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16 novembre 2009 1 16 /11 /novembre /2009 05:34
Les Juifs en EspagneLe pays le plus accueillant pour les Juifs, du huitième au douzième siècles, a été l’Espagne.

Avec la conquête par les Musulmans de régions européennes de plus en plus vastes, les Juifs du Moyen-Orient ont vu que s’y offraient à eux de nouvelles possibilités.
L’une des meilleures terres d’accueil s’avéra être l’Espagne, à partir de la conquête musulmane de 711. De fait, leurs conditions d’existence y ont été si bonnes que la moitié de la population juive, encore à ce jour, est appelée séfarade, c’est-à-dire « espagnole », l’autre moitié étant achkenaze, c’est-à-dire « allemande ».

Les Juifs ont découvert entre eux et le monde musulman une relation symbiotique.
Une des personnalités les plus influentes en Espagne.
- Les Juifs ont brillé dans le commerce.
Ils ont servi d’intermédiaires entre les mondes chrétien et musulman, qui étaient engagés à cette époque dans une rivalité aiguë et qui ne communiquaient pas directement l’un avec l’autre. C’est ainsi que des Juifs engagés dans le négoce ont parcouru l’Extrême-Orient, le Moyen-Orient, et l’Europe.
- Les Juifs ont brillé dans le niveau d’érudition.
Les Musulmans étaient fascinés par la culture classique, mais ils ne savaient ni le grec ni le latin, de sorte que les Juifs sont venus combler l’écart qui les en séparait en traduisant en arabe les œuvres écrites dans ces deux langues. Les Juifs ont aussi contribué à disséminer la culture arabe dans l’Europe chrétienne en traduisant des textes arabes en hébreu, puis en envoyant ces traductions en Europe, où d’autres Juifs les ont retraduites en latin - la langue de l’Empire Romain qui était alors encore utilisée.

 

Dans l’Espagne musulmane, les Juifs ont découvert une relation symbiotique entre eux et le monde non juif qui les entourait.
Dans une large mesure, les Musulmans ont exercé leur impact sur les Juifs. Certains des plus grands érudits juifs ont écrit en arabe. Mais l’influence a été beaucoup plus importante dans l’autre sens. On peut affirmer, à ce sujet, que si le monde musulman, surtout en Espagne, s’est tellement épanoui, ce fut à cause du grand nombre de Juifs qui ont pu s’y développer librement.

 

LES CONTRIBUTIONS JUIVES

 

Toutes les sphères d’activités, économiques ou intellectuelles, ont été enrichies par des contributions juives. Par exemple :
- Les Juifs ont brillé dans les métiers spécialisés.
Les Juifs étaient d’excellents tanneurs, ouvriers sur métaux, orfèvres, joailliers et bijoutiers. (Certains de ces talents survivent encore aujourd’hui. Les Juifs yéménites ont conservé leur réputation comme bijoutiers, et les diamantaires juifs sont célèbres à travers le monde entier.)
- Les Juifs ont brillé dans les sciences, surtout en médecine.
Il y a eu beaucoup de médecins juifs, le plus célèbre ayant été au dixième siècle ‘Hasdaï ibn Chaprout, le médecin de deux Califes, considéré comme l’

 

DES ÉCRIVAINS ET DES PHILOSOPHES

 

Certains des plus grands écrivains et philosophes juifs datent de cette époque. Trois d’entre eux méritent d’être spécialement signalés :
- Abraham ibn Ezra, célèbre médecin, philosophe, astronome, et commentateur de la Bible.
- Ba‘hia ibn Pakouda, moraliste célèbre qui a écrit Les devoirs du cœur, livre encore considéré aujourd’hui comme faisant autorité dans le domaine de l’éthique. Il y examine les obligations d’une vie intérieure et présente un système destiné à évaluer un véritable engagement religieux.
- Yehouda HaLévi, auteur célèbre du 
Kouzari, roman philosophique basé sur l’histoire du roi des Khazars, un royaume situé entre la Mer Noire et la Mer Caspienne. Au huitième siècle, le roi des Khazars, se demandant s’il devait adhérer au christianisme ou à l’islam, fit venir devant lui de grands érudits pour qu’ils débattent des mérites des religions du monde. A la suite de ce débat, il se convertit au judaïsme ainsi qu’une partie importante de ses sujets. L’histoire des Khazars se termina au onzième siècle quand leur royaume fut détruit par une coalition russo-byzantine. Se basant sur cette histoire authentique, Yehouda HaLévi reconstitua fictivement dans son ouvrage le débat devant le roi, et son livre continue d’être lu aujourd’hui.
Le paradis juif en Espagne prit fin brutalement quand une cruelle dynastie berbère musulmane - les Almohades - prit le pouvoir au douzième siècle. Quand les Almohades s’emparèrent du sud de l’Espagne, ils donnèrent aux Juifs le choix entre trois issues : se convertir à l’islam, partir, ou mourir.

Parmi les nombreux Juifs qui ont fui l’Espagne à cette époque a figuré le célèbre Maïmonide.
Parmi les nombreux Juifs qui ont fui l’Espagne à cette époque a figuré le célèbre Maïmonide (souvent connu sous le nom de Rambam, acronyme de son nom entier, Rabbi Moché ben Maïmon).
(Signalons au passage l’emploi fréquent, pour désigner des personnalités juives célèbres, de leurs initiales. C’est parce que les Juifs ne portaient pas de noms de famille, ne l’ayant fait que plus tard, lorsqu’ils y ont été forcés par les collecteurs chrétiens d’impôts. On désignait les Juifs sous leur prénom et celui de leur père, parfois sous des noms de tribus, comme Cohen ou Lévi, ou des désignations de leur origine. Voilà pourquoi il était plus facile de raccourcir tant de noms par des initiales.)

 

 

MAÏMONIDE

 

Maïmonide (Moché ben Maïmon) est né à Cordoue, en Espagne, la veille de Pessa‘h1135 dans une éminente famille rabbinique. Dans sa généalogie figuraient le roi David et Rabbi Yehouda Ha-Nassi, le compilateur de la Michna (voir chapitre 39).
Son premier maître a été son père, Rabbi Maïmon ben Yossef, un juge juif, qui lui a appris non seulement le Talmud, mais encore des rudiments de mathématiques, d’astronomie et de philosophie.
Maïmonide n’avait que 13 ans quand sa famille fut forcée de quitter l’Espagne. Après avoir erré sans toit pendant plusieurs années - au cours desquelles son père est mort -Maïmonide et son frère David finirent par s’installer au Caire, en Egypte. Maïmonide y continua d’étudier la Tora, tandis que son frère David, négociant en pierres précieuses, soutenait matériellement la famille. Quand David périt au cours d’un voyage de mer, le fardeau en incomba à Moché.
Maïmonide refusait toute rémunération pour ses connaissances en Tora, et donc, afin de gagner sa vie, il étudia la médecine. Sa réputation s’étendit très vite, et il fut bientôt nommé médecin à la Cour du Sultan Saladin au Caire. Il fut aussi nommé grand rabbin du Caire.
Il ne se félicitait cependant pas de vivre en Egypte. Il est en effet contraire à la loi juive, depuis l’Exode, que l’on habite en Egypte. Aussi signait-il : « Moché ben Maïmon, qui contrevient chaque jour aux commandements de la Tora en résidant en Egypte ».
En plus de sa célébrité comme médecin, Maïmonide fut un écrivain prolifique. De ses volumineux ouvrages - rédigés pour la plupart en arabe mais écrits avec des caractères hébraïques - il en est quatre qui ont acquis une immense célébrité.
- Commentaire sur la 
Michna - ses explications de la Michna.
Michné Tora (également connu sous le nom de Yad ha-‘Hazaka) - sa codification de toutes les décisions légales du Talmud.
Guide des Egarés - où il explique comment des enseignements de la Tora apparemment contradictoires sont en fait une partie d’un tout unifié complet.
Discours sur le Monde à venir - son explication de l’ère messianique, incluant les « Treize Articles de Foi » (ce discours est contenu dans son introduction au traitéSanhédrin 10, 1).
Les œuvres de Maïmonide firent l’objet, de son vivant, de violentes controverses. Certaines de ses opinions étaient estimées trop radicales, d’autres étaient simplement mal comprises. Les polémiques ont atteint une telle intensité que ses écrits ont été interdits, et après sa mort en 1233, brûlés à l’instigation des rabbins.
Cependant, quand le roi de France Louis IX, neuf ans plus tard, ordonna que le Talmud soit brûlé, les Juifs ont interprété cette décision comme une punition de Dieu « mesure pour mesure », suite à la destruction des œuvres de Maïmonide. De fait, celui qui était à l’origine de la condamnation et de la destruction par le feu, Rabbi Yona Gerondi, finit par se repentir de son attitude et rédigea un livre, 
Cha‘arei tehouva (« Les Barrières du Repentir »), comme une forme d’expiation pour ses appréciations diffamatoires surMaïmonide.
Les travaux de Maïmonide sont aujourd’hui universellement acceptés et respectés. De fait, Maïmonide est connu dans le monde juif comme l’un des plus importants 
Richonimou « premiers commentateurs ».
Ce groupe de Sages juifs fait suite à ceux dont nous avons parlé plus haut : les
Tannaïm ou « Professeurs » (de 200 avant l’ère commune à 100 après), qui sont cités dans la Michna ; les Amoraïm : « ceux qui expliquent » (de 200 à 500), qui sont cités dans la Guemara ; et les Gaonim ou « Génies » (de 500 à 1038) qui étaient les maîtres des académies babyloniennes post-talmudiques. Les Richonim (de 1038 à 1439) ont considérablement enrichi le niveau d’érudition juive.
Il convient de citer parmi les plus célèbres Richonim, en plus de 
Maïmonide, le rabbin français, Chelomo ben Yits‘haq, mieux connu à travers le monde par les initiales de son nom : Rachi.

 

RACHI

 

Une question se pose ici : Comment des Juifs ont-ils abouti en France ?
Tout d’abord, des Juifs s’étaient établis 1 000 ans auparavant dans les lointains avant-postes de l’Empire Romain. Mais ils y sont restés longtemps très peu nombreux. Leur développement a été la conséquence de curieuses fantaisies du destin.
La tradition juive rapporte qu’au huitième siècle, Charlemagne, voyant l’importance qu’avaient les Juifs auprès des Musulmans, demanda au Calife de lui envoyer quelques rabbins, sachant qu’une fois arrivés, d’autres Juifs suivraient.
En outre, des Juifs étaient fréquemment enlevés par des pirates qui savaient que leurs coreligionnaires seraient disposés à payer des sommes importantes pour les racheter. Un petit groupe de Juifs français a ainsi investi beaucoup d’argent pour racheter Rabbi Nathan 
ha-Bavli dans de telles circonstances, non sans lui avoir posé pour condition à sa libération qu’il vienne fonder une yechiva dans leur communauté en France - ce qu’il a fait.
Rachi (Chelomo ben Yits‘haq), le plus célèbre des rabbins français, est né en France en 1040, puis il est parti étudier dans une 
yechiva en Allemagne.

Tout comme Maïmonide, Rachi refusa toute rémunération pour ses connaissances en Tora.
Après qu’il eut achevé ses études, Rachi retourna en France et s’installa à Troyes, sa ville d’origine. Tout comme Maïmonide, il refusa toute rémunération pour ses connaissances en Tora, tirant ses ressources de l’exploitation de ses vignobles.
Rachi avait une connaissance absolument encyclopédique de la Tora. Il entreprit de répondre à des questions les plus évidentes qui viennent à l’esprit quand on lit le texte. C’est pourquoi tellement d’éditions de la Tora incluent aujourd’hui encore ses explications en marge du texte.
Une autre partie de l’œuvre de Rachi est constituée par son commentaire sur tout le Talmud de Babylone. Ce commentaire apparaît aujourd’hui en marge « intérieure » de presque chaque page de 
Guemara. Ses explications nous sont de plus en plus indispensables au fur et à mesure que nous nous éloignons chaque jour davantage de la révélation au Mont Sinaï, et qu’il nous devient de plus en plus difficile de comprendre les nuances de la loi juive.
Rachi n’a pas laissé de fils, mais il a eu deux filles restées célèbres, Miryam et Yokhéved, auxquelles il a enseigné le Talmud. Elles ont épousé de grands érudits, et leurs enfants ont suivi leurs traces. Les gendres de Rachi, ses étudiants, et ses descendants ont formé ce que l’on a appelé les 
Ba‘alei ha-Tossafoth - les « Maîtres des additions ». Les Ba‘alei ha-Tossafoth ont ajouté au Talmud leurs commentaires, imprimés aujourd’hui en marge « extérieure » de chaque page du Talmud. Le plus célèbre de ce groupe est le petit-fils de Rachi, Rabbi Ya‘aqov ben Méir, connu aussi sous la dénomination de Rabbénou Tam.
Rachi est décédé en 1105 après avoir survécu à la première Croisade, pendant laquelle près de 30 % des Juifs d’Europe ont été massacrés.
Selon la tradition juive, il rencontra un des dirigeants de la Croisade, le gentilhomme français Godefroy de Bouillon. Comme il s’apprêtait à partir en Croisade pour libérer la Terre Sainte des Musulmans, Rachi lui annonça qu’il réussirait mais qu’il reviendrait avec seulement deux chevaux. En réponse, Godefroy promit à Rachi que si sa prédiction était fausse, il le tuerait à son retour.
En fait, Godefroy revint chez lui de la Croisade avec seulement trois chevaux, mais comme il passait la porte de la ville de Troyes, la pierre du faîte de la voûte tomba et tua l’un d’eux.

 

 

Traduction et adaptation de Jacques KOHN

 http://www.lamed.fr/
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16 novembre 2009 1 16 /11 /novembre /2009 05:27
la Menorah en ArgentLe trésor caché d'une Menorah pas comme les autres...

Abraham, le père de Diego, était un homme à la fois érudit et riche. Il était connu dans toute l'Espagne pour ses chefs-d'œuvre en argent ciselé. Aucun autre argentier ne l'égalait et personne n'était plus capable que lui de faire des gobelets décorés de fleurs ou de têtes d'animaux. Nul ne savait donner au métal une telle douceur et une telle vivacité. Cet homme était devenu un des chefs les plus riches et les plus honorés de la communauté juive de Burgos.

A cette époque, de sombres nuages apparaissaient à l'horizon de la vie heureuse que menaient les juifs d'Espagne. Nombreuses étaient les villes qui étaient témoins de persécutions juives et l'Inquisition marquait le pas. Parmi les pires ennemis des Juifs se trouvaient des renégats convertis qui essayaient de surpasser les Chrétiens en cruauté, en torturant leurs coreligionnaires. Un de ceux-ci, Paulus de Burgos, de triste réputation, sema la mort et les souffrances parmi des milliers de familles juives, faute de pouvoir les convertir.

Abraham avait des amis puissants. Un commerçant de Rome qui autrefois était un de ses admirateurs et un de ses meilleurs clients, usa de son influence pour obtenir sa libération. De plus, il lui paya son voyage ainsi qu'à sa femme et à son fils, Diego. Ils s'étaient embarqués sur un bateau portugais dont le capitaine ne perdait aucune occasion de voler aux réfugiés juifs, si éprouvés, les derniers biens qui leur restaient, et de les faire mourir en les privant de nourriture et en les forçant à vivre dans des conditions insalubres. Les parents de Diego ne résistèrent pas à cette épreuve et moururent avant que le bateau atteignit le port de Gênes. Alors, le capitaine, une vraie brute, fit envelopper leurs corps dans une toile grossière et les jeta à la mer. Diego, jeune garçon de douze ans, était maintenant tout seul au monde.

SEUL AU MONDE

A Gênes, les malheureux passagers quittèrent le bateau et Diego trouva refuge auprès d'une riche famille juive. Mais il ne devait pas y rester longtemps, car le Conseil Municipal ordonna à tous les juifs espagnols de quitter Gênes dans les deux jours. C'est ainsi que le pauvre enfant reprit son voyage dangereux, privé de tendresse et d'une vie régulière nécessaires à un garçon de son âge.

Il se joignit à un groupe de Juifs qui avaient entendu parler d'un pays septentrional, la Hollande, qui, disait-on, était prête à recevoir les réfugiés juifs espagnols. Ils avaient également entendu parler de Dona Gracia et de son neveu, Don Joseph Nassi, qui donnaient sans compter, leurs richesses, qu'ils avaient réussi à sauver, pour venir en secours à leurs frères en détresse qui, bien que chassés et méprisés, étaient néanmoins fiers de leur passé. Le groupe auquel s'était joint Diego allait de ville en ville, demandant des aumônes et vendant les derniers biens qui lui restaient. Abraham n'avait pas pu emporter grand chose, et lorsqu'il mourut, il ne laissa que très peu à son fils.

Pendant ces mois de voyages incessants, Diego avait perdu ou vendu tout ce qu'il avait hérité de son père. II n'avait gardé qu'un seul objet qu'il portait cousu dans son costume de velours bleu foncé : une belle petite Menorah (un candélabre) en argent. Il l'avait reçue de son père le jour de son anniversaire et celui-ci lui avait demandé de ne jamais s'en défaire, même dans les jours de détresse. C'est la raison pour laquelle le pauvre garçon n'avait gardé, en souvenir de son cher père, que cette Menorah qui était un vrai chef-d'œuvre. Il se sentait souvent près de mourir de faim, mais à aucun moment l'idée ne lui vint de se séparer de cette petite Menorah.

En effet, ce petit candélabre était le dernier maillon que le liait à un monde qu'il avait perdu et qui, dans sa détresse actuelle, lui semblait un paradis qui n'existait que dans des rêves.

Après un voyage mouvementé le long de la côte méditerranéenne, Diego et son groupe arrivèrent en France. Là, ils suivirent la vallée du Rhône, jusqu'à ce qu'ils arrivèrent au Rhin. Nulle part, ils ne recevaient l'autorisation de rester plus de quelques jours. Beaucoup de ceux qui avaient un certain âge, ne purent supporter les fatigues et les tourments de ce pénible voyage et moururent.

Diego qui avait été un garçon fort et plein de santé, devenait pâle et commençait à perdre ses forces. Il aurait péri depuis longtemps pendant ce périple si le vieux Rabbi Jacob de Castillo n'avait pris soin de cet orphelin comme de son propre fils. Car ce vieillard intelligent, au caractère endurci par de longues années de voyages et de souffrances et connaissant bien la vie, trouvait toujours une solution pour aider et réconforter le jeune homme. Rabbi Jacob de Castillo apprenait à Diego la source du Judaïsme et la tradition juive, lui expliquant pour quelle raison il devait tant souffrir, tandis que d'autres enfants pouvaient s'amuser dans les rues, protégés par leurs parents. Il lui apprit à rester fier et à ne pas perdre sa dignité malgré les jurons et les pierres jetés contre les Juifs.

C'est ainsi que les deux hommes, le vieux Rabbin et le jeune Diego, longeaient le Rhin. Il leur arriva plus d'une fois d'être jetés dans d'infectes prisons ou d'échapper à la dernière minute à un danger mortel. C'était déjà l'hiver lorsqu'ils arrivèrent à Spire. Dans cette ville, il était interdit à tout Juif de passer la nuit, car le Prince les avait tous chassés de son territoire. Pour comble de malheur, Rabbi Jacob tomba subitement malade, terrassé par une pneumonie qu'il avait attrapée en dormant par terre dans une forêt par une froide nuit d'hiver. Diego fut obligé de le transporter dans un petit village non loin de Spire où il loua une modeste chambre dans une simple auberge au bord de la route. Là, dans cette pièce nue, Rabbi Jacob rendit l'âme, laissant Diego tout seul dans un monde cruel et hostile.

Après avoir enterré son ami et professeur, Diego poursuivit sa route jusqu'à ce qu'il arrivât un soir dans une petite ville. Là, il vendit les vêtements du Rabbin et avec l'argent il acheta un morceau de pain et loua une chambre.

 

LE TRESOR CACHE

 

En réalisant que c'était la première nuit de 'Hanouccah et aussi son anniversaire, il ne put résister, et avec le peu d'argent qui lui restait il se procura deux petites bougies. Puis, il revint dans sa chambre, ouvrit la couture de son costume de velours et en sortit la petite Menorah en argent. Il la polit jusqu'à ce que l'argent brillât de tout son éclat, et il alluma la première bougie de 'Hanouccah.

En voyant la petite flamme vaciller et la bougie se consumer, de grosses larmes coulèrent sur ses joues. II resta longtemps devant ce feu sacré, se remémorant le vieux temps lointain où il était si heureux et oubliant complètement sa chambre froide et la situation désespérée dans laquelle il se trouvait. Il caressa la petite Menorah, touchant tendrement de ses mains ses parties ouvragées et les boutons de fleurs qui couvraient toute sa tige.

Tout d'un coup, la partie inférieure de la Menorah s'ouvrit, car sans s'en rendre compte, il avait poussé un bouton déclenchant un mécanisme secret grâce auquel on découvrait l'intérieur de la Menorah. Craignant d'avoir cassé le seul cadeau qui lui restait de son cher père, il examina l'ouverture et y trouva une pochette remplie de diamants.

A la partie supérieure de la Menorah, là où la tige était surmontée d'un Maguène David, il trouva un petit morceau de parchemin. Ses larmes mouillèrent cette écriture de son bon père qui, des années après sa mort, s'adressait ainsi à lui, lui disant qu'il lui avait fait cadeau de cette Menorah pour son troisième anniversaire, dans l'espoir que ce trésor caché lui rendrait service un jour, en cas de besoin.

En effet, ce père intelligent avait bien prévu les choses, car dans la situation désespérée dans laquelle se trouvait maintenant son fils, les pierres précieuses lui étaient d'une aide inimaginable. Vendant les diamants, Diego se réserva une place sur un bateau en partance pour Amsterdam. Après plusieurs semaines de voyage agréable, il arriva dans cette ville puissante qui, à cette époque, était le port de refuge de toutes les victimes des persécutions. Il reprit le métier de son père et devint un joaillier et un argentier de renom. Il en garda la petite Menorah sous un globe de verre dans sa salle à manger, et bien que des amateurs d'art lui eussent offert de grosses sommes d'argent pour ce chef-d'œuvre, pour rien au monde il n'eût voulu le vendre.

Pendant des centaines d'années cette petite Menorah resta dans les mains de ses descendants qui racontaient son étrange histoire à tous ceux qui leur rendaient visite.

 Source : http://www.lamed.fr/

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13 novembre 2009 5 13 /11 /novembre /2009 09:05
http://www.interbible.org/l   

Par Christian Boyer - Montréal 





Hébron, la ville d'Abraham

La ville d’Hébron, située à trente kilomètres au sud de Jérusalem, est une ville sainte pour les juifs, les chrétiens et les musulmans. C’est là que se trouve le tombeau familial d’Abraham, père des trois grandes religions monothéistes : le « Caveau des Patriarches ». Il est aujourd’hui divisé en deux sections jalousement gardées, l’une musulmane, l’autre juive.

ballade dans une camionnette

Le Caveau des Patriarches, à Hébron.
(photo : C. Boyer)

     Le Caveau des Patriarches a été construit par le roi Hérode le Grand. À l’origine, le monument hérodien était à ciel ouvert. Si on fait abstraction des créneaux et du minaret, datant de l’époque de Saladin au Moyen Âge, la muraille que l’on peut admirer actuellement donne une bonne idée de ce à quoi pouvait ressembler le mur entourant l’esplanade du temple de Jérusalem (duquel seule la section inférieure est d’époque hérodienne). Certains blocs de pierres sont immenses, le plus gros mesurant de sept mètres et demi de largeur! Les pierres ont été posées les unes sur les autres en laissant à chaque fois un décalage d’un centimètre et demi vers l’intérieur afin de créer l’illusion, vue du sol, que le mur est parfaitement vertical.

ballade... à pieds

Les musulmans utilisent cette entrée pour accéder au Caveau des Patriarches, 
qu’ils désignent Haram el-Khalil, ce qui signifie « Sanctuaire du Bien-aimé », 
c’est-à-dire d’Abraham, bien-aimé de Dieu.
(photo : C. Boyer)

     Le Caveau des Patriarches abrite les tombeaux d’Abraham et de Sarah, d’Isaac et de Rebecca, de Jacob et de Léa (celui Rachel se trouve ailleurs) et celui de Joseph. Ce sont bien évidemment des cénotaphes, c’est à dire des tombeaux commémoratifs qui n’ont jamais vraiment contenu le corps des patriarches ; ils datent d’ailleurs tous du Moyen Age. Il y a même, dans un coin de la section musulmane, une empreinte de pied qui serait celle d’Adam, une tradition islamique faisant d’Hébron le lieu où Adam et Ève seraient venus s’installer après avoir été chassés du jardin d’Éden.

crevaison

Le tombeau de Jacob, dans la section juive du Caveau des Patriarches, 
devant lequel un juif hassidique est en prière.
(photo : C. Boyer)

     Hébron est une des plus anciennes villes de Juda. Le livre des Nombres rapporte qu’elle fut fondée sept ans avant la ville égyptienne de Tanis, elle-même fondée vers 1720 avant notre ère (Nb 13,22). Pourquoi le rédacteur des Nombres fait-il ce curieux parallèle entre les deux villes? Probablement parce que Hébron fut la première capitale du roi David et qu’à son époque Tanis était la capitale de l’Égypte; l’ancienneté et donc le prestige d’Hébron s’en trouvait rehaussé. Mais en fait la ville est encore plus ancienne que ça; les archéologues ont révélé l’existence d’une ville fortifiée déjà vers l’an 2000. Selon la Bible, la ville portait le nom de Qiryat-Arba (Jos 14,15), qui signifie « la ville des Quatre », peut-être en référence au nombre de clans qui y résidaient ou au nombre de collines de la région.

attaque ciblée

Hébron.
(photo : C. Boyer)

     La Bible raconte que c’est à Hébron qu’Abraham s’établit avec sa famille, après avoir quitté « Ur en Chaldée » (en Irak actuel) suite à l’appel de Dieu (Gn 13,18). À la mort de Sarah, Abraham négocie l’achat d’un terrain comportant un champ et une tombe, la grotte de Makpéla, dans laquelle il dépose la dépouille de sa femme (Gn 23,1-20). Abraham lui-même sera enterré à cet endroit (Gn 25,8-10), ainsi qu’Isaac et sa femme Rebecca, puis Jacob et première femme, Léa (Gn 49,29-33).

     Après la sortie d’Égypte, alors que les Hébreux erraient dans le désert, des éclaireurs envoyés à Canaan par Moïse se rendirent à Hébron et rapportèrent que ce pays « ruisselle de lait et de miel » mais qu’il est habité par des géants, les Anaqim, les fils d’Anaq (Nb 13). Après la conquête de Canaan, Josué confia la région à Caleb, un de ses espions, qui en expulsa les fils Anaq (Jos 14,13-1415,13-14).

cortège funèbre

Le tombeau d’Isaac et celui de Rebecca (à gauche) se trouvent 
dans la section musulmane du Caveau des Patriarches. 
À droite, un mihrab, niche indiquant la direction de La Mecque.
(photo : C. Boyer)

     C’est à Hébron que David fut désigné « roi de Juda » par la population de la région (2S 2,4), et c’est à partir de cette ville qu’il régna pendant sept ans et demi avant de faire de Jérusalem la capitale d’un royaume comprenant Juda et Israël (2S 5,1-5). C’est aussi à Hébron que son fils Absalom établit son quartier général, d’où il conspira contre David (2S 15,7-11).

     La ville d’Hébron passa éventuellement sous le contrôle des Édomites, et à l'époque des Maccabée Judas et ses frères en firent la reconquête (1M 5,65). Bien qu’elle ne soit jamais mentionnée dans le Nouveau Testament, Hébron était au tournant de notre ère une des principales villes d’Idumée (au sud de la Judée) et vraisemblablement un lieu de pèlerinage important, puisque Hérode le Grand, lui-même Iduméen, fit ériger, autours de la caverne de Makpéla, l’enceinte du Caveau des Patriarches qu’on peut visiter aujourd’hui.

cortège funèbre

La ville d’Hébron est triste avec ses rues désertes 
et les portes closes de ses boutiques.
(photo : C. Boyer)

     La ville d’Hébron fut le théâtre de plusieurs épisodes de l’histoire biblique, mais aussi, au XXe siècle de notre ère, de plusieurs événements malheureux opposant la communauté musulmane majoritaire et la petite communauté juive, toutes deux ayant pourtant jusque-là réussit à cohabiter pacifiquement.

     Avant la création de l’État d’Israël (1948), à l’époque du mandat britannique, une violente émeute à Hébron occasionna le massacre de 67 juifs, et les survivants de la communauté juive furent pour la plupart expulsés ou évacués de la ville. Après la guerre des Six jours (1967), des juifs s’y réinstallèrent, formant la colonie de Qiryat-Arba, du nom biblique de la ville, la première d’une série de colonies à Hébron comptées parmi les plus radicales du pays. En 1994, pendant le ramadan, un colon de Qiryat-Arba ouvrit le feu sur des musulmans en prière dans le Caveau des Patriarches, faisant 29 morts et des dizaines de blessés. Peu après, la ville fut divisée en deux zones, celle sous contrôle israélien comprenant le Caveau des Patriarches.

     Dommage que la ville d’Abraham ne soit pas pour l’instant un lieu où se concrétisent les relations pacifiques qu’inspirent pourtant les traditions rassembleuses qui lui sont associées. 
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13 novembre 2009 5 13 /11 /novembre /2009 08:00
13 novembre 1791. Loi relative aux Juifs: enregistrement officiel par le Roi (13 novembre 1791) du Décret d'émancipation des Juifs, voté par l'Assemblée Constituante, en date du 27 septembre 1791.
En accordant, le 27 septembre 1791, les droits civiques à tous les Juifs de France, l'Assemblée constituante, malgré l'opposition de certains députés alsaciens, faisait des Juifs d'Alsace des citoyens à part entière. Elle supprimait les taxes et les impôts spéciaux qui distinguaient les Juifs de leurs voisins chrétiens, et leur imposait les mêmes obligations qu'à tous leurs concitoyens. Les Juifs pouvaient, dès lors, exercer toutes les professions, acquérir des immeubles, habiter où ils voulaient et se marier à leur gré.
Des communautés se reconstituèrent dans les villes jusqu'ici interdites aux Juifs : Strasbourg et Colmar attirèrent peu à peu les populations des villages avoisinants. Mais la suppression de la législation discriminatoire provoqua un affaiblissement du sens communautaire. Certains Juifs se désintéressèrent de la Kehila, refusant de participer à ses charges ou de reconnaître l'autorité de ses rabbins ou de sesparnassim.

Photo : Collection Dr. André Bernheim.
Source : http://judaisme.sdv.fr/
Avec Lamed.fr
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12 novembre 2009 4 12 /11 /novembre /2009 18:15
Le Golem
L’homme d’argile


 

 

 

Peu de personnes ignorent le Golem, cette créature étrange à laquelle donna le jour le célèbre Rabbi Judah-Leïb Loëwe, le Maharal de Prague, qui vécut il y a plus de 350 ans. De merveilleux récits au sujet de cet être étonnant nous ont été transmis de génération en génération. L'ancienne synagogue du Maharal, dans le vieux quartier juif de Prague, n'a pas cessé d'attirer nombre de visiteurs et de touristes, juifs aussi bien que non-juifs. Non seulement parce qu'elle est l'une des plus anciennes de la ville, celle que fréquenta le Maharal, et où le siège qu'il occupait à côté de l'Arche Sainte est respectueusement gardé vacant, mais aussi parce qu'on affirme que les restes d'argile du Golem sont conservés au grenier de ce lieu de prière. Nul n'est autorisé à y monter. Et quand les visiteurs en demandent la raison, il leur est répondu qu'un souci de sécurité l'impose, car le toit, peu solide, pourrait s'effondrer. En fait, ce grenier fut interdit depuis de longues années, étant considéré comme un lieu sacré.


 

Les fausses accusations

Enfants, nous n'étions pas en âge de comprendre grand-chose aux livres saints que le grand Maharal a écrits, et qui sont une source inépuisable d'inspiration. En revanche, nous étions fascinés par les récits sur le Golem, que le vieux Zékhariah, le Chammache de notre Beth Hamidrache, avait l'habitude de nous faire de temps en temps, et surtout pendant la fête de Pessa'h. Car le Maharal est né la première nuit du Sédère, et bon nombre des histoires sur le Golem se rapportaient à Pessa'h et aux terribles « Libellés du Sang » d'alors. Il était rare qu'une fête de Pessa'h passât sans une attaque, ou la menace d’une attaque, de la part d'une populace déchaînée et débordant de ressentiment contre les Juifs sans défense.

C'est dans le but de protéger la communauté juive de Prague contre les fausses accusations et les attaques que le Maharal fit le Golem, un personnage d'argile, et lui insuffla la vie par l'invocation du Nom de D.ieu que seuls de saints Kabbalistes d'une valeur exceptionnelle connaissent.

On affirme que la naissance même du Maharal mit en échec une telle accusation, comme l'atteste le récit suivant :

Un provocateur

Rabbi Betsalel, père du Maharal et chef de la communauté juive de Worms, était assis à la table du Sédère en compagnie de quelques invités de marque et d'un certain nombre d'indigents sans foyer. Quand, conformément à la coutume, le moment vint d'ouvrir la porte au prophète Élie, la femme de Rabbi Betsalel, enceinte de neuf mois, fut prise des douleurs de l'enfantement. Quelques invités se hâtèrent d'aller chercher une sage-femme. À ce moment précis, un individu d'allure louche profitait de l'obscurité pour s'approcher à pas feutrés de la maison de Rabbi Betsalel. Il portait sur l'épaule un sac contenant le cadavre d'un enfant chrétien. Son intention était de déposer son sinistre ballot dans la cave du rabbin, afin que ce dernier fût accusé, avec preuves à l'appui, de « meurtre rituel ». Mais voyant la porte de la maison s'ouvrir avec fracas, et plusieurs hommes se précipiter au dehors, le traître prit peur et s'enfuit. Il tomba sur une patrouille de police. Un homme qui court en pleine nuit ne peut qu'éveiller les soupçons. On l'arrêta et le cadavre de l'enfant fut découvert. Pris de panique, le gredin reconnut sans peine que des comploteurs l'avaient chargé, moyennant rémunération, de déposer le sac avec son macabre contenu dans la cave de Rabbi Betsalel. Ainsi, avant même que de naître, le Maharal sauvait la communauté juive d'un terrible « Libellé du Sang ».

Quand il devint Der Hohe Rabbi Loëwe, le Grand-Rabbin de Prague, le péril était grand pour les Juifs. Un moine nommé Tadeusz, antisémite notoire, suscitait et entretenait l'agitation contre les Juifs, se livrant à toutes sortes de machinations destinées à leur nuire. Cela ne laissait pas d'inquiéter beaucoup le Maharal ; il priait constamment D.ieu de leur venir en aide. Puis, il eut un songe dans lequel lui fut indiquée la conduite à tenir en ces circonstances.

Le lendemain matin, il fit appeler son gendre et son disciple le plus proche, et leur fit part du secret que le Ciel lui avait révélé. « Nous trois, nous constituerons un Beth Din (Cour de Justice) régulier, et nous ferons un Golem d'argile qui nous aidera à nous défendre contre nos ennemis », conclut-il.




http://www.prague-life.com/



Naissance du Golem

Les trois hommes se rendirent au Mikvé où ils se sanctifièrent trois jours durant, se livrant aux prières et au jeûne, et purifiant leurs esprits et leurs cœurs avec une concentration extrême. A l'aube du troisième jour, ils préparèrent un paquet de vêtements de la taille d'un homme normal, et l'emportèrent à un endroit hors de la ville, non loin de la rive du fleuve. Là, ils modelèrent une statue d'argile ayant l'apparence et la taille d'un homme ; il était dans une position inclinée, et son visage tourné vers le ciel.


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Le Maharal dit à son gendre, qui était un Cohen, d'accomplir sept Hakafoth (tours) autour du Golem tout en concentrant son esprit sur certains Noms et certaines lettres, saints les uns et les autres, et que le Maharal lui avait préalablement révélés. Puis il dit à son disciple, qui était un Lévite, de faire de même. Enfin, le Maharal accomplit à son tour les sept Hakafoth autour du Golem inerte. Ayant achevé le dernier tour, il posa un parchemin portant inscrit le Nom de D.ieu, sur les lèvres de la statue d'argile. Puis tous ensemble, ils récitèrent avec une grande concentration le verset des Écritures Saintes : « Et Il souffla dans ses narines un souffle de vie, et l'homme devint un être vivant. » Verset qu'ils répétèrent sept fois. À ce moment, le Golem ouvrit les yeux. Alors, le Maharal lui ordonna de se lever et de se couvrir avec les vêtements qu'ils lui avaient apportés.

Yossel Golem

« Ton nom est Yossel », dit le Maharal au Golem. « Je t'ai créé avec l'aide de D.ieu, afin que tu accomplisses la mission Divine de protéger les Juifs contre leurs ennemis. Tu obéiras à tous mes ordres, car tu n'as aucune volonté propre. Ta place sera à l'intérieur du Beth Din et tu rempliras les fonctions de Chammache (bedeau) ».

Ceci fait, les trois hommes prirent le chemin de la ville, suivis par le Golem. Il avait, comme nous l'avons dit, l'apparence d'un homme ordinaire, encore que ses mouvements eussent une certaine raideur. Muet — car le Maharal ne l'avait pas doté du don de la parole —, il était dépourvu de toute pensée et de toute intelligence.

On donna vite au nouveau bedeau le sobriquet de Yossel Golem. Toute la journée il demeurait assis au Beth Din, ne disant rien, ne faisant rien, le regard vide. Lui adressait-on la parole ? Il ne réagissait point, n'ouvrait jamais la bouche. Son visage s'animait seulement quand le Maharal lui parlait ; alors il écoutait attentivement, humblement, puis partait exécuter ponctuellement l'ordre reçu, quel qu'il fût.

Le Maharal envoyait le Golem patrouiller dans le ghetto. Il avait fort à faire surtout durant la période — la plus dangereuse pour les Juifs — allant de Pourime jusqu'après Pessa'h. Le Golem, obéissant à l'ordre de son maître, arpentait les rues étroites du ghetto. Il avait un flair, dont l'avait doté le Maharal, pour détecter dans le noir un ennemi des Juifs, quel qu'il fût. Il était à la fois puissant et agile. Sa proie ne pouvait espérer lui échapper. Le Golem capturait le chenapan, le garrottait, et le transportait comme un ballot jusque devant l'Hôtel de Ville, où il l'abandonnait. Cela fait, il disparaissait, et reprenait le chemin du Beth Din où il regagnait la place qu'il occupait habituellement quand il n'avait pas de mission à accomplir. Ainsi le Maharal, avec l'aide de son Golem, déjouait les complots de Tadeusz, qui mettait à contribution jusqu'à la magie noire pour nuire aux Juifs.

Tels étaient les récits que nous faisait le vieux Zékhariah sur le Golem. Un jour, lisant quelque frayeur sur nos visages, il nous conta pour nous dérider l'histoire suivante.

La maison inondée

On était à Erev Pessa'h, et la femme du Maharal était occupée à préparer la maison pour la fête. C'était une tâche fatigante ; aussi, à un moment, demanda-t-elle à son mari de permettre à Yossel Golem de l'aider. Le Maharal ordonna à ce dernier de faire ce que la Rebbetsine lui demanderait. Celle-ci lui dit d'aller chercher de l'eau du puits et de remplir le tonneau qui se trouvait à la cuisine. Yossel Golem prit les deux seaux qu'elle lui tendait et se dirigea vers le puits. Obéissant, il les remplit d'eau et alla les vider dans le tonneau. Il ne fallut pas longtemps pour que celui-ci fût plein. Mais le Golem, comme si de rien n'était, continuait son travail. Le tonneau déborda, mais l'automate poursuivait sa tâche, apparemment ne s'apercevant de rien. Et il continuait de verser de l'eau dans le tonneau depuis longtemps déjà plein. Quand la Rebbetsine accourut, la cuisine et le salon étaient inondés. « Arrête ! Arrête ! » cria-t-elle affolée ; mais Yossel n'écoutait point. Elle courut au Beth Din. « Ton Golem est en train d'inonder la maison », dit-elle hors d'haleine à son mari, « et si tu ne l'arrêtes pas à l'instant, c'est toute la ville qui va être inondée ! »

Le Maharal se précipita vers la maison. Il ordonna au Golem de s'arrêter ; ce qu'il fit sur-le-champ. L'histoire, quand elle fut connue, amusa toute la ville. Yossel Golem avait failli provoquer un déluge aussi grave que celui du temps de Noa'h ! Quant à la Rebbetsine, ce fut la première et la dernière fois qu'elle demanda de l'aide à l'étrange personnage.

Quand la situation des Juifs s'améliora et que le Golem eut achevé sa mission, le Maharal lui ordonna de l'accompagner au grenier de la synagogue. Là, il lui dit de se coucher et d'ouvrir la bouche. Le saint Rabbi retira le parchemin sur lequel était inscrit le Nom Divin et dit au Golem : « Tu es poussière, et tu retourneras à la poussière. » Instantanément, ce dernier devint un monceau d'argile.

Ce fut la fin du Golem. C'est aussi la fin de notre récit.

 

 
Source : http://www.fr.chabad.org/
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12 novembre 2009 4 12 /11 /novembre /2009 14:50


A la recherche de l’Armée perdue

par

Gilles RAPHEL 

Pour : http://aschkel.over-blog.com/ et http://lessakele.over-blog.fr/


Une légende tombe !

Hérodote dans ses Histoires, Livre II, écrit que Cambyse II envoya une armée de 50 000 hommes menacer l’oracle d’Amon, à l’oasis de Siwa en Egypte quand, à mi distance de la traversée du désert une extraordinaire tempête de sable se leva et ensevelit l’ensemble des soldats.




Des siècles que cette légende fait rêver archéologues comme le comte Làszlo Almàsy (son histoire constitue la base du roman : L'Homme flambé  de Philip Michael Ondaatje) ou le géologue Tom Brown, romanciers comme Paul Sussman : The Lost Army of Cambyse (2002) ou encore Christopher Golden et Mike Mignola dans : Hellboy, l’armée maudite (2007) et cinéastes commeAnthony Minghella pour : le Patient Anglais (1996) tiré de l’œuvre romanesque de P. M. Ondaatje.


Voici pour la légende, revenons à l’histoire.


Deux frères italiens, archéologues, Alfredo et Angelo Castiglioni recherchait en 1996 la présence de météorites de fer à proximité de Siwa dans la région de Bahrin quand ils découvrirent des tessons de cruches à eau et des restes humains. Fouillant plus avant, ils aperçoivent un abri naturel de 35 mètres de long, 3 mètres de profondeur et 1,8 mètre de hauteur dans lequel le détecteur de métal du géologue égyptien Aly Barakat de l’Université du Caire trouve des vestiges de guerre anciens : une dague en bronze et plusieurs pointes de flèches. A 400 mètres de là, l’équipe Castiglioni met à jour un bracelet en argent, une boucle d’oreille et des sphères d’argent provenant vraisemblablement d’un collier.

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«Tout a commencé en 1996, lors d'une expédition visant à rechercher la présence de météorites de fer à proximité de Bahrin, une petite oasis proche de Siwa » a déclaré Alfredo Castiglioni, directeur du Centre de recherche sur le désert de l'Est (CeRDO) à Varèse. Après 13 années de recherches et 5 expéditions, les frères Castiglioni présentent le film suivant au Festival du film archéologique de Rovereto : http://news.discovery.com/videos/archaeology-ancient-lost-army-found.html

 

En 525 avant le temps présent,  le roi achéménide de l'empire Perse Cambyse II, fils de Cyrus le Grand, expédie 50 000 soldats depuis Thèbes pour attaquer l’oasis de Siwa et détruire le temple d’Amon après que les prêtres lui ont refusé la souveraineté sur l’Egypte

 

Après avoir marché pendant sept jours dans le désert, l'armée fait halte dans une oasis que les historiens croient être El-Kharga. Après leur départ, ils n'ont jamais été revus. Des preuves de cette expédition ont été recherchées au XIXème siècle le long des voies caravanières nord, mais, selon Castiglioni, d'El Kargha l'armée a pris une route sud-ouest jusqu'à Gilf El Kébir, en passant par le Wadi Abd el Melik, puis s’est dirigée au nord vers Siwa, évitant ainsi d’avoir à se batte à chaque oasis de la voie nord tenue par les égyptiens.


Cependant,  « un vent se leva du Sud, puissant et meurtrier, apportant avec lui des colonnes immenses de sable tourbillonnant, qui couvrirent entièrement les troupes et les firent totalement disparaître», écrit Hérodote.


Des histoires bédouines parlaient de milliers d’os blancs apparus des sables soufflés par les vents, les vérifiant, l’équipe Castiglioni a découvert un gigantesque cimetière d’os et de crânes blanchis par le soleil et le temps et, parmi ces ossements, un certain nombre de pointes de flèches perses ainsi qu’un mors de cheval, identique à ceux figurant dans une représentation d'un cheval ancien persan.

C’est ainsi que la « légende » d’Hérodote s’apprête à entrer dans l’histoire.



 
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11 novembre 2009 3 11 /11 /novembre /2009 05:34


L’Inquisition au Portugal
Une démystification des Brandos Costumes

Source : http://www.teiaportuguesa.com/

Ainsi, cet épisode de l’histoire portugaise dément que le peuple portugais répond à cette image positive qu’il se fait de lui-même et qu’il veut donner au monde comme un peuple desbrandos costumes. Le mot «conversion » cache tant d’atrocités.

 

Pourquoi avoir choisi un sujet portant sur l’Inquisition au Portugal? La lecture passionnante du roman La gesta del marrano de Marcos Aguinis qui raconte la fuite du Portugal au Nouveau Monde du médecin marrane Francisco da Silva poursuivi par l’Inquisition m’a donné l’envie d’en savoir plus sur cette période de l’histoire portugaise. 

L’Inquisition était une juridiction spécialisée (un tribunal), créée par l’Eglise catholique romaine et relevant du droit canonique, chargée d’émettre un jugement sur le caractère orthodoxe ou non (par rapport au dogme religieux) des cas qui lui étaient soumis. L’inquisition était une juridiction d’exception, établie par suppléance pour représenter l’autorité judiciaire du pape sur une région donnée, quand le fonctionnement normal des tribunaux ecclésiastiques s’avérait inadapté.

Peu à peu, le système inquisitorial légitime le recours à la torture et le lancement d’enquêtes sous simple suspicion ou dénonciation: portes ouvertes à tous les abus. 

Le déroulement de l’Inquisition au Portugal ne peut pas ressembler à celle d’Espagne de par les spécificités du caractère, de l’âme portugaise dont le fonctionnement est soumis aux 
loisdes Brandos Costumes. En effet, le Portugais se considère comme un peuple affable, non belliqueux, habité par un tempérament calme et pacifiste qui se laisse facilement prendre par la nostalgie. Or, l’Inquisition telle qu’elle s’est déroulée au Portugal s’oppose au mytheBrandos Costumes. Le Portuguese way of life se confond, dans les mots de ses critiques, avec les “mœurs doux [ou moux]” (“brandos costumes”). Cela doit être modéré, parce que nous avons aussi été capables de choses féroces: en tant de crises graves, il faudra le dire…

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Etendard utilisé dans les processions de l'Inquisition portugaise, montrant ses symboles et sa devise “miséricorde et justice


Pendant les quatre siècles de son fonctionnement, nous assistons par l’observation des comportements du peuple et de ses dirigeants à une continuelle oscillation entre l’accomplissement du mythe et son contraire. L’analyse de ce paradoxe est le cœur de notre travail.

L’Inquisition au Portugal est mise en place de façon plus tardive qu’en Espagne; une mystérieuse manifestation juive pendant la Semaine Sainte, en 1478, aurait convaincu le pape Sixte IV d’accorder aux Rois Catholiques le pouvoir d’engager toute personne compétente, disposant d’un pouvoir juridique total sur les hérétiques et leurs complices. C’est de cette manière aussi simple et peu ostentatoire que l’Inquisition espagnole entama sa carrière sanguinaire (Roth, 1990). Le 30 mars 1492, les souverains catholiques, Isabelle de Castille et Ferdinand d’Aragon décrètent l’expulsion des juifs de tous leurs territoires. Après des siècles de Reconquête, l’Espagne réalise enfin son unité nationale avec la prise de Grenade, ce qui aux yeux de ses rois est la juste consécration du zèle religieux. Désormais, les juifs sont considérés comme des étrangers dont le soutien devient inutile puisque les musulmans sont vaincus. Par ailleurs, leur appauvrissement progressif rend leur départ moins préoccupant pour les caisses de l’état. L’Espagne choisit donc l’expulsion des juifs, une minorité ayant cédé à la conversion. 

M
ais qu’en est-il au Portugal ? 

Chassés d’Espagne, les juifs s’éparpillent aux quatre coins du bassin méditerranéen. Cependant la majorité 
(environ 100 000) traverse la frontière avec le Portugal, pays proche et où les juifs y sont en général bien traités. Ils constituent avec les juifs portugais le dixième de la population de ce pays. Le roi du Portugal, Jean II, se montre bien disposé à l’égard des nouveaux arrivants en lesquels il voit une source de revenus. Il ne perd pas l’aubaine ! Les plus riches payent une taxe leur permettant de s’installer définitivement sur le territoire, les autres sont autorisés à demeurer huit mois moyennant le paiement d’une somme moindre et contre laquelle le roi s’engage à fournir un transport pour la destination de leur choix. Le roi Jean II pourrait même passer comme humaniste aux yeux de l’histoire en comparaison avec ses voisins. Hélas, le traité est mal respecté de la part de l’Etat, les juifs sont débarqués n’importe où après avoir été maltraités et ceux n’ayant pu réussir à trouver un bateau dans les délais impartis sont vendus comme esclaves. C’est ainsi que s’écrit une page triste de l’histoire du Portugal : sept cents enfants sont arrachés à leur famille et sont envoyés à São Tomé, une île insalubre au large de la côte africaine, pour la coloniser, et où la majorité finit par mourir. Ainsi, la personnalité du roi Jean II dénonce le mythe du « Brandos Costumes », il cautionne les pires atrocités après avoir fait preuve de compassion envers les réfugiés. En 1495, le roi Manuel successeur de Jean II se montre plus clément que son prédécesseur et pose le beau geste de rendre la liberté aux juifs réduits à l’esclavage. Mais cette souplesse est de courte durée car son mariage avec la fille des Rois Catholiques est conditionné par la purification du petit pays de ses juifs. Manuel est bien conscient de l’enjeu : d’un côté l’expulsion de cette communauté souvent instruite et aisée risque d’affecter l’économie de son pays, d’un autre côté l’héritier de son union avec l’infante pourrait régner sur toute la péninsule. Il fait son choix, le contrat de mariage est donc signé le 30 novembre 1496 et le 5 décembre de la même année un décret royal bannit les juifs qui ont dix mois pour quitter le pays. Cependant, Manuel se rend bien compte que ce décret va à l’encontre des intérêts de son pays, preuve en est le rôle joué par les juifs dans la vie économique, scientifique et culturelle du pays. 

En effet, le Portugal est alors engagé dans une énorme entreprise qui nécessitait de l’argent et des savants : la formation d’un grand empire colonial qui s’étendait de l’Afrique Occidentale (Angola) à l’Indonésie. Or l’expertise des juifs dans les sciences de la navigation, n’était pas négligeable. Signalons le rôle de la famille Negro dont les membres au XVème siècle ont été astrologues et physiciens attachés à la cour ; les frères Faleiro, capitaines et astrologues-astronomes de renommée ; Jose Vizinho et Pedro Nunes dont les travaux ont rendu possible la navigation astronomique dès la fin du XVème siècle; les familles Reinel et Homem qui, au XVIème siècle se sont distinguées dans le domaine de la cartographie; de plus les armateurs qui financent les expéditions, des ambassadeurs, des interprètes contribuent eux aussi indirectement à l’expansion maritime portugaise. A cela s’ajoutent les considérations économiques : l’expulsion de tous les juifs signifiait pour le Portugal la perte soudaine de la partie la plus importante de sa classe moyenne. 



Inquisition. 
Scènes de l'Inquisition. Tableau de Eugenio Lucas (1824-1870), Bruxelles.
 

N’oublions pas aussi que les médecins de l’époque sont d’origine juive et même plus particulièrement, Rodrigo da Veiga médecin personnel du roi Manuel. Par conséquent, le roi trouve l’idée géniale d’organiser une campagne de conversion forcée de tous les juifs du Portugal, invoquant le bien de l’Etat et des juifs eux-mêmes qui ainsi sauvent leur âme. L’honneur est sauf vis-à-vis de l’Espagne et la santé économique du pays préservée. Manuel a su ménager « la chèvre et le chou », il fait preuve, semblerait-il de grande souplesse. Cependant, les moyens utilisés sont radicaux, tous, peu importe leur âge, rang ou condition, sont soumis au baptême, sont contraints d’accepter la nouvelle foi; ils seront appelés les nouveaux chrétiens (cristãos- novos) en opposition aux chrétiens de souche ou vieux chrétiens. Le mythe des Brandos Costumes est bien loin…

Cette conversion donne naissance en 1497 au marranisme portugais. Plusieurs explications sont données sur l’utilisation du terme marrane. Il pourrait provenir de l’hébreu (apparence de l’œil), de l’arabe (hypocrite), du castillan (marrano) ou portugais (marrão) qui signifie porc. Cette dernière est l’explication la plus communément acceptée et véhicule tout son lot d’injures pour les juifs puisque, dans leur religion, cette viande est considérée impure. Par ailleurs, cette insulte qui véhicule tant de haine souligne une fois encore la contradiction d’un peuple qui veut donner une image de tolérance mais qui n’agit pas en conséquence. Les nouveaux chrétiens bénéficient durant une quarantaine d’années d’une relative tranquillité de 1497 à 1536, date de la mise en place de l’Inquisition au Portugal. En effet, comprenant que les convertis ne peuvent pas assimiler du jour au lendemain une nouvelle religion, les autorités étatiques et religieuses font preuve d’une relative clémence dont les marranes profiteront pour tenter de continuer de pratiquer le judaïsme dans la clandestinité :
malgré un appauvrissement constant de la doctrine et de la pratique, les principes juifs fondamentaux conservaient leur importance. (Roth, 153). Cette nouvelle forme de religion qui exclut entre autres pour des raisons évidentes toute manifestation extérieure du judaïsme s’appelle le crypto-judaïsme. Par ailleurs, pendant ces années de répit, les nouveaux-chrétiens accèdent aux situations les plus lucratives. Néanmoins, cette paix n’est que relative. En effet, à Lisbonne en 1506, le peuple portugais se soulève et massacre les nouveaux chrétiens : …Des femmes et des enfants étaient précipités par les fenêtres, attrapés sur la pointe d’une lance par la foule amassée au-dessous, puis les enfants projetés en l’air. Le nombre de nouveaux chrétiens massacrés est estimé entre 2000 et 4000 . C’est avec l’arrivée de Jean III sur le trône (1521-1557) que commence un long processus qui aboutit à l’instauration de l’Inquisition. Les nouveaux chrétiens mettent tout en œuvre pour empêcher l’implantation de cette dernière en utilisant des moyens de pression diplomatiques et financiers. Jean III, successeur de Manuel, épouse la petite fille de Ferdinand et Isabelle de Castille, qui pratique le zèle religieux et pour laquelle l’instauration de l’Inquisition va de soi. Par ailleurs, le tremblement de terre de Lisbonne en 1531 est considéré comme une manifestation de la colère divine contre les marranes. Jean III demande au pape l’autorisation d’établir l’Inquisition, permission qu’il obtient en 1531 et nomme son confesseur comme inquisiteur général. Pendant ce temps, les nouveaux chrétiens interviennent, versent des pots de vin et l’autorisation est suspendue avec l’émission par le pape de la bulle du pardon en 1533. Mais Charles Quint, empereur d’Espagne, renverse la décision après sa victoire contre les infidèles à Tunis et demande l’établissement d’une Inquisition au Portugal sur le modèle espagnol. Il obtient gain de cause en 1536. Les marranes interviennent une nouvelle fois financièrement. Ils bénéficient d’une certaine indulgence et durant trois ans leurs biens ne peuvent pas être confisqués. Mais des dénonciations et des manifestations anti-chrétiennes mettent fin à ce sursis. Le 20 septembre 1540 a lieu le premier acte de foi (autodafé) officiel à Lisbonne, premier d’une horrible série. Des tribunaux sont installés à Lisbonne, Coimbra et Évora. Mais les activités des tribunaux sont interrompues en 1544 suite à des preuves évidentes de corruption dans le but d’épargner les accusés puis elles reprennent en 1547, libres et sans entraves, et le pouvoir de confiscation qui était encore entre les mains du pape est concédé aux tribunaux en 1579. Après cette saga, nous entrons dans « l’âge d’or » de l’Inquisition portugaise dont les premiers signes de déclin se notent à partir du milieu du XVIIème siècle. C’est durant l’unification des deux pays, l’Espagne et le Portugal, entre 1580 et 1640 que l’Inquisition commet le plus d’atrocités. En effet, le nouveau dirigeant venu d’Espagne, l’Archiduc Albert d’Autriche, applique le modèle espagnol dans lequel la dénonciation et la délation font acte de foi. Par conséquent, et à cause de l’appauvrissement du Portugal suite à l’occupation espagnole, les marranes portugais fuient en Espagne, pays où ils sont moins connus. Dans de nombreux quartiers de Séville et Madrid, on n’entendait plus parler que le Portugais; ce qui en soi était déjà un facteur de suspicion. (Roth, p. 80) 

Dans le même temps, une grande vague d’émigration marrane a lieu vers le Brésil, colonie portugaise, certains y vont spontanément, d’autres y ont été forcés. Ils contribuent à son essor économique. 
Il semble que le sucre de canne ait été introduit au Brésil par des marranes portugais de l’île de Madère. Ils contrôlent certains secteurs du commerce. Presque tous les médecins de Bahia étaient des nouveaux chrétiens. (idem, p. 221). La colonie se développe et en 1579 l’évêque de Salvador reçoit de la mère patrie les pouvoirs inquisitoriaux. C’est ainsi qu’une nouvelle fois, les commerçants déjà chassés de Porto en 1618 se voient confisqués leurs biens. Face à cette recrudescence inquisitoriale, c’est la fuite des marranes vers les colonies espagnoles du Chili ou du Pérou où du reste l’inquisition continue à les poursuivre. Pendant la deuxième moitié du XVII ème siècle, les marranes soutiennent les Hollandais dans leur tentative de conquête de Bahia et Recife. De nombreux marranes ont émigré en Hollande et comprennent vite les avantages économiques qu’ils peuvent tirer des marranes locaux. Par ailleurs, sous l’occupation hollandaise, des synagogues sont librement érigées et on assiste à la reprise du culte, on ne parle plus de marranes mais de juifs. Ces derniers fuiront le Brésil lors de la reconquête par les Portugais de Bahia et Recife et iront peupler les régions non soumises à l’intolérance portugaise ou espagnole comme la Barbade ou la Jamaïque. Ils formeront des petites colonies de réfugiés.

Ainsi, l’Inquisition au Portugal diffère de celle qui sévit en Espagne. En effet, le sort de la communauté juive portugaise est entre les mains de gouvernants qui lui sont soit favorables soit défavorables selon l’importance accordée aux critères économiques ou politiques. La vague d’émigration dans toute l’Europe a fait que le terme de Portugais est presque synonyme de «juif ». En 1751, le marquis de Pombal lors de son accession au pouvoir interdit tout autodafé qui ne recevrait pas l’autorisation du gouvernement civil. Il veut faire du Portugal un état moderne qui tourne le dos au Moyen- Age. 

Ainsi, cet épisode de l’histoire portugaise dément que le peuple portugais répond à cette image positive qu’il se fait de lui-même et qu’il veut donner au monde comme un peuple des
brandos costumes. Le mot «conversion » cache tant d’atrocités.

BIBLIOGRAPHIE

FERREIRA DA CUNHA, Paulo. La Culture Portugaise et la France Littéraire. Inhttp://www.hottopos.com/videtur19/pfcunha.ht(page consultée le 16 novembre 2006)
ROTH, Cecil, Histoire des Marranes, ED: Liana Levi, 1990, Paris.
SILVA da, Aldina, Les juifs portugais, ED: Médiaspaul, 1996, Paris.
SILVA da, Aldina, La mémoire au féminin, ED: Les Editions Images, 1996, Montréal.

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9 novembre 2009 1 09 /11 /novembre /2009 10:24


Première partie
http://aschkel.over-blog.com/article-histoire-les-juifs-et-la-fondation-des-etats-unis-39041267.html

Source :http://www.lamed.fr/

Adapté et Illustré par Aschkel 
pour http://aschkel.over-blog.com/ et http://lessakele.over-blog.fr/ 

Deuxième partie

Les premiers Juifs américains

L’histoire de Juifs d’Amérique commence bien avant l’indépendance des Etats-Unis.
Les premiers Juifs sont arrivés en Amérique avec Christophe Colomb en 1492, et nous savons aussi que des Juifs fraîchement convertis au christianisme étaient parmi les premiers Espagnols arrivés au Mexique avec le 
conquistador Hernando Cortez en 1519.

L’Inquisition est venue vérifier à Mexico que les conversos juifs n’étaient pas en réalité des hérétiques.
En fait, les conversos juifs venus au Mexique ont été si nombreux que les Espagnols ont édicté une règle interdisant l’émigration à quiconque ne pourrait pas prouver son ascendance catholique sur quatre générations. Il va sans dire que l’Inquisition est bientôt venue vérifier que les conversos juifs n’étaient pas en réalité des hérétiques, et les exécutions sur le bûcher sont devenues monnaie courante à Mexico.
En ce qui concerne l’Amérique du Nord, l’histoire juive enregistrée y commence en 1654 avec l’arrivée à la Nouvelle-Amsterdam, la future New York, de 23 réfugiés juifs venus de Recife (Brésil), une possession hollandaise passée aux mains des Portugais. La Nouvelle-Amsterdam appartenait aussi aux Pays-Bas, mais le gouverneur Peter Stuyvesant n’a pas voulu de ces immigrants. Voici ce qu’écrit Arthur Hertzberg dans The Jews in America (p. 21) :


Deux semaines après qu’ils eurent débarqué, Stuyvesant reçut une plainte des commerçants locaux et de l’Eglise selon laquelle « les Juifs qui étaient arrivés resteraient presque tous ». Stuyvesant décida de les expulser. Utilisant les formules habituelles d’invective religieuse où il qualifiait les Juifs de « répugnants », de « fourbes » et d’« ennemis et blasphémateurs de Christ », Stuyvesant recommanda à ses directeurs… « de leur demander amicalement de s’en aller ».

01/01/1655
L'hollandais Peter Stuyvesant


La seule raison pour laquelle les Juifs n’ont pas été refoulés a été l’opposition de la Dutch West Indian Company, qui dépendait dans une large mesure des investissements juifs.

 

 

LES JUIFS ET LA RÉVOLUTION AMÉRICAINE

 

Au moment de la Guerre d’Indépendance, en 1776, il n’y avait aux Etats-Unis qu’environ 2 000 Juifs, hommes, femmes et enfants, ce qui n’a pas empêché leur contribution d’être significative. Par exemple, à Charleston (Caroline du Sud), presque chaque adulte mâle juif a lutté dans le camp de la liberté. En Géorgie, le premier patriote à être tué a été un Juif, Francis Salvador. En outre, les Juifs ont largement financé les combats engagés par les patriotes.

Haym Salomon avança au gouvernement américain 200 000 Dollars qui ne lui ont jamais été remboursés, et il est mort en état de faillite.
Les plus important des financiers était Haym Salomon, qui prêta de fortes sommes d’argent au Congrès Continental. Dans les derniers jours de la guerre, il avança au gouvernement américain 200 000 Dollars qui ne lui ont jamais été remboursés, et il est mort en état de faillite.
Le Président George Washington se souvint de la contribution juive quand la première synagogue fut inaugurée à Newport (Rhode Island) en 1790. (De rite séfarade, elle était appelée la Synagogue Turo.) Il envoya la lettre suivante, datée du 17 août 1790 :


Puissent les enfants issus de la lignée d’Abraham qui habitent dans ce pays continuer de mériter et de savourer la bonne volonté des autres habitants. Que chacun soit assis en sécurité sous sa vigne et sous son figuier, et que personne ne l’effraye !


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On notera la référence à « la vigne et au figuier », expression utilisée par le prophète Michée dans sa description de l’utopie messianique :


Et il arrivera, à la fin des jours, que la montagne de la maison de Hachem sera établie sur le sommet des montagnes, et sera élevée au-dessus des collines ; et les peuples y afflueront. Et beaucoup de nations diront : “Venez, montons vers la montagne de Hachem, et vers la maison du Dieu de Jacob, et Il nous instruira de Ses voies, et nous marcherons dans Ses sentiers. Car de Sion sortira la loi, et de Jérusalem, la parole de Hachem.” Et Il jugera d’entre beaucoup de peuples, et décidera sur de puissantes nations jusqu’au loin ; et de leurs épées ils forgeront des socs de charrue, et de leurs lances des serpettes : un peuple ne tirera plus l’épée contre un autre peuple, et l’on n’apprendra plus l’art des combats. Mais ils s’assiéront chacun sous sa vigne et sous son figuier, et il n’y aura personne qui les effrayera, car la bouche de Hachem des armées a parlé (Michée 4, 1 à 4).
Le choix de ces termes par Washington méritait d’être signalé, mais, comme noté au-dessus, il n’était pas étonnant compte tenu de l’influence exercée par la

Bible hébraïque sur les « Pères fondateurs » de la nouvelle nation.

 



Photo Haym SALOMON


L’ambivalence américaine envers les Juifs

On notera cependant que certains « Pères fondateurs » autres que Washington ont été moins accueillants envers les Juifs.
John Adams, successeur de George Washington à la présidence des Etats-Unis, s’il lui est arrivé d’émettre sur les Juifs des appréciations très élogieuses, a également noté qu’il était « très difficile d’aimer la plupart d’entre eux ». Il espérait voir le jour où « les aspérités et les singularités de leur caractère » seraient déchirées et où ils deviendraient des « Chrétiens unitaires libéraux ».
Thomas Jefferson, successeur du précédent, souhaitait que les Juifs acquièrent de meilleures connaissances profanes pour pouvoir « devenir l’objet d’un égal respect », impliquant par là que sans de telles acquisitions ils ne pourraient s’attendre à être respectés. Arthur Hertzberg remarque à ce propos dans The Jews in America (p. 87) :


Thomas JEFFERSON


Jefferson exprimait ainsi le sentiment du courant dominant du siècle des « Lumières », selon lequel tous les hommes devaient jouir de l’égalité dans la société, mais à la condition d’adopter les mœurs et les conceptions des gens « éclairés ». Jefferson ne considérait pas qu’un Juif parlant yiddish et connaissant le Talmud pût être aussi utile à la société qu’un penseur formé à la culture classique comme il était lui-même.



Cette idée que l’on pouvait jouir aux Etats-Unis d’une totale liberté à la condition de n’être pas « trop juif » eut pour conséquence de tenir beaucoup de Juifs à l’écart. En 1820, ils n’étaient qu’environ 6 000 !
Les choses ont changé après 1830 quand des Juifs réformés allemands, qui avaient renié le judaïsme traditionnel et qui n’étaient pas « trop juifs », ont commencé d’arriver. Les grandes migrations de Juifs pauvres et opprimés venus d’Europe de l’est ont suivi vers la fin du XIXème siècle. Cela va nous inciter à nous tourner vers les Juifs d’Europe.
Notre prochain chapitre : La « zone de résidence »

 

 

Traduction de Jacques KOHN
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9 novembre 2009 1 09 /11 /novembre /2009 09:35

Les Juifs et la fondation des Etats-Unis.



L’extraordinaire histoire de l’influence des Juifs sur la création de la démocratie américaine est un secret bien gardé.
Je vous propose un documentaire en deux parties sur l'apport des juifs à la fondation des Etats-Unis

Bonne lecture



Source :http://www.lamed.fr/

Adapté et Illustré par Aschkel 
pour http://aschkel.over-blog.com/ et http://lessakele.over-blog.fr/ 



La création des Etats Unis d’Amérique a représenté un événement sans pareil dans l’histoire mondiale. Ils se sont en effet constituée d’emblée en une démocratie, ils étaient enracinés dans la Bible, et l’un de leurs principes fondamentaux était la tolérance religieuse.
Cela est dû au fait que beaucoup, parmi les « Pères pèlerins » (
Pilgrim fathers) qui se sont établis en Nouvelle Angleterre au début du XVIIème siècle, étaient des réfugiés puritains échappant aux persécutions religieuses en Europe.
Ces Puritains considéraient leur émigration à partir de l’Angleterre comme une sorte de réédition de l’Exode des Juifs d’Egypte. Pour eux, l’Angleterre était l’Egypte, son roi était un Pharaon, L’Océan Atlantique était la Mer Rouge, l’Amérique était la Terre d’Israël, et les Indiens étaient les anciens Cananéens. Eux mêmes étaient les nouveaux Israélites, concluant une nouvelle alliance avec Dieu sur une nouvelle Terre Promise.



La fête de Thanksgiving, célébrée pour la première fois en 1621, soit un an après le débarquement du Mayflower, était considérée à l’origine comme une réédition de Yom Kippour, le Grand Pardon des Juifs. Elle devait être consacrée au jeûne, à l’introspection et à la prière.
Voici ce qu’écrit Gabriel Sivan dans 
The Bible and Civilization (p. 236) :


Aucune communauté chrétienne dans l’histoire ne s’est davantage identifiée au Peuple du Livre que les premiers colons du Massachusetts, qui croyaient que leurs propres vies étaient une reconstitution littérale de l’épopée biblique de la nation juive… Ces émigrés puritains définissaient leur propre situation comme celle de vertueux survivants de l’Eglise, corrompue par le « malheur babylonien », et se considéraient comme des instruments de la Providence divine, comme un peuple choisi pour construire leur nouvel Etat sur l’alliance contractée au Mont Sinaï.



Déjà pendant la Révolution puritaine en Angleterre (1642 1648), les extrémistes puritains avaient formé le projet de remplacer la common law anglaise par les lois bibliques de l’Ancien Testament, mais ils en furent empêchés. En Amérique, en revanche, les colons disposaient de beaucoup plus de liberté pour procéder à une telle expérimentation, consistant à introduire la loi biblique dans les codes de lois des colonies, et c’est exactement ce qu’ils ont entrepris de faire.
Les premiers textes législatifs dans les colonies de la Nouvelle Angleterre étaient tous inspirés par l’Ecriture. A la première assemblée de New Haven, en 1639, John Davenport énonça clairement la primauté de la Bible en tant que fondement moral et légal de la colonie :



Les Ecritures stipulent des règles parfaites pour la direction et le gouvernement de tous les individus dans tous les devoirs qu’ils doivent rendre à Dieu et aux hommes, ainsi que dans le gouvernement des familles et de l’Etat et dans les affaires de l’Eglise… La parole de Dieu sera la seule règle à être suivie dans l’organisation du gouvernement dans cette plantation
.

text
John Davenport

Par la suite, les législateurs de New Haven ont adopté un code de lois celui de 1655 qui contenait quelque 79 statuts, dont la moitié faisaient référence à la Bible, presque toujours à la Bible juive. La colonie de Plymouth édicta un code similaire, de même que l’assemblée du Massachusetts, qui adopta en 1641 ce qu’elle a appelé les « Lois capitales de Nouvelle Angleterre », basées presque entièrement sur la loi mosaïque.
Bien entendu, comme ils ne disposaient pas d’une tradition orale juive, celle qui aide les Juifs à comprendre la Bible, les Puritains ont été abandonnés à leurs propres ressources et incités à une interprétation littérale. Cela conduisit dans certains cas à une observance plus stricte, plus fondamentaliste, que celle jamais retenue par le judaïsme.

 

 

L’INFLUENCE JUIVE SUR L’ÉDUCATION

 

La Bible hébraïque a joué aussi un rôle essentiel lors de la création de diverses universités comme Harvard, Yale, William and Mary, Rutgers, Princeton, Brown, King’s College (devenu plus tard Columbia), John Hopkins, Dartmouth, etc.
Beaucoup de ces universités ont même adopté des mots ou des phrases en hébreu comme partie de leur emblème ou de leur sceau officiel. C’est ainsi que l’Université de Yale contient dans son sceau, au dessous de l’expression latine Lux et Veritas, un livre ouvert avec les mots hébreux 
ourim we toumim, qui faisaient partie du pectoral du grand prêtre à l’époque du Temple. A Columbia, le sceau porte le nom hébreu de Hachem en son milieu, ainsi que le nom hébreu de l’un des anges sur une bannière vers le milieu. Dartmouth emploie les mots en hébreu signifiant « Dieu Tout puissant » dans un triangle situé dans la partie supérieure de son sceau.

L 
Les universités américaines, y compris Harvard et Yale, dispensaient des enseignements en hébreu.
La langue hébraïque était si populaire à la fin du XVIème et au début du XVIIème siècles que c’est dans cette langue que certains étudiants de Yale ont prononcé leurs allocutions de fin d’études. Harvard, Yale, Columbia, Brown, Princeton, John Hopkins, et l’Université de Pennsylvanie proposaient des cours dispensés en hébreu, fait d’autant plus remarquable qu’aucune université anglaise ne le faisait à cette époque-là. (En Amérique, l’étude de la Bible et de l’hébreu étaient obligatoires dans presque toutes ces universités, et les étudiants devaient choisir, lorsqu’ils prenaient la parole à la fin de leurs études, entre l’hébreu, le latin et le grec.)
Une grande partie de la population, y compris un nombre significatif de « Pères fondateurs » des Etats-Unis, ont été les produits de ces universités. C’est ainsi que Thomas Jefferson a étudié à William and Mary, James Madison à Princeton, Alexander Hamilton au King’s College. On peut donc affirmer sans risque d’erreur que la plupart de ces hommes politiques étaient non seulement familiarisés avec l’Ancien et le Nouveau Testaments, mais encore avaient quelques connaissances en hébreu.
Voir Abraham Katsch dans 
The Biblical Heritage of American Democracy 
(p. 70) 

A l’époque de la Révolution américaine, l’intérêt pour la connaissance de l’hébreu était si répandu qu’il a été à l’origine d’une rumeur selon laquelle certains membres du Congrès auraient proposé que l’emploi de l’anglais soit formellement interdit aux Etats-Unis, et qu’on le remplace par l’hébreu.

 

Le symbolisme juif en Amérique

La culture biblique qui imprégnait les fondateurs des Etats-Unis a influé non seulement sur leur religion et leur éthique, mais également, et d’une manière particulièrement significative, sur leur vision politique. C’est pour des raisons politiques qu’ils ont adopté les références bibliques des Puritains. Par exemple, la lutte des anciens Hébreux contre le méchant Pharaon a préfiguré celle des colons contre la tyrannie anglaise. On peut trouver de nombreux exemples qui illustrent clairement jusqu’à quel point les luttes politiques des colonies étaient identifiées à celles des anciens Hébreux :
Le premier projet de sceau officiel des Etats-Unis recommandé en 1776 par Benjamin Franklin, John Adams et Thomas Jefferson représentait les Juifs traversant la Mer Rouge. La devise autour du cachet disait : « La résistance aux tyrans est une obéissance à Dieu ».
L’inscription sur la Cloche de la Liberté dans le 
Independence Hall à Philadelphie est une citation inspirée directement par le Lévitique (25, 10) : « Proclamez la liberté à travers le pays pour tous ses habitants. »


Les discours et les publications patriotiques pendant la lutte pour l’indépendance étaient souvent imprégnés de citations et de motifs bibliques. Même le cadre fondamental des Etats Unis reflète de manière patente l’influence de la Bible et le pouvoir des idées juives dans leur définition du développement politique du pays. Cela n’est nulle part aussi évident que dans le préambule de la Déclaration d’Indépendance :


Nous tenons ces vérités pour évidentes par elles-mêmes : que tous les hommes naissent égaux ; que leur Créateur les a dotés de certains droits inaliénables, parmi lesquels la vie, la liberté et la recherche du bonheur.



Ces mots résonnent, certes, comme des échos aux idées du siècle des « Lumières » (voir chapitre 53), mais le concept qu’elles soutiennent est, sans aucun doute, d’origine biblique.
Ces documents, et bien d’autres encore datant des débuts des Etats-Unis, démontrent de manière éclairante que le concept d’une norme de moralité d’origine divine est un pilier central de la démocratie américaine. Même les billets de banque de la nouvelle démocratie ont proclamé :
 
In God we trust 
(« En Dieu nous avons confiance »).
On pourrait rappeler bien d’autres détails concernant l’influence juive sur les valeurs des Etats-Unis, mais ce serait sortir du cadre de ce cours, qui se veut un résumé.
Tournons-nous à présent vers les Juifs eux-mêmes.

A suivre .......

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5 novembre 2009 4 05 /11 /novembre /2009 22:03
La descendance d'Abraham : la rivalité Isaac-Ismaël
Rav Léon Askénazi-Manitou


La plus grande erreur de toutes les théologies - quand on parle de la révélation de la parole de Dieu - c'est de croire que Dieu a révélé une ``confession religieuse'' dans le sens d'un code religieux ne concernant qu'une conduite de la vie : la conduite proprement religieuse, c'est-à-dire l'expression du sentiment religieux et du culte. En fait, à travers la prophétie biblique, on s'aperçoit que ce que Dieu a révélé, c'est essentiellement Sa volonté pour le développement de l'histoire du monde et particulièrement celle des hommes. Avant de dire le code, la Torah nous donne comme une préface - depuis l'histoire du premier homme - pour expliquer pourquoi l'accent va être mis assez rapidement sur laracine : Israël, matrice de l'engendrement de l'histoire du salut et lieu de la Révélation prophétique.

 

Dépasser la théologie

Or, il y a un écueil à éviter : depuis la fin de la prophétie, on a perdu l'habitude de comprendre le sens de la parole prophétique comme telle. On l'a un peu réduite à une sorte de philosophie religieuse - la théologie, qui est une pensée humaine - très tardive par rapport à la prophétie biblique. Cela vient de l'arrêt de l'expérience prophétique, à l'échelle objective, bien qu'elle ait continué jusqu'à nous. L'inspiration1 à l'échelle individuelle est encore un peu, je ne dirais pas de même nature, mais du même degré de communication de Dieu à l'homme, alors que la philosophie religieuse, elle, est une tentative de communication de l'homme à Dieu, ce qui est extrêmement différent.

La tradition juive connaît aussi l'expérience religieuse qui va de l'homme à Dieu, mais l'essentiel de la religion juive, c'est la Parole qui vient de Dieu à l'homme, et c'est d'une toute autre nature.

Par conséquent, puisque notre époque connaît les grands bouleversements de l'histoire mondiale, il est évident que ces grands bouleversements concernent Israël et que la Parole de Dieu le concerne au premier chef. On a oublié que l'essence de la préface historique que nous voyons en particulier dans le Livre de la Genèse et la première partie du Livre de l'Exode est une révélation de la conception que Dieu Se fait de l'histoire humaine - avec, en gros plan, Israël - avant de révéler Sa volonté pour la conduite religieuse. C'est donc là que l'homme doit étudier et comprendre comment la Torah comprend et entend les règles de conduite du peuple juif dans les grands événements qui le concernent.

 

Le pays des Hébreux

Or un des graves problèmes que nous avons à résoudre en notre temps, c'est la revendication de la terre d'Israël par Ismaël. Et c'est intentionnellement que je dis cela en termes bibliques, directement, car il ne s'agit pas seulement d'un conflit politique, comme se complaisent à le présenter diplomates, historiens et journalistes. Il s'agit d'une histoire qui a commencé avec la famille d'Abraham et qui est la revendication de la terre d'Israël par Ismaël.

Il serait donc inconcevable - en tout cas pour la conscience d'un croyant, qu'il soit chrétien, juif ou musulman - que la Bible ait parlé de tout, sauf ... de l'essentiel. Il faut repenser ce problème pour qu'il y ait une solution positive en fin de compte. A quelles conditions ? Cela nous devons le demander à la Bible elle-même.

Il y a une ``légende'' concernant la dénomination de ce que nous appelens Erets Israël. La Bible l'appelle ``pays de Canaan'' parce qu'au temps des Patriarches, il était occupé par les Cananéens (Gen. XIII, 7). En fait, dans le récit de la Genèse (XL, 15), il est appelé ``pays des Hébreux''. Ce terme est employé par Joseph, en prison en Egypte, lorsqu'il raconte son histoire aux ministres du Pharaon tombés aussi en disgrâce : ``J'ai été volé du ``pays des Hébreux''. Les ministres du Pharaon comprennent de quoi il s'agit, et pourtant qu'y avait-il en ce temps là comme Hébreux au pays de Canaan? Jacob et ses fils. Cela signifie qu'à l'époque, il y avait une donnée culturelle et que ce pays était connu comme celui des Hébreux. De la même manière, pendant deux mille ans, alors que les Juifs étaient en exil, on savait que leur pays était la ``Palestine'', nom donné par les Romains à la Judée. Or, les Juifs étaient partout - sauf ici (en dépit d'une petite minorité), mais tout le monde savait que la Palestine était le pays juif.

Les Hébreux étaient en exil dans la civilisation de Babel d'où est sorti Abraham. Que faisaient-ils en Babylonie ? Il faut d'abord restituer ceci : les Hébreux étaient en dispora dans la civilisation de Babel - dont le roi était Nemrod. Lorsque cette civilisation est devenue totalitaire - un peu à la manière de l'Allemagne nazie - une famille des Hébreux, rescapée d'Our Kasdim2 (la fournaise de Kasdim), la famille d'Avram (il ne se nomme pas encore Abraham) quitte Babel et revient au pays de ses ancêtres (ancêtre d'Abraham : Ever, lui-même descendant de Sem). Or, pour les historiens, Abraham serait un Mésopotamien qui, magiquement, se découvre Hébreu. Cela n'a aucun sens. C'est très frappant de voir qu'Our Kasdim (Ur) est très exactement à la frontière entre le Koweit et l'Irak.

 

Rivalités familiales

En Babylonie, Abraham s'appelait Avram, nom araméen. Lorsqu'il revient au pays des Hébreux, il se nomme Abraham. De cette identité des Hébreux dans l'exil de Babylone, une partie seulement est revenue au pays des Hébreux. Les autres branches se sont installées en rivalité d'Israël. Térah, le père d'Abraham eut trois fils : Nahor, Haran (son fils, Loth fondera les peuplades d'Amon et Moab) et Abraham. Haran est mort en Babylonie. Nahor a quitté la Babylonie, mais n'est pas revenu au pays des Hébreux. Il s'est installé dans la région du Liban et de la Syrie où il a fait souche et est devenu un des pires ennemis d'Israël (cf. dans la Bible les guerres du roi Aram contre David !).

Une de ces rivalités est venue d'Ismaël. La Torah a raconté comment Sarah - qui n'avait pas d'enfant - a demandé à Abraham de prendre Agar pour avoir un enfant en attendant la réalisation éventuelle de la Promesse. C'était de la part de Sarah une générosité et une impatience que l'histoire juive a très souvent connues. Nous avons énormément d'épisodes de ce genre. Comme le temps de la Promesse n'est pas là, on passe le relais à une autre société. Un exemple : les Juifs au temps de la Révolution française étaient persuadés que le relais messianique passait par la France. C'est dire le choc pour un Juif de trouver un pays où les principes politiques étaient censés être : ``liberté-égalité-fraternité''...

 

Il y a rire et rire

Or voici ce qui se passa (Gen. XXI, 8-12) : Sarah a vu Ismaël rire3 et elle dit à Abraham : ``Renvoie la servante et son fils parce qu'il n'héritera pas avec mon fils Isaac.'' Le nom d'Isaac veut dire ``il rira'' au futur. Les deux fils d'Abraham sont ici définis par le rire. Le rire est possible parce que Abraham a enseigné qu'il y a un Créateur. S'il y a un Créateur, la joie est possible et aussi le salut. Donc, tout fils d'Abraham sait rire, seulement la seule différence est qu'Ismaël rit au présent. Il est satisfait du monde tel qu'il est. Tandis qu'Isaac n'aura le droit de rire qu'au futur, quand le monde aura trouvé sa Rédemption. Sarah, quand elle voit Ismaël rire, dit : il faut les séparer.

Effectivement l'Islam comme religion et le Judaïsme comme religion se ressemblent avec cette grande différence que si la théologie est compatible - il y a un Créateur - la morale n'est pas la même. Le Musulman se satisfait du monde au présent. Le Juif ne se satisfait pas du monde comme il est et son rire est réprimé. Il rira au futur. C'est une légende de dire que nous avons le même père car Avram n'est pas encore Abraham ; le Dieu de l'Islam, c'est le Dieu Créateur au présent, alors que le nôtre, c'est le Créateur avec un projet d'avenir.

Avec l'Islam nous n'avons pas de problème théologique. Leur monothéisme est compatible avec le nôtre, mais nous avons un problème moral. Pour la conscience islamique, il y a une difficulté à penser la responsabilité morale. Pourquoi ? C'est Dieu qui décide de tout. Penser que l'homme est libre, c'est un blasphème. Lorsqu'un Musulman est cultivé, formé à l'occidentale, il perçoit le problème moral. Il a alors des difficultés avec sa religion. Je suis né dans un pays d'Islam et je connais bien ce problème. Supposer que l'homme est libre, cela porte atteinte à la souveraineté de Dieu. Le Musulman a une foi absolue qu'il existe un Créateur qui décide de tout. Tout est écrit, dit-on. Ecrit, mais pas dans le sens de la fatalité, c'est la Volonté de Dieu. Il veut soumettre le monde à la Volonté de Dieu...

Le texte suivant (Gen. XXV, 9) prédit qu'Ismaël fera repentir. Ismaël revient d'Egypte où il vivait avec sa mère. Il revient dans la ``maison de son père'' à Hébron où vit Isaac. Abraham mort, il est dit : ``Isaac et Ismaël, ses fils, l'enterrèrent...'' C'est la fin du cycle d'Abraham qui meurt en bonne vieillesse puisque les deux frères se sont réconciliés et que le rire d'Ismaël a trouvé sa Rédemption.

 

Bar Yochaï explique...

Un texte du Talmud dit ceci : Trois maîtres veulent expliquer pourquoi Sarah, voyant rire Ismaël, a pu demander une chose aussi terrible à Abraham : expulser Agar et Ismaël ! Alors qu'elle avait donné Agar à Abraham dans sa générosité. Il y a là contradiction. Sarah n'est pas une mégère, finalement !

Or, le premier dit : ce rire, c'est l'idolâtrie ; le second dit : c'est le meurtre ; le troisième dit : c'est la débauche4. Car celui qui se satisfait du monde tel qu'il est tombe dans ces trois fautes. Et Rabbi Shimon bar Yochaï, qui cite ces trois maîtres, déclare qu'il est étonnant que dans la maison de ce Juste (Abraham), quelqu'un puisse agir ainsi. Il explique le rire d'Ismaël comme une moquerie. Il se rit de son frère. Se croyant l'aîné, il prétend à deux parts d'héritage (l'Arabie et la Palestine, remarque ironiquement le Rabbin !). C'est moi l'aîné. Le monde entier et la terre d'Israël me reviennent ! Mais à la mort de son père, il revient à la maison. Il fait repentir, reconnaissant qu'Israël est chez lui à Hébron, car il a reconnu la religion de son père (avant Mahomet, les Ismaélites étaient des païens).

Le rire d'Ismaël, ce rire de rivalité, trouvera donc un jour sa Rédemption. Pour nous, il suffit - mais il faut - que l'Islam reconnaisse que cette terre a été donnée par Dieu à Israël ; alors on établira le statut de ceux qui voudront y demeurer.

Les Arabes n'ont jamais connu la situation d'exil. Ils ont été des conquérants - partout et toujours. Et voici qu'ici, et pour la première fois, ils connaissent cette situation d'exil. Cela leur est insupportable : être en exil chez les Juifs... à Jérusalem !

 

Le Maharal explique...

Le Maharal a établi pourquoi notre exil n'a commencé qu'avec Jacob alors qu'il avait été annoncé à Abraham. Si l'exil avait commencé avec Abraham, Ismaël aurait été concerné. S'il avait commencé avec Isaac, Esaü aurait été concerné. Mais il commence avec Jacob parce que la promesse de la terre ne concerne que la descendance d'Abraham qui accepte l'éventualité de l'exil. Seule la descendance de Jacob a connu l'exil et la promesse de la terre ne concerne qu'elle.

Or, pour la première fois aussi, il y a des communautés chrétiennes et musulmanes qui vivent en Israël, chez Israël, et commence un temps où le lien avec la terre peut les concerner5.

Depuis Vatican II, on sent que la chrétienté cherche à être plus universaliste qu'universelle. Il y a un tournant. Mais, et c'est évident, l'impérialisme musulman reste universel dans l'Islam.

Abraham mort, ``Isaac et Ismaël, ses fils, l'enterrèrent dans la grotte de Makhpelah''. Alors seulement, Ismaël a le privilège d'être ici désigné comme fils d'Abraham. La préséance du fils de la Promesse, Isaac, est établie ici, et reconnue, puisque Isaac est nommé le premier. C'est un peu ce que nous attendons.

La Bible a raconté notre histoire et il y a une cohérence dans cette histoire. On ne peut la juger d'après les notes des journalistes ou les critères - uniquement politiques - des assemblées internationales.

 source / http://ghansel.free.fr/index.html#pensee

 


Notes:

1L'esprit de sainteté : ne pas confondre avec la fonction du ``Saint-Esprit'' dans le Rouah Haqodesh.

2Our Kasdim : Ur. Comme l'explique le Midrash, les hébreux étaient jetés dans les ``fours'' d'Our kasdim.

3Concernant Gen. XXI, 9, il est des traductions qui disent que les deux enfants ``jouaient''. L'hébreu dit ``riant'', un participe présent.

4Il y a trois axes des commandements dans la Torah :
- dans les rapports avec Dieu, la faute, c'est l'idolâtrie ;
- dans les rapports avec autrui, c'est le meurtre ;
- dans les rapports avec soi-même, c'est la débauche.

5Les Juifs ont connus quatre grands exils dont ils sont sortis, la sortie étant accompagnée de grands ébranlements de civilisation :
- de l'empire de Babel (géographiquement l'Irak) avec Abraham ;
- de l'empire de Perse (géographiquement l'Iran) avec Esther ;
- de la colonisation grecque avec les Hasmonéens ;
- de l'Empire romain (symboliquement l'Occident) par leur retour contemporain dans l'Etat d'Israël.

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