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C’est en principe cette après-midi que les 2 500 délégués du congrès du Fatah doivent élire les 18 membres du comité central du parti ainsi que les 120 membres du Conseil Révolutionnaire. Une centaine de candidats se sont inscrits pour le premier scrutin, et pas moins de 650 pour le second.
Ceci dit, ces épisodes ne me semblent pas les plus importants de la réunion, qui devait durer trois jours et se terminer mercredi dernier. A l’heure du déjeuner, ce dimanche à Bethléem, on évoquait la possibilité que les votes soient remis à demain. En fait, on ne s’était pas même encore accordé sur les règles de ces consultations, ce qui ne laisse pas présager d’une issue rapide.
Il faut savoir terminer une convention, même s’il s’agit de la première qui se tient depuis vingt ans. Et ça n’est pas là le premier ni le plus marquant des avatars, qui ont transformé cette réunion et ses acteurs en une pitoyable tragicomédie.
Si c’est ici la vitrine de notre peuple, et ça l’est, du moins pour sa portion non-fondamentaliste, elle ne nous met pas en valeur.
Les très nombreux journalistes arabes et étrangers qui assistent aux débats ont, pour la plupart, décidé de ne pas rapporter les innombrables incidents, pas plus que l’ambiance détestable et mercantile qui règne dans la cité qui aurait vu la naissance du Christ.
La raison que donnent ces confrères est que le congrès se tient sous occupation étrangère, et que le Fat’h est toujours un mouvement de résistance, dont on ne peut exiger qu’il se comporte comme le parti de gouvernement d’un Etat souverain.
En ce qui concerne l’occupation étrangère, elle est totalement absente de Bethleem et de ses environs. Les délégués venus de divers pays arabes, dont des entités toujours en guerre avec l’Etat hébreu, ont eu maintes fois plus de difficultés à sortir desdits pays qu’à pénétrer dans les territoires contrôlés par Israël.
C’est sans parler des délégués de Gaza, qui ont été appréhendés par la milice du Hamas et placés soit en détention, soit en résidence surveillée. Le congrès a décidé qu’ils pourraient participer aux votes par téléphone, mais on ignore si Ismaïl Hanya leur donnera les moyens de le faire.
Pour ma part, je suis évidemment moins souple au regard des péripéties qui émaillent et détériorent cette rencontre. Je ne suis pas prêt à admettre que les délégués n’aient reçu strictement aucune indication quant à la gestion financière du parti, et des dizaines de milliards de dollars qu’il a reçu de l’aide internationale depuis vingt ans.
Les files de Mercédès avec chauffeurs qui déposent les délégués aux séances n’ont pas été achetées avec les grains de sable du désert. Ceci me paraît terriblement choquant, lorsqu’à moins d’un kilomètre de la plénière, des réfugiés vivent dans des tentes de fortune, sans eau courante ni électricité. Elle a bon dos l’occupation israélienne.
Mon opinion déontologique diverge également de celle des collègues dont j’ai parlé, et qui, à mon sens, participent plus à une mise en scène grotesque qu’à effectuer leur travail de journalistes. A nous de rapporter les faits, et au public, en connaissance de cause, de se forger ses convictions.
Par exemple, les lecteurs de la Ména sauront que, vendredi dernier, en marge de la conférence, la Garde Présidentielle de Mahmoud Abbas et des éléments de la Sécurité Générale se sont livrés à une véritable bataille à l’arme automatique, qui s’est soldée par deux blessés par balles, dont l’un se trouve dans un état sérieux.
Hasard ? Oui et non. Tout le monde complote, tout le monde tente, par tous les moyens, de servir des ambitions personnelles exacerbées ou celles d’amis, ce qui génère une tension telle qu’elle peut facilement dégénérer dans ce genre d’incidents.
Je l’ai souvent écrit, la société palestinienne, ou plutôt ses dirigeants, islamistes ou non, sont des gens violents, à de rares exceptions près, qui croient plus à la force des mitraillettes qu’à celle du dialogue.
Les événements qui entourent le congrès de Bethleem illustrent cette situation. Celle-ci ressemble à la chienlit absolue qui avait régné lors des obsèques de Yasser Arafat, alors que les policiers de l’Autorité Palestinienne, loin d’endiguer la cohue, y prenaient part.
Nous n’avons guère évolué depuis, en dépit de l’aide généreuse et de la formation des cadres que nous octroient des peuples amis.
Les seuls personnels qui soient dignes de confiance sont les soldats Dayton, qui sont toujours, en dépit des apparences, sous commandement américain.
Le reste, tout le reste, n’a pas la forme d’un Etat, non plus que d’un Etat en devenir. Pour nous, les Palestiniens, cette constatation est tragique.
Au plan intérieur, les assises de Bethlehem n’ont pas plus de signification que cela, sorte d’instantané de notre non-évolution, non-responsabilité et non-maturité.
Si les media leur donnaient l’occasion d’appréhender se qui se déroule ici, où la corruption et la combine supplantent toutes les autres préoccupations, je ne doute pas un instant que des milliers de mes compatriotes s’en iraient rejoindre les rangs des islamistes. Ici, tout a l’odeur des égouts.
Concernant les diverses élections, Mahmoud Abbas a été réinvesti samedi dans les fonctions de chef du parti par consensus, personne ne s’étant présenté contre lui.
Pour le reste, Ahmed Q’reï (Abou Alla), Mohamed Dahlan et leurs amis respectifs vont remporter les autres consultations sans grande lutte. Ils se positionnent par là même pour la succession d’Abou Mazen.
Constatation assez amère pour mon peuple : je tiens Q’reï pour un comploteur arafatien, largement psychorigide.
Quant à Dahlan, il est celui qui a lâchement déguerpi devant les miliciens du Hamas, laissant ses hommes en plan, en dépit du fait qu’ils étaient plus nombreux et mieux armés, et abandonnant la Bande de Gaza aux islamistes qui y ont décrété un califat. Or, faute de reprendre le contrôle de la Bande – le reste n’est que bavardages – la proclamation de l’Etat de Palestine demeure une illusion.
Aucun de ces deux hommes ne possède le début de la stature nécessaire afin de diriger la marche de la Palestine vers son émancipation.
Un tel leader existe pourtant, s’agissant de notre 1er ministre Salam Fayyad. Mais ce dernier est jugé trop pro-occidental et trop conciliant avec les Israéliens. Prétextes que tout cela : Fayyad ne sera jamais élu par des délégués à l’image de ceux réunis à Bethleem, parce qu’il n’est pas corruptible, qu’il est sérieux, et qu’il n’a aucun goût pour les tragicomédies et les pertes de temps.
Est-ce à dire que le congrès qui traîne en longueurs n’a rempli aucune fonction politique ? Certes non, sauf que les fonctions qu’il a remplies n’étaient pas celles pour lesquelles il avait été officiellement convoqué.
Abou Mazen, qui fut absent de plusieurs cessions de débats – c’est dire l’attention qu’il leur prête ! - a instrumentalisé la convention du Fat’h afin qu’elle serve ses objectifs internationaux.
En filigrane, mais je vous assure que la majorité des délégués ne s’en est même pas rendue compte, les intentions et les plans de l’administration Obama, destinés à résoudre les conflits israélo-palestinien et israélo-arabe.
Loin des préoccupations des délégués occupés à s’étriper, Abbas se prépare à recevoir le plan de paix exhaustif que, à en croire les Israéliens, Barack Obama a l’intention de présenter, en septembre prochain, à l’assemblée générale des Nations Unies.
A la différence des projets de solutions précédents, notamment la Carte Routière, Obama entend abandonner la technique des petits pas. L’Amérique va exiger des Israéliens et des Palestiniens qu’ils se concentrent, en premier lieu, sur la délimitation de leur frontière commune.
Washington va leur accorder une enveloppe-temps d’un an et demi au maximum, misant sur le fait qu’un accord sur les frontières s’étendra ensuite sur la résolution du problème des implantations et du partage des ressources.
Obama et son équipe projettent de laisser pour la fin les questions de fond, à l’instar du statut final de Jérusalem et du sort des réfugiés de 1948.
En vue de l’initiative U.S qui se profile, Mahmoud Abbas a fait adopter, entre deux joutes stériles, un document de principe soulignant les priorités du Fatah.
Comme on pouvait s’y attendre, la direction du parti, qui régit également l’Autorité Palestinienne, se sent encouragée par les dissensions publiques, qui se multiplient entre Washington et Jérusalem à l’initiative du nouveau président en place sur les rives du Potomac.
Le moins que l’on puisse en dire, c’est que les prises de positions du nouveau Président, notamment son discours du Caire, n’ont pas engagé Ramallah sur la voie de la modération. En fait, Abbas a défini, à l’occasion du congrès, les positions palestiniennes de départ pour la future négociation.
Elles sont extrêmes, à l’image des positions israéliennes initiales. Elles affirment que le statut de Jérusalem de future capitale de l’Etat palestinien constitue une ligne rouge que nul leader palestinien n’a le droit de traverser.
Dans le document de principe, il est mentionné que "l’entreprise nationale palestinienne ne parviendra à maturation que lorsque Jérusalem, incluant tous les villages avoisinants, sera placée sous souveraineté palestinienne.".
Le même document précise que ''le Fatah continuera à sacrifier des victimes jusqu'à ce que Jérusalem soit rendue aux Palestiniens".
C’est à croire que Jérusalem nous ait une fois entièrement appartenu… De plus, à compter le nombre inexistant de "victimes" que le Fatah a sacrifiées contre Israël depuis la perte de Gaza par Dahlan, les Hiérosolymitains juifs peuvent dormir sur leurs deux oreilles.
On est en plein délire lyrique à la façon moyen-orientale. On en oublie même que tous les délégués, à part ceux qui demeurent à Bethleem, vont, pour rentrer chez eux, présenter très docilement leurs papiers d’identité aux soldats et aux douaniers israéliens. Mais qu’importe, le combat héroïque continue, avec nos brigades entières de Mercédès rutilantes.