Analyses et actualités sur la geopolitique - Proche et Moyen-Orient - israel - conflit israel palestine - renseignement - diplomatie - Lutte contrela désinformation
L'Union Soviétique et l'Allemagne signent le pacte Molotov-Ribbentrop, le 23 aôut 1939 ouvrant la voie à l'invasion allemande de la Pologne.
PHOTO: JPOST
L'auteur de ce texte est le directeur du centre Simon Wiesenthal en Israël.
Au lieu de cela, les Européens mettront en valeur le 23 août 1939. Que s'est-il passé à cette date ?
Il s'agit du jour où les Allemands et les Russes, par l'intermédiaire de Ribbentrop et Molotov, signaient un pacte de non-agression entre les deux Etats totalitaires. Ce pacte a ouvert la voie à l'invasion de la Pologne par l'armée allemande.
Ce jour deviendra celui de la commémoration des victimes du nazisme et du communisme. Amalgame. L'énorme campagne d'information, organisée ces dernières années sur la Shoah, peut rendre improbable cette thèse. Néanmoins, le camp mené par des pays de l'ex-bloc soviétique, comme la Lituanie, l'Estonie et la Lettonie, gagne des points.
L'amalgame entre communisme et nazisme pourrait s'avérer dangereux pour le traitement européen de la Shoah. Mais peut-être que l'aspect le plus dérangeant réside dans l'apathie totale d'Israël et de la diaspora juive vis-à vis de ce problème.
Sous-jacente durant les dix dernières années, la campagne des Etats baltes a obtenu récemment des résultats inquiétants. Rien que la semaine dernière, durant une réunion des Etats membres de l'OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) à Vilnius, capitale de la Lituanie.
Le pays d'accueil a réussi à faire passer une résolution appelant à la reconnaissance du 23 août comme journée de commémoration des victimes du communisme et du nazisme.
Unique opposition : la Russie et quelques communistes européens. En réalité, le texte était déjà dans toutes les têtes dès l'indépendance en 1991 des Etats baltes.
Cette période est marquée par les appels insistants d'Israël à reconnaître la collaboration balte aux crimes nazis, poursuivre en justice les criminels locaux et à faire en sorte que les manuels scolaires reflètent cette réalité cachée.
Depuis lors, l'Estonie, la Lituanie et la Lettonie cherchent à noyer le poisson et à réécrire l'Histoire : les peuples baltes ont souffert de l'occupation soviétique et les communistes juifs ont joué un rôle important dans cette oppression.
Déportation en Sibérie : la "Shoah lituanienne"
La suite des événements n'a rien de surprenant. Les gouvernements successifs ont mis en place des commissions d'historiens pour enquêter sur les crimes commis durant la chape de plomb soviétique.
En dépit des protestations appuyées du centre Wiesenthal et d'autres organisations, elles n'ont eu de cesse de mettre tout dans le même panier : Shoah et crimes communistes.
Autre technique de détournement : les dirigeants des pays baltes ont toujours répété que les crimes communistes pouvaient s'apparenter à un génocide. Je me souviendrai toujours de ma rencontre, au début des années 1990, avec le président lituanien, Vytautas Landsbergis.
Je lui avais envoyé en cadeau un ouvrage de recherche sur la Shoah. Ce dernier m'avait aussitôt rendu la pareille en m'offrant un livre sur les déportations massives de Lituaniens en Sibérie : leur "Shoah". A cela s'ajoute l'échec cuisant des citoyens baltes à poursuivre leurs criminels nazis locaux et les efforts pour renvoyer la responsabilité exclusive aux Allemands et aux Autrichiens.
Le bouquet final est venu avec la construction de musées dédiés à l'occupation et au génocide. Des lieux de mémoire qui ignorent totalement les crimes commis par les nazis locaux. La tendance s'est trouvée amplifiée par le silence assourdissant de l'Union européenne, des Etats-Unis, d'Israël et du monde juif.
Une symétrie parfaite s'est ainsi créée entre communisme et nazisme.
La première victoire majeure des pays baltes a eu lieu le 3 juin 2008, lors de la signature de la "Déclaration de Prague sur la conscience européenne et le communisme".
Autour de la table : Vaclav Havel et de nombreux autres membres du Parlement européen. La déclaration appelle à faire du 23 août la journée de commémoration officielle des victimes du communisme et du nazisme, comme le 27 janvier est consacré à la Shoah.
Elle appelle aussi à la création d'un "Institut pour la mémoire et la conscience européenne" qui sera chargé d'enquêter et d'éduquer sur les crimes communistes. En conclusion, elle avertit que "l'Europe ne pourra se réunifier tant que son histoire ne liera pas communisme et nazisme".
On ne peut montrer que de l'empathie face au désir légitime des victimes du communisme de faire reconnaître leur souffrance. Mais la Déclaration de Prague n'a rien d'innocent. Elle vise clairement à attaquer le statut actuel de la Shoah comme tragédie unique, pour la relativiser et noyer ainsi la responsabilité des Baltes dans les crimes nazis.
Rester vigilant
Le 23 septembre 2008, plus de 400 membres du Parlement européen ont signé une pétition pour faire du 23 août la "journée européenne du souvenir pour les victimes du stalinisme et du nazisme".
Le 2 avril dernier, une résolution similaire à la Déclaration de Prague a également été votée par 533 voix contre 44. Il y a un mois, j'ai demandé aux membres du Forum israélien contre l'antisémitisme s'ils avaient entendu parler de la Déclaration de Prague. Aucun ne m'a répondu par l'affirmative.
Il est désormais vital de prêter attention à la compagne insidieuse des trois Etats baltes. Si nous ne le faisons pas, il ne fait aucun doute que le travail accompli sur la Shoah sera broyé par une nouvelle lecture de l'Histoire.