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Le Vatican envisage enfin de révéler leurs origines aux orphelins de la Shoah Hier dans l'article http://aschkel.over-blog.com/article-32765412.html Nous parlions en bref de l'histoire Finaly Une histoire tragique qui grâce au lien communiqué par François nous rappelle les faits L’affaire Finaly Par Véronique Chemla pour Guysen International News 25 novembre 2008 22:45 |
France 2 consacre sa soirée du mardi 25 novembre 2008 à l’affaire Finaly en diffusant le téféfilm de Fabrice Génestal avec Charlotte de Turckheim et Pierre Cassignard Une enfance volée : l’affaire Finaly, puis le documentaire L’affaire Finaly de David Korn-Brzoza. L’histoire de Robert et Gérald Finaly, deux enfants juifs cachés sous l’Occupation par un réseau catholique dont est membre Mlle Antoinette Brun. A la Libération, et pendant des années, Mme Brun refusa de rendre à la famille Finaly ces enfants devenus orphelins et qu’elle fit baptiser. Une histoire médiatisée qui suscita une vive polémique notamment en France et se dénoua en 1953 par la remise des deux frères à leur famille vivant en Israël. Histoire. « L’enfer est pavé de bon sentiments », résumait l’actrice Charlotte de Turckeim lors du déjeuner de presse organisé le 3 novembre au siège de France 2.Méconnaissable, elle campe une Mlle Brun manipulatrice qui, sanglée dans ses convictions, refusa continûment de respecter le droit et la famille des enfants orphelins. Et ainsi, elle provoqua une affaire qui divisa « la France entre cléricaux et anticléricaux, sionistes et antisionistes, tenants du respect des lois républicaines contre partisans du droit canon ». Chronologie(1) 1938, 30 août : le Dr Fritz Finaly, chef de clinique à Vienne, épouse Anni Schwarz à Vienne (Autriche). Un de ses oncles est le fondateur de la banque de Paris et des Pays-Bas. 1939, avril : le couple, ayant fui l’Autriche après l’Anschluss, s’installe à Paris. 1941, 14 avril : naissance de Robert Finaly, déclaré comme Français et qui sera circoncis.1942, 3 juillet : naissance de Gérald Finaly, Autrichien comme ses parents, et qui sera circoncis. 1944, 10 février : craignant d’être arrêtés par la Gestapo, les parents Finaly confient leurs deux fils, et leurs affaires (bijoux, reçu de la Creditanstalt à Zurich, appareil Leica) à la pouponnière Saint-Vincent à Grenoble. 14 février : Fritz et Anni Finaly sont arrêtés, déportés le 7 marsde Drancy à Auschwitz dans le convoi n° 69. Leurs enfants sont cachés quelques jours au couvent Notre-Dame-de-Sion(2) , puis recueillis par Mlle Antoinette Brun, résistante et directrice de la crèche municipale de Grenoble, au château de Vif où ils où ils restent jusqu’en 1952. 1945, 2 février : Mme Fischl, leur tante de Nouvelle-Zélande, tente d’obtenir leur retour dans leur famille. Elle se heurte au refus de Mlle Brun. 12 novembre: Mlle Brun se fait nommer tutrice provisoire lors du 1er conseil de famille. 1948 : En Israël, Edwige Rosner, une tante de Robert et Gérald Finaly, reprend l’action initiée par Mme Fischl. Elle sollicite l’aide de Moïse Keller, chef d’entreprise grenoblois et ancien résistant. 1948, 28 mars : Mlle Brun fait baptiser les deux enfants alors que nul danger ne les menace. Ce qui contrevient notamment à la volonté des parents et au code de droit canonique. 1949, janvier : la famille des enfants Finaly demande à Moïse Keller de la représenter en justice afin de les récupérer. 1952, 11 juin : une ordonnance du tribunal ordonne à Mlle Brun de rendre les enfants à leur famille. Mlle Brun interjette appel, et perd son procès. Elle se pourvoit en cassation le 15 juillet. décembre : Moïse Keller sollicite l’aide de Wladimir Rabinovitch, dit « Rabi », juge et journaliste. 1952-1953 : Mlle Brun sollicite l’aide de la mère supérieure de Notre-Dame-de-Sion, Mère Antonine, qui contacte le cardinal Pierre-Marie Gerlier, Primat des Gaules, à l’archevêché de Lyon. Pendant ce temps, les enfants sont cachés dans plusieurs lieux en France et enlevés en février pour être emmenés dans le Pays basque espagnol. La campagne de presse et les actions des organisations juives s’intensifient.1953, janvier : Me Maurice Garçon, avocat de Moïse Keller, stigmatise le "fanatisme religieux" de Mlle Brun. 8 janvier : Mgr Gerlier évoque l’affaire lors de son entrevue avec le pape Pie XII. Celui-ci déclare : « On n’aurait pas du baptiser ainsi ces enfants ! C’est contre les prescriptions du Code... Il peut se faire que, dans le cas présent, l’affaire se présente de façon spéciale qui permettrait une autre attitude ». 5 février : Mère Antonine est arrêtée, accusée de complicité d’enlèvement sur les deux enfants Finaly. Le grand rabbin de France Jacob Kaplan(3) rencontre à Lyon Mgr Gerlier. 6 mars : Induit par l’accord secret entre le grand rabbin Kaplan et Mgr Gerlier, l’accord entre la famille des enfants Finaly et le père Chaillet, un jésuite représentant Mgr Gerlier et qui dirigeait sous l’Occupation un réseau L’amitié chrétienne protégé alors par le cardinal, est signé. Il contient quatre points, notamment la restitution des enfants Finaly à leur famille en Israël et le retrait des plaintes contre tous les religieux. Le père Chaillet dirigeait après guerre le COSOR qui accueillait 35 000 orphelins, dont la moitié était juifs. Fin mars : ne parvenant pas à localiser les enfants Finaly, Mgr Gerlier demande à Germaine Ribière, résistante de l’Amitié chrétienne(4), de les retrouver au Pays basque. Le Vatican décide de résoudre directement cette affaire en la confiant au cardinal Montini, sous-secrétaire d’Etat au Vatican (2e personnage du Vatican après le Pape) et futur pape Paul VI. Juin : le général Francisco Franco, chef de l’Etat espagnol, propose à la France de rendre les enfants Finaly, dont il ignore la cache, contre l’extradition de quatre républicains basques en exil à Tarbes. Georges Bidault, ancien résistant et ministre français des Affaires étrangères, ne cède pas au coup de bluff du caudillo. 11 juin : à Lyon, Germaine Ribière informe Mgr Gerlier que les enfants Finaly sont détenus par des Basques, en particulier par des prêtres. 20 juin : l’abbé Emile Laxague écrit à Germaine Ribière que « le retour des enfants Finaly est la seule solution actuellement justifiable ». 23 juin : la Cour de cassation a rejeté le pourvoir de Mlle Brun et confirmé que les enfants Finaly doivent être confiés à leur tante et tutrice, Edwige Rosner. 25 juin : Robert et Gérald Finaly sont conduits au consulat de France à San Sebastian. De là, Germaine Ribière les ramène en France, dans la propriété d’André Weil, dans l’Oise, où ils rencontrent leur tante paternelle. André Weil était trésorier du COSOR. Mlle Brun écrit à Vincent Auriol. 18 juillet : Mme Rosner retire sa plainte. 25 juillet : accompagnés de leur tante paternelle, les enfants Finaly prennent l’avion pour Israël(5). 1955, 7 juin : non-lieu général dans l’affaire Finaly. Des passions non apaisées Servi par une interprétation remarquable et une reconstitution scrupuleuse(6), le film télévisuel ainsi que le documentaire sont inspirés des travaux de l’historienne Catherine Poujol qui a eu accès à des documents inédits. Dans le téléfilm de Fabrice Génestal, par souci de simplification narrative, des personnages ont disparu, tel Guy Brun, enfant juif recueilli et adopté par Mlle Brun, des faits ont été passés sous silence ou minorés. Un souci partagé par les auteurs de la bande dessinée sur l’affaire Finaly. Une BD au graphisme en noir et blanc et au réalisme saisissant. Ces œuvres mettent en relief le mystère et l’ambigüité de Mlle Brun.Certes, Mlle Brun a pris des risques sous l’Occupation pour sauver des enfants juifs. Engoncée dans sa vision du catholicisme, persuadée d’agir pour le bien des enfants Finaly – baptême, éloignement de leur famille et d’Israël -, elle s’obstine dans sa voie, au mépris de préceptes de sa religion et du droit, des mobilisations d’organisations juives et de personnalités dans le monde. Rouée, non exempte de préjugés antisémites et peut-être dotée d’une certaine perversité, elle instrumentalise des dignitaires catholiques, attire l’église catholique qui se fourvoie dans son combat. Elle apitoie même un juge qui déroge au principe de neutralité indissociable de sa fonction ! Consciente du pouvoir des médias, elle mobilise l’opinion publique en posant en mère attentive de deux garçons qu’elle rencontre à quelques reprises annuelles. Elle se révèle indifférente aux souffrances qu’elle inflige, par son comportement obtus, aux enfants Finaly, à Moïse Keller et à leur famille. Le 19 octobre 2008, lors des projections de films au Mémorial de la Shoah (Paris), Guy Brun et les enfants de Moïse Keller ont exprimé leurs souffrances. Guy Brun a évoqué, selon des témoins, une Mlle Brun non désintéressée. Quant à la famille de Moïse Keller, elle a subi les contrecoups de cette affaire - le courroux et la haine connotant les passions - dans laquelle leur père a assumé longtemps et seul un dur combat contre des institutions publiques et privées, laïques et catholiques, et a vu son entreprise péricliter. Moïse Keller et sa famille ont fait leur aliyah, puis sont retournés en France. Si l’affaire a cristallisé autant de passions, c’est qu’elle conjuguait des facteurs sensibles et majeurs : la priorité particulière accordée par les juifs aux enfants et à la transmission de l’identité juive ; les difficultés de certaines familles juives à récupérer leurs enfants cachés chez des chrétiens ; la prégnance de préjugés antisémites dans la France de l’après-guerre. Et les motivations du sauvetage des enfants juifs par des catholiques ; la sincérité et les aléas du dialogue entre juifs et catholiques(7); la reconnaissance nécessaire par les catholiques de l’altérité juive, source d’interrogations essentielles. Last, not least, la faiblesse d’une communauté juive blessée dans son attachement à la France, persécutée sous le régime de Vichy et décimée, notamment ses plus jeunes membres(8), par la Shoah ; le sort des enfants cachés(9) et le destin des enfants juifs, que nul n’est venu rechercher – enfants orphelins, parentèles assassinées dans les camps nazis - et qui ont grandi dans l’ignorance de leur origine juive. |
[Mercredi 06/17/2009 16:08]