires palestiniens. Le « collaborateur », et quiconque formule la moindre réserve pour la politique terroriste, risque sa vie et celle des siens à tout moment. Une chasse impitoyable est faite à toute critique de la politique de harcèlement terroriste et des pratiques locales des mafias du Fatah. L’ancien ministre d’Arafat, Nabil Amr, une huile, en a fait l’expérience.

A l’issue d’une émission télévisée où il a critiqué la politique d’Arafat, on lui a tiré dessus et il a fallu l’amputer d’une jambe.

C’est une huile… Mahmoud Abbas et Ahmed Qoreï, respectivement président et premier ministre de l’Autorité palestinienne, ont essuyé le feu de groupes liés au Fatah. L’embryon d’Etat palestinien, qui a plus de dix ans d’âge aujourd’hui, est déjà un Etat voyou, une organisation totalitaire particulièrement brutale. Abou Mazen a fait l’aveu que son différend avec Arafat, il y a deux ans, avait failli lui coûter la vie51.

Et pour Klein, c’est au « peuple » de mettre à bas, à mains nues, les structures terroristes ! L’homme est trop fin pour ignorer que ses propres affirmations sont un monument d’absurdité. Que cherche-t-il alors ? En remettant « au peuple palestinien » le monopole de la lutte contre le terrorisme, il retire aux Israéliens toute légitimité pour la prendre en charge.

 

Toujours ce fameux refus à Israël du droit de se défendre, mais visiblement pas de tendre l’autre joue. Dans une envolée extraordinaire, Théo Klein explique comment il s’y prendrait, lui, avec le terrorisme. Il donne l’exemple de l’attentat ignoble de la discothèque Dolphinarium à Tel Aviv qui, le 1er juin 2001, tua vingt-et-un adoles- cents qui allaient danser : « … Sharon a décidé de ne pas réagir… et il a lancé l’idée d’un cessez le feu… Je lui ai écrit à ce moment-là pour lui dire que… je pensais qu’il était impossible de demander aux Palestiniens ce retour pur et simple à la case départ… ‘

‘Faites ce geste de reconnaissance et de respect à l’égard de la population palestinienne par la reconnaissance de l’Etat palestinien’’ »52.

Reprenons le raisonnement.

Les terroristes palestiniens tuent dans des conditions horribles, vingt-et-un adolescents. Sharon, en homme d’Etat, tente d’utiliser l’émotion du monde comme instrument de pression sur le groupe d’Arafat, pour l’amener à renoncer à la violence. Il s’abstient de toute riposte et propose un cessez- le-feu. Klein entre en scène. Non, dit-il, les Palestiniens ne peuvent pas revenir à la case départ, celle de la non-violence, on ne peut pas leur demander une telle chose.

C’est donc qu’il était de facto légitime pour eux de tuer vingt-etun adolescents israéliens et qu’ils n’ont qu’à continuer. Cesser de faire des boucheries avec des enfants, c’est trop leur demander selon Klein, si on le comprend bien.

Pour obtenir leur adhésion, il propose qu’on leur donne « quelque chose » de plus. C'est-à-dire que l’on rémunère le terrorisme. Ce « quelque chose », ce salaire, ce n’est sur la suggestion de Klein, rien moins qu’un Etat.

Tuez vingt et- un adolescents et vous aurez un Etat. Tuez-en quarante deux et vous aurez quoi ? Et ce n’est pas tout, il faut associer aussi à ce don, dit le stratège, des marques de reconnaissance et de respect. Les faits montrent d’ailleurs que contrairement au postulat de Klein et d’autres, qui prétendent qu’on ne peut rien faire contre le terrorisme sauf incliner la tête, le combat israélien a remporté des succès notables.

De nombreux observateurs, dont des Palestiniens, pensent que l’on peut parler d’une défaite militaire de l’Intifada53. Si le nombre total des attaques terroristes n’a pas baissé (24 000 en cinq ans soit près de 5 000 par an), leur « productivité » s’est effondrée sous le double effet de la barrière de sécurité et de la posture d’offensive permanente des forces israéliennes, dont le Hamas et le Djihad islamique ont fait l’expérience cuisante jusqu’à l’avènement de l’accalmie, la Tah’dia. Théo Klein demandait de s’en remettre à une abstraction, « le peuple palestinien », donc de désarmer.

Avec de telles recommandations, sommes-nous vraiment dans le registre du vrai et du faux, de l’analyse juste ou erronée ? Ou bien dans une construction un peu misérable, pour dénoncer l’Israël agressé et lui refuser d’autre choix que recevoir des coups en silence ?

Eric Marty raconte avec finesse, le choc que fut pour lui, qui n’est pas juif, la lecture d’un article où par des voies très détournées mais diaboliquement efficaces, Mouna Naïm allait indirectement instiller dans l’esprit de ses lecteurs du Monde une assimilation entre les Nazis et les Israéliens54. Théo Klein, la « figure du judaïsme français », lui emboîte le pas et atteint le stade ultime de la diffamation, en procédant de la façon indirecte et biaisée qui avait tant affecté Eric Marty : « Alors, amis qui vivez, qui luttez et qui souffrez sur la terre d'Israël… Faites votre examen de conscience.

Demandez-vous si vous avez vraiment regardé ce peuple qui est parmi vous, ces Palestiniens, habitants de notre terre commune, qui sont faibles, appauvris, sans travail trop souvent, soumis à une incessante suspicion, arrêtés, fouillés, bloqués, renvoyés, humiliés.

Nous avons connu ces temps-là ; ces mesures, nous les jugions déshonorantes »55. Les Juifs israéliens se comportent bien avec les Palestiniens comme les Nazis se sont comportés avec eux.

En fait Klein recoupe à sa façon les invariants accusatoires de la propagande palestinienne qui associent inlassablement l’étoile de David et la croix gammée56. Pour Klein, les Palestiniens sont appauvris, frustrés, humiliés, écrasés par l’occupation israélienne ; ils connaissent le sort des Juifs de naguère, infligé par les Juifs d’aujourd’hui qui revêtent l’habit du SS ou du Kapo : « Comme nous naguère, eux [les Palestiniens] savent ce que signifie être oppressés, dédaignés et savent le prix de l'espérance »57.

Et il insiste, dans une de ces lettres à Ariel Sharon que Le Monde publie avec délectation : « Souvenez-vous de nos cris et de nos lamentations d'antan ; souvenez-vous des temps où nous étions piétinés par ceux qui assuraient alors l'ordre à leur façon »58.

L’ancien résistant juif français Théo Klein a déjà choisi d’être borgne. Le voila aussi amnésique. La question du statut moral des protagonistes de la guerre palestinienne mérite un éclairage d’une autre force que les imprécations de Théo Klein, car par-delà Israël, c’est l’aptitude des démocraties à fournir les réponses armées indispensables aux entreprises terroristes, sans renoncer à leurs principes, qui est interrogée.

Le défi le plus essentiel posé à Israël au cours de l’Intifada a été de contenir la guerre sale palestinienne sans se mettre à ressembler à ses adversaires. Les techniques d’affrontement palestiniennes, construites sur les modèles les plus obscurantistes des sociétés arabes du Proche Orient et renforcées par plusieurs décennies de culte de la haine, représentaient un risque éthique élevé pour Israël.

On peut citer, parmi les techniques « sales », l’utilisation des enfants comme boucliers humains, ou leur exposition en première ligne pour provoquer des drames et alimenter les opérations de propagande.

Ou les hommes armés qui combattent sans uniforme et se fondent avec leurs ateliers de fabrication d’armes au coeur de la population civile. Ou les attentats-suicides, arme principale des trois dernières années, qui meurtrissent délibérément la chair de la société israélienne. Et, sommet de la perfidie, l’appareil de propagande qui alimente en permanence la haine par la production de faux à usage des Palestiniens et de l’opinion internationale.

Pour cette dernière furent inventés le meurtre du petit Al Dura par les soldats israéliens, le massacre de Jénine, l’emploi de munitions à uranium appauvri, etc. Pour l’opinion arabe, c’était plutôt le complot juif pour détruire les mosquées de Haram al-Sharif, le striptease des soldates pour piéger les Palestiniens, l’empoisonnement de l’eau, le chewing-gum pour exciter l’appétit sexuel de la femme arabe et corrompre la société, etc.

Le tout coiffé par l’entretien du racisme et de la haine antisémites dans toutes les instances de communication possibles, de l’école aux médias en passant par les mosquées.

La réponse d’Israël est bien connue : élimination ciblée des chefs et des cadres terroristes, démantèlement des structures terroristes implantées dans les grandes villes palestiniennes, blocage de la mobilité des groupes armés par le déploiement de check points et la construction de la barrière de sécurité, destruction des maisons des auteurs d’attentats qui a dissuadé de nombreuses familles d’accepter les exploits sanglants de leur futur héros, etc. Les dommages occasionnés par Israël à la population palestinienne sont certains.

Mais Israël a-t-il le choix ? Malgré la nature « sale » de la guerre qui lui était faite, ou peut-être justement parce qu’elle était « sale », l’option fondamentale d’Israël a été de ne pas transgresser les lignes rouges posées par l’éthique, la morale et la société ouverte. C’est ainsi qu’Israël a souvent fait prendre des risques à ses soldats ou à sa population pour limiter ceux de la population civile palestinienne.

La ville de Sdérot par exemple, qui est située à l’intérieur de la « ligne verte », reçoit quotidiennement depuis des mois des roquettes Kassam tirées au hasard, qui choquent la population et ont causé des morts (un bébé et un enfant de quatre ans tués le 29 septembre 2004), des blessés, des pertes matérielles, etc. Ces roquettes sont tirées de la zone urbaine palestinienne de Beit Hanoun dans la bande de Gaza. Quel autre pays au monde accepterait ce feu d’artillerie permanent sur son territoire sans raser Beit Hanoun ? A Jénine, en 2002, on a choisi d’envoyer les fantassins dans les ruelles du Camp plutôt que réduire les sources de tir par l’artillerie ou l’aviation, au prix de lourdes pertes humaines.

Les Israéliens se gardent de ressembler à leurs adversaires pour des motifs solides. Si elle

veut éviter la paralysie, l’armée, qui est une armée de conscription, est d’abord contrainte de légitimer son action et ses méthodes auprès de la population israélienne dont les exigences morales sont sans doute les plus élevées au monde.

Elle tient en même temps à demeurer irréprochable aux yeux de l’opinion internationale, au moins aux yeux des experts militaires et des états-majors, puisque la propagande arabo-palestinienne et européenne rendent tout éclaircissement impossible dans les médias de grande écoute. L’armée israélienne est fondée sur l’efficacité, le renseignement, la capacité d’analyse, la maîtrise technologique, le professionnalisme.

Autant de qualités incompatibles avec les dérives barbares qui ont triomphé chez les Palestiniens et qui les ont affaiblis. Pour préserver son opérationnalité très exigeante pour les personnels, l’armée ne pouvait pas se laisser entraîner sur le terrain arriéré de ses adversaires.

De plus, dans le contexte d’une menace terroriste permanente, les missions de l’armée évoluent. Outre la capacité à faire la guerre contre des forces organisées de façon classique, sur la base d’un Etat ou d’une coalition, elles doivent donner aux citoyens le sentiment qu’elles oeuvrent à leur sécurité, même si le péril est mal identifié, même s’il peut frapper n’importe où, à n’importe quel moment.

Cette mission nouvelle ne peut être remplie que si les rapports de confiance entre le citoyen et l’armée sont solides, donc si l’armée donne des garanties de légalisme et de moralité. Les succès de l’armée israélienne contre l’Intifada terroriste dans le maintien de normes éthiques élevées est, de ce point de vue, un modèle pour les pays occidentaux59. L’armée n’est pas pour autant la seule garante de sa propre conduite. Les autorités israéliennes ont accepté le déploiement d’une incroyable infrastructure médiatique étrangère qui scrute chaque pouce d’espace, les engagements, les déclarations, etc. Les médias israéliens qui s’ajoutent à cette armada ne sont pas les moins vigilants ni les moins critiques.

Ce n’est pas tout : la Cour Suprême contrôle et censure nombre d’initiatives des militaires, le tracé de la barrière, et même la destruction de telle ou telle maison. Sa saisie est particulièrement facile puisqu’elle est accessible aux personnes physiques même pour des conflits dans lesquels elles ne sont pas parties !

Les décisions de la Haute Cour sont rendues avec une promptitude qui laisserait les justiciables français rêveurs, ce qui donne à l’autorité judiciaire un rôle de régulateur en temps réel.

Cette société hyper morale, et cet Etat, sont inflexibles avec leurs propres citoyens. Il y a environ cinq cent procédures judiciaires en cours contre des militaires et les Israéliens qui ont tenté de pratiquer le contre-terrorisme s’en mordent douloureusement les doigts60.

Quand on voit un Théo Klein structurer ses prises de positions publiques pendant des années sur le manque de respect d’Israël pour les Palestiniens, sur leur violence et leur brutalité, pour déboucher enfin sur l’accusation de nazisme, on ne peut pas esquiver une interrogation sur l’état de la communauté juive de France, qui a pu donner, pour deux mandats, les responsabilités les plus éminentes à un individu de cet acabit.

 

Un ancien président du CRIF ne peut s’adonner à des discours de ce genre que parce qu’il sait que le niveau d’information, le niveau de connaissance historique, l’aptitude à l’analyse politique dans sa communauté, ne le lui interdisent pas. Donc qu’il est notoirement insuffisant.

En passant du Proche Orient à la France, Théo Klein, qui n’a plus à analyser le côté palestinien « de l’intérieur », devrait être délivré de son hémiplégie cognitive.

 

De façon constante, malgré la conversion massive des leaders politiques français, si réticents à l’époque du gouvernement Jospin-Vaillant, à la thèse de la résurgence d’un phénomène identifié comme « antisémitisme », Théo Klein n’y croit pas : « J'appartiens à une génération qui a connu l'antisémitisme.

Et je crains que les jeunes générations ne confondent un peu trop facilement les événements récents avec le véritable antisémitisme »62. Il éprouve même de l’irritation quand on évoque ce vieux cauchemar : « Dans l’intérêt commun… écartons de notre analyse de ces faits regrettables [actes de violence contre des Juifs], le fléau culturel et politique de l’hypothèse antisémite »63.

On comprend tout à fait que pour un homme qui a vécu l’affaire Dreyfus par la parole familiale, et personnellement Vichy et l’occupation, il y ait de la douleur à voir les Juifs de France, qui s’étaient élevés de l’enfer à une position de dignité apparemment inébranlable au sein de la nation française, se retrouver à nouveau, comme Sisyphe, tout au bas de la pente.

Sur un ton parfois déplacé64, Klein explique pourquoi, selon lui, on se leurre en brandissant l’antisémitisme.

En référence au nazisme sans doute, il pense que l’antisémitisme exige pour apparaître des conditions préalables, « une structure, un projet, des publications, des actes organisés, des ordres donnés, alors là, oui, il y a antisémitisme… il n’y a antisémitisme que lorsque coexistent une volonté et une organisation mise en place pour exercer cette volonté »65.

Les faits sont cependant tenaces. Depuis l’année 2000, avec des fluctuations, les actes antisémites recensés par la Commission Consultative Nationale des Droits de l’Homme progressent tendanciellement. « Les actes d’antisémitisme ont augmenté de 61,4 % en 2004 par rapport à l’année précédente, atteignant un niveau supérieur au pic de 2002. Ils constituent en 2004, 62 % de l’ensemble des manifestations, alors que la population d’origine juive est évaluée à 1 % de la population nationale.

La gravité de la violence antisémite s’accroît avec 117 agressions physiques dont 53 prenant pour cibles des mineurs »66. Les dénombrements ne sont qu’un baromètre mais certaines données sont significatives : dans les années 1993-99 la proportion de la violence antisémite était inférieure au tiers des violences racistes recensées, elle franchit les 50 % en 2000 et en 2003 elle représente plus de 72 % pour retomber à 62 % en 200467. Ce qu’il faut bien voir, c’est que ces chiffres sont à rapporter au poids de la population juive dans la population totale, soit moins de 1 %.

Cela signifie que 62 % des violences racistes et antisémites en 2004 s’appliquaient à 1 % de la population seulement : en « poids unitaire », les Juifs avaient donc 65 fois – soixante cinq fois ! – plus de chances que l’habitant « moyen » du pays d’être exposés à cette violence, ce qui est énorme. On peut alors comprendre l’émotion qui s’est emparée des Juifs de France, et trouver indécent que Théo Klein ose prononcer devant les caméras que « Quand on a joué aux victimes pendant des siècles, on sort difficilement de ce rôle-là »68.

Les actes antisémites, s’ils y ont grandement contribué, ne sont pas le seul facteur à avoir radicalement modifié la représentation d’une fraction considérable des Juifs de son statut en France. Le comportement de l’institution judiciaire, le climat dans l’institution scolaire, les campagnes tenaces des médias les plus significatifs pour diffamer Israël69, les décisions de politique internationale, comme le soutien à la personne d’Arafat, le faste républicain de ses funérailles, et l’appui à la guerre terroriste palestinienne avec des bémols de pure forme, créent un environnement qui déchire les Juifs entre leur appartenance au pays dont ils sont citoyens et leur attachement à Israël.

De façon symétrique, quand 55 % des Français ont répondu en 2003 aux sondeurs de l’Eurobaromètre qu’Israël était la première menace sur la paix mondiale, ils ont envoyé aussi un message négatif au judaïsme, donc aux Juifs de France, que ceux-ci ont parfaitement perçu, malgré la diversité des opinions.

Mais revenons à l’argument de Théo Klein selon lequel l’antisémitisme ne commence qu’à partir du moment où il est organisé et doté d’un projet. On s’est moqué de Staline, qui aurait dit : « Le Vatican, combien de division ? ».

S’en tenir au modèle nazi, un parti, un programme, une phalange, comme seul modèle de l’antisémitisme, fait courir un grand risque de décalage avec les tendances de notre temps. Les militaires distinguent les modèles de hiérarchie (une armée et sa ligne de commandement) et les modèles de réseau (l’action de groupes relativement autonomes, épisodiquement coordonnés, partageant des visions et des objectifs communs). Le terrorisme international fonctionne par exemple en partie en réseau, de même que la guerre d’Arafat.

L’antisémitisme moderne fonctionne sans doute aussi sur ce schéma, il n’a nul besoin d’un parti emblématique. La profusion des sites antisémites sur Internet en témoigne. Dans ses formes contemporaines, ce très ancien racisme est irrigué par de puissants courants.

Le monde arabe, où l’antisémitisme a atteint des niveaux au moins comparables à ceux de l’Allemagne nazie, déverse en France via la télévision, les CD, les cassettes et les imams fondamentalistes, un flux ininterrompu de messages antisémites qui cheminent dans les populations de culture arabo-musulmane.

Il déverse vraisemblablement aussi par des filières opaques de l’argent qui influence la ligne des médias français dans le sens de la diffamation d’Israël. Voilà le canal de diffusion d’un antisémitisme structuré.

La fameuse politique arabe inaugurée par De Gaulle dans la continuité de la lutte d’influence contre les Anglais du début du siècle, vieille de près de quarante ans, a produit un empilement gigantesque de procès à Israël, année après année, de diffamations répétitives qui pèsent lourdement sur la faculté de discernement des intellectuels, des magistrats, des enseignants, des journalistes, et ont produit une hostilité généralisée contre tout ce qui se rapporte à Israël. De ce point de vue Théo Klein a tort de s’en remettre aux « … plus hautes autorités de l’Etat… [qui] ne tolèreront d’aucune façon l’antisémitisme… »70.

L’abondance des discours politiquement corrects de la période chiraquienne, mieux disposés les uns que les autres, mais assortis d’une agressivité inentamable à l’égard d’Israël, ne semble pas, à ce jour, avoir résolu le problème du harcèlement des Juifs en France71.

Plutôt que se focaliser sur l’éventuel état-major antisémite et son programme, l’approche la plus féconde consiste à se poser la question des fonctions assurées par l’antisémitisme. Dans les pays arabes, sièges d’un sinistre généralisé de l’économie et de la société, l’antisémitisme joue le rôle de dernier ciment et de bouclier pour les oligarchies régnantes.

Comment s’en passer ? En France, les imams fondamentalistes sont taraudés par le risque d’une dissolution de la foi des musulmans dans la tourbière morale des Infidèles.

Leur mission est de regrouper, d’islamiser et de réintégrer dans la Oumma les fidèles menacés. Pour donner prise à leur influence, quel levier fonctionne mieux que l’antisémitisme (l’antisionisme n’a pas de sens dans le monde arabo-musulman où les Israéliens n’existent qu’en tant que Juifs universels) ? Comment y renoncer ?

Les détenteurs français du pouvoir depuis De Gaulle, avec des nuances relativement modestes, ont tous recherché, comme un enjeu majeur, une influence auprès des pays arabes. Quel gage donner à ces derniers, sinon un antisionisme rageur qui entretient un grave malaise dans le judaïsme vivant ?

Comment, aussi, y renoncer ? La société française marche sur des oeufs depuis des années, mise au défi par une large population de culture islamique, qui, pour une partie, désire imposer ses normes culturelles.

A chaque instant, il y a un risque de choc frontal entre la majorité post-chrétienne et la masse immigrée. Par exemple, quand le 2 septembre 2004, en rétribution de la position de l’islam national face aux ravisseurs des deux journalistes français en Irak, Dalil Boubakeur demanda « qu'il y ait un jour férié pour le culte musulman »72, on ressortit l’éventualité de donner aussi aux Juifs le jour de Kippour. C’est ce qui permit de refuser ensuite ces nouveaux jours fériés aux deux religions en même temps. Les Juifs n’avaient rien demandé, mais ils ont servi de tampon pour éviter le tête-à-tête antagonique entre la majorité et l’insatiable minorité musulmane.

Du même coup, les Juifs français se trouvaient un peu « dénationalisés », ramenés au statut de néo-arrivants et finalement d’étrangers. C’est ce rôle de tampon, ou de tête de Turc, qu’on va leur demander de jouer au gré des affrontements entre l’islam conquérant et une France sans consistance. Comment s’en passer pour un pouvoir apeuré ?

C’est tout cela l’antisémitisme français. Il a de puissants ressorts et un bel avenir. Théo Klein dénie et minore la montée antisémite. C’est un problème général : « Nous sommes face à un problème général de violence dans les banlieues.

Ceux qui s’attaquent aux rabbins sont les mêmes qui s’attaquent aux pompiers, à la police, aux enseignants… Je ne vois pas dans tout cela la détestation intrinsèque du Juif »73. En même temps, il ne sait pas se priver de décocher le coup de pied de l’âne : « Je constate des mouvements violents du côté d’une certaine jeunesse maghrébine mais aussi parfois du côté de la jeunesse juive »74.

L’assertion est scandaleuse. En 2003 par exemple, le CNCDH n’a trouvé que trois incidents imputables aux « ultrasionistes » : le jet d’un cocktail Molotov sur une mosquée par un individu dérangé, une agression contre Mouloud Aounit et des lettres envoyées au bureau des surveillants d’une école.

Les propositions de Klein vont consister à diluer la lutte contre l’antisémitisme dans toutes sortes de combats : « Ce ne sont pas les Juifs qui sont les véritables cibles, même si ce sont eux qui prennent les coups : c’est, bien au-delà des synagogues brûlées ou des Juifs insultés, la société pluraliste, les valeurs humanistes qui sont visées »75. Ce sont donc ces valeurs que les Juifs doivent prendre pour drapeau : « Le combat doit se situer à son niveau véritable, et ce niveau n’est pas celui de l’antisémitisme ou de la judéophobie : c’est celui des droits de l’homme, de l’égalité des sexes, de la laïcité de l’Etat, du respect de la dignité de chacun »76.

La CNCDH ne partage pas ce point de vue. Dans le chapitre sur les perspectives, elle note : « Le phénomène spécifique de l’antisémitisme a continué à être très présent dans la société française en 2003. Il ne peut être confondu avec les autres manifestations du racisme, bien qu’il en fasse partie »77.

La spécificité de l’antisémitisme appelle bien entendu un traitement spécifique et surtout une mobilisation de la société française et des Juifs, impossibles si le phénomène n’est pas identifié et analysé pour ce qu’il est. Théo Klein supplie les Juifs de ne pas « brandir avec véhémence nos intérêts particuliers »78. Pourquoi une catégorie visée ne se défendrait-elle pas ? D’autant que l’antisémitisme est un signe d’alarme, non seulement pour les Juifs mais pour les fondements démocratiques et éthique de la société toute entière.

On retrouve ici l’hémiplégie cognitive de Théo Klein. Au Proche Orient, il ne voulait pas connaître le côté palestinien, ici, il ne veut pas voir que le statut des Juifs de France est secoué sur ses bases, et il leur dénie aussi le droit de se défendre. Il faut dire qu’une diaspora française combative, intraitable aussi bien dans son identité française que dans son attachement naturel à Israël, voilà qui ne fait pas l’affaire de la guerre palestinienne, à plusieurs milliers de kilomètres de là.

Les questions soulevées par le conflit centenaire du Proche Orient sont innombrables mais elles restent le plus souvent en friche, étouffées par le fracas des explosions et la guerre de propagande palestinienne, le paramètre central de la manoeuvre stratégique conçue par feu Arafat.

Par exemple, il aurait été fécond de se demander quelles relations Israël doit établir à moyen terme avec son environnement géopolitique ; ou comment concilier la dynamique démographique de la zone et son pluralisme ethnique et religieux, ou encore si les Palestiniens ont bien contribué à élaborer une doctrine aujourd’hui transférée dans les pratiques de l’action terroriste internationale, etc.

L’élucidation de ces questions et d’autres, du moins leur approche dans des termes scientifiques, est un enjeu de connaissance.

En regard, il y a le bruit, le déversement d’une masse informe de nouvelles, d’articles, d’études, de reportages, de films et d’images dont la fonction unique est de brouiller toute approche rationnelle, de mettre en mouvement l’affectivité, d’égarer dans une impasse binaire : colonisateur/colonisé, oppresseur/ opprimé, bien/mal tant qu’on y est.

L’enjeu est alors un enjeu d’intoxication. Il occupe en France, où les thèmes de la propagande arabo-palestinienne sont fidèlement relayés, une place démesurée dans la presse, dans l’édition, à l’école, etc.

Le discours de Klein n’est jamais organisé autour des enjeux de connaissance. Il refuse d’ouvrir son oeil aveugle parce qu’il ne veut pas voir l’évidence de l’entreprise palestinienne et ses méthodes. Il tient un discours subjectif, sans colonne vertébrale, sans unité, méprisant souverainement les faits pour jouer sur les ressorts affectifs et la part irrationnelle de son lecteur ou de son auditeur.

Rien n’est fait pour l’éclairer, tout pour l’empêcher de comprendre, pour le réduire à recevoir sans réagir un réagencement truqué de la réalité. Théo Klein alimente massivement ce registre de l’intoxication, sur le marché plus ciblé des Juifs français, en parfaite harmonie avec les orientations pro-arabes et propalestiniennes des autorités françaises, incarnées par Hubert Védrine79, Dominique de Villepin, Michel Barnier, Jacques Chirac.

C’est l’aréopage de référence de Théo Klein, l’aliment de son discours de la servitude volontaire. « Si Israël disparaissait, j’aurais le sentiment d’un échec terrible…

Toute culture a besoin d’une aire géographique, d’un terreau, d’une langue, d’un rassemblement… Nous avons besoin de subir cette épreuve, l’épreuve du pouvoir, l’épreuve du maniement de la force, l’épreuve de la gestion d’un Etat. » Dieu n’était pas au rendez-vous.

Jean-Pierre Bensimon 
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