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31 décembre 2009 4 31 /12 /décembre /2009 05:05

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Dans le cadre des célébrations du 150ème anniversaire de l’AIU, deux nouveaux colloques du 
Collège des Etudes juives auront lieu en janvier et février 2010 :


Créée en 1860, l’Alliance Israélite Universelle est aujourd’hui l’une des principales organisations internationales dans le domaine de l’enseignement et de la culture juive. Son objectif demeure la diffusion d’un judaïsme fidèle à la tradition, tolérant et ouvert sur le monde moderne.

L’Alliance concourt également à promouvoir la langue et la culture françaises à l’étranger. Elle intervient aussi comme un partenaire majeur dans le combat pour la défense des droits de l’homme et dans le dialogue inter-religieux.

Son action s’appuie sur son réseau d’écoles en France et l’étranger, la Section Normale des Etudes Juives, le Collège des Etudes juives, la Bibliothèque et ses publications.



Fondée à Paris en 1860 par un groupe de six personnalités juives autour du juriste Adolphe Crémieux, l’Alliance Israélite Universelle répondait surtout à l’indignation soulevée par l’Affaire de Damas (juifs accusés du crime rituel d’un père franciscain et de son serviteur arabe en 1840) et l’Affaire Mortara (enfant juif converti en secret par une servante catholique et enlevé en 1858).

A l'issue de cette rencontre, six d'entre eux rédigent l'Appel de l'Alliance, texte fondateur de la nouvelle institution : Pour lire le texte de l’Appel de 1860, cliquez sur l’image

"Rassembler tous les cœurs généreux pour lutter contre la haine et les préjugés. Créer une société de jeunes israélites idéalistes et militants qui se sentiraient solidaires de tous ceux qui souffrent par leur condition de juifs ou tous ceux qui sont victimes de préjugés quelle que soit leur religion. Faire enfin que la culture supplante l'ignorance de quelques fanatiques, pour le bien de tous. [...] Si vous croyez que ce serait un honneur pour votre religion, une leçon pour les peuples, un progrès pour l'humanité, un triomphe pour la vérité et pour la raison universelle de voir se concentrer toutes les forces vives du judaïsme, petit par le nombre, grand par l'amour et la volonté du bien, venez à nous, nous fondons , nous fondons l'Alliance israélite universelle." 

Résolus à poursuivre, contre les discriminations et les statuts de citoyens de 2e classe (la dhimmitude) dont était alors victimes les communautés juives d’Afrique du Nord et d’Orient, l’émancipation des juifs commencée en 1792 avec la Révolution française et étendue à une partie de l’Europe par les troupes napoléoniennes (avant le décretde 1870 initié justement par leur fondateur pour les indigènes – juifs comme musulmans – d’Algérie), ces derniers y voyaient une synthèse, fortement teintée de l’idée de “mission civilisatrice du ministre de l’Education et des colonies Jules Ferry (version elle-même laïcisée du missionarisme chrétien), des idéaux des Lumières et des principes du judaïsme.

Cependant, l’AIU ne se limita jamais, comme à la conférence de Berlin en 1878 suite à la guerre russo-turque, à la défense des minorités juives (de la Turquie d’Europe), mais intervint aussi, dès l’année de sa fondation en 1860, en faveur des chrétiens du Liban victimes d’émeutes populaires (de la part des Druzes) et, trois ans plus tard, des protestants d’Espagne emprisonnés pour prosélytisme.

Et surtout, au-delà des interventions auprès des Etats, elle préparait, dès sa première école en octobre 1862 à Tétouan au Maroc, les juifs à l’émancipation avec son réseau d’écoles, de l’Afrique du Nord aux Balkans et à la Perse …

Historique de l’Alliance

Le 17 mai 1860, dix-sept jeunes juifs français se réunissent au domicile parisien de l’un d’entre eux. Parmi eux, des médecins, des enseignants, des journalistes, des juristes, des hommes d’affaires… : autant de représentants de la bourgeoisie juive libérale de la fin du XIXe siècle, héritière des Lumières et de l’Emancipation, profondément patriote sans renier pour autant ses origines.

A l’issue de cette rencontre, six d’entre eux rédigent l’Appel de l’Alliance, texte fondateur de la nouvelle institution.

“Rassembler tous les cœurs généreux pour lutter contre la haine et les préjugés. Créer une société de jeunes israélites idéalistes et militants qui se sentiraient solidaires de tous ceux qui souffrent par leur condition de juifs ou tous ceux qui sont victimes de préjugés quelle que soit leur religion. Faire enfin que la culture supplante l’ignorance de quelques fanatiques, pour le bien de tous. [...] Si vous croyez que ce serait un honneur pour votre religion, une leçon pour les peuples, un progrès pour l’humanité, un triomphe pour la vérité et pour la raison universelle de voir se concentrer toutes les forces vives du judaïsme, petit par le nombre, grand par l’amour et la volonté du bien, venez à nous, nous fondons, nous fondons l’Alliance israélite universelle.”

Une synthèse des principes du judaïsme et des idéaux de 1789

L’historien Michaël Graetz commente justement : Les fondateurs préconisèrent dans leur manifeste de 1860 une synthèse des idées de 1789, d’égalité, de justice et des droits de l’homme, et des principes du judaïsme, de sa conception d’un Dieu unique et de sa foi en une rédemption universelle au temps du Messie. Il est bon de rappeler les noms de ces six fondateurs, jeunes (la moyenne d’âge est de trente-trois ans) et enthousiastes :
- Charles Netter, fils d’une longue lignée de rabbins, lui-même homme d’affaires fortuné, depuis toujours attentif au sort des communautés d’Europe ;
- Narcisse Leven, avocat, collaborateur d’Adolphe Crémieux, déjà actif dans diverses œuvres de bienfaisance ;
- Isidore Cahen, ancien élève de l’Ecole normale supérieure, professeur de philosophie, partisan affirmé de la liberté de l’enseignement et du principe de la séparation des Eglises et de l’Etat ;
- Eugène Manuel, lui aussi normalien, poète et homme de lettres ;
- Aristide Astruc, rabbin d’origine portugaise (sa famille s’est installée à Bayonne sous Louis XIII), adversaire déclaré des excès de l’assimilationnisme ;
- Jules Carvallo, enfin, le doyen, âgé de quarante-et-un ans, ingénieur des Ponts et Chaussées, pionnier des chemins de fer, président-fondateur d’un journal, L’Opinion Nationale, de tendance plutôt favorable à l’Empire.
Il y a, bien sûr, un grand absent : Adolphe Crémieux. Profondément déstabilisé par la récente conversion de ses enfants au catholicisme – à l’initiative de son épouse -, l’avocat nîmois, véritable instigateur de la fondation de l’AIU, n’a pas voulu apparaître au premier plan de ceux qui lançaient le projet. Mais trois ans plus tard, en 1863, il allait être porté à la présidence de l’institution.

La protection des minorités

Le combat pour l’égalité des droits – non seulement pour les juifs, mais pour toutes les minorités religieuses – figure parmi les priorités de l’Alliance.
Dès 1860, l’année même de sa fondation, elle intervient en faveur des chrétiens du Liban victimes d’émeutes populaires. En 1863, elle intercède auprès du ministre de la Justice espagnol pour des protestants emprisonnés auxquels on reproche leur propagande en faveur de leur religion. Dans la plupart des pays d’Europe, elle tente ainsi d’obtenir la grâce ou le sursis pour des malheureux condamnés injustement parce qu’ils n’étaient protégés par aucune juridiction, par aucune puissance.
A l’issue de la guerre russo-turque de 1877, une réunion des principales puissances est convoquée à Berlin, en juin 1878. Considérant que cette réunion internationale peut fournir l’occasion d’aborder en particulier la question des minorités juives dans toute la Turquie d’Europe, l’Alliance décide d’envoyer une délégation à Berlin. Ainsi la question juive est-elle introduite dans un ordre du jour qui n’en prévoyait pas le règlement. C’est une véritable “première” en matière de relations internationales.
Le succès est inespéré : sur proposition de la délégation française, soutenue par l’Allemagne et l’Angleterre, les conclusions suivantes sont adoptées : “La distinction des croyances religieuses et des confessions ne pourra être opposée à personne comme un motif d’exclusion ou d’incapacité en ce qui concerne la jouissance des droits civils et politiques, l’admission aux emplois publics, fonctions et honneurs ou l’exercice des différentes professions et industries, dans quelque localité que ce soit. La liberté et la pratique extérieure de tous les cultes sont assurées à tous les ressortissants nationaux aussi bien qu’aux étrangers ; et aucune entrave ne pourra être apportée soit à l’organisation hiérarchique des différentes confessions, soit à leurs rapports avec leurs chefs spirituels.”

L’accès à la culture française et à la modernité

Aux yeux des dirigeants de l’Alliance, l’accès à la culture est aussi une condition sine qua non de l’émancipation et participe du processus de “régénération” – terme compris dans l’acception de l’époque – qui a pour but de faire des juifs des citoyens modernes et éclairés, partout à travers le monde. La création d’écoles s’impose donc d’emblée comme corollaire indispensable à l’action d’aide et de soutien aux juifs opprimés. Ce projet est déjà inscrit dans l’Appel de l’Alliance de 1860: “Si vous croyez qu’un grand nombre de vos coreligionnaires, encore accablés par vingt siècles de misère, d’outrages et de proscriptions, peuvent retrouver leur dignité d’hommes, conquérir leur dignité de citoyens ; si vous croyez qu’il faut moraliser ceux qui sont corrompus, et non les condamner ; éclairer ceux qui sont aveuglés, et non les délaisser ; relever ceux qui sont abattus, et non se contenter de les plaindre ; défendre ceux qui sont calomniés, et non se taire [...], israélites du monde entier, venez, écoutez notre appel, accordez-nous votre adhésion, votre concours.”

En octobre 1862, l’Alliance ouvre sa première école à Tétouan, au Maroc. La première pierre est posée de ce qui va peu à peu devenir un réseau scolaire intense et rayonnant.
Ainsi l’Alliance est-elle parvenue à articuler sous une forme moderne la tradition de solidarité juive.

Voir aussi le dossier de presse du livre d’Elisabeth Antébi (“Les Missionnaires Juifs de la France”, 1999):

Dans cet ouvrage remarquable, l’auteur retrace et documente une partie de l’histoire de l’Alliance israélite universelle, véritable saga pédagogique et humaniste dont l’influence fut énorme. Fondée en 1860 à Paris, on sait qu’elle créa des écoles de plusieurs types dans tout le bassin méditerranéen et bien au-delà afin d’offrir aux jeunes juifs toutes les possibilités d’éducation intégrée dans les valeurs universelles de la République. L’extrême richesse de ce livre réside dans le très large usage des archives longuement citées, surtout de la correspondance de ces missi dominici de la culture. Dans des conditions de précarité inimaginables et avec un enthousiasme incroyable, ces véritables consuls juifs mirent sur pied des écoles primaires, secondaires et professionnelles fondées sur les valeurs d’un judaïsme ouvert sur le monde. Des milliers d’enfants sont entrés par l’AIU dans le monde moderne en même temps qu’ils s’affirmaient comme des juifs à part entière. De Mogador à Ispahan, de Sofia au Caire et bien sûr en Palestine, des hommes et des femmes se dévouèrent sans compter.[…] Trois établissements scolarisent en 1865 dans tout le réseau de l’AIU 680 élèves. Ils seront près de 48 000 répartis dans 127 institutions en 1939. Au milieu du démantèlement de l’Empire ottoman, des guerres européennes, la foi de ces hommes et de ces femmes dans les nécessités de l’éducation ne faiblira pas. Ce livre est la chronique inspirée d’une réussite évidente et capitale dans l’histoire du judaïsme. On éprouve beaucoup d’émotion à la lecture de ces documents parfaitement replacés dans leurs contextes, inoubliables souvenirs d’une splendeur passée. » Dominique Bourel, Culture de France en Israël, revue de l’ambassade de France, mars-avril 2000.

« Portraits de croisés du judaïsme : Dans son huitième ouvrage, Les missionnaires juifs de la France, E. Antébi fait corps avec ses héros, elle enrichit la galerie des portraits et fournit les clefs du monde que nous avons perdu. Vous mesurerez combien cette perte est cruelle, combien elle contribue, avec d’autres, à l’amenuisement de la France. […) Elizabeth Antébi a voulu en exergue cette confidence d’une ancienne élève de l’AIU (mai 1956), Thérèse Mitrani : ‘Rentré à la maison, mon père nous lisait les articles de Zola et disait : La France, mes enfants, seul pays au monde dont le peuple pouvait se passionner et se déchirer pour défendre un juif (Dreyfus) innocent. Il me semblait que toute la beauté du monde, toute la justice de la terre s’étaient réfugiées dans ce pays qui portait le nom de France et que je rêvais de connaître un jour.’ […] Les Alsaciens furent nombreux …[…] Ajoutez ceux de Smyrne, Andrinople, Salonique, Constantinople, de Turquie et des Balkans, l’élite, en première ligne, suivie de l’axe Livourne-Salonique, l’axe séfarade pur qui entraîne juifs italiens et tunisiens suivis de loin par les piétailles, Afrique du Nord, puis déclassés, Syrie, feu Eretz Israël devenue Palestine malgré Jérusalem ou ce qu’il en reste, Mésopotamie et les égarés de l’Asie et de l’Afrique profonde, sans oublier les juifs ‘russes’ difficiles à vivre, que poussent les pogroms, terreau pour les commentateurs de Marx.[…] Rien n’échappe à Elizabeth Antébi. Autour de vingt-quatre portraits en pied, hommes et femmes, croqués en peu de mots, elle balaie un siècle et, de New York à l’Asie centrale, une moitié de la planète. » Pierre Chaunu de l’Institut, Le Figaro, mardi 28 décembre 1999.

« L’auteur offre des portraits saisissants et vrais de personnages qui pourraient tous nourrir des scénarios inoubliables. Parfois la grande Histoire les attend au tournant de leur lutte modeste et courageuse. Voilà David Sasson confronté au massacre des Arméniens ; voilà Joseph Néhama (1880-1971) à Salonique, durant l’horreur absolue incarnée par le monstrueux Aloïs Brunner. Leurs témoignages, leurs écrits, rapportés ici, constituent des documents inestimables. » L’Arche, janvier 2000.

« La République avait ses ‘hussards noirs’, l’Alliance israélite universelle eut les siens. Ces missi dominici du judaïsme libéral voyaient dans la culture française issue des Lumières et de l’esprit révolutionnaire un puissant facteur de progrès. Parfois au péril de leur vie, ils s’acharnèrent à développer l’enseignement de notre langue dans les Balkans, au Maghreb et même au Moyen-Orient. A travers vingt portraits, E. Antébi leur rend un hommage très engagé. Pour autant, elle n’occulte en rien la violence des conflits qui opposèrent ces hommes aux juifs orthodoxes, souvent influencés par l’Allemagne, comme aux militants sionistes, résolus à pourfendre ces hérauts de l’assimilation. » Rémi Kauffer, Le Figaro Magazine, Samedi 13 novembre 1999.

Source : http://jcdurbant.wordpress.com/ 

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29 décembre 2009 2 29 /12 /décembre /2009 14:23

10 Tévet : La revanche d’un survivant de la Shoah

[Mardi 29/12/2009 14:12]

 

La journée du 10 Tévet, durant laquelle nous jeûnons, revêt une double signification. Nous y commémorons le début du siège de Jérusalem par les troupes babyloniennes du Roi Nabuchodonosor, en -587, et qui se termine par la destruction du Temple de Salomon le 9 Av de l’année suivante. Mais à l’époque actuelle, le Grand Rabbinat d’Israël y a rajouté un sens en fixant cette date comme étant « Yom Hakadish Ha-klali », « Jour du Kaddish National », lors de laquelle toutes celles et ceux qui ont perdu un être cher durant la Shoah, mais ne sachant pas quel jour, peuvent se recueillir en récitant la prière du Kaddish.
Cette année, la journée du 10 Tévet a eu une signification ô combien importante pour Dov Shalim, survivant de la Shoah. Dov était marié et père de neuf enfants lorsque les Allemands sont entrés à Varsovie, en 1939. Quatre ans plus tard, il se retrouvait seul, toute sa famille – épouse et enfants – ayant été exterminés par les nazis. Il se remaria avec Regina, rencontrée à Lodz, et dont le mari et le bébé avaient subi le même sort tragique. Après la guerre, la famille Shalim, qui avait survécu, montait en Israël et le 10 Tévet 1947, Dov devenait papa d’un petit Aryeh. Quelques années plus tard, Regina mettait au monde un deuxième enfant, une fille. Le fils Aryeh devenu adulte se mariait à son tour, et son épouse mit au monde une petite fille, Yotvat, un jour de…10 Tévet. La petite Yotvat devint grande elle aussi, se maria, et mit au monde une petite fille…le 10 Tévet de cette année !!
Ainsi, Dov Shalim, rescapé de la Shoah, est devenu père, grand-père et arrière-grand-père un jour de 10 Tévet. Tout un symbole !! Son fils Aryeh raconte : « Quand je suis né, en 1947, c’était un hiver particulièrement froid, mais la joie qui régnait dans la maison de mes parents par ce fils qui leur était né après tous les malheurs qu’ils avaient vécus chacun de son côté, avait réchauffé leur cœur. Et quand ma propre fille Yotvat est née un jour de 10 Tévet, cela a été un jour exceptionnel pour mon père. Et quand j’étais assis à côté de lui sur son lit de mort, il m’a dit : ‘nous sommes la revanche sur les nazis !’ Ils avaient exterminé toute sa famille, sa première femme et ses neuf enfants, mais il a réussi à se relever de la cendre et à construire ici, en Erets Israël une nouvelle famille ».
Aryeh est très ému quand il aborde la naissance de sa petite-fille, Yahel : « Son nom est l’acrostiche de l’expression ‘que les jours difficiles se transforment en jour de joie’. Il symbolise notre foi profonde que les jours de malheur que connaît le peuple d’Israël se transformeront en jours de bonheur pour nous tous. En ce jour de 10 Tévet, jour de ma naissance, de celle de ma fille et ma petite-fille, lorsque je récite le Kaddish pour mes neuf demi-frères et demi-sœurs assassinés par les nazis, je ressens si fortement que je suis la continuation de leur âme ».
Yotvat, sa fille, avoue qu’au début « elle n’accordait pas tant d’importance à cette coïncidence de dates de naissances sur trois générations ». Mais elle dit « avoir réalisé au fur et à mesure la puissance de cette chaîne de générations qui symbolise tant le peuple juif : des nouvelles branches et des feuilles qui repoussent d’un tronc d’arbre qui a été coupé »
N’est-ce pas la tout le sens du « Kaddish », qui est un hymne à la gloire de D-ieu, mais que nous devions réciter précisément dans les moments où nous sommes plongés dans la détresse et la douleur ?

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25 décembre 2009 5 25 /12 /décembre /2009 03:39
Le capitaine de "L'Exodus" est mort
Par JPOST.FR 
24.12.09



Fichier:President Warfield 1947.png
"L'Exodus" a perdu son capitaine, Ike Aranne, qui s'est éteint dans le nord d'Israël, à Hadera. Il avait 86 ans. L'histoire du navire, qui tentait d'emmener en Palestine des rescapés de la Shoah, avait ému le monde entier.

Ike Aranne z"l. 
PHOTO: ARIEL JEROZOLIMKSI , JPOST

Ike Aranne (né Itzhak Aronowicz) est mort à la suite d'une longue maladie, a-t-on appris auprès de sa fille Ella. Né en Pologne en 1923, son rôle à bord de "L'Exodus" devait le marquer à jamais, selon sa fille. "C'était l'une des choses les plus importantes de sa vie. Ce n'était pas un grand conteur, mais il était heureux d'en parler aux élèves dans les écoles." Arrivé en Israël à l'âge de 10 ans, l'homme était un passionné de la mer, et a travaillé toute sa vie sur des bateaux.
"'L'Exodus" avait profondément influencé le capitaine et ses amis. Ce furent des jours qui les définirent, et pour eux, définirent le caractère de ce pays", a-t-elle ajouté.

Dans un communiqué, le président israélien Shimon Peres a rendu hommage mercredi à cet homme d'une personnalité "unique, mélange d'esprit pionnier, de courage et d'amour de son peuple".
"L'Exodus 1947" avait quitté la France en juillet 1947 avec plus de 4.500 personnes à son bord, pour la plupart des survivants de la Shoah et d'autres Juifs déplacés pendant la guerre, dans une tentative secrète d'atteindre la Palestine sous mandat britannique.

De l'ironie de l'Histoire

A l'époque, la Grande-Bretagne limitait strictement l'immigration des Juifs et la marine britannique avait arraisonné le navire au large des côtes palestiniennes. Ben Gourion, alors chef de la communauté juive de Palestine, avait ordonné aux Juifs de se rendre. Aranne et son équipage décident de désobéir et une bataille à bord éclate. Résultat : trois morts et une douzaine de blessés. Les Britanniques renvoyèrent alors "L'Exodus" et ses passagers d'abord vers Haïfa puis vers l'Europe, où les réfugiés furent contraints, ironie de l'histoire, de débarquer en Allemagne.

Le douloureux périple de "L'Exodus" a été rapidement raconté dans le monde entier, suscitant l'émotion. Retracée sous forme de fiction par l'écrivain américain Leon Uris en 1958, l'histoire a été adaptée au cinéma par Otto Preminger en 1960. Paul Newman y incarnait un personnage inspiré de Yossi Harel, qui commandait la mission de "L'Exodus" en tant que l'un des responsables de la Haganah, l'armée clandestine juive durant le mandat britannique.

Depuis 1993, Ike Aranne vivait dans une maison en forme de bateau, ses fenêtres donnant sur la mer Méditerranée. Ses obsèques sont prévues vendredi.

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24 décembre 2009 4 24 /12 /décembre /2009 04:51
Constat cruel de Nöel
Ecrit par Le Mosellan

J'allais écrire conte. Cela passerait pour une vue de l'esprit. Hélas, ce n'en est pas une, dirait, je crois, Léon-Marc Levy, chroniqueur dans ces colonnes.

L'antijudaïsme n'a pas 2009 ans, comme l'aurait remarqué avec justesse Jules Isaac dans son ouvrage Jésus et Israël.  A ce chiffre il faudrait soustraire la durée de vie du Christ, et surtout le temps nécessaire à l'avènement d'une part de l'Empire romain d'Orient de Constantin, mieux connu sous le nom de Byzance en raison de sa splendeur et de ses richesses, et à la survenue d'autre part du Concile de Nicée, c'est à dire 325, où fut dressé son acte de naissance, célébré de concert par les Eglises oecuméniques, d'Orient et d'Occident, près de mille ans avant le Schisme. 

De là date la doctrine du peuple déicide qui allait conduire selon un terrible déterminisme à la Shoah. En fait le rejet du judaïsme est plus ancien et remonte, plus de deux siècles avant, àMarcion, piètre lecteur des Épîtres de Saint Paul. Le marcionisme rejetait l'intégralité de l'Ancien Testament. Marcion a été excommunié par Rome, mais ses idées cheminaient souterrainement et ont fait une pause inattendue chez Martin Luther, sous forme de  diatribe "Von der Jüden und iren Lügen" (Des Juifs et leurs mensonges) étrange écho de ce que dit le Coran.

La théologie de substitution allait mener grand train avec les Pères de l'Église, au premier rang desquels Saint Augustin, contrairement à l'enseignement de Saint Paul, 13e Apôtre c'est vrai, n'étant pas nommément des douze. Cette théologie se faisait fort de bouter le judaïsme hors du chemin du Salut, et qu'en conséquence ce chemin est occupé par le christianisme seul, qui représenterait alors le Vrai Israël, l'autre étant rayé de la carte.

C'est là un point de vue étonnant pour tout lecteur attentif de Paul de Tarse, identifié autrefois par l'Église primitive de Jérusalem comme persécuteur sous le nom de Saül, agent du Sanhédrin. Paul qui connaissait l'Ancien Testament et le citait de mémoire, disait à ses ouailles de ne pas se glorifier outre mesure, car le judaïsme est l'olivier franc qui porte le christianisme comme un rameau greffé. Si la racine est saine, les branches le sont aussi. (Rm 11-16).

Les Pères de l'Église ont surtout travaillé sur l'Epitre aux Hébreux au titre trompeur, écrit inspiré certes du Saint Esprit, mais pas sous la dictée de Paul. Objet fallacieux d'étude aux conséquences incalculables placées à tort sous l'autorité de l'Apôtre.  Jean-Paul II, à l'occasion de Vatican II, a heureusement rectifié cette malencontreuse théologie de  substitution. "S'il est vrai que l'Église est le Nouveau Peuple de Dieu, les Juifs (sic) ne doivent pas pour autant être présentés comme réprouvés par Dieu, ni maudits."(Nostra Aetate 4).

Au Moyen-Âge le bras séculier de l'Eglise d'Occident se chargeait de persécuter sous ses ordres les juifs, programme varié, allant des interdictions (mariages mixtes, funérailles chantées...) en passant par les tenues vestimentaires spécifiques, les conversions forcées, les juiveries, les expulsions, à la peine de mort, en cas de rébellion, avec un acmé à l'occasion des croisades, illustré de massacres, en rhénanie notamment.

Avec un certain décalage dans le temps la même persécution s'est déroulée dans l'est de la chrétienté, chez nos coreligionnaires séparés, de l'Église orthodoxe, à l'origine de vocables terrifiants, passant à la postérité, comme pogroms, par centaine au même moment à Kiev, àOdessa, à Varsovie...

Quand on a atteint ce degré de barbarie, peut-on encore parler d'antijudaïsme ? Doctrine critique à l'allure abusivement byzantine du judaïsme. La question juive,soulevée, puis entretenue par l'Eglise jusqu'à Vatican II, a enfanté un antisémitisme monstrueux, conduisant avec un enchaînement implacable, assuré par une dégénérescence à la fois doctrinale et politique, en définitive sans Dieu, à la Shoah.

Ce constat, s'il est possible de le dresser en Occident, ne l'est pas au sujet,sans doute tabou, de l'autre branche greffée sur l'olivier franc. Car le monde musulman nous fait croire que l'antisémitisme est une invention de la chrétienté, et plus précisément de l'Occident chrétien, culpabilisé et convaincu de Croisades. Si les juifs ont été persécutés, cela relèverait de la responsabilité de l'Europe et d'elle seule.

C'est ainsi qu'il nous fait bien sentir que la création de l'Etat d'Israël est notre façon à nous d'évacuer le problème. Ce serait nier que le Coran s'appuie sur la Bible, Ancien comme Nouveau Testament, mais en la remaniant à sa convenance, l'odyssée par exemple d'Ismaël, justement frère d'Isaac, jusqu'à la Kaaba ,et,autre exemple concernant l'Evangile, la non-crucifixion deJésus et donc sa non-résurrection.

L'antisémitisme de l'islam est ancré, à l'inverse des possibilités offertes à cet effet par le texte fondateur du christianisme, dans le Coran même, source de l'islam. Le juif y est décrit comme un "falsificateur arrogant", dans de nombreuses sourates, en particulier la 2,61/68. Raison pour laquelle on réécrit le Livre, puisque le mensonge y est pratique courante.

Les pogroms, avant la lettre, s'exerçaient, en l'an IV de l'Hégire, à l'encontre des juifs au lendemain de la Bataille du fossé (Sourate 33). Les tribus juives de Yathrib, (devenue plus tardMédine), notamment celle des Qurayza ayant lutté contre le Prophète, ont été anéanties, hommes décapités, femmes et enfants réduits à l'esclavage et vendus comme tels, leurs biens étant partagés comme butin, selon la règle du djihad institué en l'an II.

Les pogroms, après la lettre, réapparurent avec l'Empire ottoman,à Smyrne (1862), àConstantinople ... une fois que le statut discriminatoire de dhimmi, à l'encontre des juifs et des chrétiens, les uns et les autres frères aînés en religion des musulmans, a été reconduit et renforcé par les Ottomans après l'écroulement des Empires arabes de Damas, de Bagdad, et deCordoue. Le sort des juifs pendant des siècles dans ces empires ne pouvait être décrit comme enviable.

Isaac et Ismaël, frères aux destins divergents, étaient ancêtres de tous les sémites, mais seule la descendance d'Isaac est visée par l'antisémitisme. Sans doute il y a des raisons à cela. La principale est qu'à première vue ils sont semblables. La remarque de Léon-Marc Levy devient tout d'un coup éclairante à ce sujet. Ce n'est pas la différence qui est en jeu, mais la ressemblance.

A titre de confirmation, c'est Ismaël, selon l'islam, qui a été présenté en sacrifice par Abraham, et non Isaac, père d'Israël. On n'en finira sans doute jamais avec la théologie de substitution.

Il fut un temps où l'on dissuadait les fidèles de lire la Bible, pour laisser les coudées franches aux dignitaires de la Curie. En ce temps-la l'Eglise était puissante. C'est un autre constat certes, mais pas étranger du tout à celui que nous venons d'évoquer. 
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23 décembre 2009 3 23 /12 /décembre /2009 22:26

Pie XII mérite amplement d’être béatifié




Par ARIé
http://www.geopolitiquebiblique.com/


Les esprits chagrins – les juifs par exemple- rouspètent tout ce qu’ils peuvent parce qu’ils n’arrivent pas à avaler la pilule de la prochaine béatification de Pie XII; et ils ont tort, parce que si un pape l’a bien mérité, c’est bien celui là.

Pour cela il faudrait comprendre de quoi on parle et s’attacher à la phase qui précède la béatification, qui est « l’héroïcité des vertus ».

« L’héroïcité des vertus » ou le fait d’être déclaré Vénérable par l’Eglise catholique romaine, désigne, nous dit Wikipédia-qui-sait-tout, les efforts faits par une personne pour devenir meilleure, accueillir la grâce, pratiquer la charité, se conformer à l’Evangile et être fidèle à l’Eglise. En quoi Pie XII a t-il failli à ces règles ? En rien du tout. Il n’est pas demandé, il me semble, au Vénérable de se montrer aimable, solidaire et charitable envers des non-chrétiens, et qui plus est, envers ceux qui ont perdu l’Alliance ou ne s’en sont plus montré dignes. Je veux bien entendu parler du peuple d’Israël, jadis élu par Dieu et aujourd’hui abandonné, par celui là même qui a signé une nouvelle alliance, avec les Chrétiens. A la limite, moins il en restera, mieux cela vaudra, justifiant ainsi les croyances profondes de ce pape, dont le job essentiel consistait, je me répète, à être fidèle à l’Eglise. Or fidèle, il l’a été, à son club et à sa paroisse; pourquoi lui chercher des poux dans la tête ? En quoi le sort des juifs menés à l’abattoir lui importait et pourquoi n’a t-il rien dit, une fois la guerre finie? Nous avons répondu à la première question, et pour ce qui est de la seconde, la réponse généralement avancée est sa profonde détestation du marxisme-bolchévisme, qui, selon lui, constituait un réel danger pour les Chrétiens. Et il n’avait pas tort; pas seulement pour les chrétiens, d’ailleurs. Cela implique, par contre, que le Nazisme, sommes toutes, était acceptable pour le Christianisme, du moins selon sa vision des choses. Tellement acceptable que les Nazis en fuite ont trouvé leurs meilleurs soutiens auprès de l’Eglise, qui leur a fourni un sacré coup de main, pour rejoindre l’Amérique latine, les poches pleines. Peut-être est-ce la charité chrétienne, dont nous avons parlé plus haut ?

Donc soyons clairs, pour ce qui est du grade de Vénérable, Pie XII l’a amplement mérité, dans sa loge, s’entend. La béatification, puis la canonisation de ce pape exemplaire, viendront en temps voulu, afin de le proposer en exemple au peuple chrétien.

Je dis bien au peuple chrétien, donc franchement pourquoi les juifs s’agitent-ils? Est-ce que les Musulmans s’inquiètent? Je n’ai entendu aucun dignitaire, Imam, chef d’Etat protester. Franchement, on est devenus trop émotifs!!

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23 décembre 2009 3 23 /12 /décembre /2009 08:15





Le siècle des « Lumières »L’âge de la Raison a donné aux Juifs les droits civils, mais l’accent qu’elle mettait sur une société sans Dieu a entraîné des conséquences dramatiques.


Lors d’un discours sur l’accord aux comédiens, aux non-catholiques et aux Juifs des mêmes droits jugaux que les autres citoyens, Robespierre affirme : « Comment a-t-on pu opposer aux Juifs les persécutions dont ils ont été les victimes chez différents peuples ? Ce sont au contraire des crimes nationaux que nous devons expier, en leur rendant les droits imprescriptibles de l'homme, dont aucune puissance humaine ne pouvait les dépouiller. On leur impute encore des vices & des préjugés ; l'esprit de secte & d'intérêt les exagère ; mais à qui pouvons nous les imputer, si ce n'est à nos propres injustices ? Après les avoir exclus de tous les honneurs, même des droits à l'estime publique, nous ne leur avons laissé que les objets de spéculations lucratives ! Rendons-les au bonheur, à la patrie, à la vertu en leur rendant la dignité d'hommes & de Citoyens. Songeons qu'il ne peut jamais être politique, quoi qu'on puisse dise, de condamner à l'avilissement & à l'oppression une multitude d'hommes qui vivent au milieu de nous. » En 1788, le roi chargea Malesherbes d'étudier le problème des Juifs en France, en vue d'une réponse plus libérale

23/12/1789

Robespierre 
http://www.histoiredesjuifs.com/ 



Texte du Rabbin Ken Spiro
 Traduction : Jacques Kohn

 Pour http://www.lamed.fr/
 Adapté par Aschkel


Le milieu du XVIIème siècle a marqué la fin de la Renaissance. La nouvelle idéologie qui a émergé à sa suite et qui s’est inscrite dans ce que l’on a appelé le « siècle des Lumières » continue aujourd’hui encore d’imprégner dans une vaste mesure le monde occidental. Nous devons comprendre cette idéologie et le rapport qu’a entretenu avec elle le peuple juif afin de tenter de rendre intelligible ce qu’il adviendra après dans notre histoire.
Le siècle des « Lumières » (1650 1850) a été caractérisé par des percées réalisées par les systèmes de pensée en s’éloignant de la religion et en se tournant de plus en plus vers la laïcité, l’humanisme, l’individualisme, le rationalisme et le nationalisme.
De tous ces derniers concepts, c’est surtout le rationalisme qui a défini le siècle des « Lumières », que l’on a aussi appelé « l’âge de la Raison ».
Nous avons vu précédemment que le Moyen Age a été dominé par l’Eglise et par l’idée de l’omniprésence de Dieu. Après lui est venue la Renaissance, avec la primauté accordée à l’homme et l’accent mis sur les arts et les connaissances issues de la culture classique. Les « Lumières » ont poussé plus loin encore la suprématie de l’être humain, en insistant sur son intelligence, sur la pensée rationnelle et sur les sciences empiriques. Avec elles, tout s’est concentré sur l’individu.
Le siècle des « Lumières » a été à l’origine de beaucoup d’idées et d’institutions positives : la démocratie libérale, la révolution scientifique, l’industrialisation. Mais cette importance accordée à l’individu a aussi conduit à des remises en question de certaines institutions fondamentales du monde occidental, et notamment la religion. Celle ci a été considérée par les penseurs du siècle des « Lumières » comme un échec intellectuel qui a été évincé par l’aptitude de la science à expliquer l’inexplicable. C’est ainsi qu’une culture profane a commencé d’émerger comme une très puissante alternative à la religion. L’idée d’un monde sans Dieu prit la racine dans le monde occidental avec de grandes implications tant pour l’Europe que pour le peuple juif.

 

L’idée d’un monde sans Dieu prit la racine dans le monde occidental avec de grandes implications pour le peuple juif.
Si curieux que cela paraisse, moins le monde occidental devenait religieux, mieux il traitait les Juifs. Les fanatiques chrétiens tuaient des Juifs pour les diverses raisons que nous avons vues. Les sécularistes, en revanche, n’avaient aucune raison de les imiter, car les différences dans les appartenances religieuses ne présentaient pour eux aucune importance. Ce qui comptait le plus pour eux, c’était l’identité nationale bien plus que l’identité religieuse.
En même temps que celui de la laïcité, le siècle des « Lumières » a répandu le concept de l’individualisme : Chaque personne prise isolément a de la valeur et de l’importance, d’où le prix croissant attaché aux droits civils.
En apparence, l’accent mis sur les droits civils était favorable aux Juifs. Pour la première fois, le monde occidental commençait de traiter le Juif comme un être humain. Des Edits de tolérance ont été promulgués, accordant aux Juifs certains droits fondamentaux, même si ce n’était pas une égalité complète.
Cependant, de nouveaux problèmes vont surgir, dont les Juifs seront encore une fois les victimes.

 

 

LA GRANDE DIFFÉRENCE

 

Un monde sans référence à Dieu ne peut que se mettre tôt ou tard dans une situation difficile.
Le judaïsme croit que l’accent doit être placé, dans un monde idéal, tant sur Dieu que sur l’homme. Parce que sans référence à Dieu, toutes les valeurs morales deviennent relatives. En quoi cela est il mauvais ? S’il est certes bon d’éprouver du respect pour les droits civils, il se peut qu’il devienne un jour opportun ou nécessaire, pour toutes sortes de raisons politiques ou sociales, de leur accorder une moindre importance. C’est alors que le respect de la vie humaine deviendra une idée démodée. Au contraire, les valeurs données par Hachem sont immuables et ne peuvent jamais devenir démodées. Voilà ce qui fait la grande différence.
Cette grande différence explique comment un personnage essentiel du siècle des « Lumières », Jean Jacques Rousseau, l’auteur du Contrat Social, qui postulait que les êtres humains sont égaux, a pu être aussi inhumain envers sa propre progéniture. Une jeune lingère a été sa compagne jusqu’à sa mort. Cinq enfants sont nés de ce couple, tous placés par leur père à l’Hospice des Enfants Trouvés. Il a lui même décrit cet établissement dans un de ses ouvrages, notant que les deux tiers des bébés y mouraient à moins d’un an, et que la plupart ne dépassaient pas les sept ans d’âge. Ses nobles idées ne l’ont pas empêché de pratiquer une forme moderne d’infanticide. (Voir 
The Intellectuals, par Paul Johnson, p. 21 22.)
De la même manière, tous les discours de Voltaire sur l’égalité des hommes ne l’ont pas empêché d’éructer dans son Dictionnaire Philosophique les pires diatribes antisémites, les Juifs y étant définis comme « les gens les plus abominables du monde. » Bien qu’il suggérât pas qu’il fallût les tuer, il ne pouvait pas contenir sa haine, mettant en avant « leur avarice, leurs superstitions et la haine qui les animait contre les peuples qui les avaient accueillis ».
En contraste avec la France, la situation a été très différente en Angleterre (où la Révolution puritaine avait exercé une grande influence) et dans le Nouveau Monde, où les Puritains ont joué un grand rôle. La Révolution américaine s’est développée sur le fond d’une synthèse d’idées très religieuses ancrées dans la Bible, introduites par les Pilgrim Fathers (« Pères pèlerins », fondateurs des premières colonies européennes en Nouvelle Angleterre) et des principes humanistes, tels que « les droits inaliénables de l’homme », avancés par John Locke. Nous voyons cela clairement dans les premières phrases de la Déclaration d’Indépendance :
Nous tenons ces vérités pour évidentes par elles mêmes : que tous les hommes naissent égaux ; que leur Créateur les a dotés de certains droits inaliénables, parmi lesquels la vie, la liberté et la recherche du bonheur.
La Révolution Française, qui a été un mouvement purement séculier, n’a pas opéré cette synthèse. D’où les conflits avec la philosophie du siècle des « Lumières ».
Les réformateurs français, après avoir fait guillotiner le roi Louis XVI et sa femme Marie Antoinette, ont déchaîné le règne de la Terreur, pendant lequel quelque 25 000 « contre révolutionnaires » ont été exécutés d’une manière tout aussi sanglante.
Le règne de la Terreur sonna le glas, pour toutes sortes de raisons, de l’âge de la Raison. La brutalité sanglante montrée par les masses choqua le monde et mit sévèrement à mal la conviction, entretenue pendant le siècle des « Lumières », selon laquelle l’homme peut se gouverner lui même. Une période d’agitation générale s’ensuivit en France, marquée par la corruption et l’inflation galopante. La Révolution courait au précipice quand Napoléon Bonaparte prit le pouvoir par un coup d’Etat en 1804.

 Fichier:Napoleon stellt den israelitsichen Kult wieder her, 30. Mai 1806.jpg

 

NAPOLÉON ET LES JUIFS

 

Napoléon Bonaparte (1769 1821), un officier d’origine corse, se couronna Empereur des Français. Pendant les dix années où il détint le pouvoir, il entreprit une série de conquêtes sans précédent par la rapidité de ses mouvements à travers l’Europe. Véritable génie militaire, il engagea des offensives contre les Autrichiens, les Italiens, les Russes. Et il les battit presque tous, devenant le maître du continent et réorganisant toute sa carte.
La cause de sa chute a été l’hiver russe. Lorsque les autres pays européens constatèrent qu’il était vulnérable, ils s’unirent dans une coalition et le battirent, d’abord à Leipzig en 1813, et finalement à Waterloo en 1815. Exilé comme prisonnier de guerre dans l’île de Sainte Hélène, il y mourut d’un cancer en 1821.

Au cours de sa marche à travers l’Europe, Napoléon libéra tous les Juifs de leurs ghettos.
Au cours de sa marche à travers l’Europe, Napoléon libéra tous les Juifs de leurs ghettos. L’idée de les libérer et de leur accorder des droits civils l’avait précédé, mais c’est lui qui l’a réellement mise en œuvre.
Napoléon était fasciné par les Juifs, bien qu’il ne les comprît pas. Il voulait qu’ils soient acceptés par le reste de la société européenne, et il pensait que leur rejet ne tenait pas à ce qu’ils étaient différents, mais que s’ils pouvaient ressembler davantage aux autres citoyens, ils seraient mieux acceptés. C’est pourquoi il a voulu aider les Juifs à se débarrasser de tout ce qui les tenait à l’écart. Il a recommandé, par exemple, qu’un tiers de tous les Juifs épousent des conjoints non Juifs.
L’historien Berel Wein, dans son 
Triumph of Survival, assure que Napoléon n’était pas aussi judéophile que beaucoup de Juifs l’ont cru initialement. Il écrit :
L’équité et la tolérance de façade affichées par Napoléon envers les Juifs était basée en fait sur son projet de les faire entièrement disparaître au moyen de l’assimilation totale, des mariages mixtes et des conversions.
A deux reprises, en 1806 et en 1807, Napoléon convoqua des assemblées de notables juifs en vue de promouvoir son dessein de « sauver » les Juifs. Ces dirigeants religieux furent pris de court. D’un côté, ils tenaient à coopérer avec Napoléon et rendre ainsi plus facile la vie des Juifs européens. En revanche, ils ne pouvaient pas acquiescer à celles de ses idées qui auraient conduit à la destruction du judaïsme. Ils lui répondirent aussi diplomatiquement que possible, sans trahir les dispositions de la loi juive.
(Pour d’autres détails sur ce sujet, on pourra se référer à 
The Jew in the Modern World, par Paul Mendes Flohr, et Jehuda Reinharz, p. 112 132, et à Triumph of Survival, par Berel Wein, p. 69 77.)



Christophe Martin Wieland était un poète et philosophe Juif parmi les plus respectés. Au cours d'un séjour en Allemagne, Napoléon tint à le rencontrer. 

Pour en savoir plus a visiter : http://napoleon1er.perso.neuf.fr/Napoleon-juifs.html 

 

Au cours de sa marche à travers l’Europe, Napoléon libéra tous les Juifs de leurs ghettos.
Bien que Napoléon ait fini par être vaincu et ait achevé sa vie en exil, le mouvement qu’il a déclenché a fait largement tache d’huile. A la fin du XIXème siècle, il était devenu impossible de refuser aux Juifs la qualité de citoyens, compte tenu de l’environnement plus libéral en Europe.
Au fil des années, les Juifs ont obtenu la citoyenneté dans tous les pays européens. Les deux derniers à l’avoir donnée ont été la Suisse (1874) et l’Espagne (1918).
Cela signifie qu’à la fin du XIXème siècle, les Juifs, qui avaient été économiquement et physiquement marginalisés, qui avait été mis à l’écart de tous commerces et professions, avaient maintenant accès même s’ils n’étaient pas accueillis à bras ouverts à toutes les classes de la société européenne.
Est ce à dire que les « Lumières » avaient mis fin à l’antisémitisme ?
Loin de là.
Elles n’avaient fait que l’intellectualiser.

 

 

LE NOUVEL ANTISÉMITISME

 

Une fois largement ouvertes les barrières des ghettos, les Juifs sont montés rapidement vers les sommets, gagnant prééminence et richesses. Cela ne signifie pas que, malgré leur réussite, ils aient été acceptés dans la société qui les entourait. Les temps avaient changé, mais pas tellement.
Il est vrai qu’il n’y a pas eu au XIXème siècle de pogroms contre les Juifs en Europe de l’ouest. La société issue du siècle des « Lumières » ne faisait pas de telles choses, en tout cas pas en Europe de l’ouest. (Nous parlerons plus loin de l’Europe de l’est, et plus particulièrement de la Russie.)
Mais ce n’est pas parce qu’il n’y a pas eu de pogroms que les non Juifs ont soudain commencé d’aimer les Juifs.

Les deux derniers pays qui ont accordé la citoyenneté aux Juifs ont été la Suisse (1874) et l’Espagne (1918).
Le nouvel antisémitisme de cette époque peut être appelé un « antisémitisme intellectuel ».
C’est ainsi que le baron Lionel Nathan de Rothschild un des Juifs les plus distingués et les plus riches d’Angleterre n’a pas pu occuper son siège au Parlement britannique dont il avait été élu comme membre en 1847 parce qu’il refusait de prêter serment sur une Bible chrétienne. Il a fallu onze ans et le vote du 
Jewish Disabilities Act pour lever cet obstacle et faire de lui, en 1858, le premier Juif à siéger comme député à Londres.
Benjamin Disraeli, qui a été deux fois Premier Ministre de Grande Bretagne sous le règne de la reine Victoria, n’a pu remplir cette fonction que parce que sa famille s’était convertie à l’Eglise d’Angleterre.
C’est ainsi que les Juifs ont été acceptés dans la société à la condition de ne pas être trop juifs. Si un Juif était prêt à se renier en prêtant serment sur une Bible chrétienne, ou mieux encore, en abjurant sa religion, il était toléré. S’il insistait pour rester fidèle à la Tora et à la Bible hébraïque, on l’invitait à rester dehors.
(Nous examinerons dans le prochain chapitre, quand nous aborderons le mouvement réformiste au sein du judaïsme, la tentative faite par les Juifs allemands pour esquiver ce problème.)
On relèvera que c’est à cette époque marquée par une tolérance sans précédent que le terme « antisémitisme » a été employé pour la première fois. Il a été forgé par un penseur allemand du XIXème siècle, Wilhelm Marr, qui voulait distinguer la haine des Juifs comme membres d’une religion (« antijudaïsme ») de celle des Juifs comme membres d’une race/nation (« antisémitisme »). Il écrivit en 1879 un livre intitulé
Victoire du judaïsme sur le germanisme, qui a connu douze réimpressions en six ans, tellement il a eu la faveur du public.
Un autre penseur important a été Karl Eugen Duehring qui a écrit en 1881 : La question du Juif est une question de race, et qui résume ainsi ce que signifie l’antisémitisme :
La question juive continuerait d’exister même si chaque Juif devait tourner le dos à sa religion et adhérer à l’une de nos grandes Eglises. Oui, je prétends que dans ce cas la lutte entre nous et les Juifs n’en deviendrait que plus urgente. C’est précisément le Juif baptisé qui s’infiltre le plus profondément et sans entraves dans tous les secteurs de la société et de la vie politique. Je retiens par conséquent l’hypothèse que les Juifs doivent être définis seulement en termes de race et non en termes de religion.
Les Juifs qui ont abandonné leur religion et qui se sont hissés au pouvoir et aux richesses n’ont pas porté assez d’attention à ces idées. S’ils l’avaient fait, ils auraient compris que leur escapade ne serait que de courte durée. Parce que, même si des Juifs ont pu échapper à l’antijudaïsme en devenant chrétiens, ou agnostiques, ou même s’ils se sont refaçonnés à l’image de la société qui les entourait, l’antisémitisme, lui, qui n’attachait d’importance ni à ce qu’ils croyaient ni à la façon dont ils se comportaient, mais seulement au fait qu’ils étaient Juifs, allait finir par les rattraper un jour. 
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23 décembre 2009 3 23 /12 /décembre /2009 07:45
Les Tsars et les JuifsDans la Russie tsariste, des pogroms organisés par le gouvernement contre les Juifs ont détourné l’attention des masses de la corruption du régime.



Auteur : Le Rabbin Ken Spiro
Traduction par Jacques kohn
Adapté par Aschkel


Il n’est pas facile de discerner lequel des Tsars de Russie a été le pire pour les Juifs.
Nous examinerons en premier lieu le comportement de Nicolas Ier, qui a régné de 1825 à 1855, et nous poursuivrons avec ses divers successeurs.
En 1827, Nicolas Ier promulgua ce que l’on a appelé les décrets « cantonistes ». Le nom vint du mot « cantonnement », c’est-à-dire un « camp militaire ». Ces décrets instituaient la conscription forcée des garçons juifs dans l’armée russe. Ces garçons étaient âgés entre 12 et 18 ans et étaient obligés de servir 25 ans durant ! Pendant leur service, de grands efforts étaient déployés pour les convertir au christianisme.
En raison des conditions épouvantables dans lesquelles ils étaient traités, très peu de ces conscrits revenaient vivants, et quand ils le faisaient, ils ne se reconnaissaient plus comme juifs. Pour la communauté juive, l’une ou l’autre issue était un arrêt de mort.
Certains parents juifs étaient si désespérés qu’ils tranchaient l’index droit de leurs fils avec un couteau de boucher. L’absence de ce doigt, qui interdisait l’emploi d’un fusil, les rendait en effet inaptes au service. On essayait aussi d’obtenir leur exemption en corrompant les agents recruteurs.
Les décrets « cantonistes » ont élevé à de nouveaux extrêmes le niveau de pression exercée sur la communauté juive.
Et comme si cela n’était pas assez cruel, le gouvernement apporta son parrainage à l’antisémitisme.



Pierre Ratchkovski, instigateur des Protocoles, chef de l'Okhrana, la police politique russe. Paris 27/12/1893
  
 

 

LES PROTOCOLES DES SAGES DE SION
 

 

Au début du XXème siècle, la police secrète russe commença de faire circuler une contrefaçon qui devint le document antisémite le plus célèbre de l’histoire – les « Protocoles des Sages de Sion ». Ces « Protocoles » étaient censés reproduire le procès-verbal d’une réunion secrète tenue, une fois par siècle, par les dirigeants juifs du monde entier dans le but de prendre le pouvoir sur tout l’univers au cours du siècle suivant.
Aussi ridicule que cela puisse nous paraître aujourd’hui, les « Protocoles » étaient présentés comme une « preuve » que le monde est dominé par des Juifs, lesquels sont responsables de tous ses problèmes.

Les Protocoles cherchent à « prouver » une conspiration juive pour s’emparer du monde.
Les admirateurs et les partisans des « Protocoles » ont compté dans leurs rangs des antisémites comme Henry Ford, le fondateur de la Ford Motor Company, Adolf Hitler, le Président égyptien Gamal Abdel Nasser, et le roi Fayçal d’Arabie Saoudite.
Bien que les « Protocoles » soient une contrefaçon prouvée dont les allégations sont complètement ridicules, et qu’ils soient considérés comme une des pires formes de l’antisémitisme, on continue de les vendre partout dans le monde, et ce au nom de la liberté d’expression.

 

 

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Pogromes en Russie (Carte d’Emile Patesson)
Source : Elisée Reclus, L’homme et la terre, Paris, Librairie Universelle, 1905, vol. V, p. 469.

LES POGROMS

 

Nous avons parlé de pogroms – émeutes antisémites violentes et meurtrières réalisées par des foules – au chapitre 49 à propos des attaques sanglantes menées au XVIIème siècle en Pologne par le Cosaque ukrainien Bogdan Chmielnicki.
Dans la Russie tsariste, il y a eu tellement de pogroms contre les Juifs qu’il est rigoureusement impossible d’en dresser la liste complète. (En une seule période de quatre ans, par exemple, il y en a eu 284.)
Ces pogroms étaient rarement spontanés, quoique les incitations des prêtres au moment des fêtes chrétiennes pouvaient encourager les masses à une frénésie meurtrière. Cependant, dans la Russie tsariste, la plupart étaient organisés par le gouvernement. Pourquoi le gouvernement tsariste poussait-il les foules à prendre les Juifs pour cibles ? Parce que ceux-ci étaient les boucs émissaires habituels pour les problèmes économiques de la Russie (comme ils l’ont été dans beaucoup d’autres pays à travers l’histoire).

Les problèmes auxquels la Russie devait faire face tenaient à l’existence d’un régime rétrograde, féodal et totalement corrompu.
Bien entendu, les problèmes de la Russie n’avaient rien à voir avec les Juifs. Ces problèmes tenaient à l’existence d’un régime rétrograde, féodal et totalement corrompu. Une des manières de détourner l’attention de cette corruption généralisée était d’en faire reposer la responsabilité sur les Juifs et de permettre aux masses de reporter contre eux ses rancœurs.
La situation politique en Russie s’est encore aggravée après l’assassinat, en 1881, du Tsar Alexandre II, l’un des empereurs les plus compétents, relativement bienveillant envers les Juifs, par un anarchiste qui avait lancé une bombe sur sa calèche. Et quand les problèmes de Russie s’aggravent, ceux des Juifs aussi vont en se compliquant.
Le gouvernement du nouveau Tsar, Alexandre III (qui a régné de 1881 à 1894), organisa une série de pogroms pour maintenir concentrée sur les Juifs la colère des masses.
En plus des pogroms, Alexandre III promulgua une série de mesures contre les Juifs, que l’on appela les « lois de mai ». Elles disposaient notamment :
– Une interdiction faite aux Juifs de résider hors des villes et des bourgades.
– Une suspension temporaire de l’enregistrement des transferts de biens immobiliers et des hypothèques aux noms de Juifs. Il était en outre fait interdiction aux Juifs d’administrer ces biens.
– Une interdiction faite aux Juifs de commercer le dimanche et les jours fériés chrétiens.
Voici ce qu’écrit Berel Wein, dans 
Triumph of Survival (p. 173), à propos du règne d’Alexandre III :
Les expulsions, les déportations, les arrestations et les brutalités sont devenues le lot quotidien des Juifs, non seulement des classes inférieures, mais même des classes moyennes et de l’intelligentsia. Le gouvernement d’Alexandre III déclara la guerre à ses habitants juifs… Les Juifs étaient pris en chasse et poursuivis, et l’émigration leur apparut comme le seul moyen d’échapper à la terrible tyrannie des Romanov.
Pour ne rien arranger, le règne de Alexandre III fut marqué par une terrible famine qui frappa la Russie, au cours de laquelle moururent 400 000 paysans. Ceux qui lui ont survécu n’en ont éprouvé que plus d’amertume et leur ressentiment n’a fait que s’aggraver. C’est cette situation qui a finalement abouti à la révolution avortée de 1905, et à celle, réussie, qui a donné naissance au régime communiste en 1917.

 

 

LE DERNIER DES ROMANOV

 

A la mort d’Alexandre III, est monté sur le trône Nicolas II, qui sera le dernier des Romanov. Le nouveau Tsar avait à affronter le désordre laissé derrière lui par son père, et il le fit de la pire des façons.
C’est pendant son règne qu’a eu lieu à Kichinev un des pogroms les plus célèbres, celui de Pâques 1903 (6 et 7 avril).
Lorsque le pogrom de Kichinev fut fomenté, il régnait en Russie une très forte tension. C’était deux ans, rappelons-le, avant la première révolution, celle de 1905. Afin d’alléger cette tension, le gouvernement tsariste organisa une fois de plus un pogrom contre les Juifs.
Aussi étonnant que cela paraisse, le pogrom de Kichinev eut un grand retentissement au niveau international, probablement parce qu’à cette époque les pogroms représentaient quelque chose que le monde occidental « éclairé » ne pouvait plus accepter. (Si seulement on y avait su alors ce qui serait fait aux Juifs quarante ans plus tard !)
Voici un passage extrait d’une description du pogrom publiée dans le New York Times :
Il est impossible de préciser les quantités de biens détruits en quelques heures. Les hurrahs des émeutiers. Les cris pitoyables des victimes remplissaient l’air. Tout Juif rencontré était aussitôt sauvagement frappé jusqu’à ce qu’il perde connaissance. Un Juif fut traîné hors d’un tramway et battu jusqu’au moment où la foule l’a tenu pour mort. L’air était plein de plumes et de literie déchirée. Chaque foyer juif était saccagé et les infortunés Juifs essayaient dans leur terreur de se cacher dans les caves et sous les toits. La foule entra dans la synagogue, profana la plus grande maison de prières et saccagea les Rouleaux de la Loi.
La conduite des Chrétiens évolués fut scandaleuse. Ils ne firent rien pour tenter de retenir les émeutiers. Ils contemplèrent simplement le sport effroyable qui se déroulait sous leurs yeux. Le mardi, troisième jour de l’agitation, quand on sut que les troupes avaient reçu ordre de tirer, les émeutiers se retirèrent.
Après deux jours de désordres, le Tsar annonça : « Très bien ! Mission accomplie ! Il faut arrêter maintenant ! » Et l’on arrêta.
Jusqu’à la fois suivante.
Entre 1903 et 1907, années de grande agitation intérieure en Russie, il y eut 284 pogroms qui firent plus de 50 000 victimes. Le niveau de violence était incroyable.

En quatre ans, il y eut 284 pogroms qui firent plus de 50 000 victimes.
Les gens n’en pouvaient plus. On était en train de ravager la communauté juive, et la population cherchait désespérément des moyens de s’en sortir. Les Juifs se mirent à sortir des shtetls et à rejoindre tous les mouvements anarchistes, communistes, socialistes, bundistes qu’ils pouvaient trouver dans l’espoir qu’ils réussiraient à transformer la Russie. Les Juifs ont toujours été dans l’histoire de grands idéalistes, et ils ont alors cherché à découvrir quelque moyen d’améliorer leur situation. Nous évoquerons leur activisme quand nous traiterons des événements qui ont accompagné le première Guerre mondiale.
Une autre conséquence de cet état de faits, à cette époque-là, a été l’émigration. On a assisté à une émigration massive de Juifs fuyant la Russie. De la fin du XIXème siècle à 1914, environ 50 000 Juifs sont partis chaque année, soit un total de deux millions et demi.
Malgré ce courant migratoire, la population juive de Russie est restée constante : à peu près cinq millions d’âmes, entretenus par une très forte natalité. Si ces Juifs n’avaient pas quitté la Russie, il y en aurait eu de sept à huit millions.
Ce sont les Etats-Unis qui ont absorbé la plupart des immigrants juifs à cette époque.

 

 

UN « PAYS EN OR »

 

Il est bon de rappeler (voir chapitre 23) que les Juifs, lorsqu’ils ont été exilés à Babylone, y sont partis en deux phases. La première fois, les Babyloniens ont emmené 10 000 hommes parmi les meilleurs et les plus brillants.
Ce qui aurait pu constituer un terrible désastre s’est révélé, en fait, une bénédiction. En effet, lorsque la seconde vague d’exilés est arrivée, elle a trouvé sur place des infrastructures juives prêtes à l’accueillir. Des Yechivoth avaient été créées, des synagogues bâties, on y disposait de viande cachère et de miqwaoth. La vie juive a pu continuer et l’on a constaté par la suite que l’exil de Babylone n’avait entraîné qu’une très faible assimilation.
En revanche, quand les malheureux Juifs russes sont arrivés en masse aux Etats-Unis à la fin du XIXème siècle, en passant par le célèbre Ellis Island, ils n’ont rien trouvé de juif pour les recevoir.
Les Juifs qui les avaient précédés lors du mouvement migratoire des environs de l’année 1830 étaient des Juifs allemands (au nombre d’environ 280 000). Ceux-ci, qui n’éprouvaient pas de sympathie particulière pour les Juifs russes totalement dépourvus, étaient soit des Réformés, et comme tels ne croyaient à l’origine divine ni de la Tora ni d’aucune loi imposée aux Juifs, soit des athées ayant rejeté complètement la tradition juive.
C’est ainsi que les Juifs russes, lorsqu’ils ont mis pied sur le sol du « pays en or », ont surtout mis pied sur le sol du « pays en or de l’assimilation »

Dossier les Juifs et la fondations des Etats-Unis :

http://www.aschkel.info/article-histoire-les-juifs-et-la-fondation-des-etats-unis-39044222.html 

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23 décembre 2009 3 23 /12 /décembre /2009 07:36
La « zone de résidence »Si la « zone de résidence » a été l’une des régions de la Russie où les Juifs ont été le plus cruellement opprimés, elle a aussi contribué à de très belles réalisations.


L’impératrice de Russie Catherine II crée la zone de peuplement, qui définit les lieux géographiques où les Juifs ont le droit de vivre.
Source : http://www.histoiredesjuifs.com/

1791


Texte du Rabbin Ken Spiro
Traduction Jacques Kohn
Pour http://www.lamed.fr/ 
Adaptation : Aschkel 
Les « Lumières » napoléoniennes, qui ont émancipé les Juifs d’Europe de l’ouest, sont restées sans effet en Europe de l’est, où vivaient la plupart des Juifs au XVIIIème et au XIXème siècles.

C’est là qu’était située la plus grande concentration de Juifs près de cinq millions soit 40 % de la population juive mondiale.

De 1791 à 1915, les Juifs qui vivaient dans l’Empire russe ont été confinés par les Tsars l’initiative en ayant été prise par la Grande Catherine dans une région connue sous le nom de « zone de résidence ». Elle consistait en vingt cinq provinces incluant l’Ukraine, la Lithuanie, la Biélorussie, la Crimée et une partie de Pologne (qui avait été partagée entre la Russie, la Prusse et l’Autriche en 1772).

Les Juifs étaient déclarés indésirables, en particulier, à Moscou et à Saint Pétersbourg et forcés d’habiter dans la « zone de résidence ». Par la suite, ils ont été également expulsés des régions rurales situées à l’intérieur de la « zone » et obligés de vivre seulement dans des 
shtetls.

 

La charité (tzedaka) la « justice » en hébreu a prospéré, car les Juifs s’aidaient les uns les autres.
Malgré l’oppression, on a assisté dans la « zone de résidence » à d’extraordinaires réalisations.
En particulier, la charité (tzedaka) la « justice » en hébreu a prospéré, car les Juifs s’aidaient les uns les autres. L’historien Martin Gilbert écrit dans son 
Atlas of Jewish History que jamais moins de 14 % de la population juive, dans les provinces de la « zone de résidence », ne vivaient de la charité, proportion qui atteignait 22 % en Lithuanie et en Ukraine.
Parmi les sociétés charitables organisées par les Juifs, il y avait celles qui fournissaient des vêtements aux étudiants pauvres, de la nourriture cachère aux soldats, des traitements médicaux gratuits aux indigents, des dots aux fiancées sans ressources, et une formation technique aux orphelins.

C’était un système de protection sociale extrêmement sophistiqué. En ces temps de grave détresse, aucun Juif n’était abandonné.
Une telle sollicitude, aussi généralisée, ne pouvait pas passer inaperçue aux yeux des non Juifs.
Aussi les rabbins ont ils dû interdire à cette époque d’accueillir des convertis au judaïsme issus de la population autochtone. Les Chrétiens observaient en effet que jamais un Juif ne mourait de faim dans la rue, ce qui n’était pas le cas chez eux, dont personne ne se souciait. Ni le gouvernement ni l’Eglise n’étaient disposés à les secourir. C’est pourquoi les rabbins ne voulaient pas que le judaïsme soit envahi par des milliers de convertis d’une sincérité douteuse qui auraient essayé de sauver leurs vies en devenant juifs et en bénéficiant du système juif de protection sociale.

 

L’étude de la Tora

Une autre conséquence extraordinaire s’est produite, malgré l’oppression, dans la « zone de résidence » : la renaissance de l’étude de la Tora.
L’étude de la Tora, nous l’avons vu au chapitre 52, avait fortement décliné au XVIIIème siècle pour devenir un domaine réservé à l’élite.
En 1803, Rabbi ‘Hayim ben Yits‘haq de Volozhin (1749 1821), un disciple du Gaon de Vilna, entreprit de remédier à cette situation. La plupart des yechivoth de cette époque étaient de petites institutions soutenues par les villes qui les avait accueillies. Rabbi ‘Hayim proposa de fonder une grande institution, ouverte à tous, et soutenue par un grand nombre de communautés.
Il envoya des lettres à divers grands rabbins européens leur demandant de lui envoyer leurs meilleurs étudiants pour étudier à sa 
yechiva à Volozhin (Lithuanie), promettant de leur procurer un soutien financier, des professeurs de haut niveau et un enseignement de très bonne qualité. Les réponses à sa lettre furent très positives, et un grand nombre d’élèves furent inscrits à la yechiva de Volozhin, laquelle compta bientôt 450 étudiants.
Malheureusement, l’existence de la 
yechiva de Volozhin fut de courte durée. Le gouvernement russe eut vent de ses programmes et tenta de l’obliger à y insérer des matières profanes afin de la rendre moins juive. La yechiva se serait inclinée devant cette exigence, mais les autorités insistèrent pour que l’ensemble du corps enseignant possède des diplômes délivrés par des institutions officielles afin de pouvoir enseigner « la langue et la culture russes », ce qu’elle ne pouvait accepter. Aussi la yechiva fut elle fermée en 1892 par les autorités russes et ses étudiants furent dispersés.
Bien qu’elle ait fonctionné pendant moins de cent ans, cette 
yechiva est devenue le modèle des institutions de Tora des temps modernes. A l’époque où elle a dû fermer ses portes, d’autres yechivoth s’en inspiraient déjà, dont beaucoup sous la direction d’anciens élèves de Volozhin.

Le « Mouvement du moussar »

A la même époque que celle qui a vu la renaissance des études de Tora, s’est développée dans la « zone de résidence » une nouvelle évolution qui a beaucoup influé sur les programmes d’enseignement de Tora. L’impulsion lui a été donnée par une tendance très importante dans le judaïsme appelée le « Mouvement du moussar » (« Mouvement de la morale »).
Son fondateur a été un homme tout à fait exceptionnel, Rabbi Israël Lipkin de Salant (1810 1883), mieux connu sous le nom de Rabbi Israël Salanter.
On raconte beaucoup d’anecdotes à propos de sa bonté. L’une des plus célèbres est celle de sa disparition de sa synagogue un soir de 
Yom Kippour. Comme la communauté, inquiète pour sa sécurité, avait retardé les prières jusqu’à ce qu’il arrive, une jeune mère profita de l’occasion et rentra chez elle pour vérifier comment allait son bébé, qu’elle avait laissé seul. C’est là qu’elle trouva le rabbin, occupé à bercer l’enfant. Comme il avait entendu pleurer le bébé, il s’était arrêté pour le consoler, plaçant ainsi les besoins d’autrui avant ses propres exigences d’ordre spirituel.

Rabbi Salanter rendit à l’étude de la morale sa place essentielle dans celle de la Tora.
Rabbi Salanter, bien qu’il fût un modèle de bonté, pouvait aussi être prompt à l’affrontement quand une question de morale était en jeu. Ce fut le cas quand il apprit que les deux fils d’une pauvre veuve allaient être enrégimentés dans l’armée, et ce parce qu’un riche personnage avait corrompu des fonctionnaires pour que son propre enfant ne soit pas incorporé. Il brava toute la communauté à propos de cette affaire afin que justice soit rendue à la femme.
Rabbi Salanter s’est attaché à rétablir l’étude de la morale et de l’éthique à la place centrale qui leur revenait dans l’approfondissement de la Tora. Il sentait qu’une grande partie de l’étude du Talmud était devenue trop légaliste, trop intellectuelle, et qu’il y manquait de quoi développer un rapport personnel avec Hachem et de quoi améliorer la conduite de chacun dans ses rapports avec autrui.
L’ouvrage de base du « Mouvement du 
moussar » a été le livre rédigé au XVIIIème siècle par le kabbaliste Moché ‘Hayim Luzzatto, le « Sentier des Justes » (Messilath yecharim),
Lorsque Rabbi Salanter a institué l’étude du 
moussar, son initiative a donné lieu à des controverses, simplement parce qu’elle était nouvelle. Les Juifs orthodoxes craignaient au début qu’il ne soit qu’une forme détournée de « réforme ».
Mais le « Mouvement du 
moussar » a surmonté leurs craintes, et ses enseignements sont maintenant partie intégrante de ceux que l’on dispense dans beaucoup de yechivoth.
La plus célèbre des yechivoth qui se sont spécialisées dans l’étude du 
moussar est celle de Nowardok, fondée par Rabbi Yossef de Nowardok (Der Alter fun Nowardok), un disciple de Rabbi Salanter. C’est aussi la yechiva qui a favorisé le développement du système du Beith Ya‘aqov, consacré à l’éducation des jeunes filles.
Beaucoup d’autres yechivoth ont été fondées par d’anciens élèves de la 
yechiva de Volozhin et ont incorporé dans leurs programmes les enseignements de Rabbi Salanter et du « Mouvement du moussar », à savoir :
La 
yechiva de Mir, qui a émigré à Shanghai pendant la seconde Guerre mondiale et s’est ensuite installée à Jérusalem et à Brooklyn.
La 
yechiva de Slobodka, qui a quitté ‘Hévron (Israël) après sa destruction par les Arabes, et s’est établie à Jérusalem et à Benei Beraq.
La 
yechiva de Telshe, aujourd’hui à Cleveland (Ohio).
La 
yechiva de Slutzk, aujourd’hui à Lakewood (New Jersey).

 

La sécularisation forcée

Tandis que les Juifs orthodoxes, après une hésitation initiale, acceptaient et embrassaient le « Mouvement du moussar », les non orthodoxes ont continué de s’y opposer.
A noter surtout, parmi ses adversaires, une tendance appelée celle des Maskilim (« éclairés »), qui s’opposaient au judaïsme traditionnel sous toutes ses formes.

Les Maskilim attendaient de leurs coreligionnaires qu’ils abandonnent le judaïsme et qu’ils rejoignent la culture russe.
Ce sont les Maskilim qui ont aidé le gouvernement tsariste à fermer la yechiva de Volozhin. Ils attendaient en effet de leurs coreligionnaires qu’ils abandonnent le judaïsme et qu’ils rejoignent la culture russe. Ils affirmaient : « Etudions la culture russe… Parlons et écrivons en russe… Soyons comme eux, afin qu’ils nous acceptent et que nous puissions nous intégrer plus activement dans la société et mettre ainsi fin à l’horrible misère qui est la nôtre ! »
A retenir parmi les Maskilim le Dr. Max Lilienthal (1813 1882), un Juif allemand venu en Russie comme directeur de l’école juive « éclairée » de Riga. En 1841, le gouvernement du Tsar Nicolas Ier le nomma Ministre de l’instruction juive, fonction où il essaya de convaincre les Juifs de la « zone de résidence » des bonnes dispositions des autorités dans leur projet de nouveau système éducatif conçu à leur intention.
C’est à cette même époque que le Tsar essaya de « restructurer » la société juive en Russie par des lois interdisant le port des vêtements traditionnels, par des décrets contre l’étude du Talmud, et par la division des Juifs en « utiles » (agriculteurs, artisans, ouvriers qualifiés) et « inutiles » (ouvriers sans spécialité, rabbins, orphelins, malades et chômeurs).
C’est dans ce climat que s’est réunie, en 1843, une conférence sur l’éducation juive qui opposa Max Lilienthal à Rabbi Yits‘haq de Volozhin et à Rabbi Mena‘hem Mendel Schneersohn, le rebbe des Loubavitch ‘Habad, également connu par le titre de son ouvrage 
Tséma‘h tsédèq. Lilienthal ne parvint pas à faire prévaloir ses arguments sur ceux de ses adversaires, lesquels réussirent à préserver le droit pour les Juifs d’entretenir leur système scolaire traditionnel à côté du nouveau. (Voir Berel Wein,Triumph of Survival, p. 157.)
Au cours des dix années suivantes, les écoles de Lilienthal fermèrent faute d’enseignants et d’élèves, encore que les défenseurs de leur promoteur prétendent qu’il est parti parce qu’il s’était rendu compte que les « intentions bienveillantes » du Tsar dissimulaient en réalité son désir de voir les Juifs se convertir au christianisme. Il émigra à Cincinnati (Ohio), où il dirigea une communauté réformée.

                1893

Des régions de la Crimée et de l’Ukraine sont retirées de la zone de résidence. Des milliers de Juifs sont ainsi expulsés et exilés vers la zone de résidence.

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21 décembre 2009 1 21 /12 /décembre /2009 19:53

ANTIQUITES JUDAÏQUES

Flavius Josèphe

texte numérisé et mis en page par François-Dominique FOURNIER
http://remacle.org/ 

le texte grec a été vérifié et remis en UNICODE (F.-D. F)

Traduction de Julien Weill 
Sous la direction de 
Théodore  Reinach Membre de l’Institut 
1900 Ernest Leroux, éditeur - Paris
Recueil de textes et de prières falashas

1. Ptolémée Philadelphe, sur le conseil de Démétrius de Phalère, désire se procurer pour sa bibliothèque les livres des Juifs. - 2. Aristée exhorte le roi à délivrer les prisonniers juifs. - 3. Décret conforme du roi. – 4. Rapport de Démétrius au roi. – 5. Message du roi au grand-prêtre Eléazar. - 6. Réponse du grand-prêtre. - 7. Envoi des soixante-dix interprètes de la Loi. -8-10. Présents de Ptolémée au temple de Jérusalem. - 11. Réception des interprètes à Alexandrie. - 12. Banquet des Septante. - 13. Traduction de la Loi. - 14. Pourquoi les anciens auteurs grecs n'ont pas parlé de la Bible. - 15. Renvoi des Septante.

1. Alexandre avait régné douze ans ; après lui, Ptolémée Sôter en régna quarante et un. Le royaume d'Egypte passa ensuite au Philadelphe qui le conserva trente-neuf ans. Ce roi fit traduire la loi et délivra de leur captivité ceux des habitants de Jérusalem qui étaient prisonniers en Égypte, au nombre d'environ cent vingt mille. Voici la cause de cette mesure. Démétrius de Phalère, qui était conservateur des bibliothèques royales, essayait, s'il était possible, de rassembler tous les livres de la terre ; dès qu'il entendait signaler ou voyait[4] quelque part un ouvrage intéressant, il l'achetait, secondant ainsi les intentions du roi, qui montrait beaucoup de zèle pour collectionner les livres. Un jour que Ptolémée lui demandait combien de volumes il avait déjà réunis, Démétrius répondit qu'il y en avait environ deux cent mille, mais que bientôt il en aurait rassemblé cinq cent mille. Il ajouta qu'on lui avait signalé chez les Juifs de nombreux recueils de leurs lois, intéressants et dignes de la bibliothèque royale ; mais que ces ouvrages, écrits avec les caractères et dans la langue de ce peuple, donneraient beaucoup de peine pour être traduits en grec. Car leurs lettres, au premier abord, ressemblent aux caractères des Syriens et les sons de leur langue à ceux de ce peuple, mais en réalité il s'agit d'une langue bien distincte. Il n'y avait pourtant aucune difficulté à se procurer pour la bibliothèque la traduction des livres des Juifs, pourvu que le roi fît les frais nécessaires. Le roi trouva que Démétrius lui donnait une excellente idée pour satisfaire son désir de rassembler le plus grand nombre de livres possible, et écrivit à cet effet au grand-prêtre des Juifs.

2. Il y avait alors parmi les meilleurs amis du roi un certain Aristée, que Ptolémée aimait à cause de sa modestie, et qui avait déjà souvent projeté de demander au roi la mise en liberté de tous les Juifs captifs dans son royaume ; il jugea alors le moment favorable pour renouveler sa prière, et en parla tout d'abord aux commandants des gardes du corps, Sosibios de Tarente et Andréas, leur demandant de joindre leurs instances à celles qu'il allait faire au roi sur ce sujet. Après avoir pris leur avis, Aristée se rendit auprès du roi et lui parla en ces termes : « Il ne faut pas, ô roi, que nous vivions dans l'erreur sans nous soucier d'en sortir : nous devons au contraire chercher à connaître la vérité. Or nous avons décidé, pour te plaire, non seulement de faire transcrire, mais encore de faire traduire les lois des Juifs ; mais de quel droit le ferions-nous quand nombre de Juifs sont esclaves dans ton royaume ? N'écoutant que ta générosité et ta bienveillance, mets fin à leur misère, puisque le Dieu qui leur a donné leurs lois t'a donné en partage ton royaume, comme je l'ai appris par de sérieuses recherches : car eux et nous adorons le Dieu qui a tout créé, et nous l'appelons proprement Zên, tirant son nom de ce fait qu'il donne la vie (τὸ ζῆν) à tous les êtres. Aussi, en l'honneur de ce Dieu, restitue à ceux qui lui rendent un culte particulier leur patrie et la vie particulière qu'ils y mènent, biens dont les voilà privés. Sache cependant, ô roi, que si je t'adresse cette prière pour eux, ce n'est pas que des liens de race ou de nation m’unissent à ce peuple ; c'est parce que tous les hommes sont l’œuvre de Dieu, c'est parce que je sais que ceux qui font le bien lui sont agréables, que je te fais cette requête. »

3. Ainsi parla Aristée ; le roi le regarda d'un visage souriant et enjoué : « Combien, dit-il, penses-tu qu'il y ait de prisonniers à délivrer ? » Andréas, qui se trouvait là, prit la parole et dit qu'il y en aurait un peu plus de cent dix mille[5]. « Trouves-tu, Aristée, dit le roi, que tu nous demandes là peu de chose ? » Sosibios et ceux qui étaient là répondirent alors qu'il était digne de sa générosité de témoigner ainsi sa reconnaissance au Dieu qui lui avait donné son royaume ; et le roi, se laissant persuader par eux, leur donna l'ordre, quand ils distribueraient la solde aux soldats, d'y ajouter cent vingt drachmes[6] pour prix de chacun des prisonniers qu'ils détenaient. Quant aux mesures qu’ils le priaient de prendre, il promit de promulguer un décret comportant des dispositions libérales et conformes au désir d'Aristée, et, avant tout, à la volonté de Dieu, à laquelle, disait-il, il obéirait en délivrant non seulement ceux qui avaient été amenés par son père et par sa propre expédition, mais encore ceux qui se trouvaient auparavant déjà dans le royaume, et ceux qui pouvaient avoir été amenés depuis. Comme on lui disait que le rachat des captifs coûterait plus de quatre cents talents, il les accorda et l'on résolut[7] de conserver la copie du décret, pour bien montrer la générosité du roi. Le voici : « Que tous ceux qui ont accompagné mon père dans ses expéditions de Syrie et de Phénicie, et qui après avoir ravagé la Judée en ont ramené des prisonniers dans nos villes et notre pays, et les ont vendus, pareillement les détenteurs de prisonniers juifs qui se trouvaient antérieurement à ces faits dans le royaume ou qui ont pu y être amenés postérieurement, rendent la liberté à ceux qu'ils possèdent, moyennant une rançon de cent vingt drachmes que les soldats toucheront avec leurs vivres, les autres au trésor royal. Car je pense que c'est contre les intentions de mon père et contre toute justice que ces hommes ont été faits prisonniers, que leur pays a été dévasté par l'arrogance des soldats, et que ceux-ci, en les amenant en Égypte, en ont tiré grand profit[8]. Considérant donc la justice et prenant pitié de ces hommes réduits en servitude contre tout droit, j'ordonne de remettre en liberté les Juifs esclaves, contre paiement à leurs maîtres de la somme fixée plus haut ; que personne ne fasse de chicane à ce sujet, que tous obéissent à l'ordre donné. Et je veux que chacun, dans les trois jours qui suivront cette ordonnance, fasse devant les autorités la déclaration des esclaves qu'il détient et les produise en personne ; car je juge cette mesure utile à mes intérêts. Ceux qui n'exécuteront pas ce décret, pourront être dénoncés par qui voudra ; et je veux que leurs biens soient confisqués au profil du trésor royal ». Cette ordonnance fut soumise au roi  elle était parfaite de tous points, mais il y manquait une mention expresse des Juifs amenés antérieurement et postérieurement aux expéditions[9] ; le roi lui-même étendit généreusement jusqu'à eux les bénéfices de cette mesure, et, pour accélérer la distribution des indemnités[10], il ordonna de répartir le travail entre les agents du gouvernement et les banquiers royaux. Ainsi fut fait, et en sept jours en tout les ordres du roi furent entièrement exécutés. Les rançons coûtèrent quatre cent soixante talents[11] : car les maîtres se firent aussi payer pour les enfants les cent vingt drachmes par tête, sous le prétexte que le roi les avait désignés également en prescrivant qu'on percevrait « par tête d'esclave » la somme fixée.

4. Quand tous ces ordres eurent été exécutés, suivant la généreuse volonté du roi, celui-ci chargea Démétrius de publier aussi le décret concernant la copie des livres des Juifs  car ces rois ne laissaient au hasard rien de leur gouvernement et tout était l'objet de soins minutieux. On a donc consigné[12] la copie du rapport et des lettres, la liste des présents envoyés, le détail des ornements de chacun d'eux, afin que l'habileté de chaque ouvrier put être exactement appréciée par ceux qui le liront, et que leur admirable exécution rendît célèbre chacun des auteurs[13]. Voici la copie du rapport : « Au grand Roi de la part de Démétrius. Sur ton ordre, ô roi, me chargeant de réunir tous les ouvrages qui manquent encore pour compléter ta bibliothèque, et de réparer avec soin ceux qui sont mutilés, je me suis activement occupé de cette tâche ; et je t'informe qu'entre autres, les livres contenant les lois des Juifs nous manquent. Ecrits en caractères hébreux et dans la langue de ce peuple, ils sont incompréhensibles pour nous. En outre, ils ont été transcrits avec moins de soin qu’ils ne méritent parce qu'ils n'ont pas encore bénéficié de la sollicitude royale. Il est cependant nécessaire que Ces livres se trouvent chez toi, dans des exemplaires corrects : car la législation qu'ils contiennent est sage et pure, puisqu’elle vient de Dieu. Aussi Hécatée d'Abdère dit-il que ni les poètes ni les historiens n'en ont fait mention, non plus que des hommes qui se gouvernent d'après ses préceptes, parce qu'elle est sainte et ne doit pas être expliquée par des bouches profanes[14]. Si donc tu le juges bon, ô roi, tu écriras au grand prêtre des Juifs pour qu'il t'envoie six anciens de chaque tribu, ceux qui connaissent le mieux ces lois ; afin que, ayant obtenu d'eux le sens clair et concordant et une traduction exacte de leurs livres, nous arrivions avec leur concours à un résultat digne du sujet et de ton dessein. »

5. A la suite de ce rapport, le roi fit écrire au grand-prêtre Eléazar à ce sujet, l'avisa en même temps du renvoi des Juifs esclaves en Égypte, et lui envoya un poids d'or de cinquante talents pour la confection de cratères, de phiales, de vases à libation[15], ainsi qu'une prodigieuse quantité de pierres précieuses. Il ordonna de plus à ceux qui avaient la garde des coffrets où se trouvaient ces pierres, de laisser les artistes choisir eux-mêmes les espèces qu'ils voudraient. Et il fit remettre au Temple, pour les sacrifices et les autres besoins, une somme de près de cent talents en numéraire. Je parlerai des oeuvres d'art qui furent faites et de la façon dont elles furent exécutées, quand j'aurai donné le texte de la lettre écrite au grand-prêtre Eléazar. Celui-ci avait pris la grande-prêtrise dans les conditions suivantes. A la mort du grand-prêtre Onias, son fils Simon lui succéda, qui fut surnommé le Juste à cause de sa piété envers Dieu et de sa bonté envers ses compatriotes. Simon étant mort ne laissant qu'un fils encore enfant nommé Onias, son frère Eléazar, celui-là même dont il est ici question, obtint la grande-prêtrise[16]. C'est à lui que Ptolémée écrivit en ces termes : « Le roi Ptolémée au grand-prêtre Éléazar, salut. De nombreux Juifs habitaient le royaume, amenés comme prisonniers par les Perses, du temps de leur domination; mon père les traita avec égards, plaça les uns dans son armée avec une haute solde, confia à d'autres, venus avec lui en Égypte, les places fortes, avec mission de les garder, pour inspirer la crainte aux Egyptiens. Quand j'ai pris moi-même le pouvoir, j'ai traité tout le monde avec humanité, et en particulier tes concitoyens ; j'en rendis a la liberté plus de cent mille retenus prisonniers, en payant sur mon propre trésor leur rançon à leurs maîtres. Ceux qui étaient à la fleur de l'âge, je les ai inscrits sur les rôles de mon armée ; j'ai attaché à ma personne et à ma cour quelques-uns d'entre eux, dont la fidélité me paraissait éprouvée, car j'ai pensé que c'était là une offrande agréable à Dieu et magnifique entre toutes, en retour de sa bienveillance pour moi. Voulant de plus être agréable à ces hommes et à tous les Juifs de la terre, j'ai décidé de faire traduire vos lois et de les placer dans ma bibliothèque, transcrites des caractères hébreux en caractères grecs. Tu feras donc bien de choisir dans chaque tribu six hommes sages et déjà âgés, qui, grâce à leur expérience, connaissent bien vos lois et soient capables d'en donner l'exacte interprétation ; car je crois que lorsqu'ils auront terminé, cette oeuvre, nous en retirerons la plus grande gloire. Je t'envoie pour traiter de ces choses Andréas, chef de ma garde, et Aristée, que je tiens tous deux en haute estime ; je les charge de porter des prémices d'offrandes au Temple, et, en vue de sacrifices et autres usages, cent talents d'argent. Quant à toi, en réponse, tu nous feras plaisir de nous informer de tes désirs. »

6. Lorsqu'il eut reçu la lettre du roi, Eléazar y fit une réponse pleine d'empressement : « Le grand- prêtre Eléazar au roi Ptolémée, salut. Puisque toi, la reine Arsinoé et les enfants êtes en bonne santé, tout est bien pour nous. En recevant ta lettre, nous avons ressenti une grande joie de ton dessein ; ayant alors réuni le peuple, nous lui en avons donné connaissance et nous lui avons rendu manifeste ta piété envers Dieu. Nous lui avons aussi montré les vingt phiales d'or et les trente d'argent, les cinq cratères et la table à offrandes que tu as envoyés et les cent talents destinés à offrir des sacrifices et à subvenir à tous les besoins du Temple, qu'ont apportés Andréas et Aristée, les plus estimés de tes amis, hommes excellents, d'une instruction supérieure, et dignes de La haute valeur. Sache que de notre côté nous ferons tout ce qui peut t'être utile, dût-il dépasser l'ordre naturel des choses ; car nous te devons beaucoup, en retour des bienfaits de toutes sortes que tu as dispensés à nos concitoyens. Nous avons donc offert immédiatement des sacrifices pour toi, pour ta sœur, pour tes enfants et tes amis, et le peuple a fait des vœux pour que tes affaires marchent à ton gré, que la paix règne dans ton royaume, et que la traduction de nos lois ait pour toi le bon résultat que tu souhaites. Nous avons choisi dans chaque tribu six hommes déjà âgés, et nous les envoyons porteurs de la loi. Nous comptons sur ta piété et ta justice pour que, la loi une fois traduite, tu nous la renvoies avec ceux qui te l'apportent, en veillant à leur sûreté. Adieu. »

7. Telle fut la réponse du grand-prêtre. Je ne crois pas nécessaire de donner les noms des soixante-dix[17] anciens envoyés par Eléazar, qui apportèrent la loi, bien qu'ils fussent énumérés à la fin de la lettre. Mais il n'est pas inutile, je pense, de décrire les riches et admirables présents envoyés à Dieu par le roi, afin que tous connaissent le zèle du roi envers Dieu : car il dépensa sans compter, et sans cesse auprès des artistes, inspectant leur ouvrage, il ne souffrit dans l'exécution ni négligence ni mollesse. Bien que mon récit ne demande peut-être pas cette description, je passerai cependant toutes ces oeuvres en revue, décrivant, dans la mesure de mes forces, leur magnificence ; j'espère ainsi faire comprendre à mes lecteurs le goût et la générosité du roi.

8. Je commencerai par la table. Le roi songea d'abord à la faire colossale ; il fit prendre la dimension de celle qui était à Jérusalem, et demanda si l'on pouvait en fabriquer une plus grande. Quand il sut comment était celle qui se trouvait dans le Temple, et que rien n'empêchait d'en faire une plus grande, il déclara qu'il en aurait volontiers fait faire une de dimensions quintuples, mais qu'il craignait qu'elle ne fût inutilisable pour le culte à cause de ses proportions exagérées : or il désirait faire des présents, non seulement dignes d'être admirés, mais d'un bon service dans les cérémonies. Considérant donc que c'était pour cette raison, et non par économie d'or, qu'on avait donné à l'ancienne table une proportion médiocre, il décida de ne pas surpasser en grandeur celle qui existait déjà, mais il voulut que la nouvelle l'emportât par le décor et la beauté des matériaux. Comme il avait l'esprit prompt à saisir la nature de toutes choses et capable de deviser des oeuvres neuves et originales, il inventa lui-même, avec beaucoup d'ingéniosité, et fournit aux artistes, pour toutes les parties non décrites (dans la Bible)[18], des modèles qu'il les chargea d'exécuter ; quant aux parties dont on avait la description, il leur ordonna de se conformer rigoureusement aux indications du texte et de faire une copie exacte.

9. Les ouvriers chargés de confectionner la table, qui mesurait deux coudées et demie de long, une de large[19] et une et demie de haut, firent en or massif tout le gros de l’œuvre. Elle était couronnée d'une corniche large d'une palme, ornée d'une cymaise entrelacée, dont le relief en forme de corde était ciselé merveilleusement sur les trois faces à l'imitation de la nature. La table étant, en effet, triangulaire, on reproduisit sur les trois côtés la même disposition, afin que, en quelque sens qu'on la tournât, elle présentât toujours un seul et même aspect. Pour la corniche, la partie tournée vers la table reçut une exécution soignée, mais la face externe l'emportait de beaucoup par la beauté et le fini du travail, car c'était la partie exposée au regard et à l'attention. C'est pourquoi aussi l'arête des deux versants (de la corniche) était à angle vif[20], et qu'aucun des angles, qui étaient au nombre de trois, comme nous l'avons dit, ne paraissait, si l'on déplaçait la table, plus petit que les autres[21]. Dans les entrelacs de la corde ciselée étaient enchâssées symétriquement des pierres précieuses, fixées par des agrafes d'or qui les traversaient. Les rampes de la corniche, exposées au regard, reçurent une décoration d'oves faites de pierres de toute beauté, assez semblables dans leur relief à une ligne de rais serrés, et qui faisaient le tour de la table. Au dessous de cette rangée d'oves, les artistes ciselèrent une guirlande de fruits de toutes sortes : grappes de raisins pendantes, épis dressés, grenades fermées. Les pierres furent assemblées suivant les différentes espèces de fruits que nous avons cités, de façon à en reproduire la couleur naturelle, et fixées dans l'or tout autour de la table. Au dessous de cette guirlande, on fit une nouvelle rangée d'oves et de rais en relief ; la table, dans les deux sens[22], présentait ainsi à la vue la même variété et le même fini de travail ; fût-elle retournée, ni la disposition de la cymaise ni celle de la corniche ne changeaient. Jusqu'aux pieds l'exécution était également soignée : on disposa, en effet, une lame d'or, de quatre doigts d'épaisseur, sur toute la largeur de la table ; on y inséra les pieds, qui furent ensuite fixés vers la corniche, par des clous et des attaches, de façon que, dans quelque sens qu'on plaça la table, la nouveauté et la richesse du travail parussent les mêmes. Sur le plateau, on sculpta un méandre, dans le milieu duquel furent enchâssées des pierres admirables, brillantes comme des astres, de différentes espèces, telles que des escarboucles et des émeraudes, qui frappent, entre toutes, l’œil par leur éclat, et d'autres pierreries de toutes sortes, races et universellement recherchées pour leur valeur. Autour du méandre, était ciselée une tresse enfermant des espaces libres en forme de losanges, incrustés de morceaux de cristal de roche et d'ambre, dont le rapprochement en dessin régulier était pour l’œil un véritable enchantement. Les pieds avaient des chapiteaux en forme de lis dont les feuilles étaient repliées sous la table, tandis que la floraison interne surgissait toute droite. Ils reposaient chacun sur une base d'escarboucle, de la hauteur d'une palme, large de huit doigts, en forme de stylobate, qui supportait toute la charge du pied. Chacun des pieds reçut une fine et délicate décoration en relief représentant du lierre et des sarments de vigne portant leurs grappes, imités avec une étonnante vérité  les feuilles étaient si légères et si effilées qu'elles tremblaient au souffle du vent et donnaient l'illusion de la réalité plutôt que l'impression d'une oeuvre d'art. Les artistes s'ingénièrent à donner à l'ensemble de la table l'aspect d'un triptyque, et la liaison des différentes parties entre elles était si admirablement faite, qu'il était impossible de voir, et même de soupçonner les joints. Le plateau de la table n'avait pas moins d’une demi-coudée d'épaisseur. Telle était cette offrande, témoignage de la libéralité du roi, oeuvre remarquable par la richesse      de la matière, la variété de l'ornementation, l'exactitude de l'imitation qu'apportèrent les artistes dans la ciselure ; le roi avait mis ses soins à ce que, tout en reproduisant par ses dimensions la table consacrée auparavant à Dieu, elle fût, par l'art, la nouveauté et la beauté du travail, de beaucoup supérieure et digne de l'admiration générale.

10. Parmi les cratères, il y en avait deux en or, ornés de la base à la ceinture d'imbrications ciselées ; entre les écailles étaient serties des pierres variées, au dessus était un méandre haut d'une coudée[23], et fait d'un assemblage de pierres de toutes sortes, puis une rangée de rais, surmontée elle-même d'un lacs de losanges, semblables aux mailles d'un filet, et couvrant le vase jusqu'à l'orifice. Les intervalles furent remplis de très belles pierres de quatre doigts en forme de cabochons. Tout autour des bords du cratère étaient des enroulements de tiges et de fleurs de lis, des sarments de vigne disposés en cercle. Telle était la structure des deux cratères d'or, dont chacun avait la capacité d'une amphore. Les cratères d'argent avaient beaucoup plus d'éclat que des miroirs, l'image de ceux qui s'en approchaient s'y réfléchissait plus nettement. Le roi fit encore faire trente phiales où toutes les parties d'or qui n'étaient pas ornées de pierres précieuses reçurent une décoration de guirlandes de lierre et de feuilles de vignes ciselées. Voilà les oeuvres qui furent exécutées et dont la perfection était due sans doute à l'habileté des artistes admirables qui en furent les auteurs, mais bien plus encore au goût et à la générosité du roi. Car non seulement il donna aux ouvriers sans compter et libéralement tout l'argent nécessaire, mais encore, négligeant le soin des affaires publiques, il était souvent auprès d'eux et surveilla toute l'exécution : ce qui fut cause du soin qu'y apportèrent les artistes, car voyant l'intérêt qu'y prenait le roi, ils mirent à leur ouvrage un bien plus grand zèle.

11[24]. Telles furent les offrandes envoyées à Jérusalem par Ptolémée. Le grand-prêtre Éléazar les consacra dans le Temple, puis, après avoir comblé d'honneurs ceux qui les avaient apportées et les avoir chargés de présents pour le roi, il les renvoya. Quand ils furent revenus à Alexandrie, Ptolémée, ayant appris leur retour et l'arrivée des soixante-dix anciens, fit appeler ses envoyés Andréas et Aristée. Ceux-ci vinrent aussitôt, lui remirent les lettres qu'ils lui apportaient de la part du grand-prêtre et répondirent de vive voix à toutes ses questions[25]. Dans sa hâte de voir les vieillards venus de Jérusalem pour interpréter la loi, il fit renvoyer tous ceux qui se trouvaient là pour affaires de service, chose de sa part extraordinaire et inusitée ; car ceux qu'amenaient des motifs de ce genre étaient d’ordinaire reçus dans les cinq jours, et les ambassadeurs dans le mois. Ayant donc congédié tous ceux qui avaient affaire à lui, il attendit les envoyés d'Éléazar. Quand les vieillards eurent été introduits, avec les présents que le grand-prêtre les avait chargés de porter au roi, et les membranes sur lesquelles la loi était écrite en lettres d'or, il les interrogea sur leurs livres. Et lorsqu'ils les eurent sortis de leurs étuis et les lui eurent montrés, le roi admira combien les membranes étaient minces et les coutures invisibles (tant était parfait le mode d'assemblage des feuilles). Après les avoir longtemps contemplées, il leur dit qu'il les remerciait d'être venus, plus encore Eléazar qui les avait envoyés, et par dessus tout Dieu, dont ces livres contenaient la loi. Et comme les vieillards et les assistants s'écrièrent tout d'une voix qu'ils souhaitaient au roi toutes sortes de prospérités, l'excès de bonheur lui fit verser des larmes, signe naturel des grandes joies comme des grandes douleurs. Puis il commanda qu'on remît les livres à ceux qui en avaient la garde[26], embrassa les envoyés et leur dit qu'il avait cru juste de les entretenir d'abord de l'objet de leur mission ; ensuite, de les saluer eux-mêmes. Il ordonna que ce jour où il les avait reçus fût célébré et marqué entre tous dans l'année pour tout le reste de sa vie  car il se trouva que c'était l'anniversaire même de celui où il avait battu Antigone dans un combat naval[27]. Il les fit manger avec lui et recommanda qu'on leur donnât les meilleurs logements près de la citadelle.

12. L'officier chargé de recevoir les étrangers[28], Nicanor, appela Dorothéos, l'intendant de ce service, et lui commanda de préparer pour chacun des envoyés tout ce qui était nécessaire à sa subsistance. Voici quel était le système adopté par le roi. Pour les envoyés de chaque ville, ayant un régime de vie spécial, il y avait un fonctionnaire chargé de s'en occuper[29] ; à leur arrivée il leur fournissait, suivant leurs coutumes, tout ce qu'il fallait pour que, bien traités, vivant de leur genre de vie ordinaire, ils fussent plus à leur aise, et n'eussent aucun ennui provenant d'un changement d'habitudes. C'est ce qui fut fait pour les envoyés d'Eléazar ; Dorothéos, maître d'hôtel fort exact, avait été préposé à cette tâche. Il régla tout ce qu'il fallait pour des réceptions de ce genre[30] et prépara pour eux deux rangées de places à table, comme l'avait ordonné le roi : celui-ci, en effet, voulant leur prodiguer tous les honneurs, fit placer la moitié d'entre eux à côté de lui, les autres à une table placée derrière la sienne. Après qu'ils eurent pris place, il ordonna à Dorothéos de les servir suivant les habitudes de tous ceux qui lui arrivaient de Judée. C'est pourquoi il congédia les hérauts sacrés, les sacrificateurs et tous ceux qui disaient d'ordinaire les prières, et comme parmi les envoyés se trouvait un prêtre, nommé Elisée[31], le roi le pria de faire les prières. Elisée, debout au milieu de tous, pria pour la prospérité du roi et de ses sujets ; puis tous avec joie poussèrent une bruyante acclamation ; après quoi ils ne songèrent plus qu'à festoyer et à manger les mets préparés pour eux. Le roi, après un intervalle qu'il jugea suffisamment long, se mit à causer philosophie et posa à chacun quelque question sur un problème naturel ; et comme les convives donnaient des explications claires et précises sur tout sujet qui leur était proposé[32], le roi, enchanté, prolongea le festin pendant douze jours ; si l'on veut savoir en détail ce qui fut dit dans ce banquet, on peut se renseigner dans le liste qu'Aristée écrivit à ce sujet[33].

13. Le roi les admira fort, et le philosophe Ménédémos lui-même dit que la Providence gouvernait tout, ce qui expliquait l'éloquence et la beauté de leurs discours. Puis ils cessèrent de les interroger. Le roi déclara que leur présence seule lui avait fait déjà le plus grand bien, puisqu'il avait appris d'eux comment il fallait régner ; puis il commanda de leur donner à chacun trois talents, et de les conduire à leurs logements pour les faire reposer[34]. Au bout de trois jours, Démétrius les emmena, leur fit traverser la jetée de sept stades, passa le pont, puis remonta au nord, et les réunit dans une maison bâtie au bord de la mer, et dont la solitude était bien propre à l'étude. Quand il les eut amenés là, il les pria, comme ils étaient pourvus de tout ce dont ils avaient besoin pour traduire la loi, de procéder sans relâche à cette besogne. Ils mirent toute leur attention et tout leur zèle à la traduction de la loi. Ils s'en occupaient jusqu’à la neuvième heure ; puis ils la laissaient pour s'occuper des soins du corps : tout le nécessaire leur était abondamment fourni, et Dorothéos leur donnait de plus beaucoup de choses préparées pour le roi, par ordre de celui-ci. Le matin, ils venaient à la cour saluer Ptolémée, puis retournaient au même endroit, et, après s'être lavé les mains dans la mer et avoir fait leurs ablutions, ils se remettaient à la traduction de la loi.

Quand la loi fut traduite et le travail de traduction terminé, ce qui dura soixante-douze jours, Démétrius rassembla tous les Juifs dans le lieu où les lois avaient été traduites, et, en présence également des interprètes, donna lecture de celles-ci. La multitude applaudit les vieillards qui avaient traduit la loi, et loua l’idée qu'avait eue Démétrius à qui ils étaient redevables ainsi de grands biens ; elle demanda qu'on donnât aussi la loi à lire à ses chefs. Et le prêtre[35], les anciens[36] et les chefs de la communauté, trouvant que la traduction était parfaite, demandèrent qu'elle restât telle, sans que rien y fût changé. Tous furent de cet avis, et l'on décida que si jamais quelqu'un découvrait quelque passage ajouté ou retranché à la loi, après nouvel examen et démonstration faite, il le corrigerait ; sage mesure, grâce à laquelle ce qui aurait été une fois jugé bon serait maintenu pour toujours[37].

14. Le roi se réjouit vivement de la réalisation et des bons résultats de son projet. Mais quand les lois lui eurent été lues, sa satisfaction grandit de toute son admiration pour l'intelligence et la sagesse du législateur ; et il se mit à demander à Démétrius comment il se faisait qu'aucun des historiens ou des poètes n'avait parlé de ces lois si admirables. Démétrius répondit que personne n'avait osé en aborder la description à cause de leur origine divine et de leur sainteté, et que quelques-uns pour l'avoir tenté avaient été frappés par Dieu. Il cita Théopompe, qui, ayant voulu en parler, avait eu l'esprit troublé pendant plus de trente jours, puis avait apaisé Dieu pendant ses intervalles de lucidité, jugeant bien que c'était là l'auteur de sa folie ; il fut averti, d'ailleurs, en songe que ce malheur lui était arrivé parce qu'il avait touché à des choses divines et voulu les mettre à la portée du vulgaire ; quand il renonça à son projet, il reprit tout son bon sens. Démétrius dit encore au roi que l'on rapportait du poète tragique Théodecte qu'ayant voulu dans un de ses drames mentionner quelques paroles des livres saints, il avait été atteint de glaucome aux yeux et qu'après avoir reconnu la cause de ce mal, il en avait été délivré, une fois Dieu apaisé.

15. Le roi instruit de ces faits par Démétrius, comme on vient de le raconter, vénéra profondément ces livres et ordonna qu'on en prit le plus grand soin afin qu'ils demeurassent intacts. Il invita les traducteurs à revenir souvent de Judée pour le voir : leur visite leur serait profitable, tant pour les honneurs que pour les présents qu'elle leur rapporterait de sa part[38]. Il lui paraissait, en effet, juste, pour le moment, de leur rendre leur liberté, mais s'ils revenaient d'eux-mêmes, ils trouveraient un accueil aussi empressé que le méritait leur sagesse et que sa propre générosité serait capable de le leur faire. Il les congédia donc après avoir donné à chacun trois très beaux vêtements, deux talents d'or, une coupe d'un talent et la couverture de leur lit de banquet. Tels furent les présents qu'ils reçurent de lui. Au grand-prêtre Éléazar il envoya par leur entremise dix lits à pieds d'argent avec leur garniture, une coupe de trente talents, et de plus dix vêtements, une robe de pourpre, une riche couronne, cent pièces de toile de lin, et enfin des phiales, des plats, des vases à libation et deux cratères d'or destinés à être déposés dans le Temple. Il le pria par lettre, si quelques-uns des envoyés voulaient revenir le voir, de les y autoriser, car il attachait le plus grand prix au commerce des hommes instruits, et se trouvait heureux de dispenser ses dons à de tels personnages. Tels furent les honneurs et la gloire que reçurent les Juifs de Ptolémée Philadelphe. 
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21 décembre 2009 1 21 /12 /décembre /2009 19:32
 Par Aschkel  

A peine sortis de 'Hanoucca, période à laquelle donc les Maccabim montrèrent un héroisme incroyable face à l'héllénisme et qui donna lieu au miracle de 'Hanoucca, Héllénisme n'ayant que pour seul but de vaincre intellectuellement et spirituellement les juifs, nous voilà plongés dans le mois de Tévet, au IIIème siècle avant l'ère commune, le 8 Tévet exactement,  jour où un drame d'une grande ampleur se produisit.


On peut vraiment appeler cela non pas une tragédie grecque, mais plutôt une tragédie juive !


Le 8 Tévète est le jour funeste (à certains égards tout au moins) où la Tora fut traduite en grec, sur ordre de Ptolémée II (Philadelphos) roi d'Égypte, dont dépendait la province de Judée à cette époque (3e siècle avant l'ère chrétienne). 

Ce jour-là, est-il dit dans Méguilate Ta'anite, fut aussi funeste pour Israël que celui où fut fabriqué le veau d'or. 

Effectivement, les Juifs d'Égypte se réjouirent beaucoup de la facilité qui leur fut donnée ainsi de lire la Tora en traduction grecque; mais ils finirent par oublier leur attachement à la croyance de leurs ancêtres, et s'hellénisèrent rapidement! 

http://www.aschkel.info/article-judaisme-le-mois-de-tevet-41297457.html


Durant le mois de Tevet, se sont produits des changements qui ont jeté une ombre sur l’histoire juive.

Le 8 Tevet, la traduction de la Torah en grec ordonnée par Ptolémée, a été complétée. L’empereur égyptien était pleinement conscient de la complexité de cette tâche. Il a donc rassemblé 70 érudits pour composer une traduction qui ne devait ne s’appuyer que sur le texte écrit. Par cet intermédiaire, il espérait apporter aux grecs la compréhension littérale des cinq livres de Moïse, ainsi qu’un aperçu sur ce que D.ieu a réellement transmis aux juifs au Mont Sinaï.

La traduction qui en a résultée, est classifiée de tragédie. Pourquoi ? Est-ce inhérent à toute traduction ? Pourquoi la vérité de la Torah devrait-elle demeurer inaccessible ? De nos jours, le foisonnement de traductions est ahurissant. J’ai personnellement comblé mon ignorance en matière de liturgie et d’étude grâce aux livres de prière et au Pentateuque traduits.

Quelle est la différence entre la Septante (la traduction des 70 sages) et la Bible du
Rabbinat ?

Ptolémée voulait helléniser la Torah. Il voulait la mettre dans sa bibliothèque avec tous les autres classiques de l’époque. Pour lui, il était inconcevable qu’un document, qu’il ait été donné par D.ieu ou écrit par l’homme, soit traité différemment.

La Torah est un mode de vie qui a pour but de nous transformer et de nous faire accéder à des domaines inconnus - l’infinité de D.ieu. Les autres ouvrages cherchent simplement à nous apporter une plus grande connaissance. Ils s’intéressent aux hommes et à leur monde, alors que la Torah traite d’un monde qui dépasse des limites de l’observation humaine. Les auteurs des traductions contemporaines de la Torah ont voulu rendre cette expérience accessible à chacun. Ptolémée, quant à lui, voulait donner accès à la Torah en réduisant son champ de vision et en l’adaptant aux limitations de l’esprit humain.

Ce fut une tragédie. En fait, nos Sages la comparent à la faute du Veau d’or. Dépassés par leur rencontre avec un D.ieu insondable au Mont Sinaï et pensant que Moïse ne se trouvait plus parmi eux, les juifs ont façonné un dieu à eux. Ce dieu correspondait à leur imagerie de symbolisme religieux. Ils ont « nanifié » D.ieu, alors qu’ils avaient cette chance unique sonder l’inconnu avec une foi pure et de se sublimer.

http://www.lamed.fr/


J'ai retrouvé en Français un texte des Antiquités judaiques de Flavius Josephe, évoquant cette période.

Je vous laisse le découvrir dans l'article suivant.





 
Ptolémée II
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