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A l'annonce du deuxième procès contre les assassins d’Ilan H voulu par le Ministère, plusieurs sites de grands journaux d’information ont dû fermer leurs forums. Les propos antisémites commençaient à y fleurir avec une abondance tropicale.
Et de nouveau les Juifs montrés du doigt !
Les deux principaux syndicats de magistrats ont critiqué la ministre de la Justice Michèle Alliot-Marie, qui a demandé et obtenu un appel du parquet contre le verdict prononcé contre les complices de l’assassinat dont la condamnation avait été inférieure aux réquisitions du parquet.
Nous remarquions hier qu’il était fort probable qu’une décision de la Ministre serait interprétée comme un signe de soumission à un prétendu lobby juif. Certes moins actif que celui des viticulteurs ou un syndicat de fonctionnaires, mais un lobby quand même.
Certes moins actif que celui des viticulteurs, le groupe des industries alimentaires ou pharmaceutiques, mais un lobby tout de même.
En langage militant, on appelle cela un groupe de pression.
L'Union syndicale de la magistrature (USM, majoritaire) et le Syndicat de la magistrature (gauche) estiment que le ministère a cédé à des pressions.
Ce second procès sera, à n’en pas douter et même s’il est indispensable, beaucoup plus lourd de conséquences que le premier. Car il interviendra dans un climat de suspicion généralisée sur l’indépendance de la justice.
Emmanuelle Perreux, présidente du SM (gauche), a déploré que la décision réponde aux demandes d'organisations confessionnelles juives, dont les représentants n'ont pas assisté au procès, et de la famille de la victime.
"Il y a un aspect très communautariste à cette demande de vengeance. Or c'est une cour d'assises, des jurés populaires, le citoyen qui s'est prononcé". Lorsqu'un haut magistrat confond désir de justice avec vengeance, c'est que les valeurs sont inversées, que l'appareil judiciaire ne parle plus le même langage que les citoyens, à l'instar du politique.
Et elle continue : "Qu'un ministère cède à un groupe de pression me paraît une dérive. Ça montre à quel point aujourd'hui le politique entend gouverner le cours de la justice et ce n'est pas un gage de sérénité".
Heureusement pour les ex-accusés d’Outreau que Mme Perreux n’a pas eu à décider de la révision de leur procès! D’autant qu’en bon apôtre, elle oublie que les magistrats sont chargés de dire le droit, non de rendre la justice. Cette société a le triste privilège de se créer dieux et thaumaturges pour l’aider à penser.
Rendre la justice est une tâche impossible.
Ils ne rendront jamais non plus l’enfant à sa mère. Ruth n’entendra plus jamais le rire d’Ilan. Et elle vivra jusqu’à sa dernière heure la souffrance de ne pas avoir pu dire aux ravisseurs « Prenez-moi à sa place, ne lui faites plus de mal. Cessez ! »
Il n’y a pas de justice capable de redonner cette dernière chance à une mère. Pas une justice qui puisse compenser les jours entiers passés par son père à supporter les délires de Fofana et les cris d’Ilan torturé lors des appels téléphoniques des ravisseurs.
Ces mots sans suite, sans aucun sens, ces revirements constants entrecoupés de citations du Coran !
Pas de justice pour cette vingtaine de salauds qui a, durant trois semaines, supporté sans frémir l’haleine des principaux monstres et celle, essoufflée, d’Ilan.
Pas un, pendant 3 semaines, n’a eu assez de remord, voire de courage, pour aller se dénoncer à la police. Tous attendaient le fric promis par le chef.
Les avocats ont tous présenté leurs clients respectifs comme des victimes. Victimes du chef, victimes de leur passé.
E., l’appât, âgée de 17 ans au moment des faits, s’est fait promener par Fofana le long des boutiques luxueuses. Il lui avait promis 5.000 euros.
D’origine iranienne, violée à 14 ans, la voilà désignée victime de la société, du machisme des banlieues. Et pas sans raison. Mais est-ce justement une raison ?
Elle écope de 9 ans de prison. Qui pourrait croire qu’elle ne s’est pas posé une seule fois la question durant ces 3 semaines : "Où sont mes 5000 euros ? Comment se passe l’enlèvement ?"
Un peu de pédagogie, bordel !
Les citoyens, ceux-là même que ces syndicats de la magistrature convoquent à l’appui de leurs critiques, aimeraient comprendre.
Et pas seulement les Juifs. Madame Emmanuelle Perreux serait surprise de savoir que les Juifs ne sont pas seuls à demander des comptes à l’institution judiciaire.
Ce n’est plus une question de Juif ou d’Arabe, de noir ou de blanc. Peut-on, en France, participer à 3 semaines de torture sur un être humain enchaîné ? Voilà la seule vraie question !
Qu’est ce qui a pu amener une bande aussi disparate à se rendre complice d’un meurtre aussi odieux ? Le reste est de la littérature
Le souhait d'une révision du procès n'émane pas seulement de "certains groupes", mais de citoyens de ce pays épris de justice, refusant d'assister, impuissants, à la montée de l'antisémitisme, cette maladie de la société qui précède toujours la montée des extrêmes qui installent parfois des dictatures.
Les magistrats, journalistes, politiques se sont, depuis le début de l’affaire, enfoncé un foulard sur les yeux.
Ils n’ont rien vu venir, malgré les appels incessants d’une partie de la population française qui voit, constate, jour après jour, la montée du fascisme brun-vert et pas simplement dans nos banlieues.
Et un procès ouvert au public aurait pu faire œuvre de pédagogie. Mme Perreux a raison de remarquer que ceux qui regrettent le laxisme vis-à-vis des complices n’ont pas assisté au procès. Sur l’exigence des comparses en question, il eût été honnête de le reconnaître.
Il ne suffit pas de faire mine de s’horrifier, au plus chaud de l’été, à la vue d’une burqa et de vouloir créer une commission parlementaire pour statuer sur cet “habit”.
On ne joue plus à "Pince-mi-pince-moi derrière le voile", là.
Depuis février 2006, on ne joue plus. Le refus chatoyant de l’honnêteté a cassé notre société.
3 semaines de torture, ce n’est pas un fait divers. C’est une épouvante qui n’a pas de mot dans le langage humain.
Et faire subir cela à un jeune homme sous le simple prétexte qu’il est juif ne concerne pas que les Juifs mais la France entière.
Alors, maintenant, que cette France se débrouille avec ses embarras, ses pédagogues, ses psychologues et ses travailleurs sociaux qui vont cahin-caha, se répandre dans les médias en disant que cette société ne sait pas accueillir, ne sait pas intégrer.
Lorsque les Juifs, chassés des pays arabes, sont venus se réfugier en France après 1948, ils ont aussi connu les cités sans joie, les appartements insalubres, les petits boulots sans lendemain.
Mais pas un n’a rejeté sur l’autre une faute quelconque. Ils ont travaillé leur français pour ceux qui l’ignoraient. Ils ont cherché à s’en sortir sans attendre que le pouvoir leur vienne en aide aux moyens de subsides et de fonds d’Etat.
Certes, les 30 glorieuses commençaient et les opportunités ne manquaient pas. Mais tous n’ont pas réussi aussi bien que veulent le faire croire les tenants des groupe de pression et des lobbies.
Demandez à Nathan, qui vit sous une tente au Bois de Vincennes, pourquoi il ne veut pas aller dans un centre d’hébergement. Parce que ses autres compagnons de misère ne lui laissent pas réciter ses prières sous son maigre talith*, le vendredi soir.
Il a une tête de lobbyiste, lui ?
Le deuxième tour ne fera qu’ajouter à la confusion mais il n’en est pas moins indispensable pour comprendre ce qui a pu créer les conditions d’une telle barbarie dans le pays qui se revendique des Lumières et des droits de l’homme. Contradiction dont nous n’avons pas fini de payer les conséquences.
Voilà bien pourquoi ils… voilà bien pourquoi nous sommes tous responsables de ce deuxième procès.
La justice, c'est quand on gagne le procès, déplorait l’écrivain anglais Samuel Johnson. Dans le procès du Gang des Barbares, personne n’a gagné.
Surtout pas nous, surtout pas l’Humanité.
Pas grave, ce soir, y'a feu d’artifice ! Mais cette fête n'a d'autre ambition que de nous rappeler l'arrivée de la République.
Liberté, Egalité... On se rassure comme on peut !
Pierre Lefebvre © Primo, 14 juillet 2009
* châle de prière