Extrait d’un article de Georges Friedman, expert en analyse stratégique de Strategic Forecast
Rédaction d’Objectif-info :
Bien qu’ils soit très respectueux de la présidence de son pays, Georges Friedman s’alarme lui aussi de voir le président américain donner l’impression d’être totalement dépassé par les évènements, comme il l’a montré il y a quelques jours en exprimant publiquement ses doutes sur la bonne stratégie en Afghanistan. Dans son article, Friedman s’attache à expliciter très pédagogiquement les choix difficiles de l’Amérique dans les crises afghane et iranienne et à en détailler les conséquences. Nous avons traduit ici la dernière partie où l’auteur montre que les deux crises, iranienne et afghane, sont liées, et qu’il faut peser les conséquences de deux choix nécessairement simultanés. Les doutes sur les capacités d’Obama et même de l’exaspération, transparaissent tout au long de ce document.
Les deux crises interagissent de la façon suivante : tout les présidents sont testés en politique étrangère, de façon intentionnelle ou du fait des circonstances. Cela arrive fréquemment en début de mandat du fait de problèmes hérités du prédécesseur, suite à une stratégie formulée au cours de la campagne électorale, ou sous l’effet de l’action délibérée d’un adversaire. Il n'est pas important d’établir comment on en est arrivé à cette situation. Ce qui est important, c’est que le test d’Obama intervient maintenant. Dans les faits, Obama a publiquement parlé de la présidence comme si de nombreux problèmes de l’Amérique étaient dus à des incompréhensions mutuelles, ou à un manque d’égards de la part des États-Unis. La validité de cette analyse est moins importante que ses effets : elle fait apparaître qu’Obama est plus disposé à trouver des accommodements avec ses adversaires qu’à les affronter.
Personne n'a une idée claire du seuil à partir duquel Obama agira.
En Afghanistan, les Talibans considèrent que les Anglais et les Russes ont quitté le pays naguère, et que les Américains partiront eux aussi. Nous doutons fortement que la mise à niveau des forces militaires demandée par McChrystal soit suffisante pour les faire changer d'avis. D'ailleurs, les forces américaines sont limitées, et une bonne part d’entre elles sont toujours affectées en Irak. De toute façon, on ne connaît pas réellement le niveau des forces qui contraindraient les Talibans à négocier ou à capituler, et nous doutons fort qu’il faille se fixer en pratique un niveau de forces donné.
En Iran, Ahmadinejad a parfaitement compris qu'il est hautement rentable et peu risqué de défier Obama. S'il peut démontrer qu’en définitive les États-Unis sont réticents à s’engager militairement quelles que soient les provocations qu’ils subissent, sa situation personnelle s'améliorera spectaculairement à l’intérieur, ses relations avec les Russes s’approfondiront, et plus important encore, son influence régionale et ses menaces progresseront en flèche. Si Obama accepte l’armement nucléaire iranien sans lui opposer de sanctions sérieuses ou une action militaire, la position américaine dans le monde islamique s’affaiblira sensiblement. Les états arabes de la région comptent sur les États-Unis pour les protéger contre l'Iran, de sorte que si ces derniers autorisent les armes nucléaire iraniennes, on assistera à une redéfinition des relations entre les États-Unis et la région beaucoup plus tangible qu’elle le serait sous les effets conjugués de cent discours du Caire.
Il y a quatre groupes de choix possibles pour Obama en réponse à la double crise actuelle. Il peut attaquer l'Iran et accroître les forces en Afghanistan, mais cela peut se terminer par une guerre de longue durée. Il peut éviter ce genre de guerre en se retirant d'Afghanistan, et en même temps ignorer le programme iranien, mais cela laisserait en plan beaucoup de régimes dépendants des États-Unis pour leur défense face à l'Iran. Il peut accroître les forces en Afghanistan et ignorer l'Iran avec probablement les résultats plus mauvais de toutes les hypothèses possibles, à savoir une guerre afghane de longue durée et un Iran possédant un programme nucléaire, si ce n’est des armes nucléaires.
En pure logique, en mettant de coté l'histoire et la politique, la meilleure solution, c’est frapper l’Iran et se retirer d'Afghanistan. Ce serait une preuve de volonté face à un défi important qui transformerait peut-être l'Iran et éviterait certainement les affres d’une guerre alimentée de l’extérieur en Afghanistan. Naturellement, il est facile de formuler des choix logiques quand on n’exerce pas le pouvoir ni les responsabilités, et qu'on n'est pas soumis aux contraintes du gouvernement. Mais les forces qui se referment sur Obama sont considérables, et il y a beaucoup de facteurs en concurrence dans ce jeu.
Les présidents en arrivent un jour au point où il faut faire quelque chose, et où ne rien faire c’est aussi, et même plus, faire quelque chose. A ce moment-là, les décisions ne peuvent plus être différées, et un choix, quel qu’il soit, s’accompagne de risques significatifs. Obama a atteint ce point, et en l’espèce, de façon remarquable, il fait face à un double choix. Et sa décision, quelle qu’elle soit, aura de profondes répercussions.