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La voix des DALIT
entre populisme, négationnisme et judéophobie .
SACHA nous propose en deux parties de découvrir un aspect peu connu de l'Inde dans ses structures sociales :
Les datit Panthers.
Texte exceptionnel.
Tous mes remerciements.
Aschkel

Des embuscades artisanales des autonomistes Bodo contre la police de l'Assam, Etat du nord-est de l'Inde, aux attentats meurtriers menés par le Lashkar-e Taiba à Mumbai en novembre dernier, le pays subit plusieurs dizaines d'attaques par mois, et ce depuis plusieurs années.
Dans un contexte trouble, associant très souvent corruption des autorités locales, défaillance de l'Etat fédéral, trafics en tout genre, et financements moyen-orientaux, les mouvements de défense des Dalits comme les dalits panthers ou dalit voice constituent un groupe particulier au discours radical et contradictoire.
À la fois fortement imprégné de culture indienne et incorporant des apports hétéroclites provenant des idéologies totalitaires, il prône l'émancipation tout en se fondant des théories racistes et violemment judéophobes.
Dalit panthers : le paradoxe indien poussé à son extrême ?
Dalit signifie « opprimé ». Ce terme a été employé pour la première fois par un intellectuel marathe connu pour ses engagements modernistes, Jyotirao Phule, au XIXe siècle. Par daliton désigne en Inde les « hors-castes », nommés « pãnchama » (la cinquième catégorie) selon la tradition, également appelés « untouchable » par les Britanniques, « scheduleld class and scheduleld tribes » par l'administration post-indépendance, ou « harijan », enfants de dieu, par le Mahatma Gandhi.
Plusieurs dénominations qui ne parviennent sans doute pas à décrire une situation complexe et diverse.
Entre les dalits victimes de brimades par les caciques locaux de l'Uttar Pradesh, Etat de la vallée du Gange, et les dalits diplômés des renommés Indian Institutes of Technology, ce sont deux réalités antinomiques.
La société indienne est traditionnellement fondée sur la séparation des individus en groupes et sous-groupes héréditaires. Ce système est résumé généralement par le terme de « caste », qui n'en est qu'un des aspects.
Son principe de base est la fonction.
La répartition des individus dans la société se fonde ensuite sur une association entre « varna » (la couleur, la classification), et « jati » (forme d'existence fixée par la naissance). « Varna » correspond à la division fonctionnelle de la société et « jati » à la filiation. C'est par ces deux concepts que sont régies les relations intercastes.
On compte habituellement quatre groupes : les brahmanes, les kshatryas, les vayshias et lesshudras. Si les dalits constituent la part de la population hindoue qui n'appartient à aucune de ses catégories génériques, ils ne forment pas une population unie, mais un aggrégat d'exclus du système de castes.
En réalité, chacune de ses catégories se subdivise en plus d'un millier de sous-groupes, réglementés par des règles traditionnelles souvent opposées par le « jati ». Il s'agit en réalité de l'adoption de codes et règles de groupes endogames au sein d'une même caste, avec des effets hiérarchiques combinés à une répartition professionnelle et même intraconfessionnelle, spécifique aux différentes régions de l'Inde.
Le fait même d'être hors-caste-trouve racine à la fois dans la répartition fonctionnelle des activités humaines au sein de la société, et, selon la tradition, sur une stricte séparation du pur et de l'impur, l'homme étant touché par l'impureté de ce qu'il fait.
Ainsi, les tâches considérées comme impures ont été dévolues aux hors-castes : comme le tannage des peaux, la blancisserie, la pêche, l'abattage d'animaux,.... À l'inverse, les cérémonies religieuses sont dévolues aux brahmanes.
D'autres règles pratiques en découlent. Un brahmane ne peut en aucun cas manger de la nourriture préparée par un kshatrya, encore moins par un dalit. Inversement, un shudra peut manger un plat préparé par un brahmane. Mais au sein de la « caste » des shudras, certains sous-groupes, ou « jati » vont adopter des rituels les assimilant à des brahmanes au sein de leur entité.
Cette description traditionnelle se trouve aujourd'hui largement contestée par la répartition politique et économique du pouvoir qui ne repose plus véritablement sur le jeu des relations intercastes.
Le paradoxe indien réside dans le maintien partiel, réduit la plupart du temps à des traditions matrimoniales endogamiques, d'une société fondée sur un clivage relatif.
La persistance de situations de non-droit généralisé (zones rurales périphériques notamment) a toutefois conduit à un renforcement de l'exclusion sociale de certaines parties de la population, notamment des basses castes, hors-castes, et de façon quasi systématique, tribus, subissant des discriminations récurrentes.
La politique du statu quo devient le point de focalisation des antagonismes interreligieux du sous-contient. Les « deux fois nés », c'est-à-dire les hautes castes reprochant au gouvernement les quotas de basses castes restreignant leurs possibilités d'études ou de carrière. De plus, la population musulmane et la population chrétienne de l'Inde sont en grande partie l'héritage de vagues de conversion de dalits sortant par la voie religieuse du système d'inter-obligations propre à l'hindouisme et qui leur était largement défavorable.
Un hors-caste devenu musulman ou chrétien est alors régi par une autre fonction. Mais bien qu'il soit dispensé de la hiérarchie traditionnelle souvent oppressive, il retrouve certains antagonismes sociaux au sein même de sa nouvelle communauté religieuse. Mais la hiérarchie symbolique, interne dans le cas l'hindouisme, devient externe, dans le cas de l'islam, avec la supériorité naturelle du musulman sur les non-musulmans. Compensation symbolique qui explique en partie le soutien des mouvements politiques dalits pour le radicalisme musulman.
L'échec partiel de la politique de discrimination positive.
Le premier porte-parole et défenseur acharné des dalits dans l'Inde contemporaine est le Docteur Bhimrao Ambedkar.

Le nouvel Etat indien indépendant abolit le système des castes et ne reconnaît qu'une discrimination sociale (et non une discrimination fondée sur les castes), en vertu de laquelle il établit une politique de discrimination positive. La commission Mandal, établie en 1979, alors que le gouvernement fédéral était dirigé par Morarji Desai, a abouti à l'augmentation des quotas réservés de postes à l'université et dans les administrations en faveur des SC/ST (scheduleld class/scheduleld tribes) jusqu'à atteindre 49,5%. Entre 1997 et 2002; Kocheril Narayanan a été le premier président intouchable de l'Inde.
Or, le maintien d'une conscience de caste, ainsi que la virulence des haines interreligieuses qui s'étaient manifestées lors de la Partition, ont conduit le Dr Ambedkar, en 1956, à organiser la conversion collective au bouddisme de plus de 200 000 dalits à Nagpur.
Bien que né en Inde, le bouddisme est largement marginal et prône une égalité totale des individus, substituant à la hiérarchie fonctionnelle la séparation laïcs-religieux.
Si la situation des dalits va considérablement s'améliorer en soixante ans, dans ce pays essentiellement rural de plus d'un milliard d'habitants, les dalits conservent encore largement une position marginale au sein de la société, tout en représentant près de 20 % du corps électoral.
Situation paradoxale d'un statut vécu et transmis par tradition, et admis par l'Etat sous la forme statistique de l'inégalité sociale.
Paradoxe qui devient explosif quand un mouvement politique en fait son champ de bataille.
La défense des dalits devenue promotion de la xénophobie.
Le mouvement des dalits panthers émerge entre 1970 et 1972, soit moins de dix ans après celui des Black panthers, sous le nom de Viduthalai Siruthaigal.
Par sa dénomination, il pourrait se rattacher à l'ensemble des mouvements revendiquant un usage prononcé de la violence afin d'abolir une oppression subie et d'obtenir une prise de pouvoir comme l'élément perçu comme dominant.
En examinant de plus près ses revendications, la dénonciation de la discrimination se fonde plutôt sur un discours lui-même marqué par le clivage, la discrimination, l'exclusion, et où les opprimés d'antan sont appelés à devenir les maîtres futurs.
Une discrimination naturelle et légitime destinée à remplacer une discrimination artificielle et illégitime.
Cette lutte intercaste prônée par le mouvement a pour cible ce qu'il prétend être une domination brahmane sur la société indienne.
Il y aurait en Inde, selon eux, une surreprésentation brahmane au sein des élites indiennes, héritage d'un système ancien né de l'invasion aryenne et de l'exclusion par le sang et le viol des populations autochtones dalit et adivasi (tribales).
Dans Dalit Freedom (p.33), Joseph D'Souza, à la tête du All Indian Christian Council, il écrit : « Quand les aryens ont envahi l'inde il y a environ 3 500 ans, ils ont combattu et vaincu les dravidiens et les autochtones. Pour maintenir la pureté de leur race, les envahisseurs aryens ont créé leur propre ordre social et ont divisé la société. C'est ainsi qu'a commencé le système des castes et la mise en place d'une ségrégation sociale et économique ordonnée et organisée par les envahisseurs aryens. Avec le temps, cet ordre social, connu sous le nom de système des castes, a acquis sa légitimité religieuse hindoue. »
Doctrine fondamentalement xénophobe – qui s'apparente aussi à une idéologie anti-blanche, dans la mesure où les brahmanes sont censés tirer leur origine de l'invasion aryenne, tandis que les hors-castes étant censé descendre des populations autochtones, d'origine dravidienne le plus souvent, à la couleur de peau plus foncée, et réduites à un état de servitude par les envahisseurs.
Or, le père des droits civiques en Inde, le Dr Ambedkar, relevait en 1948, dans Who were the Untouchables, que le modèle de l'invasion était non seulement erroné, mais reposait sur des fondements racistes :
« Les Dravidiens ont envahi l'Inde et ont dominé les Aborigènes, les rendant intouchables. Après, ce fut le tour des Aryens d'envahir l'Inde et de réduire les Dravidiens au rang de Shudras. Cette théorie est trop mécanique, rien d'autre qu'une pure spéculation de l'esprit, trop simpliste pour rendre compte de la complexité des facteurs à l'origine de la caste des Shudras et des Intouchables. » [...]
« La théorie raciale de l'intouchabilité (Untouchability) trouve peu de confirmation dans l'anthropométrie, et n'explique aucun fait étudié par l'ethnologie de l'Inde. Que les peuples de l'Inde aient été dans le passé organisés selon des bases tribales est bien connu, en dépit des castes, cette organisation tribale a perduré. Chaque tribu est divisée en clans, composés de groupes familiocentrés, disposant chacune d'un totem. Ceux qui possédaient un totem commun formaient un groupe exogame appelé Gotra. Des familles ayant un gotra commun ne pouvaient se marier entre elles, car elles étaient supposées avoir des ancêtres communs. En rapportant ce fait à la distribution des totems parmi les différents groupes et castes, on peut de façon expérimentale, mesurer ce que peut être la race en Inde. Ce qui implique, en toute rigueur, l'abandon de la théorie raciale de l'origine de l'intouchabilité. »
Anti-brahmane, le groupe est aussi anti-blanc. Cette xénophobie s'asseoit sur une idéologie qui combine la reprise d'éléments antisémites réinvestis dans un discours nationaliste indien, associé à des appels à la violence et à la recherche de boucs émissaires.
Or, en 1916, le Dr Ambedkar soulignait déjà, dans Castes in India, que
« Les peuples de l'Inde forment un tout homogène [à la différence des populations noires, blanches et indiennes aux Etats-Unis, selon Ambedkar]. Les différentes races de l'Inde occupant des territoires définis se sont mélangées les unes avec les autres et disposent d'une unité culturelle qui est le seul critère pour évaluer l'homogénéité d'une population. Les castes en Inde forment une division artificielle de la population dans des unités figées et définies, chacune d'entre elles évitant le mélange par l'usage de l'endogamie. Mais l'étendue du système des castes est bien une tâche trop considérable pour qu'elle ait pu être réalisée par le pouvoir de quelques individus ou d'une classe. Il en est de même de la théorie selon laquelle les Brahmanes ont créé les castes. Après avoir lu les lois de Manu [Le Manusmriti est un code législatif et social de l'inde classique prônant la division de la société en caste], je ne peux dire rien d'autre qu'une telle théorie est fausse du point de vue de la théorie et dangereuse du point de vue des intentions. Les Brahmanes ont pu être responsable de beaucoup de choses, et j'ose dire qu'ils le sont, mais l'adoption du système des castes à l'encontre de la population non-brahmane était bien loin de leur champ de possibilité. »