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Des plongeurs explorent les vestiges de ce qui pourrait être un ancien lieu rituel à Atlit-Yam.
PHOTO: AUTORITÉ ISRAÉLIENNE DES ANTIQUITÉS , JPOST
Entre la route de terre qui débouche sur la crique et la plage, des fleurs sauvages parsèment le paysage. Le Dr Ehoud Galili, archéologue marin de l'Autorité israélienne des Antiquités, vit à Atlit.
Un lieu dont il parle avec passion. Né à Haïfa, Galili est un grand amoureux de la mer depuis son plus jeune âge.
Issu de la quatrième génération d'une famille de Sabras - les parents de sa grand-mère venaient d'une famille de pêcheurs, près du lac de Tibériade - il milite activement contre les constructions côtières qui ruinent, selon lui, la beauté du paysage de ce lieu historique.
Mais ce sont essentiellement ses trouvailles des 25 dernières années qui l'ont rendu encore plus déterminé à préserver un site qu'il considère comme un véritable héritage.
Détaillant les périodes successives auxquelles remontent les reliques déterrées le long de la côte, Galili évoque, par exemple, les premières traces d'huile d'olive, découvertes à Kfar Samir et Kfar Galim et qui datent d'environ 7 500 ans.
C'est en 1984, et sous la mer cette fois-ci, que Galili et ses collègues ont mis au jour l'incroyable village d'Atlit-Yam (Atlit sous-les-mers), à seulement 400 mètres de la côte.
Il s'agirait plus précisément du site préhistorique le plus grand et le mieux préservé jamais découvert le long de la côte méditerranéenne.
Sur une surface d'environ 40 000 mètres carrés et immergée de 8 à 12, les archéologues sont tombés sur les vestiges d'habitations humaines vieilles de 9 000 ans.
En recollant les morceaux de ce puzzle grandeur nature, l'architecture des demeures ainsi que les techniques de datation révèlent ainsi qu'Atlit aurait été l'une des plus anciennes communautés agropastorales de l'Histoire, une hypothèse qui n'est toujours pas été disputée par les autorités archéologiques à ce jour. Les découvertes marines du site ont été publiées dans des journaux spécialisés à travers le globe.
Des trouvailles incontournables
Atlit est un site unique au monde : il consiste en un village entier, immergé et particulièrement bien préservé. C'est aussi le seul où ont été retrouvés des cimetières intacts.
Une fois enterrés, les corps des habitants d'Atlit étaient placés sur le dos ou sur le côté. Une pratique courante à l'époque, semble-t-il, même si les raisons restent encore inconnues.
Apparaissent également les preuves de rituels autour du culte des ancêtres, d'où une grande proximité entre les lieux de sépulture et les habitations.
Les cimetières comportent un certain nombre d'offrandes : une hache pour un homme, une pierre pour une femme, par exemple. Les restes de faune et de flore révèlent par ailleurs que les habitants du village s'adonnaient à la chasse, l'élevage et la pêche.
Les signes d'activité maritime, de domestication d'animaux et d'usage de tables d'eau sur les puits de pierre témoignent par ailleurs d'un niveau plutôt élevé de civilisation.
L'état des restes humains permet également de noter qu'une grande partie de la population mâle jouissait d'une espérance de vie relativement avancée, comparée à d'autres communautés néolithiques : à savoir, plus de 50 ans.
La taille moyenne des habitants du site s'élevait à 144 cm pour les femmes, 164 pour les hommes. La plupart des squelettes révèlent des déficiences dentaires ainsi que des problèmes de vertèbres, de coudes et de certains muscles du corps (particulièrement sollicités par les rameurs).
Galili et le professeur Israël Herskovitz, maître de conférences en anthropologie physique à l'université de Tel-Aviv, ont également découvert quelques anomalies au niveau des oreilles, ce qui semblerait indiquer que les villageois plongeaient dans l'eau pour attraper les poissons.
Galili est ainsi convaincu que, 9 000 ans en arrière, Atlit-Yam était une communauté maritime prospère, dotée de nombreuses ressources - poisson, orge, lentilles et blé. Des traces de pollen spécifiques aux oliviers ont aussi été retrouvées.
Il semblerait néanmoins qu'il a fallu attendre le millénaire suivant avant que les olives ne soient pressées pour en extraire de l'huile.
En revanche, d'autres fouilles organisées à Nevé Yam - juste de l'autre côté de la baie d'Atlit-Yam - Kfar Samir, Kfar Galim et Meguadim au sud de Haïfa, ont mis au jour une production florissante d'huile d'olive à la même époque.
Plus récemment, sur le site d'Atlit-Yam, un groupe de chercheurs a identifié des signes de tuberculose sur les squelettes d'une femme et de son enfant.
Il semblerait que ce virus ait beaucoup évolué au fil des siècles.
Les universités de Tel-Aviv et de Jérusalem, ainsi que plusieurs centres de recherche sur les maladies infectieuses au Royaume-Uni, ont mené conjointement les recherches.
Avant les découvertes de Galili, on savait que la tuberculose était généralement transmise aux humains par le bétail.
Pourtant, nulle trace de bétail à Atlit-Yam. Les chercheurs sont alors arrivés à la conclusion suivante : la source de transmission provenait de la très haute densité de la population locale.
Le Dr Simon Mays, biologiste au Centre anglais d'Archéologie, estime que les signes de tuberculose décelés sur le site "prédatent les signes de l'unique autre cas convaincant de tuberculose, il y a environ 6 000 ans en Italie".
"Il y a beaucoup de leçons à retenir de ces découvertes", affirme Galili. "Il s'agit du cas de tuberculose de ce type le plus ancien au monde (...). Ce que nous avons trouvé ici démontre qu'il s'agit d'un virus différent de celui relevé sur des cas humains de nos jours."
Un nouveau Stonehenge ?
Alors comment le village a-t-il fini au fond de l'eau ? "Il existe plusieurs théories", explique Galili.
Certains pensent que le site a été victime d'un tsunami, suite à l'éruption de l'Etna et aux glissements de terrain en Sicile, il y a 8 000 ans. Cette théorie n'a cependant pas été retenue. Galili, lui, est convaincu que le processus a été beaucoup plus lent. "Nous ne constatons pas les dégâts typiques qu'aurait causés une telle catastrophe naturelle", souligne-t-il.
Par ailleurs, la plupart des squelettes d'animaux portent des traces de coupures, indiquant qu'ils ont été tués par l'homme. Il note également un certain nombre de modifications qui pourraient suggérer que les villageois savaient que le niveau de la mer montait.Selon les estimations actuelles, l'un des puits du site se trouvait à cinq mètres au-dessus du niveau de la mer lorsqu'il a été construit. Autrement dit, le niveau de la mer était 16 mètres plus bas qu'aujourd'hui.
Le niveau de l'eau n'a cessé d'augmenter au fil du temps. Première raison : la fonte glaciaire il y a 20 000 ans. Il y a 10 000 ans, le niveau de la Méditerranée était pourtant encore 30 mètres inférieur à son niveau actuel.
L'activité tectonique et le réchauffement climatique ont contribué à assécher une partie de la côte du Carmel, rendant les conditions de vie plus favorables dans cette région. Mais le niveau des eaux continuait toujours d'augmenter et Atlit-Yam sera éventuellement submergée.
Quoi qu'il en soit, l'intérêt de l'archéologue pour le site d'Atlit ne se concentre pas uniquement sur les objets datant de 9 000 ans. Shvil Hareches, coécrit par Galili et Rina Tirosh, est un véritable guide de l'histoire ancienne et moderne du site.
Ce travail constitue une grande source d'inspiration pour les jeunes écoliers des alentours, qui se sont récemment attelés à nettoyer un site historique au cœur du village et à créer un parc de fleurs sauvages.
Mais une intrigue demeure cependant : les fouilles ont révélé un cercle de pierres dressées, semblable à celui de Stonehenge. Une structure qui semble confirmer l'hypothèse de pratiques rituelles.
Galili précise par ailleurs que des dizaines de cavités rondes découpées dans la pierre ont été repérées, ainsi que des traces d'eau douce au centre de la structure. Les chercheurs en ont donc déduit que le cercle de pierres était sans doute lié à une forme de rite autour de l'eau.
"Il y a bien sûr d'autres possibilités, mais nous ne pourrons jamais être sûrs à cent pour cent", sourit-il. Une "fenêtre d'opportunités". Telle est la manière dont Ehoud Galili décrit son projet.
"Pendant des milliers d'années, ce village submergé a été préservé sous le sable (...). Nous devons sauver Atlit-Yam. Si nous ne finissons pas ce projet maintenant, tout sera perdu", conclut-il.