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Dans la première moitié du XXe siècle Paris représentait très certainement le foyer de la création artistique. C’est grâce à des artistes venus de l’étranger s’installer dans la capitale française et constituant ainsi « l’Ecole de Paris », que la peinture connut un véritable essor.
La spécialiste de l’Ecole de Paris pendant les années 1905 à 1939, Nadine Nieszawer explique que nombre de ces artistes étaient des Juifs d’Europe de l’Est à la recherche d’une terre d’asile où ils pourraient s’exprimer librement. Venus au début du XXe siècle, ces peintres s’installent essentiellement à Montparnasse où ils créent une sorte de « Shetl d’artistes ». Dans ces conditions, ils côtoient la richesse du monde intellectuel et artistique de Paris, mais aussi les écrivains et poètes yiddish de l’époque.
Nadine Nieszawer, fille du marchand d’art Jacques Nieszawer, spécialisé dans les tableaux du XIXe siècle et collectionneur des peintres juifs, « les yid’n », a suivi la voie de son père en devenant experte de l’Ecole de Paris. Madame Nieszawer a écrit sur le sujet un dictionnaire, « Peintres juifs de l’Ecole de paris 1905-1939″, préfacé par Claude Lanzmann, édité chez Denoel en 2000.
Mme Nieszawer explique que ce qui caractérise les peintres de cette époque c’est le sentiment de ”vivre comme D.ieu en France”, ou en yiddish d’être ”Heureux comme un Juif à Paris” (“Azoy gluckor wi a yid in Paris”). Durant l’entre-deux guerres, quelque 500 artistes juifs ont élu domicile à Paris. Leur peinture s’inscrit dans le mouvement d’émancipation de la première révolution russe de 1905.
Ces artistes s’ouvrent sur le monde extérieur et exploitent tout ce qu’il promet. Ils apportent à la peinture un nouveau souffle privé de classicisme, mais souvent enrichi de leur arrachement au judaïsme de leurs pères. C’est ainsi que naît un expressionnisme d’une mélancolie vigoureuse, caractérisé par des artistes comme Chagall, Mané-Katz, Issachar Ryback, Jeséchiel Kirszenbaum, David Garfinkiel, Joachim Weingart, qui peignent des sujets juifs et expriment le choc de la rencontre entre Paris et le judaïsme qui les accompagne.
Des artistes comme Chaïm Soutine, Amedeo Modigliani, Moise Kisling, Isaac Dobrinsky, Max Band, Lazare Volovick, Zygmunt Landau, Eugène Ebiche, Willy Eisenschitz ont au contraire épuré leur travail de toute référence à des archétypes juifs. Ils préfèrent s’attacher à la tradition française du paysage, de la nature morte et des portraits.
Les peintres Abraham Mintchine, Michel Kikoïne, Pinchus Kremegne, Henri Epstein, Adolph Feder, Sigmund Menkés et Mela Muter cherchent quant à eux la simplification, sans jamais entrer tout à fait dans le moule des mouvements d’avant-garde. Ils empruntent la voie du cubisme ou de l’expressionnisme, tout en restant loin des spéculations abstraites et des détours formels au profit de l’expression.
Mme Nieszawer cite également des artistes qui s’inscrivent avec force dans la modernité, tel Otto Freundlich, un des théoriciens de l’abstraction, “artiste engagé” par excellence sur tous les fronts de la recherche abstraite ou Grégoire Michonze, dont la peinture est marquée par sa rencontre puis sa prise de distance avec les surréalistes, et Henryk Berlerwi, acteur de l’avant garde allemande et précurseur de l’art cinétique.
D’autres comme Philippe Hosiasson, Léon Zack, Sigismond Kolos-Vary et Felicia Pacanowska ont quant à eux été anéantis par la Shoah, où ils ont côtoyés l’inhumanité. Ils vont alors exprimer un refus total de la figuration et devenir radicalement abstraits.
Mais notre experte a un faible pour Alexandre (Sandro) Fasini (de son vrai nom Saul Finesilber). Originaire d’Ukraine, il s’est installé en France en 1922. Sa peinture se trouve à la frontière de l’abstraction et du surréalisme. Ses œuvres sont marquées par un désir d’expériences nouvelles qui lui donnent une place unique au sein de l’Ecole de Paris. Il acquit une certaine notoriété dans les années 1920-1925 et ses œuvres furent exposées dans la galerie « d’Art Vavin » pendant deux ans aux côtés de Picasso et Klee. Fasini collectionnait l’art primitif et s’adonnait à la photographie et à la création de mobiliers.
Pour en savoir plus sur ces artistes de l’Ecole de Paris, contacter Mme Nieszawer.
Nadine Nieszawer a été nommée expert en 2001 par l’Union Française des Experts. Depuis 2002, elle est consultante et organise des ventes aux enchères d’œuvres des peintres juifs de l’Ecole de Paris.