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Judaisme : L’arbre humain Donnez votre fruit ! (Enseignement)

 

Car l’homme est un arbre des champs.  
Deutéronome 20, 19

 





L'arbre de la connaisance
© Claude Portais 

http://www.fr.chabad.org/

L’arbre humain
Donnez votre fruit !

Adapté des enseignements du Rabbi de Loubavitch par Yanki Tauber




Les composants essentiels de l’arbre sont ses racines qui l’ancrent dans le sol et l’approvisionnent en eau et en aliments ; son tronc, ses branches et ses feuilles qui constituent son corps ; et les fruits qui contiennent les graines qui permettent à l’arbre de se reproduire.


La vie spirituelle humaine inclut également des racines, un corps et des fruits. Les racines représentent notre foi, la source de notre nourriture et de notre persévérance. Le tronc, les branches et les feuilles sont le corps de notre vie spirituelle, nos accomplissements intellectuels, émotionnels et matériels. Les fruits évoquent notre force dans la « procréation » spirituelle, la force d’influencer notre prochain, de planter une graine en un être humain et la voir germer, grandir et donner des fruits. 


Les racines et le corps


Les racines sont les parties de l’arbre les moins attrayantes, et les plus importantes. Enterrées, virtuellement invisibles, elles ne possèdent ni la majesté du corps de l’arbre, ni les couleurs de ses feuilles pas plus que le goût savoureux de ses fruits. Mais sans les racines, l’arbre ne peut survivre.


Bien plus, les racines doivent suivre le rythme de croissance de l’arbre : si le tronc et les feuilles d’un arbre grandissent démesurément et s’étendent sans qu’il y ait une croissance proportionnelle de ses racines, l’arbre s’écroulera sous son propre poids. Par ailleurs, une profusion de racines rend un arbre plus sain, plus fort, même si son tronc est maigre et qu’il ne possède que peu de branches, peu de feuilles et ne donne que peu de fruits. Et si les racines sont saines, l’arbre se régénèrera même si son corps est endommagé et ses feuilles coupées.


La foi est celle de nos facultés qui est la moins séduisante. Elle se caractérise par une simple conviction et un engagement envers notre Source. Elle ne possède pas la sophistication de l’intellect, les riches couleurs des émotions et ne suscite pas le sentiment de satisfaction qui naît des actions accomplies. Et la foi est profondément enterrée, sa véritable étendue est cachée aux autres et même à nous-mêmes.


Et pourtant, notre foi, notre engagement au-delà de la raison pour D.ieu, est la base de notre arbre personnel tout entier. D’elle s’élève le tronc de notre compréhension, duquel poussent les branches de nos sentiments, de nos motivations et de nos actions. Et bien que le corps de l’arbre procure une partie de sa nourriture spirituelle, l’essentiel en provient de ses racines, de notre foi et de notre engagement envers notre Créateur.


Une âme peut développer un tronc majestueux, des feuilles merveilleuses et des fruits délectables. Mais il faut que tous ces éléments soient égalés, surpassés même, par les racines. A la surface, il se peut qu’il y ait beaucoup de sagesse, de sentiments profonds, une riche expérience, des accomplissements grandioses et de nombreux disciples. Mais s’ils ne sont pas enracinés et vitalisés par une foi et un engagement encore plus grands, l’arbre est condamné à tomber sous son propre poids.


D’un autre côté, il peut arriver qu’une vie ne soit bénie que de maigres connaissances, de sentiments et d’expériences étiolés, de rares accomplissements et de fruits peu nombreux. Mais si les racines sont étendues et profondes, c’est un arbre sain : un arbre qui maîtrise pleinement ce qu’il possède, qui a l’aptitude de se remettre des difficultés de la vie, et qui possède le potentiel de pouvoir grandir et se développer pour devenir plus beau et plus productif. 


Les fruits et les graines


L’arbre désire se reproduire, semer ses graines de toute part afin qu’elles prennent racine dans des lieux distants et divers. Mais la portée de l’arbre est limitée par l’étendue de ses branches. Il lui faut donc rechercher d’autres messagers plus mobiles pour transporter ses graines.


Ainsi les arbres produisent-ils des fruits dans lesquels les graines se développent en fibres et jus colorés, odorants et savoureux. Les graines elles-mêmes ne susciteraient pas l’intérêt des hommes ou des animaux. Mais dans ce « packaging » attractif, il ne leur manque pas de clients qui, après avoir consommé le fruit extérieur, déposent les graines dans ces lieux distants et divers où l’arbre désire planter ses graines.


Quand nous communiquons avec autrui, nous utilisons de nombreux procédés pour rendre notre message attrayant. Nous l’étayons avec une sophistication intellectuelle, l’assaisonnons de sauce émotionnelle et l’habillons de mots et d’images colorés. Mais nous devons garder à l’esprit que ce n’est là que l’emballage extérieur, le fruit qui contient la graine. La graine elle-même n’a aucun goût. Ainsi, la seule manière dont nous pouvons produire un impact sur autrui, c’est quand nos paroles véhiculent une foi simple et pure, un engagement sincère pour ce que en quoi nous croyons.


Si la graine est présente, notre message prendra racine dans leur esprit et leur cœur, et notre propre vision se greffera à la leur. Mais s’il n’y a pas de graine, nos efforts seront stériles, quelque savoureux que puisse être notre fruit.




À propos du verset « car l’homme est un arbre des champs », le Sifri commente : « cela nous enseigne que l’homme tire sa subsistance exclusivement de l’arbre. » Comment comprendre cette déclaration alors que de toute évidence, les individus sont également nourris par d’autres aliments ?

Un autre verset énonce : « le pain nourrit le cœur de l’homme. » Rabbi Chnéour Zalman explique que bien qu’une personne prenne également pour nourriture de la viande, cela ne la rassasie pas comme le pain.

La raison pour laquelle les minéraux, les végétaux apportent à l’homme de la nourriture, en dépit du fait que l’homme appartienne à un règne plus élevé que le leur, est que leur source spirituelle est plus haute que celle de l’homme. Parce que leur source spirituelle est plus élevée, au moment où ils descendent sur terre, ils descendent plus bas. Puisque le règne végétal est encore plus bas que le règne animal, indiquant que sa source est plus haute, il possède une plus grande aptitude à nourrir l’homme.

Ce que dit le Sifri peut être compris de la même manière. Puisque l’homme tire sa nourriture première du règne végétal, et puisque la plus abondante forme de végétation est constituée par les arbres, dit le Sifri, l’homme vit de l’arbre, c’est-à-dire des nourritures végétales symbolisées par l’arbre.

Le Talmud cite le verset « Car l’homme est un arbre des champs » et s’interroge : « L’homme serait-il donc un arbre ? » Elle répond qu’en ce qui concerne les arbres, nous trouvons deux versets contradictoires. L’un d’eux énonce « de lui tu mangeras, mais l’arbre tu ne détruiras pas », alors que l’autre déclare « l’arbre doit être détruit ».

Comment concilier ces deux versets ?

Le Talmud répond : « s’il (c’est-à-dire l’individu, car l’homme est comparé à l’arbre) est un érudit craignant D.ieu, tu dois “en manger”, c’est-à-dire étudier la Torah qu'il enseigne. Sinon, tu dois “le détruire”, c’est-à-dire te détourner de lui. »

Chaque fois que l’on trouve deux commentaires sur un simple verset, cela signifie qu’ils possèdent un lien entre eux deux. Quelle est donc la relation entre le commentaire du Sifri et celui du Talmud ?

Nos Sages se réfèrent à l’homme comme à un « petit monde », un microcosme de l’univers. Tout comme le monde est partagé en quatre catégories : minérale, végétale, animale et humaine, l’homme possède lui aussi des aspects de ces quatre ordres. Les attributs émotionnels de l’homme représentent l’aspect végétal, car tout comme la végétation, ils ont la caractéristique de s’épanouir en abondance.

La supériorité de l’homme sur le monde animal réside dans le fait qu’il est un être rationnel.  C’est la raison pour laquelle le Talmud pose la question : « l’homme est-il un arbre ? » En d’autres termes, alors qu’il est vrai que l’homme possède également certains aspects de « l’arbre du champ », est-ce la principale caractéristique de son humanité ?

La réponse du Talmud est que le but ultime de l’intellect de l’homme est de descendre et d’influencer ses émotions de sorte qu’elles soient guidées par l’intellect.

En réalité, l’intellect seul ne peut conduire l’individu à un état d’achèvement total. L’objectif « connais (D.ieu) aujourd’hui » a pour but de « L’implanter dans ton cœur » de sorte que cette connaissance exerce son effet sur les émotions.

C’est là que réside l’analogie avec l’arbre. Tout comme la qualité d’un arbre se manifeste dans ses fruits, la véritable qualité d’un érudit n’est pas simplement son érudition, mais le fait qu’« il craint D.ieu », c’est-à-dire que son intellect affecte ses émotions.

Ici nous retrouvons la similitude entre le macrocosme et le microcosme. L’homme est soutenu par le règne végétal parce que sa source est supérieure à celle de l’homme. En mangeant des végétaux, l’homme élève la nourriture à sa source. Et cela permet ensuite à la nourriture de le soutenir.

Il en va de même pour l’homme lui-même. Son aspect végétal, ses émotions, a une source encore plus élevée que son intellect. Ce n’est que dans leur aspect révélé qu’elles sont descendues plus bas que son intellect, et ainsi c’est l’intellect qui doit guider les émotions, les purifiant et les raffinant. Quand cela est achevé, les émotions à leur tour affectent l’intellect, l’élevant à son état le plus achevé.

Le Sifri et le Talmud soulignent donc tous deux le même point : l’élévation de l’homme par l’intermédiaire du règne végétal. La seule différence est que le Sifri s’adresse au monde comme un tout alors que le Talmud parle dans les termes d’« homme » et de « végétal » à l’intérieur du microcosme humain.

(Basé sur Likouteï Si’hot Vol. IV pp. 1114-1117

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