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Analyses et actualités sur la geopolitique - Proche et Moyen-Orient - israel - conflit israel palestine - renseignement - diplomatie - Lutte contrela désinformation

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Connaître ses ennemis

Par YAAKOV KATZ 
25.06.09
www.jpost.com

Quelle que soit l'issue des événements en Iran, un seul sujet intéresse Jérusalem : le programme nucléaire iranien.


PHOTO: AP , JPOST

La semaine dernière, le président américain Barack Obama a fait comprendre, haut et fort, qu'il n'avait aucune intention d'interférer directement dans les affrontements iraniens qui ont éclaté le lendemain des élections présidentielles du 12 juin dernier. Peu de temps après cette déclaration, le Département d'Etat a annoncé, cependant, qu'il avait pris contact avec les dirigeants du réseau Twitter pour leur demander de retarder la fermeture temporaire de leurs services afin de permettre aux manifestants iraniens de continuer à se servir du réseau comme moyen de communication avec le monde extérieur - compte tenu de la censure généralisée instaurée par le régime iranien. En effet, les manifestants se servent de Twitter comme d'un outil de communication pour révéler au monde entier la violence de la répression nationale. Mais la plate-forme permet également aux partisans du candidat réformiste, Hossein Moussavi, d'organiser plus efficacement leurs manifestations. Washington n'est pourtant pas seul face à ce dilemme. Faut-il tenter d'influencer les événements en Iran ou s'en écarter complètement ? Quelle que soit la réponse, les Etats-Unis sont perçus, particulièrement par les groupes iraniens d'opposition à travers le monde, comme le seul pays à pouvoir redonner espoir à des centaines de milliers d'Iraniens fermement décidés à renverser le régime de Mahmoud Ahmadinejad.

A Jérusalem, la question est encore plus complexe, et les commentaires officiels ont tendance à se contredire depuis le déclenchement des événements. Le premier à avoir pris la parole sur ce sujet : le chef du Mossad, Meïr Dagan, dont l'apparition devant la commission parlementaire de la Défense et des Affaires étrangères a coïncidé avec les déclarations du président américain. Dagan estimait alors que les manifestations "ne dureraient pas longtemps". Un jour plus tard, l'ancien responsable des services de renseignements de Tsahal, Aharon Zeevi Farkash, affirmait précisément le contraire.

Selon lui, ces soulèvements sont le début d'un schisme sans précédent dans les plus hautes sphères de la société iranienne, au pouvoir depuis la révolution 1979. Plutôt que de tirer des plans sur la comète, le ministre de la Défense, Ehoud Barak, a préféré quant à lui se concentrer sur les candidats. Interrogé à ce sujet, lors de son déplacement au Salon du Bourget la semaine dernière, Barak a répondu : "Ne nous laissons pas tromper. Moussavi n'aurait pas été élu député à la Knesset ou gouverneur du Maryland. Il s'agit d'un extrémiste religieux." Son refus de se prononcer de manière officielle sur le scrutin iranien est surtout fondé sur son expérience de terrain. En amont des élections législatives palestiniennes de janvier 2006, les services israéliens de renseignements étaient certains de la victoire du Fatah.

Pourtant, le Hamas a remporté la majorité des voix. Peu de temps avant le dernier scrutin libanais, les pronostics israéliens plaçaient le Hezbollah en tête. Encore une fois, les prévisions étaient fausses : le gouvernement libanais sera dirigé par le candidat pro-occidental, Saad Hariri.

Finalement, en ce qui concerne Israël, les élections iraniennes se résument à un problème essentiel : le programme nucléaire et les chances de le voir abandonné, que le président soit Ahmadinejad ou Moussavi. Selon un courant de pensée au ministère de la Défense, Ahmadinejad est utile parce qu'il sert les intérêts israéliens à court terme. Ses appels à la destruction de l'Etat juif et son négationnisme officiel finissent par contribuer aux efforts diplomatiques israéliens visant à condamner Téhéran, selon certains. "D'un point de vue occidental et à long terme, en revanche, il serait plus bénéfique qu'un dirigeant réformiste prenne les rênes du régime iranien, parce qu'il sera simplement plus ouvert au changement", ajoutent-ils.

D'autres se montrent clairement en faveur de Moussavi. Après tout, ce n'est pas comme si nous avions réussi à miner les ambitions nucléaires iraniennes, expliquent-ils. Et l'Allemagne et l'Australie continuent de signer des contrats de plusieurs milliards de dollars avec la République islamique, lui permettant notamment d'améliorer à grand pas son processus d'enrichissement d'uranium.

Renforcer les sanctions

Devant les membres de la Knesset, Dagan a semé la confusion en affirmant que, si le programme iranien se poursuivait au même rythme, Téhéran sera doté de sa première bombe atomique d'ici 2014. Une déclaration qui vient contredire les remarques de la division de Recherche des services militaires de renseignements, selon lesquelles l'Iran possédera suffisamment d'uranium pour fabriquer une bombe dès la fin de cette année. En réalité, les deux prévisions ne se contredisent pas du tout.

La division de Tsahal évoquait la période à laquelle Téhéran sera capable d'augmenter les niveaux d'enrichissement de l'uranium à des fins nucléaires. Autrement dit, nous franchirons un véritable "point de non retour" en 2010, pour deux raisons : d'une part, l'Iran maîtrisera parfaitement ses propres technologies et, par conséquent, même si son programme est stoppé, Téhéran pourra alors le reprendre, à tout moment, là où il s'était arrêté. D'autre part, l'Iran pourra programmer des essais souterrains, et s'offrir une entrée dans le club très exclusif des puissances nucléaires. Dagan, lui, expliquait qu'il faudra encore quelques années, une fois le "point de non-retour" franchi, avant que le Régime ne se dote d'une arme nucléaire pouvant être installée sur un missile longue portée. "L'Iran pourra conduire des essais souterrains, comme l'a fait la Corée du Nord, avant de pouvoir tirer des missiles à tête nucléaire", affirme-t-il.

Contrairement à l'opinion générale, Tsahal ne veut pas avoir recours à la force à tout prix. La grande priorité du moment, selon le chef d'état-major Gabi Ashkénazi, est avant tout d'intensifier les sanctions. La détérioration du climat économique mondial, en général, et l'inflation iranienne couplée à un taux de chômage élevé, en particulier, forment les conditions idéales pour que des sanctions plus sévères aient l'effet désiré. Jérusalem compte tout particulièrement sur une intervention américaine dans ce sens - si le dialogue qu'Obama prévoit d'ouvrir avec Téhéran se soldait par un échec. Quoi qu'il en soit, en attendant, l'armée israélienne se prépare à toutes les éventualités.

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