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Iran: Obama peut jouer plus durement ?
Par Robert Kagan
The Washington Post, jeudi 29 Octobre 2009
Traduit de l’anglais par Gilles Raphel
pour : aschkel.over-blog.com et lessakele.over-blog.fr
Le texte ci-dessous reprend une analyse de Robert Kagan au sujet des négociations en cours sur le nucléaire iranien.
Une nouvelle fois la limpidité de la réflexion de Bob Kagan nous apporte un éclairage limpide sur les relations internationales, et plus précisément ici sur la faiblesse d’Obama, la perfidie iranienne et le jeu russe. Une partie de poker menteur résumée en quelques lignes.
Analysons le lancement de la « nouvelle ère d’engagement » de l’administration Obama. Au cours des 10 derniers mois, les observateurs les plus aguerris se sont interrogés sur deux questions: premièrement, si l'engagement américain échoue, l'équipe d'Obama le reconnaitra-t-elle ? Et puis ensuite, quoi ?
Un accroc dans les plans nucléaires de l'Iran ?
Nous sommes sur le point de répondre à la première question. Répondant à l'objet principal de la « nouvelle ère d'engagement », l'Iran s'est de nouveau installé dans son vieux jeu de dupe. La proposition commune adoptée par les États-Unis, la France et la Russie proposant que l’Iran ait 70 pour cent de son uranium faiblement enrichi produit en Russie cette année était un compromis comme le reconnaissent les responsables de l’administration. Elle aurait pu théoriquement retarder le bombardement de l'Iran d’un ou deux ans - en supposant que nous savons tout sur ce programme - et donc donner du temps pour obtenir un meilleur et plus définitif accord avec Téhéran. Cependant l’Iran n'aurait pas cessé de poursuivre son enrichissement d'uranium, ce qui fut l'objectif des États-Unis et en Europe durant la majeure partie de la décennie. L'accord, béni et encouragé par le chef de l’AIEA, Mohamed El Baradei, qui n’est pas exactement un faucon, était vraiment plus un test sur les intentions de l'Iran qu'une percée décisive en la matière.
Et maintenant, quels sont les résultats du test ? Les intentions de l'Iran, ne sont paraît-il pas bonnes. Téhéran n’acceptera apparemment pas l'accord mais proposera un plan de rechange en acceptant de voir de plus petites quantités d'uranium faiblement enrichi par la Russie de façon progressive sur une année. Même si l'Iran tenait cette promesse - chaque mois serait une aventure pour savoir combien, le cas échéant, l'Iran expédie d’uranium - le transfert lent de petites quantités d'uranium faiblement enrichi n'accomplit pas l'objectif initial, car l'Iran pourra remplacer rapidement ces quantités par du nouvel uranium faiblement enrichi produit par ses centrifugeuses. L’horloge nucléaire iranienne, que l'administration Obama espérait stopper ou au moins ralentir, continuera à progresser à sa vitesse régulière.
Téhéran est évidemment en train d’explorer les capacités du Président Obama à durcir le jeu ou non. Si Obama n’a aucun espoir d'obtenir satisfaction avec les mollahs, il a besoin de leur montrer ce que cela signifie maintenant et d’entamer immédiatement l'imposition de nouvelles sanctions.
Et que dire de la Russie, cet autre grand sujet de la «nouvelle ère d'engagement»? Les responsables américains affirment avoir obtenu l'accord de Moscou de se joindre à des sanctions si l'Iran refuse de conclure le marché et Obama a par avance payé la coopération américaine en acquiesçant à la demande de Moscou d'annuler les déploiements prévus de missiles de défense en Pologne et en République tchèque.
Et maintenant, vient le test. La Russie a rejoint la France, les Etats-Unis et M. ElBaradei en acceptant la proposition relative à l'Iran au sujet de l'uranium faiblement enrichi. L'Iran rejette maintenant cette proposition. Si la stratégie d'engagement de l'administration fonctionne, Moscou devrait annoncer qu’il s’associe aux sanctions. Si, d'autre part, Moscou déclare que la contre-proposition de l'Iran est satisfaisante ou demande d'autres semaines ou d’autres mois de négociations alors nous saurons que la Russie, elle aussi, s’est jouée d’Obama. Là encore, Obama devra montrer s'il est quelqu'un que les autres pouvoirs doivent prendre au sérieux ou s’il est une cible facile dans un jeu d’idioties géopolitiques. Si Moscou continue d'agir en tant que protecteur de l'Iran, Obama devra faire comprendre que si la coopération apporte des récompenses, la non-coopération impose des conséquences ?
Beaucoup d'entre nous craignent que, pour Obama, l'engagement est une fin en soi et n'est pas un moyen pour atteindre une fin. Nous craignons que chaque fois que l'Iran rejette une proposition, le président va tout simplement reprendre les négociations sur une autre proposition et ainsi de suite jusqu’au jour où l’Iran testera enfin sa première arme nucléaire, à ce moment là, le président va tout simplement recommencer des négociations pour tenter de persuader l'Iran de mettre son génie nucléaire dans une bouteille.
La Russie, quant à elle, continuera d’être considérée comme partenaire dans cet effort selon la théorie perpétuellement non vérifiée qu’Obama ne décidera jamais de choisir la ligne dure à l’encontre de l'Iran, Moscou tirera donc toutes les récompenses de l'engagement sans jamais avoir eu à prendre une décision difficile.
Le pire étant que le régime de Téhéran tente maintenant désespérément de gagner du temps afin de reprendre le contrôle complet du pays face à la colère générale à la suite des élections présidentielles frauduleuses de juin et d’anéantir l'opposition iranienne. Pour les religieux, un processus de négociation sans fin n'est pas seulement un moyen de retarder toute concession réelle sur son programme nucléaire. C'est aussi, et surtout, une façon de remettre à plus tard les sanctions occidentales qui pourraient produire de nouveaux troubles potentiellement explosifs dans leur pays déjà instable. Voici la meilleure carte en main d'Obama en ce moment. Il est temps pour lui de la jouer - ou d'admettre que le poker n'est pas son fort.
Robert Kagan est expert au Carnegie Endowment for International Peace[] et au German Marshall Fund of the United States.
Il est éditorialiste au Washington Post.