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Le rabbin Itzhak Hacohen Kook
PHOTO: JERUSALEM POST , JPOST
'Déterminé de corps et d'âme, et animé par une force ancrée au plus profond de lui-même, le jeune Israélite du futur, voyant la renaissance de son peuple et de sa Terre, parlera fièrement de la Terre promise et glorifira le Dieu d'Israël. Une force spirituelle d'une intense vitalité remuera les os desséchés qui se nourrissaient jadis de logique froide, de métaphysique sans vie et de scepticisme décadent. Alors sera realisée la prophétie."
Ainsi se résume la philosophie du Rav Abraham Itzhak Hacohen Kook. Cette citation reflète avec justesse les différentes facettes de son message : détermination, foi, fierté, unité juive, travail de la Terre. Et surtout : rédemption.
Père du nationalisme religieux en Terre sainte, le Rav Kook a marqué le peuple, l'Etat et la Terre d'Israël comme peu d'hommes l'ont fait ou le feront. Ses valeurs sont profondément sionistes mais très loin de l'intransigeance frôlant le fondamentalisme de certains religieux nationalistes.
Et pourtant, en posant sur le papier ces quelques phrases, l'auteur a jeté les fondations du mouvement pour le "Grand Israël".
Complètement révolutionnaires, ses idées ont mis le monde orthodoxe sens dessus dessous.Toujours à contre-courant, Kook a su tenir tête aux institutions rabbiniques les plus importantes de la diaspora.Si Kook peut être défini comme le père du mouvement dati léoumi (religieux nationaliste), deux personnages peuvent être qualifiés d'"ancêtres spirituels" : Rabbi Yehuda Haï Alkalai et Rabbi Zvi Hirsch Kalischer.
Au milieu du 19e siècle, ils seront les premiers à remettre en question l'attitude jusque-là passive que les Juifs entretenaient avec le messianisme.
Ils ont ainsi ouvert la voix à Kook et à ses adeptes en tentant d'allier tradition et modernité dans le cadre des révolutions qui balayaient alors l'Europe.Mais une différence les sépare pourtant : le timing
Au bon endroit, au bon moment
Né en 1865, c'est 39 ans plus tard, en 1904, que Kook foule pour la première fois la Terre promise où il devient grand rabbin de Yaffo.
Son arrivée coïncidera avec l'aliya Bet, la deuxième vague d'immigration juive en Terre d'Israël. Plus tard, le Rav Kook occupera le poste de grand rabbin de Jérusalem avant de devenir grand rabbin ashkénaze de la Palestine mandataire en 1921. Il aura ainsi rempli les postes religieux les plus prestigieux des années de gestation de l'Etat juif.
Son premier travail en tant que grand rabbin de Yaffo l'appelait, à l'instar du mouvement Habad aujourd'hui, à aller vers les kibboutznikim et autres pionniers socialistes laïcs. Il se voyait en fait comme un pont entre religieux et hilonim (laïcs). Pour lui, les pionniers étaient des petits soldats de Dieu, animés sans le savoir par une force divine infinie.Cette philosophie, il la peaufinait déjà depuis une demi-douzaine d'années, dans sa Lituanie natale.
Il organisait sa réflexion autour d'une interprétation révolutionnaire de la prophétie. Le Mashiah Ben David (fils de David), rédempteur et bâtisseur du royaume divin en Eretz Israël, doit être précédé du Mashiah Ben Yossef (fils de Joseph), créateur des bases physiques du futur Etat Ce dernier, pour le Rav Kook, loin d'être un ange descendu du ciel, symbolisait l'ensemble des personnes qui s'affairaient à la renaissance d'un Etat Juif.
Telle était sa logique : les pionniers, bien que laïcs, représentaient, dans leur ensemble, le premier Messie, préparant les bases matérielles nécessaires à la création du règne divin. Une philosophie axée sur la rédemption de la terre.
Orthodoxe ou laïc, homme ou femme, yéménite ou ashkenaze, tout Juif qui s'installe sur une parcelle de Terre promise la "rachète" : elle passe de la "sphère satanique" à la "sphère divine", accélérant par ce biais l'arrivée du Messie.
Le Mercaz Harav
Ne pouvant enseigner cette pensée dans les yeshivot de l'époque, le rav Kook décide de bâtir son propre centre d'étude.Le Mercaz Harav (centre du Rav) est sans aucun doute devenu son héritage le plus influent. Si Kook est le père des sionistes religieux, sa yeshiva en est sans aucun doute la mère.
A sa mort en 1935, la yeshiva passera entre les mains de son fils Zvi Yehouda. Dépassant les rêves les plus fous du Rav, l'institution prendra au cours des décennies qui suivront une importance symbolique et pratique monumentale. Le Mercaz n'est alors plus seulement le centre du Rav, mais le véritable épicentre de la secousse sismique qui balaiera Israël vers la fin des années 1950. Le nom de ce tremblement de terre : le mouvement dati léoumi.
La yeshiva devient alors le dénominateur commun de toutes les branches du sionisme religieux, véritable Harvard de l'étude nationaliste de la Torah. Mais malgré une loyauté toujours d'actualité aux enseignements du Rav, la yeshiva se radicalise.
Zvi Yehouda, poussé par la réalité politique changeante en Israël, se livre alors à un activisme plus aggressif. Entre la création de l'Etat juif et les victoires militaires quasi-messianiques de 1956 et 1967, certains adeptes des Kook, père et fils, évoluent vers des positions fondamentalistes. Pourquoi à ce moment précis ?
La réponse est simple : les bases du royaume divin annoncées dans la prophétie font leur apparition. Le rassemblement de la diaspora, le bourgeonement du désert, la conquête de la terre et enfin la souveraineté politique sur tout Eretz Israël. Tout cela en un temps record, exacerbant d'autant plus le caractère miraculeux de ces réussites.
Les détracteurs de l'idéologie "Kookienne" qualifient aujourd'hui les mitnahalim (habitants des implantations) de "racistes" ou "voleurs de terre". Le Rav Kook, lui, avait encouragé l'unification de tous les différents mouvements juifs autour de cette idée de rédemption.
En appelant ses adeptes à briser les murs du ghetto intellectuel derrière lesquels s'enfermaient traditionnellement les Juifs orthodoxes de l'époque, il a ouvert les portes entre religion, laïcité et politique. Du fait de ses efforts pour intégrer dans la société les religieux sionistes, ceux-ci ont raccroché le costume noir et le shtreimel pour des kippas multicolores, des shorts et des sandales.
Aujourd'hui, son approche de la terre d'Israël et du sionisme est adulée ou méprisée.
Certains y voient la racine des avant-postes illégaux et de la scission entre laïcs et religieux alors que d'autres y perçoivent, au contraire, la source du rapprochement entre pratiquants et ceux qui le sont moins. Peut-être est-il nécessaire de regarder de plus près les enseignements et les réussites du Rav Kook pour y séparer le bon grain de l'ivraie.
Même si le Messie n'est pas encore arrivé, si la paix n'est pas proche et si les implantations sont sources de frictions, Kook, tout comme les laïcs qu'étaient Moshé Dayan et David Ben Gourion, aura œuvré loyalement, tout au long de sa vie, à la création d'un Etat juif.