Analyses et actualités sur la geopolitique - Proche et Moyen-Orient - israel - conflit israel palestine - renseignement - diplomatie - Lutte contrela désinformation
Michel Jonasz ou le rare talent
Par Gilles Raphel
pour aschkel.blog.com et lessakele.over-blog.fr
Il est rare Jonasz, chante le jazz encore sur les ondes, réapparaît parfois au détour d’un film intimiste, et réapparaît ici en toute timidité et simplicité sur la scène du Petit Montparnasse.
Il nous parvient dans la pénombre, celle des vestiaires où les juifs, les tziganes et tant d’autres se dévêtaient avant de passer « sous la douche ».
Jonasz interprète le rôle de son grand-père Abraham, Abraham raflé qui, sachant sa vie finie s’en remémore des instants d’amour, de tendresse, de drôlerie et d’humour.
Abraham à 20 ans quitte la Pologne, le « pays le plus triste du monde », pour rejoindre la Hongrie et offrir à sa famille une vie meilleure, rattrapé par la folle histoire c’est dans un camp de Pologne que son existence se terminera.
Dans la pénombre, dans un noir et blanc devenu gris, dans le bruit des bottes et les aboiements des chiens, Abraham en appelle à D.ieu, il se désole de ce monde où « les vivants sont plus morts que les morts », il pleure les êtres qu’il aime et ose espérer « qu’il ne reste plus rien d’autre dans le ciel noir des cendres de nos morts qu’une étoile jaune ».
Ensuite, dans un second tableau, Abraham est sur un banc dans son petit village hongrois en compagnie de son ami Yankele. Là, dans la douce lumière hongroise et sous la musique tzigane, Jonasz nous présente seul les échanges entre un Abraham sage et un Yankele loufoque et décalé.
Abraham est épicier, mais « l’épicerie ne nourrissant pas son homme, il est aussi Cantor à la synagogue ». Quand Yankele, petit tailleur, demande un prêt à Abraham, ce dernier le rassure en lui annonçant qu’il est le porte-parole d’extra-terrestres géants qui vont lui commander des milliers de costumes. Après quoi, Yankele nous présente le poulet cacher comme un poulet ayant effectué sa bar mitzva. Les anecdotes de la vie se succèdent ainsi, dans le tendre bonheur et la presque insouciance du quotidien où Abraham aura immensément aimé sa Rose, généreusement élevé ses sept enfants, tenu son épicerie et été Cantor à la shulle du village.
Dans la vie réelle, Abraham et Rose ont permis à cinq de leurs enfants de venir poursuivre leurs études ou travailler en France, dont la maman de Michel. La famille d’Abraham a été décimée par la barbarie nazie, seule la mère de Michel et l’une de ses sœurs y ont échappé.
Quand Michel demandait à sa mère s’il chantait bien, elle lui répondait : « Oui, mon fils, tu chantes bien, mais pas aussi bien que ton grand-père Abraham ».
Au-delà de la sombre histoire, au-delà de l’hommage émouvant à son grand-père et à la musique tzigane, c’est un véritable appel à l’humanité que Jonasz nous lance, un appel où « aucune vie n'est plus importante qu'une autre. Chaque vie est sacrée. ».
Allez pleurer et rire, allez écouter Jonasz parler et chanter au Petit Montparnasse, 31 rue de la Gaîté Paris 14e du mardi au samedi à 21h, dimanche 17h30. Jusqu’au 25 octobre.