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Il est des jours où je me demande sérieusement pourquoi continuer à écrire en langue française.
Je me dis aussi que je devrais peut-être passer au roman, et encore sous pseudonyme, car mon nom est attaché désormais à des causes indéfendables. Celles qui font qu’on considère, ici ou là, que, comme on me l’a dit voici quelques mois, et comme on me l’a répété récemment, je suis le Diable.
Je reconnais mes fautes : je n’ai pas une définition des droits de l’homme indéfiniment flexible, qui pourrait me conduire à défendre les droits des Tibétains tout en acceptant que les Irakiens sont juste bons à servir de chair à pâté aux djihadistes.
Je me sens proche de tous les peuples qui souffrent, quel que soit le continent où ils vivent, et je ne respecte une politique étrangère que si elle est guidée, autant que faire se peut, par des principes éthiques.
Je suis d’une vigilance extrême face à toute forme de racisme, et, à ce titre, très inquiet et indigné de la remontée de l’antisémitisme en Europe, quels que soient les oripeaux dont il se pare.
J’ai défendu l’administration Bush, sans voir, comme on dit à la télévision, qu’il était ignoble de dire que tous les êtres humains avaient le droit fondamental d’aspirer à la liberté et de considérer que l’islam radical devait être combattu et éradiqué. Je n’ai pas non plus compris que renverser une dictature dangereuse ne pouvait pas conduire à davantage de démocratie sur terre :
Je devrais relire l’histoire de la Deuxième Guerre Mondiale, je découvrirais sans doute, ou bien qu’Hitler n’était pas un dictateur périlleux, ou bien qu’il ne fallait pas le renverser, ou bien que le fait d’avoir procédé à un changement de régime en Allemagne et au Japon n’a pas conduit à davantage de démocratie, ne serait-ce que dans ces deux pays.
Mais surtout, et c’est là mon crime essentiel : je n’ai pas su voir qu’Israël était un Etat fasciste, belliciste, dangereux. Je n’ai pas vu en Arafat ou en son successeur Mahmoud Abbas des pacifistes désireux d’apporter la prospérité à leurs populations.
Je n’ai pas su voir, comme l’écrasante majorité de mes pairs, derrière les attentats suicides, des gestes de « désespoir » et un amour caché pour les Juifs.
Je n’ai pas su apprécier les vertus d’historiens délicats et scrupuleux tels Ilan Pappé ou Shlomo Sand, le membre du peuple juif qui a obtenu un succès mondial en expliquant que le peuple juif n’existe pas.
Je remarque, d’ailleurs, qu’on m’invite moins à donner des conférences en France : je suis, c’est vrai, très sceptique, voire bien davantage que sceptique, vis-à-vis d’un « processus de paix » qui n’a cessé de m’apparaître comme un processus de guerre. C’est impardonnable, je l’admets.
Parce que je m’efforce d’être intellectuellement scrupuleux, je n’accepte pas le moindre révisionnisme historique, qu’il s’agisse de la Shoah, qui continue à être à mes yeux Le Crime contre l’humanité le plus abominable à avoir été commis, ou de l’histoire d’Israël.
J’ai, circonstance aggravante, pensé, bien avant qu’il n’accède à la Maison Blanche, que Barack Obama ne serait pas un ami d’Israël et qu’il pratiquerait une politique d’Appeasement susceptible de mener au désastre : a-t-on idée ? Je suis le Diable, en voilà une preuve supplémentaire.
Imaginez : je pense même que la pédophilie est un crime impardonnable, tout comme le tourisme sexuel et la prostitution d’enfants en Asie, et je doute que quiconque fasse dix mille kilomètres pour se livrer à des pratiques homosexuelles avec des quinquagénaires.
Je n’en dirai pas plus, on penserait que je suis intolérant et que je ne sais pas discerner les qualités requises pour devenir ministre de la République. Je pourrais en venir à raisonner comme, disons, un chroniqueur du Times de Londres ou du Washington Post, qui sont, comme chacun le sait, sauf moi, le Diable, des organes d’extrême-droite.
Imaginez : je pourrais manquer du respect qui lui est dû au jury du Prix Nobel de la paix. Je pourrais penser que ce jury, après avoir procédé à des choix indignes qui sont la marque d’une haine de la liberté, s’est définitivement ridiculisé. Je pourrais songer que ce jury a des arrière-pensées. C’est diabolique, non ?
Dans le monde qui parle anglais, ces arrière-pensées sont énoncées très explicitement par des chroniqueurs tels que Victor Davis Hanson, Phyllis Schlafly ou Walid Phares.
Il s’agirait, écrivent-ils, d’inciter l’administration Obama, et le principal intéressé lui-même, à continuer à pratiquer une politique d’affaiblissement des Etats-Unis, de façon à ce que l’Iran puisse disposer bientôt de l’arme atomique.
Il s’agirait d’isoler toujours davantage Israël, de salir toujours davantage Israël, et de pressurer le gouvernement israélien jusqu’à ce qu’il se trouve confronté au choix entre deux solutions très dangereuse l’une et l’autre.
La première de ces solutions étant l’acceptation de la nucléarisation de l’Iran, ce qui, vus les propos de Khamenei et Ahmadinejad mènerait à un suicide lent.
La seconde étant, elle, une frappe israélienne, qui pousserait immédiatement les dirigeants du monde arabe, des pays européens et, vraisemblablement, de l’Obamastan installé à la Maison Blanche à condamner Israël et à prendre des sanctions drastiques contre un pays aussi immonde.
La seconde solution serait, bien sûr, préférable à la première : elle permettrait d’enrayer la montée en puissance de l’Iran, de renforcer la vindicte planétaire contre Israël, de préserver les dictatures sunnites et de permettre à une Europe déjà à demi achetée par la finance islamique de continuer son glissement vers la servilité.
Elle permettrait aussi de découpler davantage les Etats-Unis d’Israël et de laisser les dirigeants de l’Obamastan continuer à affaiblir les Etats-Unis, aux fins d’en faire un pays installé dans la dhimmitude.
Mais, bien sûr, il faut écrire en anglais pour procéder à de telles analyses.
Cette règle s’applique à moi aussi. En langue française, c’est aujourd’hui quasiment impensable, hors de ces colonnes de la Ména et de quelques autres media, situés en Israël ou au Canada, mais pas sur le territoire français.
Je pourrais, certes, si je voulais me « dédiaboliser », essayer de recourir à l’hypocrisie ambiante et écrire sous Valium : cela ferait plaisir à ceux qui, à force de s’injecter dans les neurones les cent ou deux cents Pravda que compte la France, trouvent qu’appeler un chat un chat, et un terroriste un terroriste, est « excessif ».
Mais je préfère ne pas écrire dans un état second.
Je pourrais me forcer à utiliser des mots comme ceux qu’on voit dans Le Monde ou le Nouvel Observateur, et tenter de dire qu’Obama incarne « l’espoir » d’une « paix planétaire » ou d’autres imbécillités de ce genre, mais si cela venait de moi, on ne croirait pas que c’est sincère, on penserait que je mens, et on aurait raison. Satan ment pour atteindre ses objectifs.
Et puis, de toute façon, j’ai ma dignité. Si je voulais me prostituer, après tout, j’irais au Bois de Boulogne et pas dans une salle de rédaction.
Je vais encore publier un livre en langue française, j’y reviendrai ici, et ensuite, je vais m’accorder, très vraisemblablement, un temps de réflexion.
J’irai me recueillir sur la tombe de mon ami Laurent Murawiec, qui, en dehors des articles d’humeur et d’analyse publiés en ces colonnes, était passé à la langue anglaise depuis plusieurs années, et qui manque immensément sur l’horizon intellectuel.
Je me souviendrai que cette année a vu aussi la disparition d’Irving Kristol, sur laquelle je reviendrai, et que, pour le vingtième anniversaire de la chute du mur de Berlin, on a, dans la presse française, donné la parole à Mikhaïl Gorbatchev, le syndic de faillite du communisme soviétique ; mais pas à quiconque a travaillé pour Ronald Reagan, qui a été le principal artisan de la chute du mur.
Quand certains naufrages sont trop avancés, il vaut mieux quitter le navire, à moins d’accepter de mourir noyé. Je vais encore publier un livre. Il est, d’ailleurs, sous presse. Je vais peut-être encore écrire quelques articles. Mais tenter de sauver le navire France me semble désormais une entreprise presque aussi désespérée que tenter de vider les océans avec une cuiller à thé. Même lorsqu’on s’appelle Belzébuth.