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Analyses et actualités sur la geopolitique - Proche et Moyen-Orient - israel - conflit israel palestine - renseignement - diplomatie - Lutte contrela désinformation

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Roch Hachana, 16 ans plus tard : l’absence de repentir des « architectes d’Oslo »





Une maxime dit que « lorsqu’on veut tuer son chien, on dit qu’il est enragé ». L’inverse est vrai aussi : lorsque l’on veut s’acoquiner avec un assassin, on fait mine d’ignorer ses crimes. Ou mieux encore, on lui donne des Kalachnikovs.

En 1993, l’année même où furent signés les sinistres Accords d’Oslo, un rapport des services secrets israéliens avertissait que des « roquettes s’abattraient sur Ashkelon si (car) les Palestiniens ne respecteraient pas les clauses du traité en gestation ». L’ancien chef des services secrets, Yaakov Amidror l’a rappelé cette semaine, accusant le gouvernement Rabin-Pérès de l’époque « d’avoir totalement ignoré les rapports des différents services de renseignements, qui annonçaient un piège sécuritaire qui se fermerait sur Israël dès la signature de ces accords » Que fit alors Shimon Pérès ? Il fit sortir les officiers de Tsahal lors du vote du traité. Dehors les gêneurs! Tout comme fut éjecté par Sharon le chef d’état-major Moshé Yaalon qui avait osé avertir des dangers du désengagement de la Bande de Gaza. On connaît la suite.

La proximité de la signature des Accords d’Oslo avec la fête de Rosh Hashana amène tout droit à la question de la remise en question, de l’introspection qui est demandée de chacun d’entre nous en cette période, et à plus forte raison de ceux qui « tiennent entre leurs mains les destinées de l’Etat » et qui doivent parfois prendre des décisions cruciales et décisives pour l’avenir du pays.

Les Accord d’Oslo, signés avec faste sur la verte pelouse de la Maison Blanche, fêtent cette année leur 16e anniversaire. On peut sans crainte affirmer qu’ils ont affecté de manière durable la politique intérieure comme extérieure d’Israël, sans parler de sa situation sécuritaire. Ils ont notamment verrouillé l’action de tous les gouvernements qui se sont succédés, ne laissant que très peu de marge de manœuvre aux dirigeants d’un pays ultra-démocratique, liés juridiquement autant que par éthique aux décisions prises par leurs prédécesseurs sur le plan international, quand bien même seraient-elles dangereuses. Binyamin Netanyahou a payé le prix fort sur le plan intérieur comme dans la sphère internationale pour avoir tenté de limiter les dégâts de l’application de ces accords suicidaires pour Israël. Exiger tout simplement la réciprocité dans les concessions de part et d’autre, lui a valu le qualificatif de « fossoyeur d’Oslo ».

Mais il y plus que cela. Le concept « Oslo », avec ses filiales appelées « Wye Plantation », « Camp David », « Feuille de Route » ou « Processus d’Annapolis », a été asséné à coup de rouleau compresseur médiatique aux opinions publiques jusqu’à être imposé comme étant « la seule voie possible pour arriver à une-solution-juste-et-durable du-conflit israélo-palestinien ». Emettre ne serait-ce qu’une remarque à propos des conséquences sanglantes de ces accords équivalait à être désigné comme un « ennemi de la paix » et un « extrémiste ». L’assassinat d’Itsh’ak Rabin, à l’issue d’une Grande Messe de gauche en l’honneur du « dieu-paix », achevait d’octroyer à ces accords un statut de sainteté qui ne laissait plus aucune place à une quelconque remise en cause de cette machine infernale, même si la réalité couleur pourpre l’imposait pourtant. Il faut se rappeler le feu d’artifice de déclarations euphoriques qui avaient accompagné la signature de ces accords, alors qu’une minorité méprisée et pas suffisamment écoutée annonçait déjà ce qui allait arriver : « L’ébauche de la paix et d’un Nouveau Moyen-Orient », exultait Pérès, dont on sait aujourd’hui les intérêts financiers personnels qui étaient en jeu dans cette affaire, « grande occasion historique », déclarait Bill Clinton, « l’impossible à portée de main », dixit Warren Christopher, Secrétaire d’Etat etc.

Et comme c’était prévisible, tout a foiré. Les causes en sont diverses, mais la plus importante reste que l’hypothèse israélienne selon laquelle les Palestiniens avaient renoncé à leur espoir de détruire l’État juif, était erronée dès le départ. Sur la base de ces accords, les naïfs artisans israéliens s’attendaient à ce que les Palestiniens reconnaissent formellement l’existence de l’État d’Israël, cessent les hostilités et leur éducation à la haine dès lors qu’Israël leur en fournirait suffisamment de motifs financiers et politiques. En bons élèves, les Israéliens s’efforçaient d’accorder toute une série de concessions, dans l’espoir – futile – que leur flexibilité, leur retenue et leur générosité susciteraient la bonne volonté des Palestiniens. En fait, ces gestes ne firent qu’aggraver la situation en constituant autant de signes de démoralisation et de faiblesse de l’Etat juif. Chaque concession venait ainsi diminuer la crainte de la puissance israélienne, faisait paraître Israël plus vulnérable et nourrissait les rêves irrédentistes au lieu de les éradiquer. Ce n’est qu’en septembre 2000 – également au moment de Roch Hachana – après le sommet de Camp David au cours duquel Arafat exigea la lune, et quand les attentats ponctuels se transformèrent en confrontation généralisée de la 2e Intifada, qu’une large partie de la population du pays comprit enfin que les Accords d’Oslo avaient été un leurre, très prévisible d’ailleurs. Selon l’expression du spécialiste de géostratégie Frédéric Encel, « ces accords de’ paix’ portaient en eux-mêmes tous les éléments belligènes ».

Malgré cela, « l’effet Oslo » se ressent jusqu’aujourd’hui, même si la grande partie de la population israélienne a reconnu son échec. L’idée d’un Etat palestinien « aux côtés d’Israël » n’est plus tabou dans toute une partie de la droite, et même un Netanyahou prononce les mots de « deux Etats » et s’apprête à geler la construction juive en Judée-Samarie, alors qu’il y 16 ans, ce même Netanyahou accusait Rabin depuis la tribune de la Knesset d’être « encore plus dangereux que Chamberlain », et écrivait dans l’un de ses livres « qu’avec les Accords d’Oslo, la gauche israélienne avait permis à l’OLP de réaliser la première étape de son plan de destruction progressive de l’Etat d’Israël, tel que défini dans le plan de 1974″.

Mais qu’en pensent aujourd’hui les « architectes d’Oslo », ceux qui durant des mois ont pensé, tissé, modelé, et négocié ces textes en secret quelque part dans la Grand Nord ? Ces technocrates, qu’une partie de la population appelle à comparaître devant la justice pour haute trahison, « Posh’ei Oslo Le-Din ! », « Les criminels d’Oslo en Justice ! », expression certes excessive – quoi que – mais qui traduit le refus de l’immunité inacceptable pour ceux qui ont pris des décisions déraisonnées, n’ont-ils pas de comptes à rendre ? Certes, ils ont été marginalisés de la vie politique, au point parfois de la quitter, mais ne sont-ils pas à l’origine de la mort inutile de tant de civils israéliens ? Eux qui criaient « Begin, Sharon assassins ! » en pleine Guerre du Liban contre le terrorisme en 1982, et qui comptaient les soldats tués au front, ne sont-ils pas à juger à la même enseigne ?

A quelques jours de Roch Hachana, période de remise en question et de doute, il faut se poser la question : ces personnes qui ont initié, promu, imposé et maintenu « Oslo » sous perfusion, sont-ils capables de faire un arrêt sur image et de mettre en perspective leurs espoirs avec la réalité? Auraient-ils le courage de dire « Nous nous sommes trompés ! », « Nous avons sincèrement crue que… », Hélas, il n’en n’est rien. Shimon Pérès, utopiste invétéré et artisan principal des Accords d’Oslo, victime d’un malaise samedi soir, a fait annuler tous ses rendez-vous de dimanche sauf un seul: celui avec George Mitchell, messager d’Obama pour exiger la fin de la construction juive en Judée-Samarie. Pérès est parmi les Présidents les plus « politiques » qu’ait connu le pays, et ses interventions qui sortent souvent du cadre de ses fonctions, se concentrent sur un point bien précis: continuer à promouvoir le Processus d’Oslo, envers et contre tout, même en contradiction avec les positions du gouvernement légitimement élu par une large majorité de droite. D’ailleurs, l’actuel Président n’a jamais émis le moindre regret sur son rôle dans l’élaboration de ces accords, ne serait-ce par correction face à toutes les familles des victimes du terrorisme.

L’un des principaux protagonistes israéliens de l’époque, Ron Pundak, était cette semaine l’invité de la station Kol Israël. Il a persisté à dire « que les Accords d’Oslo étaient une réussite », et « que la réalité avait prouvé qu’il n’y avait pas d’autre issue que l’application de ces accords ».

Trois autres parmi les architectes de ces accords se sont rencontrés tout récemment pour « faire le bilan »: Yossi Beilin, Ouri Savir et Yaïr Hirschfeld, trois intellectuels de gauche détachés des réalités et tous trois partisans d’une société laïque de consommation, coupée des racines spirituelles du Judaïsme.

Hélas et doublement hélas, ces trois lascars n’ont rien appris depuis, et avec aplomb, se disent « persuadés qu’Oslo a été la meilleure option pour Israël » et qu’elle a « redistribué les cartes de manière définitive au Proche-Orient ». Ils se gargarisent de ce « succès » réalisé dans le plus grand secret et de ces accords votés d’une manière on ne peut anti-démocratique, au gouvernement comme à la Knesset. Yossi Beilin, qui a officiellement quitté la vie politique, mais qui se trouve toujours à la tête de « l’Initiative de Genève » – autre plateforme pro-palestinienne – estime aujourd’hui « que les Accords d’Oslo ont profondément changé la manière de penser au sein de la société israélienne, bien plus que toutes les guerres d’Israël, y compris le traumatisme de la Guerre de Kippour ». Beilin poursuit dans son rêve en affirmant « que les Accords d’Oslo furent un tournant stratégique dans l’Histoire du Sionisme, afin qu’Israël demeure un Etat juif et démocratique » !! « Sans ces accords », précise-t-il, « il n’y aurait eu ni Initiative de paix arabe de 2002, ni mobilisation internationale autour d’Israël contre l’Iran ». On ne sait pas où cet homme, intelligent par ailleurs, va chercher de telles inepties.

Son acolyte Ouri Savir est encore plus convaincu que lui : « Le Processus d’Oslo n’est pas mort (contrairement aux victimes juives du terrorisme qui en a découlé), et il se dit certain « que le futur accord final de paix reprendra les axes principaux d’Oslo ». Et de prononcer une phrase qui en dit long sur la déjudaïsation de cet enfant de « l’élite » : « Grâce aux Accords d’Oslo, les colons juifs n’ont pas pu réaliser leur rêve insensé du ‘Grand Israël’ ». Il en veut d’ailleurs quand même un peu à Itsh’ak Rabin, « qui a permis aux Juifs de continuer à s’installer en Judée-Samarie, ruinant ainsi la confiance des Palestiniens ». « Il aurait fallu les affronter », déclare-t-il sans honte, regrettant « que Rabin n’ait pas profité du massacre du Caveau des Patriarches par Baroukh’ Goldstein pour vider Hevron de tous ses Juifs ». Voilà le genre d’individus qui a concocté les Accords d’Oslo ! Cette mentalité de Juifs à l’échine courbée et quémandant les faveurs des nations ressort avec force de cette réflexion de Savir : « Grâce à ces Accords et aux concessions israéliennes, la paix a pu être signée avec la Jordanie, le Vatican a accepté d’établir des relations diplomatiques avec Israël, et nos relations se sont améliorées avec des pays tels que le Maroc, la Tunisie, la Turquie, la Grèce et les Emirats du Golfe ». Youpi, on nous aime de nouveau ! Et pour cela, on peut bien jeter quelques Juifs par-dessus bord…

Yaïr Hirschfeld semble soudain le plus « équilibré »…en ne mettant pas principalement la faute du côté israélien : « Les deux côtés n’ont pas rempli leurs obligations » !

Ces trois apprentis-sorciers, résidus de « l’élite laïque tel-avivienne », loin d’avouer une quelconque responsabilité, restent jusqu’à aujourd’hui, persuadés de la justesse de leurs vues. « Nous avons réussi à faire exploser le rêve du Grand Israël, mais nous avons hélas perdu la bataille de l’opinion » estiment-ils. Beilin considère « que l’une des grandes leçons d’Oslo (tenez-vous bien), est qu’il faut juguler l’influence trop grande des militaires (qui voient venir le danger), et laisser les diplomates et les politiques prendre les décisions cruciales ». « A l’époque, nous n’étions pas conscients de la mauvaise influence des arguments sécuritaires sur les décisions politiques »…. !

Maigre consolation, ces personnes ne sont plus au pouvoir, mais ils ont laissé des marques profondes dans la société israélienne. Et leur influence est encore certaine dans le débat public, notamment dans les médias, le monde universitaire et le microcosme artistique. Encore des cercles où la remise en question n’est pas à l’ordre du jour.

Shana Tova !

par Shraga Blum
http://www.actu.co.il/

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