Analyses et actualités sur la geopolitique - Proche et Moyen-Orient - israel - conflit israel palestine - renseignement - diplomatie - Lutte contrela désinformation
Pour l'expulsion des Juifs de France lire le trés bon article sur
http://jss.over-blog.com/article-33890613.html

Isaac Abravanel
Don Isaac Abravanel s'enfuit. Il échappait de justesse aux poursuites de Juan II, le nouveau roi de Portugal. Il avait été ministre des Finances et conseiller de Ferdinand V, le père. Sa sage gestion et ses conseils pertinents avaient valu au pays un grand essor, et au trésor des profits considérables. Mais tout cela était délibérément ignoré, oublié par le jeune et implacable souverain.
Ce fut miracle qu'Abravanel ne tomba pas aux mains des sbires lancés à ses trousses, et put se réfugier en Espagne. Le roi Juan fit main basse sur tous ses biens, héritages reçus de ses aïeux et que ses efforts constants avaient accrus.
Dépouillé de tout, possédant à peine quelques effets personnels, Don Isaac Abravanel arriva en Castille, et s'y établit, n'aspirant, après tant de vicissitudes, qu'à une vie paisible. Il avait tout perdu ; il lui restait cependant le réconfort que lui donnait la Torah, et ce réconfort était grand. Avec ferveur, il se mit à rédiger les explications que lui inspirait le TaNaKh (la sainte Bible).

Isabelle de Castille Ferdinand d'Aragon
Son travail avançait, il était arrivé au Livre des Rois, quand un jour, un carrosse royal s'arrêta devant la porte de sa modeste maison. Deux serviteurs en descendirent et remirent à Abravanel, stupéfait, une invitation de Ferdinand, roi d'Espagne. Ce dernier le priait de lui rendre visite à son palais.
Le jour fixé, Abravanel fut reçu par le roi qui lui apprit qu'il avait suivi avec intérêt les phases de sa carrière d'ancien ministre des Finances du pays voisin, et qu'il admirait les hautes qualités dont il avait fait preuve en toute circonstance. Si ce dernier avait été obligé de quitter le Portugal, il ne pouvait en être tenu responsable. Enfin, le roi pria Abravanel d'accepter les mêmes fonctions qu'il avait occupées dans son pays, et exprima l'espoir qu'il le servirait avec le même dévouement qu'il avait mis à servir le roi du Portugal.
À cette époque-là, la vie des Juifs d'Espagne non plus n'était pas de tout repos, loin de là. Beaucoup de familles riches, soucieuses d'échapper aux persécutions systématiques des Jésuites, feignirent d'embrasser la religion chrétienne. Mais dans le secret de leurs cœurs, la plupart d'entre eux demeuraient fidèles à la foi de leurs pères. S'entourant de beaucoup de précautions, ils continuaient à observer toutes les lois et coutumes juives. On les appelait les « Marranes ». Les autorités inquisitoriales se doutaient que leur conversion et les manifestations extérieures qu'ils multipliaient pour donner le change étaient feintes. Elles surveillaient de près ces nouveaux chrétiens, les épiaient. Ils guettaient le moindre geste qui trahirait les sentiments qu'ils cachaient si bien. Et quand ces Juifs camouflés en catholiques avaient le malheur d'être pris en flagrant délit, il était rare qu'ils échappassent au bûcher.
/http%3A%2F%2Fwww.qub.ac.uk%2Fschools%2FSchoolofEnglish%2Fimperial%2Fkey-concepts%2Fimages%2Fclip_image012_000.jpg)
Torquemada
Les persécutions battaient leur plein. La reine Isabelle, qui subissait l'influence du Grand Inquisiteur, le terrible Tomas de Torquemada, y prêtait la main.
En l'an 5250 (1490) ce dernier accusa les Juifs et les Marranes de la ville de La Guardia, proche de Tolède, du meurtre d'un enfant chrétien à des fins rituelles. En même temps, il faisait tout en son pouvoir pour persuader le roi et la reine de se débarrasser une fois pour toutes des Juifs vivant dans le pays.
/http%3A%2F%2Fwww.modia.org%2Ftora%2Fvayiqra%2Fbucher.jpeg)
Bûcher public de juifs par l'Inquisition
Ferdinand faisait la guerre aux musulmans et il avait grand besoin de l'argent que lui avançaient les financiers juifs. Grâce à ceux-ci il allait de victoire en victoire, et ne tarda pas à devenir l'un des souverains les plus puissants de son temps, ce qui ne manqua pas d'impressionner vivement, non seulement la quasi-totalité de l'Espagne, y compris la Castille, l'Aragon et la Catalogne, mais aussi la Sicile et beaucoup d'autres royaumes insulaires de Méditerranée. Une seule forteresse résistait encore : Grenade. Mais elle tomba à son tour en l'an 5252 (1492). Cette dernière victoire faisait de Ferdinand le maître absolu d'une Espagne désormais entièrement catholique, et, hélas, fanatisée.
Ferdinand en conçut un immense orgueil. C'était le moment pour Torquemada d'insinuer dans l'esprit du roi que toute sa puissance n'était qu'un effet de la volonté Divine, et qui s'inscrivait dans les desseins du Très-Haut tendant à imposer la foi chrétienne aux centaines de milliers de Juifs du royaume et des îles soumises à sa souveraineté.
Torquemada poursuivit sans relâche son oeuvre destructive. Et un jour, Ferdinand et Isabelle finirent par prendre le funeste décret aux termes duquel, avant l'expiration d'un délai de trois mois, tous les Juifs d'Espagne, de Sicile, de Sardaigne, bref de tous les territoires où Ferdinand avait étendu sa domination, devaient embrasser la religion chrétienne. Faute de quoi, ils seraient impitoyablement chassés de leurs pays.
Don Isaac Abravanel se trouvait au palais quand le décret fut annoncé. Il alla trouver le roi et le supplia d'épargner les Juifs qui étaient non seulement innocents, mais de plus, ses sujets les plus loyaux. En même temps, il fit tout ce qu'il put pour gagner à sa cause certains membres de la cour royale afin qu'ils usassent de leur influence auprès du souverain et que le décret fût rapporté. Accompagnant une délégation de notables juifs, à la tête de laquelle se trouvait Don Isaac Abravanel, ils se rendirent auprès du roi pour solliciter le retrait de l'inhumaine décision. Abravanel alla jusqu'à promettre l'énorme somme de 300 000 ducats à verser au trésor royal si Ferdinand renonçait à exécuter la menace qui pesait sur tous les Juifs.
Celui-ci commençait à faiblir quand, soudain, Torquemada parut et engagea sévèrement le roi à s'en tenir aux résolutions prises. Cela suffit à balayer les hésitations de ce dernier. Tous les efforts d'Abravanel étaient désormais voués à l'échec.
Le drame atteignit son point culminant à Tichea beAv. Les lamentations des prières endeuillées de ce jour de désolations fendaient le coeur. Jeunes et vieux pleuraient non seulement sur la destruction, deux fois renouvelée en ce même jour, du Beth Hamikdache, mais aussi sur le triste sort qui les attendait. Ils allaient être impitoyablement chassés de ce pays où ils avaient vécu en paix des siècles durant, et donné naissance à des hommes aussi illustres que 'Hasdaï ibn Chaprouth, Chmouel HaNaguide, Ibn Gabirol, Moïse ibn Ezra, Yéhoudah Halévi, Maïmonide, Na'hmanide, et tant d'autres.
À aucun des fidèles, cependant, ne venait la pensée qu'il pouvait se sauver au prix de l'abandon de sa foi.
Trois cent mille Juifs de tous âges, hommes et femmes, en ce jour de Tichea beAv, abandonnèrent leurs foyers et partirent sans savoir où leur destin le conduirait. Ils se dirigèrent, qui vers le Portugal, qui au-delà des mers. De ceux-ci beaucoup périrent noyés, d'autres furent capturés et vendus comme esclaves.
Parmi ces infortunés qui fuyaient la cruelle ingratitude de leur pays, marchait fièrement le ministre illustre, le grand sage, Don Isaac Abravanel qui avait renoncé à ses grandes richesses, à la gloire, à tout, pour demeurer fidèle à sa foi. Il se rendit à Naples, où le roi le reçut avec amitié et lui confia une haute charge dans son royaume.
La florissante communauté juive d'Espagne était ainsi entièrement détruite. Avec l'exil des Israélites, le pays perdit sa beauté et ses forces les plus vives. À partir de ce moment, il ne fit que péricliter, et finit par ne plus jouer sur la scène mondiale qu'un rôle fort secondaire. Plus tard, il était déchiré par une guerre civile des plus meurtrières.
Tel est le lot des grandes nations qui s'en prennent à notre peuple. Elles le persécutent, et le Tout-Puissant le leur permet pour un temps afin qu'il se repente. Tôt ou tard, les bourreaux ont leur juste châtiment. Ce fut le cas de l'Égypte, de l'Assyrie, de Babylone, de Rome et de l'Espagne ; ainsi en sera-t-il des nations qui suivent leur exemple. Le peuple juif survivra à ses ennemis et connaîtra la Rédemption finale par l'intermédiaire du juste Messie dont nous souhaitons avec impatience l'avènement. Alors la triste date de Tichea beAv sera un jour de joie et de bonheur.
http://www.fr.chabad.org/
Tous les exilés de Jérusalem en Espagne quittèrent cette contrée maudite le cinquième mois de l'année 5252, c'est-à-dire en 1492, et de là se dispersèrent aux quatre coins de la terre." Qui mieux que Joseph Ha-Cohen, dans La Vallée des Pleurs (1560), a décrit la tragédie de l'expulsion des juifs d'Espagne ? "Les juifs s'en allèrent où le vent les poussa, en Afrique, en Asie, en Grèce et en Turquie. D'accablantes souffrances et des douleurs aiguës les assaillirent, les marins génois les maltraitèrent. Des créatures infortunées mouraient de désespoir pendant leur route : les musulmans en éventrèrent pour extraire de leurs entrailles l'or qu'elles avaient avalé pour le cacher. Il y en eut qui furent consumées par la peste et par la faim. D'autres furent débarquées nues par le capitaine du vaisseau dans des îles désertes. D'autres encore vendues comme esclaves dans le port de Gènes et les villes soumises à son obéissance."
1492, année du malheur pour les juifs, mais pour l'Espagne des Rois catholiques celle du triomphe de la croix et d'une triple bénédiction : la chute de Grenade le 2 janvier, qui achève la Reconquista sur les Maures ; l'exil d'au moins 120 000 juifs après le décret du 31 mars ; la découverte de l'Amérique par Colomb. L'Espagne s'éblouit, l'Espagne s'enivre. Elle refait son unité et s'ampute de sa "gangrène" juive. Pour avoir purifié son sol, Dieu la récompense par l'or du Nouveau Monde. Le plan de Dieu et l'histoire des hommes coïncident et qu'importe si le prix des métaux précieux d'Amérique est le sang du paysan indien qu'on exploite dans les mines ! Et celui de la pureté de l'Espagne l'expulsion des juifs - avant celle des moriscos (musulmans convertis) à partir de 1609 -, qui, grâce à l'argent récolté par le rabbin Abraham Senior ou Isaac Abravanel, avaient pourtant fait beaucoup pour la Reconquista !
Les caisses royales y perdent, mais le sacrifice intellectuel aussi est considérable. Car s'il y a de pauvres juifs, beaucoup sont ingénieux, actifs, imaginatifs. "Ils sont médecins, courtiers, collecteurs d'impôts, commerçants, intendants de noblesse, joailliers, marchands de soieries", raconte Andres Bernaldez, le chroniqueur d'Isabelle de Castille et Ferdinand d'Aragon, les Rois catholiques. Si la perte est grande, l'Espagne y gagne au change divin. Elle est le nouveau peuple élu qui supplée le peuple juif à nouveau défaillant. En purifiant le royaume de cette engeance honnie, les Rois catholiques préparent le deuxième avènement du Christ annoncé dans l'Apocalypse. Francisco Enriquez écrira, en 1648, qu'"un royaume sans religion une et pure est une réunion de bandits et d'hommes iniques".
Tout avait commencé en 1391, un siècle avant le décret d'expulsion, par un bain de sang inondant la Castille, l'Aragon, la Catalogne, Majorque. Les quartiers réservés aux juifs - les aljamas - sont frappés par la contagion meurtrière. Comme si l'Espagne avait voulu signifier pour de bon à ses juifs, enracinés de longue date, que leur présence était devenue indésirable, qu'ils devaient expier pour les épidémies, les famines, les guerres qui ravagent alors l'Europe. Plus de 4 000 personnes périssent à Séville où sévit un moine fanatique, Martinez de Ecija. Prospère, la communauté de Barcelone est anéantie. Les assaillants "pillent, saccagent, massacrent à ravir. Chaque ville fut, ce jour-là, une nouvelle Troie", écrit un contemporain. Seuls ont la vie sauve les juifs qui implorent de recevoir le baptême et des mots nouveaux apparaissent : marrano, judeoconverso.
Plus progresse la Reconquista sur les Maures, plus se déchaîne la haine contre les juifs. Plus la croix triomphe, plus sont écartés les ennemis de Dieu et de l'Espagne. Une ordonnance royale de 1412 contraint déjà les juifs, qui avaient toujours vécu au milieu du peuple castillan, à rester parqués dans des "ghettos" isolés. Elle leur interdit d'exercer toute charge publique, de vendre de la viande ou tout autre comestible, de se couper la barbe et les cheveux. En revanche, ils sont obligés de porter de longs manteaux noirs descendant jusqu'aux pieds. Ces dispositions iniques ne font qu'étendre le soupçon sur les convertis sincères et les baptisés "cryptojuifs" qui continuent de pratiquer clandestinement leurs rites.
Dès le début de leur règne, en 1474, les Rois catholiques entendent extirper le mal. Les juifs de Castille sont confinés dans leurs ghettos, bannis des évêchés de Séville et de Cordoue, de ceux de Saragosse, d'Albarracin, de Teruel. Puis l'Inquisition entre en scène. Pour elle, les mesures de ségrégation et d'expulsion régionales sont sans effet. Elle propose donc aux souverains comme seule médecine le bannissement généralisé. Les juifs castillans tentent bien de retarder l'échéance, se disent prêts à payer le prix fort, mais Torquemada, l'inquisiteur général, brandit devant la Cour réunie, le 20 mars, un crucifix et rappelle la trahison de Judas. Le décret royal du 31 mars 1492 est donc signé : il donne trente jours à tous les juifs d'Espagne pour quitter la terre de leurs ancêtres. Trente jours pour tenter de vendre leurs biens, faire leurs adieux et vider les lieux.
Que leur reproche-t-on ? Rien de moins que de contaminer la société espagnole. "Les juifs essaient de soustraire les fidèles chrétiens à notre sainte foi, de les en détourner, de les dévoyer, de les attirer à leurs croyances et opinions damnées, écrit le décret d'expulsion. Ils les instruisent des cérémonies et observances de leur loi, veillent à leur circoncision, eux et leurs fils, les informent des jeûnes à respecter, leur notifient l'arrivée des Pâques, leur donnent et apportent de chez eux le pain azyme et les viandes abattues rituellement, les avertissent des nourritures dont ils doivent s'abstenir et des autres interdictions et les persuadent autant qu'ils le peuvent d'observer et pratiquer la loi de Moïse, leur font comprendre qu'il n'y a d'autre loi ni d'autre vérité que celle-là."
C'est le catalogue des pratiques juives "avouées" sous la torture infligée par les tribunaux de l'Inquisition, qui exercent de manière souveraine en Espagne depuis une bulle du pape Sixte IV en 1478. Le dominicain Tomas de Torquemada a été nommé par le roi Ferdinand comme inquisiteur d'Aragon, de Valence, de Catalogne. Il lui faudra dix ans pour constituer une Inquisition d'Etat. Les accusés et condamnés se comptent par centaines, tous ou presque des judeo-conversos, nouveau masque de l'hérésie.
L'obsession de la contamination anéantit par le feu, par l'exil, par la ruine, des familles entières parmi les mieux intégrées. L'argument inquisitorial est imparable : la présence de juifs sur le sol espagnol témoigne de la grandeur d'âme des souverains.
Qu'ils profitent de ce privilège pour entamer l'intégrité de la société chrétienne est un crime d'ingratitude qui mérite les châtiments les plus sévères. Seule une opération chirurgicale, coupant tout lien entre les juifs et les "nouveaux chrétiens", convertis sincères, est capable d'enrayer la propagation d'une tumeur maligne, l'hérésie judaïsante.
Source : http://www.darnna.com/phorum/read.php?19,118563