Analyses et actualités sur la geopolitique - Proche et Moyen-Orient - israel - conflit israel palestine - renseignement - diplomatie - Lutte contrela désinformation
L'homme est juif et rescapé. «On ne peut survivre que si on est fou, sinon on meurt», explique-t-il. Placé à l'Assistante publique à 5 ans par sa mère qui voulait lui faire éviter le pire, il est récupéré par une institutrice bordelaise, puis arrêté au cours d'une rafle et regroupé avec 1.700 juifs à la synagogue de Bordeaux.
Il se cache alors dans les toilettes, se fait oublier et parvient à s'échapper grâce à l'aide d'une femme et d'une camionnette.
C'est le seul survivant. «Il est probable que si j'ai eu le culot de m'évader, c'est parce que ma mère m'a donné confiance en moi».
Prémices de la fameuse «résilience»? Le mot est emprunté à la physique et désigne l'aptitude d'un corps à reprendre sa structure après un coup.
Il apparaît, dans les années 60, dans les travaux de psychiatres anglo-saxons. Boris Cyrulnik s'en fera le vulgarisateur en France.
Après plusieurs ouvrages sur le comportement animal, l'éthologue et neuropsychiatre traite de la notion dans ses cinq derniers essais, expliquant au fil des pages comment, même dans les cas les plus terribles, on peut s'en sortir et reprendre goût à la vie, grâce à des soutiens et des facultés acquises dans l'enfance.
«Banalité du mal»
L'homme sait de quoi il parle. Mais reste pudique et pondéré quand il s'agit de parler de soi ou de «ça», l'Holocauste. «Cette folie sociale était une forme de normalité pathologique.
Les Allemands étaient probablement le peuple le plus cultivé et le plus intelligent. Ils étaient tellement bons élèves qu'ils n'ont pas critiqué le système qui leur était proposé. Ils voulaient obéir au chef (...) Ils n'étaient pas fous. Ils étaient au contraire pathologiquement normaux».
Cette «normalité pathologique», cette «banalité du mal» comme l'a décrite Hannah Arendt en son temps, Boris Cyrulnik la retrouve à différents degrés dans les génocides rwandais et cambodgien, dans le régime franquiste, dans les discours d'un Ahmadinejad, d'un Le Pen, ou encore dans les appels haineux entendus au Proche-Orient.
C'est là que le psychiatre s'investit désormais après ses nombreuses missions au Cambodge, en Bosnie, au Brésil et en Russie.
Et son constat est inquiétant: «Je pense que la cause palestinienne mérite mieux que l'aide des nazis et des antisémites. "Mein Kampf" est un best-seller dans cette région.
Il y a une propagande nazie dans les écoles. Tout ça fait renaître l'antisémitisme et le racisme».
Décidément, Boris Cyrulnik aime à résilier... le silence!
http://www.letelegramme.com