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Par Esther Stefanelli pour Guysen International News
Mardi 18 août 2009 à 20:51
A l’heure d’une nouvelle condamnation pour la chef du parti d’opposition en Birmanie, Aung San Suu Kyi, et alors que la France peine à faire valoir l’innocence de Clotilde Reiss, un sentiment d’impuissance semble traverser la communauté internationale. Les gouvernements européens et l’administration américaine, soutenus par les Nations Unies seraient-ils désarmés face à ces actes perpétrés par des régimes dont la légitimité démocratique est plus que discutable ?
La communauté internationale a toujours admis la pratique de sanctions à l’encontre d’un Etat. De nature économique, financière, militaire ou diplomatique, la sanction est en principe un véritable outil de pression exercé principalement par les démocraties occidentales. Mais cette tradition est mise à mal lorsque des pays comme l’Iran ou la Birmanie semblent indifférents.
Les premières sanctions prises à l’encontre de la Birmanie datent de 1988 alors que le pays avait mis en place une véritable répression des manifestants pro-démocratiques. Américains et Européens avaient décidé d’un embargo sur les ventes d’armes. Une décennie plus tard, des sanctions ciblées concernant le commerce des pierres précieuses ont été prises, en 2003, contre la junte au pouvoir.
Aujourd’hui, Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la Paix est assignée à résidence, et personne ne semble pouvoir faire trembler la junte militaire. En réaction à cette condamnation, le Président français a demandé la mise en application de sanctions économiques contre le pays. Mais des critiques se sont fait entendre. Pour celles-ci, les sanctions ne pourront en aucun cas faire plier le régime… Pays autosuffisant qui se réjouit de sa position isolationniste, la Birmanie ne craint pas réellement les sanctions des Nations-Unies ou des pays occidentaux.
De plus, alors que les Français s’apprêteraient à faire valoir des sanctions contre le pays, Total s’est empressé de faire du lobbying auprès du gouvernement pour tenter de les minimiser. Total exploite depuis 1992 le champ gazier de Yadana. Nombreux sont ceux qui incriminent la société pétrolière.
La fin de la présence de Total sur le sol birman réglerait-elle la situation ? Rien n’est moins sur. En effet, aussitôt la société française partie, la Birmanie se tournerait vers un des pays de l’ASEAN (Association des Nations de l’Asie du Sud Est), où nombre de pays amis asiatiques n’ont pas pour projet de les menacer.
Si les pays asiatiques, et particulièrement la Chine continuent d’entretenir des relations économico-diplomatiques avec le régime militaire, les menaces de sanctions s’avèrent inefficaces.
L’Union européenne a adopté la semaine dernière une série de nouvelles sanctions contre la junte militaire. Selon un commentaire de François Godement, directeur d’Asia Centre et chercheur à l’European Council of Foreign Relations : « en matière de sanctions, on hésite toujours entre deux objectifs : frapper fort pour faire bonne impression, ou prendre des décisions compatibles avec les autres acteurs du dossier. Ces sanctions dérivent de celles qui frappent déjà la Corée du Nord et que la Chine a acceptées. Elles permettent ainsi de continuer de discuter avec Pékin ou l’ASEAN sans les froisser ».
Depuis 1979, les Etats-Unis soumettent régulièrement le Régime des Mollah à tout un éventail de sanctions. Celles-ci s’avèrent sans effet lorsque l’on sait que, malgré la pression des Nations-Unies et des gouvernements européens, l’Iran continue son programme d’enrichissement d’uranium, faisant un pied de nez à ces pays hantés par le spectre nucléaire.
Récemment, l’administration Obama a envoyé un message plus ferme à Téhéran, déclarant que si d’ici la fin du mois de septembre le pays ne stoppait pas ses ambitions nucléaires, des sanctions drastiques seraient appliquées.
Considérant la vétusté des installations de raffinage de pétrole du pays, Téhéran doit importer près de la moitié du pétrole qu’il consomme. Des sanctions sur l’essence seraient donc à envisager ? Peut-être, mais quel serait leur effet lorsque l’on sait que Chine et Russie sont de réels partenaires de Téhéran, et que ces deux pays ont félicité le président Ahmadinejad lors de son accession au pouvoir.
Certes les sanctions économiques appliquées jusqu’alors on été efficaces, puisque le pays se trouve dans une situation économique difficile. Mais on ne peut se réjouir lorsque l’on s’aperçoit qu’en ce qui concerne le dossier nucléaire, l’Iran ne semble pas enclin à stopper ses velléités d’obtenir l’arme atomique, et peut bénéficier pour cela de l’aide de Moscou, qui a notamment participé à la fabrication de la centrale de Bushehr.
Qui plus est, selon Clément Therme de l’Institut Français des Relations Internationales, les pays européens peinent à mener une politique commune contre le régime iranien. L’Allemagne par exemple demeure le deuxième partenaire commercial de l’Iran. D’une part, le gouvernement allemand ne croit pas réellement à l’efficacité du système des sanctions, et d’autre part, « les banques et les entreprises ne subissent pas réellement l’influence du pouvoir politique », affirme-t-on à Berlin. De même, l’Italie représente un partenaire incontournable pour l’Iran, avec plus de deux milliards de dollars d’exportations en 2007.
Loin d’avoir amélioré la situation en Iran, les sanctions semblent avoir participé à la mise en avant de l’atout nucléaire comme cause nationale, et la hausse des prix et le chômage qui sévit dans le pays donnent au régime un argument pour incriminer une fois de plus les occidentaux, renforçant, de fait, le nationalisme persan.
Ainsi quel que soit le poids des sanctions prises à l’encontre de la Birmanie ou de l’Iran, leur effet sera automatiquement anéanti par le soutien de Moscou et de Pékin. L’utilisation du Conseil de Sécurité de l’Organisation des Nations Unies s’avère également inefficace puisque Chine et Russie risquent de s’opposer à toute mesure contraignante, utilisant leur droit de véto.
Maillon fort des relations internationales, la Chine est aujourd’hui incontournable. A l’heure de l’émergence d’un G2 sino-américain, où le grand épargnant complète à merveille le dépensier américain, les Occidentaux ne se mettront pas à dos leur partenaire privilégié.