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Les propos tenus par le vice-président américain, Joe Biden, sur la chaîne ABC, dimanche, marquent un changement de cap cardinal vis-à-vis du dossier iranien, quoiqu’en disent les responsables de l’administration Obama, à commencer par Biden lui-même.
Biden a ainsi insisté sur l’affirmation selon laquelle la pression exercée par Israël et d’autres pays n’affectera pas le dialogue prévu avec l’Iran. Le vice-président a déclaré dans ce sens que "Washington croit que ce dialogue sert les intérêts de l’Amérique, autant que ceux d’Israël et du reste du monde".
D’autres officiels US ont, plus clairement encore, informé leurs interlocuteurs israéliens habituels de ce que, sur les bords du Potomac, on était parfaitement conscient de la frustration, qui va grandissant, en Israël, en Europe et dans les pays du Golfe, face à l’entêtement du Président.
Parmi les préposés étasuniens à la question de l’atome iranien, on ne cache plus que les chances de s’entendre avec les ayatollahs "ne sont pas grandes".
En Israël, dans le milieu du renseignement, on estime que ces chances de parvenir à un arrangement sont désormais nulles. Ce sentiment a été renforcé par les événements liés à l’élection truquée d’Ahmadinejad.
On explique qu’on a pu constater l’intransigeance extrême du clergé qui dirige la Perse, et aussi, que pour justifier leur maintien aux affaires, les durs qui ont réprimé les manifestations vont devoir se montrer encore plus durs relativement à un compromis sur l’atome.
Ceci dit et observé, côté américain de l’Atlantique, on refuse toujours de céder aux deux exigences de Jérusalem, maintes fois analysées dans ces colonnes : fixer une date butoir au dialogue diplomatique, et expliquer ce que l’on va faire s’il échoue.
A Washington, dans l’administration Obama, on explique que parler de sanctions et d’option militaire pendant que l’on discute indisposerait les ayatollahs, et leur ferait douter de la bonne foi des USA dans leur intention affichée d’arriver de à un accord.
Certes, mais je l’ai rapporté un peu plus haut, Israël n’est plus seule à faire pression sur le Président pour qu’il modifie son approche naïve du problème. L’Allemagne, la Grande-Bretagne et la France, qui reçoivent en permanence des mises à jour sur l’avancée du projet de l’atome iranien de la part d’Israël, de même que le Japon et la Russie, s’inquiètent fortement de la mollesse de Barack Obama.
Ce qui les effraie le plus, c’est de voir les Iraniens tester des fusées interplanétaires les unes après les autres, tandis qu’ils sont privés de toute défense contre cette menace.
Des Européens privés de défense antimissiles par une autre décision de la Maison Blanche, celle de ne pas déployer les missiles antimissiles prévus en Tchéquie et en Pologne, afin de ne pas fâcher Vladimir Poutine.
Plus encore que cette vulnérabilité à court terme, la France, l’Angleterre, l’Allemagne et les pays arabes ont saisi que l’impérialisme chiite iranien sera indétrônable et sa marche en avant irréversible dès qu’il aura fabriqué sa première bombe atomique.
Avec dix millions de Basij-SS à l’intérieur - un milicien pour sept habitants ! – pour réprimer dans le sang toute velléité de démocratiser le régime, et la bombe, pour menacer toute entité qui voudrait freiner la marche en avant des séides de la "révolution islamique" à l’étranger, le monde, s’il n’intervient pas, prend un risque existentiel.
Faute de mettre un terme au processus d’enrichissement de l’uranium en Perse, la Dictature Islamique, usant de ses premières bombes comme d’autant de parapluies de dissuasion, deviendra rapidement une puissance mondiale, exigeant l’islamisation de la Terre depuis un siège de membre permanent au Conseil de Sécurité.
Forts de cette certitude, les Européens et les Etats du Golfe se sont encore rapprochés de Jérusalem, au point où ils font pratiquement cause commune sur ce dossier, suite à la publication, la semaine dernière, dans le Washington Post, d’un article de John Bolton.
Bolton est l’ancien ambassadeur des Etats-Unis à l’ONU ; il a son franc parler, il est Républicain, mais tout le monde, dans la capitale fédérale, aussi bien que dans les chancelleries européennes, sait qu’il en connaît un bon bout en matière de politique étrangère. Et surtout, que Bolton ne balance pas des déclarations tonitruantes dans le seul but de faire parler de lui.
Or, dans l’article en question, il a écrit : "Une attaque israélienne est désormais le seul moyen d’arrêter le programme nucléaire de l’Iran".
Les Européens vont faire pression sur Obama pour que, durant la session de l’Assemblée Générale des Nations Unies qui se tiendra en septembre, - et pas aux Calendes grecques -, les USA soient contraints d’ouvrir l’enveloppe rouge des "sanctions paralysantes à l’encontre de Téhéran, et autres mesures…", au cas où aucun progrès tangible ne serait obtenu lors des discussions avec les ayatollahs.
Les Européens s’assureront également que l’annexe militaire figure effectivement dans le rapport de l’Agence Internationale pour l’Energie Atomique (filiale de l’ONU), qui doit aussi être rendu public en septembre.
Face à cette levée de boucliers, ainsi qu’aux nouvelles en provenance du Moyen-Orient – celles rendues publiques et les autres – faisant état du passage de sous-marins stratégiques israéliens par le Canal de Suez, et de l’autorisation de survol, garantie par l’Arabie Saoudite à l’Etat hébreu, démontrant la constitution avancée d’une alliance militaire entre les pays arabes et Israël, la Maison Blanche ne pouvait pas rester à l’écart.
Cela explique les propos principaux de Joe Biden à ABC, selon lesquels les USA "ne s’opposeraient pas à Israël, si cette dernière choisissait d’utiliser l’action militaire afin d’éliminer la menace nucléaire iranienne".
Voilà un tour de passe-passe intéressant venant de l’administration Obama : plutôt que de dire à Khameneï "hâtez-vous de parvenir à un accord avec nous, sinon on vous envoie les GIs’", ce qui équivaut à négocier avec un rameau d’olivier dans une main et une grenade dans l’autre, le gouvernement US dit aux ayatollahs : dépêchez-vous de vous entendre avec nous, car "Israël, qui est une nation souveraine, peut déterminer par elle-même ce qui est dans son intérêt, et ce qu’ils décident de faire en relation avec l’Iran et n’importe qui d’autre (Joe Biden)".
Le vice-président a totalement fermé la parabole, puisque, dans la même interview, il a lancé "La balle est dans leur camp (celui des Iraniens). S’ils choisissent d’accepter les conditions du P-5 [les cinq membres permanents du Conseil de Sécurité : USA, Russie, Angleterre, France, Chine. Ndlr.], cela signifie qu’ils ont décidé de changer de voie (…)".
Et s’ils n’ont pas décidé de changer de voie, eh bien, "les Etats-Unis ne peuvent pas dicter à une autre nation souveraine ce qu’ils peuvent et ne peuvent pas faire s’ils se sentent menacés par un autre pays (Joe Biden)".
George Stephanopoulos, le journaliste d’ABC a posé trois fois la même question au vice-président, parce qu’il ne croyait pas ses oreilles au sujet de la nouvelle licence de frapper les installations iraniennes, que l’administration US venait d’accorder à Israël, en direct dans son émission.
On est, sur ce dossier également, précisément revenu à ce qu’était la position du gouvernement Bush. Nous possédons des enregistrements de Condoleezza Rice prononçant, mot pour mot, il y a un an de cela, ce que Biden a dit dimanche.
Mais l’administration Obama se garde de dépasser ce que celle de Bush avait concédé : interrogé par Stephanopoulos qui voulait savoir si les USA permettraient à Israël de survoler l’Irak, Joe Biden a refusé de répondre.
C’est très important sur un plan tactique, certes, mais moins qu’auparavant. Moins qu’avant que le roi Abdallah 1er d’Arabie Saoudite n’ait autorisé les bombardiers portant l’étoile bleue de David à faire usage de son espace aérien.
L’espace aérien saoudien conduit de la frontière israélienne jusqu’au Golfe, face à l’Iran. Les aviateurs hébreux n’ont besoin de rien d’autre ; ils pourront avitailler leurs appareils à leur aise, et les conduire vers les aéroports que deux Etats du Golfe ont mis à leur disposition dans l’objectif de débarrasser la région de la menace de Khameneï.
Je ne désire pas entrer dans les détails dans ce papier, mais je suis en mesure d’affirmer que la coopération stratégique et tactique entre ces différentes entités n’aura pas attendu le jour du début de l’assaut israélien pour se manifester.
Il ne passe, en effet, pas une semaine durant laquelle les pilotes israéliens ne viennent titiller et tester les défenses déployées par les Gardiens de la Révolution. Jusqu’à plus ample démontré, ils n’utilisent pas le chemin de fer pour parvenir aux confins de la Perse.

La carte du Golfe persique (source Wikipedia)
En fait, avant même que ne soient émises les déclarations de Biden, Jérusalem n’avait plus besoin de l’aval de Washington pour mener une opération militaire en Iran.