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mercredi 19 août 2009
Barak Ravid et Yossi Melman – Haaretz
Les inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) ont recueilli ces derniers mois de nouveaux éléments prouvant que l’Iran développe un programme nucléaire militaire. Ces éléments contredisent la ligne adoptée par le directeur général de l’AIEA, Mohamed el-Baradei, selon laquelle rien ne prouve que l’Iran développe ses capacités nucléaires pour des besoins nucléaires. Malgré les nouvelles révélations de ses inspecteurs, l’AIEA dissimule ces informations et n’en fait pas mention dans les rapports qu’elle publie.
De hauts fonctionnaires israéliens chargés du dossier nucléaire iranien et des diplomates occidentaux ont déclaré au Haaretz que ces nouveaux éléments concernant le développement d’un programme nucléaire militaire en Iran sont connus depuis plusieurs mois et ont même été rapportés dans une annexe secrète du compte-rendu rédigé par le chef de l’équipe d’inspection en Iran. Selon eux, non seulement cette annexe n’a été intégrée à aucun des derniers rapports, certains des éléments qui y sont rapportés ont été censurés par de haut responsables siégeant au quartier général de l’AIEA à Vienne.
Lors de contacts qu’ont eus ces dernières semaines des fonctionnaires américains, français, britanniques et allemands, il a été décidé de faire pression sur el-Baradei et de le pousser à révéler ces informations dans le prochain rapport, qui sera publié à l’occasion de la conférence générale, le mois prochain. Israël aussi essaie de faire pression, par le biais de pays amis, pour que l’annexe censurée soit publiée. Ceci afin de prouver que, contrairement à ce qu’il affirme, l’Iran essaie encore aujourd’hui de développer l’arme nucléaire.
En Israël, on est convaincu du contraire et on cherche à présent à faire publier les détails confidentiels d’un rapport qui, jusqu’à présent, a été partiellement censuré.
Il faut tout de même préciser que dans les derniers rapports de l’AIEA, l’agence émet de vives critiques envers l’Iran, lui reprochant de limiter la liberté d’action des inspecteurs de l’Onu dans ses installations nucléaires. En revanche, elle ne dit à aucun moment que Téhéran poursuit son programme à des fins militaires. Dans la plupart des documents qui ont été publiés, il est question des efforts déployés pour l’enrichissement de l’uranium ou d’eau lourde sans qu’il soit indiqué pour autant quel usage comptent en faire les autorités iraniennes.
D’après le quotidien Haaretz, des représentants de plusieurs pays comme la France, la Grande Bretagne, les Etats-Unis et l’Allemagne se sont concertés ces dernières semaines avant de décider de faire pression sur Mohamed El Baradeï, directeur général de l’Agence internationale de l’Energie atomique. Leur objectif est clair: ils veulent le convaincre de publier ces informations secrètes dans son prochain rapport.
En Israël, la question est traitée par la commission de l’Energie atomique, présidée par Shaoul Horev et par le ministère des Affaires étrangères. Le sujet étant extrêmement délicat, les fonctionnaires israéliens préfèrent garder le silence sur leurs activités mais on sait qu’Israël tente de faire pression sur ses alliés afin que le document censuré soit enfin diffusé.
Cette publication est très importante parce qu’elle permettrait de réfuter les arguments selon lesquels Téhéran aurait renoncé à son programme nucléaire à des fins militaires en 2003. Bien au contraire, elle attesterait que l’Iran continue aujourd’hui encore à déployer des efforts pour développer son arme nucléaire et justifierait donc les pressions accrues exercées sur le régime des Ayatollahs pour le contraindre de mettre un terme à ces activités.
Cela fait des années qu’Israël accuse El Baradeï de ne pas agir efficacement dans ce domaine. Etant donné que son mandat arrive à expiration en décembre 2009, on sait en Israël qu’il ne fera pas d’excès de zèle jusque là et qu’il cherchera plutôt à dissimuler ces informations tant qu’il sera en fonction. A présent, il reste à espérer que son successeur, le diplomate japonais Yukita Amano, se montrera nettement plus ferme sur ce dossier crucial pour la sécurité du monde entier.
par Claire Dana-Picard
Actu.co.il